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Reconstruire la Gauche

Oui, l'Humanité peut exister sans les banques!

Par Philippe Hervé

article publié dans la lettre 603

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Lors des crises systémiques et fondamentales, ce qui fait le plus défaut… c’est l’imagination. Depuis le 16ème siècle, en cas de désastre, les dirigeants politiques ont pris l’habitude de se tourner vers les « savants » du moment - hier les théologiens, aujourd’hui les économistes- pour trouver les remèdes afin de sortir du marasme. Avec une égale constance, ces dignitaires intellectuels ne proposent que des solutions du passé pour colmater les brèches actuelles et font en sorte que le futur puisse ressembler au présent, et surtout au passé. Au moment de la Renaissance, les « savants » de l’église proposaient donc tout naturellement des solutions du Moyen Age. Aujourd’hui, les économistes recommandent des solutions des années 1980 et 1990. Loin d’imaginer un nouveau monde, le replâtrage est de mise car ces beaux esprits ne peuvent renoncer à leur formation ou à leurs déformations, à leurs années d’apprentissage et de sélection scolaire et universitaire. Ils radotent donc des théories éculées dont l’échec est patent.

Ainsi donc, depuis le début de la grande crise dite des « subprimes », un seul mot d’ordre, simple, et se résumant à un cri du cœur scandé en écho : « Il faut sauver les banques! Il faut sauver les banques! ». Car bien sûr, l’humanité ne peut vivre sans les banques qui sont l’ oxygène, la source de vie de l’humanité !
Soyons sérieux, c’est au moment même où le consensus se fait sur le caractère hautement parasitaire du système financier et bancaire que les gouvernements l’abreuvent de centaines de milliards d’euros ou de dollars pour combler les trous sans fond de leurs escroqueries combinardes en tous genres. Quel paradoxe quand la gouvernance politique mobilise toutes les énergies et toutes les richesses publiques pour fournir sans contrôle les moyens matériels aux les banques afin qu’elles continuent leur entreprise de destruction du tissu économique réel. On pourrait résumer la situation par la formule suivante : pour nous sauver de la destruction, renforçons donc le pouvoir de nuisance des démolisseurs.
Or la crise que nous vivons aujourd’hui n’est pas une petite crispation d’ajustement mais une crise fondamentale remettant en cause les fondements mêmes de ce que nous avons appelé depuis des années le turbo capitalisme, c’est-à-dire le dernier stade de la prise de contrôle de la sphère financière sur l’économie réelle et, plus largement, sur l’ensemble de la société. Pour en sortir, il faut donc imaginer un autre monde avec d’autres paradigmes et d’autres systèmes de rapports économiques et sociaux.
Cette crise est celle de la circulation monétaire confiée exclusivement aux banques monopolistes. Le flux financier organisé par ces banques n’est tout simplement plus en rapport avec les échanges physiques des marchandises. D’une certaine manière, il est indépendant dans son volume et dans son débit par rapport au monde des échanges entre les femmes et les hommes à l’échelon planétaire.
La solution est donc simple : il faut que la circulation monétaire ne soit plus confiée en exclusivité aux banques !
… Je vous l’accorde, cette proposition risque de ne pas être reprise in extenso par le prochain congrès du Parti Socialiste par exemple… mais relativisons un peu. La banque telle que nous la connaissons aujourd’hui est une création très récente. A la fin du 15 ème et au début du 16 ème siècle, des intermédiaires, installés sur des bancs publics (d’ou son nom banco ou banque,) se sont appropriés progressivement la circulation monétaire. Pendant des millénaires, l’humanité s’était dispensée du travail de ces beaux messieurs. La banque n’est certainement qu’un phénomène transitoire à l’échelle historique, correspondant à une certaine époque… et qui justement prend peut-être fin sous nos yeux.
La monnaie, en tant qu’équivalent universel, est justement LE support qui s’adapte le mieux à une déconcentration, bref à une économie en réseau. Les banques monopolistes se sont arrogé l’exclusivité macro économique de cette circulation monétaire mais surtout de cette création monétaire. Aujourd’hui, la création monétaire liée à la mise en place d’une «  économie du crédit et de la dette  » précipite le turbo capitalisme vers une instabilité fatale.
C’est donc le moment de penser autrement et de faire en sorte que la création et la circulation monétaires soient fluides, ouvertes, libres et contrôlées par la République pour son caractère honnête, sa «  vertu  », et que cette République donne sa garantie en dernière instance.
Nous ne pouvons pas aller ici beaucoup plus loin que cette intuition, une intuition de la nécessité de changer les règles, entre autres, de la circulation monétaire. Car nous ne disposons pas tout simplement des capacités intellectuelles pour élaborer un projet de système monétaire en réseau. Il faut donc que des femmes et des hommes, des intellectuels liés à l’expression et à l’action sociale se penchent sur le sujet, sans tabou et en refusant de limiter leurs pensées aux règles actuelles de la science économique dominante, qui justement s’effondre sous nos yeux
Il ne s’agit pas d’Utopie, il s’agit au contraire d’une initiative intellectuelle rationnelle et en prise avec le réel, mais débarrassée des carcans que nous impose l’idéologie du turbo capitalisme aux abois.

Et dans ces moments de crise financière, il faut se souvenir des paroles du quatrième couplet de l’Internationale :

Dans les coffres-forts de la Banque
Ce qu’il a gagné, s’est perdu
En exigeant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû !

par Philippe Hervé
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