Sans-papiers
Par Yves Margenstern
Lundi 14 août 2006
article publié dans la lettre 462
Lien permanent vers cet article
Madame,
Votre article m'a beaucoup intéressé (Respublica 457), vu que je suis directement impliqué dans la défense de ces jeunes et leurs familles.
Vous parlez de ceux qui se battent avec les sans papiers pour leurs régularisations, que leurs actions revendicatives est " idéologique et compassionnelle ". Je dirais que leur choix peut être aussi l'un des deux.
Pour moi avant qu'elle soit " idéologique et passionnelle ", elle de l'ordre d'éducation, ou plus justement d'héritage éducative.
En effet je suis issue de familles juives roumaines, dont mes parents ont été des rescapés de déportation. S'étant connu à la Libération dans un camp de regroupement et après s'être rétablis, ils décidèrent de retourner dans leurs familles respectives. Découvrant tous deux qu'ils étaient l'unique survivant de leur famille respective, ils se retrouvèrent dans le même camp et décidèrent d'immigrer en France en 1946.
De cette période mes parents eurent du mal à nous la relater, tant ils l'eurent paru difficile que l'on puisse croire l'inimaginable. De plus une profonde culpabilité
pesait pour chacun d'eux : avoir survécu d'une part, et de ne pas avoir voulu (ou cru nécessaire de) résisté à ce qui était pourtant évidant, croyant que le pire ne pouvait pas être dépassable, d'autre part. Mon père écrivit cette période dans un cahier dont mon frère et moi nous découvriment récemment son existence. Cette façon de se libérer de ce lourd passé et de pouvoir nous le transmettre a été sans doute conseillée par d'anciens déportés qui trouvèrent une manière de s'exprimer là où la parole a du mal à le dire.
Aussi de ce passé, dont nous sentions mon frère et moi les héritiers directes, nos parents nous firent comprendre que l'écoute des autres, leurs histoires, leurs cultures, leurs réflexions, devaient nous interpeller dans une démarche humaine et citoyenne.
C'est pour cette raison qu'aujourd'hui j'essaye d'appliquer ces préceptes
La situation des sans-papiers sont divers : politiques, économiques, inter-etheniques, ... Dans tous les cas ils sont dans des situations de dangers de vie, de détresses morales, de sans-emploies , de famines, ... Leurs pays en but à des guerres, à des régimes dictatoriaux et/ou de corruptions, ou à des pressions extérieures faites par des pays qui ne cherche " que leur(s) bien(s) ", au sens propre et figuré, par l'entremise du Fond Monétaire International (FMI) qui leur impose ce qu'on n'a pas voulu en France dans le Traité Constitutionnel Européen (TCE) : " ... un marché .. où la concurrence et libre et non faussée ", quant il y a marché.
Je vous défi, madame, de me trouver un de ces pays " en voie de développement ", où la liberté de choix politique, économique, et/ou sociale ne soit entravée par les contraintes des pays les plus riches, détenteurs pour l'essentiel du FMI.
Donnez leurs librement des choix politiques et ils ne viendront plus se réfugier dans nos pays où les libertés, les droits politiques, sociaux, culturels, religieuses, ... sont encore préservées, si nous n'y veillons pas.
Je dois vous dire, que dans la Direction et la fonction que vous exercez, vous n'avez pas les moyens que vous voulez. Vous devez vraisemblablement dépendre, directement ou non, d'une Administration indépendante ou pas, d'une Collectivité ou d'un ministère, qui vous donne des directives. Les choix fondamentaux, qui sont politiques, ce n'est pas vous qui les définissez.
Il n'est pas bien de raisonner uniquement à travers sa fonction. J'en sais quelque chose puisque moi-même je suis fonctionnaire.
Je pense que la réflexion citoyenne ne s'arrête pas à la porte de son bureau.
Merci, Madame, d'avoir ouvert une telle réflexion sur un sujet grave et actuel. J'espère en donnant mon point de vue, apporter pour les lecteurs, une réponse aux questions sur les idées dominantes, dont vous vous êtes faits involontairement le porte-parole.
Avec mes meilleurs respects
Un parrain d'une famille de trois enfants
par Yves Margenstern
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