Travail de mémoire
Par Bernard Teper
Lundi 7 août 2006
article publié dans la lettre 461
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Maurice, dirigeant national de la Résistance, membre du Comité d'Action militaire du Conseil national de la Résistance, antifasciste, syndicaliste, puis dirigeant du Parti communiste (qu'il quitte en 1961), Maurice Kriegel-Valrimont s'est naturellement engagé dans la Résistance. Il est un des modèles français de l'engagement politique total pour le progrès de l'humanité.
Monument de la résistance et ancien député communiste de Meurthe-et-Moselle, Maurice Kriegel-Valrimont est décédé mercredi 2 août à l'âge de 92 ans d'une embolie pulmonaire à l'Hôtel Dieu à Paris. Il avait mené de nombreux combats, notamment contre le nazisme puis pour la transformation sociale et la sécurité sociale tout en combattant le stalinisme au sein du PCF dont il fut l'un des dirigeants jusqu'en 1961. Cet homme fut un modèle pour tous ceux qui ont compris qu'il fallait construire l'alternative dont le peuple a besoin en dehors des déviances trotskistes et staliniennes.
Né en mai 1914 à Strasbourg (Bas-Rhin), licencié en droit, Maurice Kriegel affirme dès les années trente un "engagement anti-fasciste". Employé dans une compagnie d'assurances en 1936, il est élu secrétaire général du syndicat CGT des assurances l'année suivante. Au moment ou la majorité des militants trotskistes défendait la position scandaleuse " bourgeoisie française et nazisme même combat ", Maurice s'engage dans la résistance sous le nom de Valrimont, il est chargé d'organiser à Lyon la branche armée du mouvement Libération-Sud. Membre de l'état-major de l'armée secrète, Maurice Kriegel-Valrimont est arrêté en mars 1943 avec Raymond Aubrac et Serge Ravanel mais parvient à s'enfuir quelques semaines plus tard. Il représente les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) au sein du Comité d'action militaire du conseil national de la Résistance (COMAC) qui assure le commandement des Forces françaises de l'Intérieur (FFI). Maurice Kriegel avait reçu la reddition du général allemand Dietrich von Choltitz aux côtés du général Leclerc et du colonel Henri Rol-Tanguy, lors des combats de la libération de Paris. Ce modèle de la résistance devient vice-président de la Haute cour de Justice en charge de juger les dirigeants du régime de Vichy.
Il est un des pivots de l'application du programme du Conseil national de la Résistance à la Libération.
Son soutien sans faille à l'action de Pierre Laroque, d'Ambroise Croizat,de Georges Buisson,d'Henri Raynaud,de Maître Willard et de Francis Netter, pour mettre au c½ur du premier gouvernement républicain après la Libération, le principe de solidarité avec les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945,les lois du 22 mai, du 22 août et du 30 octobre 1946 fut exemplaire.
Maurice Kriegel poursuit son engagement en intégrant en 1947 le Comité central du Parti Communiste Français (PCF). Jusqu'à la fin des années 50, il dirige le bureau de presse du parti. Il est également élu député communiste de Meurthe-et-Moselle de 1946 à 1958. En 1961, il est écarté du comité central pour "déviation opportuniste" et de "rare duplicité" et décide de quitter le parti quelques mois plus tard. Toujours resté fidèle à ses convictions communistes, il déclare :
- " on a crevé de manque de démocratie " au PCF
- " Il est impossible d'enfermer le courant communiste dans l'étroitesse du courant stalinien. "
- les choix du PCF, aux lendemains de la Libération, étaient " mauvais ", " d'autres auraient été possibles ".
- il rappelle l'épisode de la brève sortie de " l'Humanité " en 1940, " une sottise majeure ", certains dirigeants pensant ainsi pouvoir mieux " démolir " Hitler. Et d'accuser Jacques Duclos d'avoir envoyé son secrétaire à la Bibliothèque nationale " pour éliminer les pages de l'Huma " de cette époque.
A la fin des années 80, Maurice Kriegel-Valrimont s'engage dans une lutte contre le FN. Mais cet ancien résistant se rapprochera de nouveau de son parti, le PCF, aux côtés de Robert Hue. En effet, deux ans après que ce dernier ait pris la tête du parti en 1997, Maurice Kriegel accepte d'être candidat sur la liste menée par Robert Hue aux élections européennes de 1999. Il apprécie la critique du stalinisme de Robert Hue mais conclue avec beaucoup de lucidité : " On ne peut pas lui en demander plus. "
Grand croix de la légion d'honneur, Maurice Kriegel-Valrimont était partisan de " la vieille formule : " Pas d'ennemi à gauche " et considérait que de " nouveaux moyens " surgissent pour " pousser " en faveur des revendications sociales. Enfin, il soulignait que " les centaines de milliers d'hommes et de femmes qui sont passés par le PCF " constituent actuellement " la plus grande force politique disponible ". Et lorsqu'un participant affirme qu'aujourd'hui " on peut tout dire, mais il n'y a pas de réponse ", Kriegel-Valrimont répond en ces termes : " Dès que l'on peut tout dire, c'est qu'existe déjà une possibilité de réponse ". Il a regretté qu'aucun journaliste de l'Huma lui a proposé d'écrire un livre sur sa vie[1]. Il m'a dit, assis à coté de moi lors de la commémoration du 60ème anniversaire du Conseil national de la Résistance, organisé par ATTAC France, qu'il regrettait que ce fut la seule commémoration politique organisée en la circonstance.
[1] Maurice Kriegel-Valrimont, Olivier Biffaud. " Mémoires rebelles ". Editions Odile Jacob. 288 pages. 140 francs
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