Pour le droit à la libre critique de tous les cultes
Par Jocelyn Bézecourt
Dimanche 1 octobre 2006
article publié dans la lettre 475
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Bertrand Delanoë est un champion. Lors de la mobilisation contre les signes religieux à l'école, Respublica avait coutume de décerner un bonnet d'âne laïque au plus hardi des nouveaux cléricaux. Les candidats étaient nombreux, de mérites équivalents, et les départager était une tâche difficile. Or, depuis, les malheureux lauréats du bonnet d'âne laïque ont trouvé leur maître, un homme neuf qui les domine d'un oecuménisme sincère.
En un mois, le maire de Paris a ainsi cumulé les complaisances envers deux monothéismes agités : inauguration de la place Jean Paul II devant la cathédrale Notre-Dame (avec arrestation par la police de dizaines de présumés gêneurs), annonce de l'ouverture d'un centre des cultures
musulmanes dans une ancienne école maternelle (quel symbole !) et, samedi 30 septembre, organisation d'une soirée au stade Charléty pour le Ramadan.
En mai 1968, la gauche s'était rassemblée à Charléty dans une très grande réunion publique; en 2006, elle est une gauche non laïque muée en organisatrice de spectacles. Et cela avec le soutien de L'Oréal. Rien n'étonne plus, pas même l'alliance du PS parisien avec la richissime société de cosmétiques. Et en ces temps où la moquerie et la critique des religions valent, au mieux, un billet aller pour le tribunal le plus proche, et, au pire, une fatwa de mort, est-on seulement autorisé à observer que ce soutien financier est apporté par une société pas franchement halal ?
L'usage de parfum, qu'il soit de L'Oréal ou autre, est interdit pendant la journée durant le mois de Ramadan. Mais Allah, dans son infinie mansuétude, a toujours permis que les dogmes soient arrangés (interprétés
, en langage religieux) pour les accommoder aux goûts des riches et du pouvoir. La célébration du Ramadan, où le jeûne est censé approcher la situation des pauvres, n'est qu'une hypocrisie mercantile chez L'Oréal comme chez les rois du pétrole.
La Mairie de Paris, bien que théoriquement laïque, n'a pas lésiné sur les attentions et la complaisance a été poussée jusqu'à s'aligner sur des prescriptions religieuses. L'ouverture des portes à 19h30 a ainsi permis d'inclure la rupture du jeûne (fixée à 19h35) dans le programme de la soirée : une collation complète (sandwich halal, dattes, pâtisseries, orange, eau) a été offerte à tous les participants (entrée gratuite sur invitation).
Pas d'alcool ni de cochonnaille bien sûr. Pour ne pas faire de jaloux, devra-t-on aussi procéder à une distribution d'hosties et de produits cashers dans les salons de l'Hôtel de Ville ? Présentée comme musicale, la soirée a accaparé un terme fort en vogue pour dissimuler l'intolérance monothéiste, la culture : Paris, confluence des cultures
pouvait-on lire sur le carton d'invitation. Réduire une religion impérialiste à un patrimoine musical, culturel et gastronomique n'est pas la moindre des impostures. Et un invité de marque avait été convié par la municipalité : le maire de Casablanca, Mohammed Sajid, élu en partie grâce aux voix des islamistes du Parti Justice et Développement.
Le programme musical a eu le succès qu'a toute manifestation placée sous le signe de la fête et de la bonne humeur. On y est venu en famille, entre amis, la musique est entraînante, des corps se lèvent, se déhanchent. Un moment convivial où chacun affiche un sourire radieux. Les barbus sont absents et très peu de femmes voilées ont fait le déplacement, trop festif. Une pléiade d'artistes défile sur scène, on salue Bertrand Delanoë et l'inévitable Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris. Tout cela fut beau et bon et chacun en a eu la conscience apaisée; l'esprit de pénitence, imposé par le jeûne, était loin. Que vaut le dolorisme quand il est suivi d'un bon repas et du plaisir de la danse ? La religion a, à Charléty, été réduite à ses marges folkloriques et inoffensives, une diversion destinée à anesthésier les mal pensants et faire du maire de Paris l'apôtre d'un nouvel oecuménisme.
par Jocelyn Bézecourt
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