Débat autour du soutien à Robert Redeker
Par Denis Pelletier
Mardi 31 octobre 2006
article publié dans la lettre 482
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"Abject". C'est le qualificatif qu'a utilisé Henri Pena-Ruiz pour crier son dégoût face au réquisitoire éructé par Mouloud Aounit à l'encontre du professeur Redeker, lors du débat télévisé "l'Arène de France". C'est bien le seul terme qui convienne quand on entend l'ineffable président du M.R.A.P. annoncer sans rougir que Redeker est l'équivalent de Ben Laden.
Mettre sur le même plan d'une part l'inspirateur des lâches et sanglants attentats terroristes de New York, Madrid et Londres et, d'autre part, un professeur que l'on persécute pour avoir, dans un article du Figaro, critiqué une religion ; renvoyer dos à dos celui qui brandit le poignard et celui qui est désigné pour être égorgé ; confondre celui qui émet une fatwa avec celui qui en est la victime : voilà à quel joli jeu s'adonne celui qui prétend agir pour "l'Amitié entre les Peuples" comme l'indique les initiales du mouvement antiraciste que, malheureusement, il préside encore à ce jour.
Mais il y a de la concurrence pour M. Aounit sur le terrain de cette abjection qui consiste à sembler défendre le droit de chacun - donc de Redeker - à la liberté d'expression, puis à très vite assortir cette affirmation d'une "explication" : après tout, en écrivant un tel article, Redeker a bien cherché les ennuis. Autrement dit, il n'a que ce qu'il mérite.
Au nombre des concurrents en abjection de Mouloud Aounit, certains seront surpris de découvrir les "membres de la Commission Administrative Nationale de la Libre Pensée" qui, dans un communiqué du 3 octobre dernier, "estiment devoir indiquer clairement leurs sentiments sur cette affaire".
Après avoir expédié en huit lignes qu'elle "condamne fermement cette tentative (sic) d'oppression intellectuelle" - c'est ainsi qu'elle caractérise les menaces de mort pour blasphème dont est victime R. Redeker - et qu'elle "s'adresse aux pouvoirs publics pour qu'ils assurent la protection à leurs frais du citoyen Robert Redeker", la Fédération Nationale de la Libre Pensée passe alors aux choses sérieuses, c'est-à-dire à la descente en flammes de Redeker et de ses écrits. Pas moins de douze paragraphes et soixante-dix lignes y sont consacrées dans le communiqué.
Voici, dans ce torrent d'abjection, trois passages parmi les plus nauséabonds.
1 - "Pour l'auteur, le débat ne se situe pas dans une critique globale des religions, mais bien dans l'établissement d'une hiérarchisation des systèmes de croyances selon un étalon de valeur qui est le sien. Cela ne peut donc déboucher que sur un contexte d'affrontements religieux, voire de guerre civile" (souligné par moi). Pour la FNLP, il était inéluctable que les écrits de Redeker déclenchent la violence. Redeker serait donc le premier et réel fautif dans l'histoire. Le communiqué précise d'ailleurs que "c'est le point de départ de cette affaire".
2 - "Force est de constater qu'une bien curieuse union nationale se crée autour de ce problème avec un certain nombre de gens peu connus pour leur attachement à la liberté de conscience et à la laïcité, du journal démocrate-chrétien le Monde, au ministre de Robien en passant par le Figaro. C'est un peu louche."
Distrait que je suis, je n'avais pas perçu chez de Robien un soutien de poids à Redeker. J'avais plutôt remarqué que, comme Aounit et comme les dirigeants de la FNLP, le ministre soutenait son professeur comme la corde soutient le pendu. Au reste, la FNLP se réserve la compétence à décerner les brevets de bons démocrates que ne mériteraient ni les journalistes du Figaro, ni même ceux du Monde. La tautologie est imparable : vous avez le soutien d'un quotidien de droite - auquel, circonstance aggravante, vous avez transmis un article -, donc vous êtes réactionnaire et, donc, il est illégitime de vous soutenir même si vous risquez la mort pour avoir exprimé votre opinion. Et ceux qui le font sont des gens louches, aussi peu fréquentables et aussi peu connus pour leur attachement à la liberté de conscience et à la laïcité que le sont les cent premiers signataires de la pétition "Contre la barbarie, le soutien à Robert Redeker doit être sans réserve", parmi lesquels Michel Onfray, Henri Pena-Ruiz, Catherine Kriegel, Yvette Roudy, Chahla Chafik, Jean-Claude Milner, Pierre-André Taguieff, Jocelyn Bézecourt ... c'est-à-dire un bon nombre d'intellectuels et de militants laïques avec lesquels la FNLP s'enorgueillissait naguère de collaborer. Les dirigeant de la FNLP ont une fâcheuse tendance à brûler ce qu'ils ont adoré... On est loin de la philosophie voltairienne, dont se réclame pourtant la Libre Pensée : défendre la liberté d'expression y compris pour ses propres adversaires.
3 - "Faire de Robert Redeker le nouveau "Salman Rushdie" est donc totalement abusif."
Sur quelles bases devons-nous hiérarchiser les préjudices entre deux menaces de mort, entre deux contraintes à vivre caché ? Robert Redeker n'a pas à se plaindre : il n'est pas autant persécuté que Salman Rushdie. Puisque ce sont nos maîtres en argutie de la FNLP qui nous l'affirment, nous n'aurons tout de même pas le front de les contredire !
La FNLP était naguère mieux inspirée quand elle jouait son rôle normal et soutenait le professeur d'histoire Louis Chagnon, victime de sanctions administratives parce que des parents d'élèves n'avaient pas accepté qu'il enseigne la vérité historique que sont les meurtres et pillages commis par Mahomet.
C'était le bon temps. Le temps où la Fédération Nationale de la Libre Pensée était fidèle aux principes de la Libre Pensée. Aujourd'hui, ses dirigeant consacrent leurs efforts à piétiner l'homme à terre, à lui dire qu'il a bien cherché ce qui lui arrive et, donc, à justifier les exactions des fous de dieu.
par Denis Pelletier
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