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Droit à la sureté

Les dégâts du discours victimaire

Par Caroline Brancher

article publié dans la lettre 484

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Suite au bus pris dans un guet-apens et incendié à Marseille et où une jeune femme a été gravement brûlée à plus de 60%, la réaction de certains élus et journaux, qui essaient, une fois de plus, de déresponsabiliser les auteurs d'actes très graves, laisse ... sans voix :

Dominique Voynet a déclaré que " Les incendiaires du bus de Marseille étaient sans doute déconnectés de la réalité ", cherchant par là à trouver des excuses à des actes de pure sauvagerie.

Il est peut être trop tôt pour le dire (seule l'enquête en cours le dira) mais ces jeunes ont certainement agi par mimétisme par rapport aux bus incendiés en région Parisienne la semaine du 24 octobre (comme c'est très souvent le cas dans les violences urbaines, chaque cité faisant la " compétition " avec la cité voisine)

Et, sauf très sérieux problèmes psychiatriques, on fera difficilement gober que ces jeunes n'avaient pas pleinement conscience des blessures qu'ils allaient occasionner lorsqu'ils ont arrosé d'essence l'intérieur d'un bus rempli de passagers ... La pilule est en effet un peu grosse à faire avaler.

Dominique Voynet préconise une solution sur le " long terme " mettant " le paquet sur l'éducation " ... le même discours creux et angélique que l'on rabâche depuis 30 ans et à tel point que ça en devient lancinant.

L'Humanité, sous la plume de Pierre Laurent, déclare : " on constate qu'une fois de plus, c'est la population des quartiers populaires qui paie l'addition de la tension, des provocations et des surenchères "

Comme si la tension ou les provocations justifiaient en retour que des bus et ses passagers soient arrosés d'essence puis incendiés (passagers qui, en plus, n'y étaient pour rien ... )

Pierre Laurent poursuit sur cette déclaration d'une bêtise affligeante : " La vie brisée de la jeune Mama Galledou place une fois encore le gouvernement devant ses responsabilités. Prendra-t-il enfin la mesure des urgences ou préférera-t-il de nouveau jouer avec le feu ? "

Mais qui jouent avec le feu si ce n'est ceux qui ont brisé la vie de Mama ? Qui sont les premiers responsables si ce n'est les incendiaires du bus eux mêmes ?

Par ailleurs, si on peut reprocher beaucoup de choses au Gouvernement, comment résoudre en 1 an des problèmes qui perdurent depuis plus de 20 ans et où les gouvernements de gauche comme de droite ont tous échoués et sont donc tous responsables ?

Rappelons un certain nombre de choses :

La précarité et le chômage peuvent pousser des jeunes sur le chemin de la délinquance (économie souterraine dont trafic de drogue, vol) Cette délinquance là peut (et doit) être combattue par la prévention. Combattre les discriminations, dynamiser l'emploi dans les quartiers peut permettre à une jeunesse en mal de vivre de retrouver espoir en l'avenir et d'enrayer la spirale de la violence. C'est indéniable.

Dans le cas présent, il s'agit d'actes de sauvagerie à l'encontre de la population.

Ces actes extrêmement graves sont le fait d'une minorité ultra violente qui sévit dans les quartiers populaires.

Cette minorité n'est motivée que par la haine, la rage, le rejet des institutions et de toute autorité.

Si ces jeunes ultra-violents cherchaient à " casser " du flic et du pompier, ils agressent aujourd'hui avec une violence inouïe la population, preuve que certaines tensions entre jeunes et policiers ne suffisent plus à expliquer la flambée de violence ...

Pour cette minorité ultra violente, tout sert de prétexte pour déchaîner sa haine contre l'autre.

Depuis des années, les voitures brûlent chaque 31 décembre ou 14 juillet alors qu'il ne s'est pourtant rien passé la veille qui aurait pu pousser les jeunes à la révolte (comme ça a été le cas l'an dernier avec la mort des deux jeunes électrocutés) Pour cette minorité ultra violente, il ne faut pas se leurrer : les difficultés sociales et la précarité ne sont qu'un prétexte de plus.

Pour en revenir aux attaques de bus, l es actes d'incivilité à l'encontre des chauffeurs (insultes, crachats, jets de pierre) existent depuis 15 ans. Ces attaques viennent seulement de franchir un degré de plus ce qui était prévisible puisqu'on ferme les yeux depuis 15 ans.

L'ultra violence n'est que le triste résultat de 30 ans de laxisme et de laisser aller par les mêmes qui parlent de " dialogue " et de " prévention " et dont le mot d'ordre est, à chaque incident grave, " de ne surtout pas faire de vague ".

Les supplices de Sohane et Schéhérazade toutes deux brûlées vives, le massacre à coups de pierre de Gofrane, la torture à mort d'Ilan dans une cave, les viols collectifs à travers l'histoire de Samira Bellil, l'extrême violence de certains émeutiers en novembre 2005 qui ont jeté des boules de pétanque sur des policiers (et ça, ça s'appelle une tentative d'homicide et pas une " révolte "), les lynchages au moment des manifestations lycéennes de 2005 et anti-CPE de mars 2006, les policiers battus presque à mort le mois dernier, ont démontré que les limites étaient largement dépassées.

Toutes ces horreurs auraient dû servir d'électrochocs et ouvrir les yeux sur une délinquance de plus en plus violente frisant davantage avec la barbarie et la sauvagerie que la délinquance classique.

Mais depuis plusieurs jours, le discours victimaire est de nouveau en marche : c'est la faute aux médias qui sont allés les exciter, c'est la faute à Sarkozy qui a supprimé la police de proximité, c'est la faute aux discriminations et au chômage. Que voulez vous ces jeunes sont des victimes !

On peut bien sûr reprocher aux médias la façon dont ils abordent l'information cherchant surtout à faire du sensationnel.

On peut reprocher à Sarkozy d'avoir supprimé la police de proximité qui avait une certaine utilité.

Le chômage et les discriminations provoquent un sentiment d'exclusion qui peuvent pousser à la délinquance voir la révolte. Tout cela est vrai.

Mais, malgré tout, chacun est responsable de ces actes et les premiers responsables des violences restent leurs auteurs eux mêmes. Qu'ils assument.

Victimiser et déresponsabiliser des délinquants ultra violents ne fait que les conforter dans un sentiment d'impunité qui les encourage à toujours repousser plus loin les limites.

S'entêter comme un âne à parler de " discriminations " et de " précarité " pour expliquer des gestes de barbarie, c'est replacer des auteurs d'actes très graves dans le rôle de victimes alors que ce sont d'abord des bourreaux.

Ceux qui tiennent ce discours victimaire depuis des années, discours aussi abrutissant qu'absurde, sont davantage responsables de la situation actuelle que le Gouvernement qu'ils accusent pourtant de tous les maux !

Pourquoi ce discours victimaire d'ailleurs ?

Revenons sur les manifestations lycéennes de 2005 : des jeunes noirs issus des quartiers difficiles étaient venus passer à tabac des blancs au cri de " sale face de craie "

On y a vu également des casseurs détruire des portables sous les yeux de leurs propriétaires après les en avoir dépossédés. Ceci exclut donc la précarité comme étant la motivation première des casseurs ... Pourtant, sans aucune honte, les élites bien pensantes ont expliqué ces lynchages par la " précarité " ...

Et si ça avait été le contraire c'est à dire des blancs tabassant des noirs et détruisant leur bien, est-ce que nos " élites " auraient mis cela sur le dos de la précarité et de la pauvreté ? Non. Ils auraient tous à l'unanimité hurlé au racisme et au fascisme. Dans un cas, c'est la " précarité ". Dans l'autre cas, c'est le " racisme ".

Des circonstances atténuantes sont systématiquement trouvées à des délinquants du fait de leurs origines ethniques ou sociales. Les bien pensants pensent-ils que ces jeunes, du fait de leurs origines, sont des décervelés qui ne savent pas s'exprimer autrement que par la violence ? Et que ça les excuse par avance de tout ? N'est-ce pas finalement là ... une nouvelle forme du racisme ?

Aucune raison ni aucune injustice subie par le passé ne justifiera jamais de brûler vif un être innocent. Il n'y a donc pas à " excuser " ou " dialoguer " avec des auteurs d'actes barbares, il y a simplement à appliquer des sanctions exemplaires et dissuasives pour tous ceux qui seraient tentés de les imiter.

Si la prévention est nécessaire (à travers l'emploi, l'éducation, les associations citoyennes), elle ne peut être efficace que si elle s'accompagne de répression lorsque cela s'avère nécessaire.

Si l'Etat n'est pas capable d'enrayer la délinquance dans les quartiers difficiles et de sanctionner durablement la violation des lois, voici ce qui va se passer :

  • Les discriminations, qui sont pour partie alimentées par ceux qui s'adonnent à l'ultra violence et qui ne peuvent alimenter en retour que le rejet, ne feront que s'aggraver, touchant tout les jeunes de quartiers sans aucune distinction. Les causes produiront ensuite les même effets. Et le cercle sera bouclé.
  • De plus en plus de Français vont être littéralement écoeurés de voir l'argent de leurs impôts réinjecté dans les banlieues si ce qu'on y investit (transport, école, gymnase, centres commerciaux) n'est voué qu'à y être dégradé, incendié ou détruit. La solidarité entre quartiers pauvres et quartiers riches ne pourra que voler en éclat ce qui fissurera un peu plus notre unité Républicaine déjà gangrenée par le communautarisme.

par Caroline Brancher
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