Elections
Par Le Journal Marianne
Vendredi 24 novembre 2006
article publié dans la lettre 490
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Victoire de Ségolène Royal au PS, difficultés des collectifs antilibéraux à produire un candidat commun, hésitation du PCF à entrer vraiment dans la campagne présidentielle : le mois de décembre sera-t-il celui de la candidature de Jean-Luc Mélenchon ?
Le meeting tenu à Montpellier vendredi 17 novembre a démontré l'incontestable attente qui demeure chez un grand nombre de militants du non au référendum de 2005. Quatre mille personnes rassemblées à six mois d'une échéance électorale en dépit de l'état de désorganisation des collectifs antilibéraux : voilà un fait politique qui n'est pas passé inaperçu. Un espace politique et une capacité militante semblent exister pour ceux qui font le pari que le clivage du " non " au Traité constitutionnel européen demeurera structurant pour 2007.
Mais comme le reconnaissent beaucoup de militants des collectifs antilibéraux, la désignation d'un candidat commun va relever du défi bien difficile à surmonter. Yves Salesse est reconnu pour sa force de travail mais reste presque totalement inconnu des Français. José Bové a beaucoup d'adversaires, en particulier au Parti communiste avec lequel il ne partage aucune histoire militante solide. Clémentine Autain plaît aux médias et aux bloggeurs bobos parisiens, mais son inexpérience et sa distance avec la France ouvrière sautent aux yeux. Patrick Braouzec n'a aucun atout politique permettant de l'emporter. Reste Marie-George Buffet, l'ancienne ministre de la Jeunesse et des sports, mais sa candidature estampillée PCF fait grincer les dents des autres " candidats à la candidature " et son potentiel électoral semble limité.
Même en dehors des collectifs, le PCF hésite à se lancer vraiment dans la bataille. La faiblesse du score de Robert Hue en 2002 a marqué les esprits (3,37% des voix, à peine 960 000 voix !). Un tel résultat rendrait difficile de solides négociations avec le PS pour les législatives, sans compter le non remboursement des frais de campagne. Et surtout, Marie-George Buffet manque de ce grain de folie qui fait un bon candidat à l'élection présidentielle : si son dévouement et la sincérité de ses convictions font consensus, il plane un doute sur sa capacité à mener campagne.
Depuis le référendum de 2005, les militants communistes ont eu l'occasion de cotoyer des camarades d'un genre nouveau : mi-rouges, mi-roses. Regroupés autour de Jean-Luc Mélenchon, les partisans de l'association Pour la république sociale (PRS) ont marqué les esprits par leur capacité militante et leur visibilité pendant la campagne référendaire. La célèbre affiche " Pour moi, c'est non ", c'était eux. Avant le vote de la CGT, avant les grosses machines militantes, ils ont silloné le pays pour s'opposer au traité constitutionnel européen.
Pendant la campagne et après, ils ont noué de solides liens avec les antilibéraux et avec les communistes. Le ballon de leur stand à la dernière Fête de l'Humanité était si visible qu'on leur demanda de bien vouloir être un peu plus... discret !
La culture des militants de PRS (deux ou trois milles membres) est très proche de celle des communistes : le peuple n'est pas un gros mot pour eux, pas plus que la France, et ils préfèrent au charme discret des centre-ville les odeurs des marchés et du terrain.
Le PS sait qu'il lui sera difficile de le faire plier. Sénateur jusqu'en 2011, son calendrier est libre de tout point de pression. Ses choix politiques sont ses médailles : opposant à la première guerre du Golfe, adversaire résolu de la dérive libérale en Europe, tribun vengeur lors de la campagne référendaire sur l'Europe. Lors de ses longues envolées oratoires, il renoue avec la tradition du populisme socialiste, éduquant le Peuple et les militants, parlant aux tripes et aux coeurs.
A bien des égards, il est le seul à gauche à contester à Le Pen le statut de tribun des prolos. Il fallait le lire évoquant les poings serrés et la dignité retrouvée des petits et des humbles pour comprendre la réalité charnelle du 29 mai 2005.
Une candidature Mélenchon, soutenue par le PCF et par une bonne partie des collectifs antilibéraux, donnerait une suite politique logique au 29 mai, en même temps qu'une solution politique aux hésitations des communistes et à l'immaturité organisationnelle des antilibéraux.
Avec les troupes communistes et celle de PRS, il pourra mener campagne en profondeur, sur l'ensemble du territoire, et avec une capacité de commando que les grands partis ne peuvent plus se permettre, fussent-ils les maîtres de la " blogosphère ".
Les communistes sauront-ils saisir et mettre à profit cette " fenêtre d'opportunité " comme le disent les experts en stratégie? Le mois de décembre le dira.
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