Courrier des lecteurs
Par Michel Naud
Mardi 5 décembre 2006
article publié dans la lettre 492
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Cher Pierre Cassen,
Tu considères qu' "il faudrait que les camarades qui contestent le côté laïque de ces revendications répondent précisément aux trois questions" ; je pense avoir compris que je fais partie de ces camarades, je répondrai donc avec plaisir à ton appel à éclaircissement.
Question 1 : " Pensent-ils que s'opposer au voile intégral dans la rue, comme le réclame certaines féministes, est une position non laïque, et liberticide ? "
Deux questions en une ; mes réponses personnelles sont :
Oui c'est une revendication qui n'est pas du champ de la laïcité.
Oui c'est une revendication liberticide.
Je rajouterai qu'il est légitime et nécessaire de dénoncer la position d'être humain de seconde classe que réserve l'église catholique romaine à la femme, tout comme le judaïsme, et plus encore - c'est vrai - l'islam. Mais ce n'est pas " au nom de la laïcité " que ce combat est mené.
Je rajouterai également que quelques expériences malheureuses devraient avoir suffi à faire comprendre qu'on ne fait pas le bonheur (supposé) des gens contre eux. C'est par la bataille des idées que l'on gagnera mais on ne rappellera jamais assez que la laïcité c'est d'abord la liberté de conscience - et donc d'expression de cette conscience sous la seule limite du respect de l'ordre public -.
Dans ma lettre à Respublica j'évoquais qu'effectivement je me réjouissais de la convergence de Lutte ouvrière dans l'action (défense de l'école publique, lutte contre le concordat, etc.) tout en étant pleinement conscient que, de leur point de vue, ce combat n'est pas mené au nom de la " laïcité républicaine " mais au nom de la lutte contre l'obscurantisme (et son financement public). Je citais Sophie Gargan, et je vais la citer de nouveau car je suis d'accord avec elle dans ce passage ou elle s'exprime (et donc son mouvement) à propos du port du voile dans la rue :
" Certaines jeunes filles affirment que cela représente leur choix personnel. Mais même si cela est vrai, ce choix contribue à l'oppression de celles qui voudraient résister et il est tout aussi inacceptable. Bien sûr, on ne peut l'interdire dans la rue, mais il faut le combattre partout par la propagande et par la pression. Il faut penser aussi que l'Islam n'est pas la seule religion réactionnaire. Toutes les religions le sont. " (Source)
Question 2 : " Pensent-ils que le voile à l'université est légitime, sous prétexte que les étudiantes sont majeures ? "
Oui le port du voile à l'université (par les étudiantes qui le souhaitent) est légitime, effectivement parce que les étudiantes sont majeures. Même motif même punition : " on ne peut l'interdire (...), mais il faut le combattre partout par la propagande et par la pression. "
Question 3 : " Pensent-ils, après l'affaire du gite des Vosges, qu'un lieu où des citoyens souhaitent se retrouver en paix (gite, restaurant, hôtel, etc.) doit tolérer des tenues qui sont une offense pour la dignité de la femme ? La propriétaire, Fanny Truchelut, a-t-elle eu tort de demander aux locataires de retirer leur voile ? "
Oui, un gîte (comme un restaurant ou un hôtel) est une entreprise commerciale et à ce titre est explicitement dans le champ d'application de la loi du 25 février 2003 qui précise sans ambiguïté :
Art.2
Paragraphe 1er. Il y a discrimination directe si une différence de traitement qui manque de justification objective et raisonnable est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l'ascendance, l'origine nationale ou ethnique, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, l'âge, la conviction religieuse ou philosophique, l'état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique.
Paragraphe 2. Il y a discrimination indirecte lorsqu'une disposition, un critère ou une pratique apparemment neutre a en tant que tel un résultat dommageable pour des personnes auxquelles s'applique un des motifs de discrimination visés au § 1er, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne repose sur une justification objective et raisonnable. (...) Paragraphe 4. Toute discrimination directe ou indirecte est interdite, lorsqu'elle porte sur la fourniture ou la mise à la disposition du public de biens et de services;
Donc, si Fanny et Frédéric Truchelut (les propriétaires gérants de ces "grandes gouttes") sont authentiquement républicains, je ne vois guère d'autre solution pour eux que de reconnaître qu'ils ont fait une connerie ... qu'ils jugent utiles de se battre contre les religions en général, et l'islam en particulier, notamment au regard de la condition particulière qui est réservée aux femmes (un peu plus que dans les autres versions de l'obscurantisme monothéiste méditerranéen), n'est pas en soi critiquable ... mais ils n'ont pas le droit de mettre leur entreprise (car c'en est une) au service de leur engagement citoyen.
Ils ont fait une connerie au regard du droit, puisque c'est illégal; ils ont fait une connerie politique car effectivement ils font la courte échelle autant à ceux qui revendiquent la mise en oeuvre d'une telle politique - notamment, mais pas exclusivement, à l'extrême droite - qu'à ceux qui n'ont de cesse d'accréditer la thèse que toute critique de l'islam est raciste par essence - notamment, mais pas exclusivement, à la " gauche de la gauche " -.
" Dans quel type de société avons-nous envie de vivre ? ", demandes-tu en conclusion ... d'abord dans une société de liberté. Le Juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes Jr. Ecrivait en 1929 en commentant le premier amendement de la constitution des Etats-Unis d'Amérique : " S'il y a un principe de la Constitution qui doit être plus impérativement protégé que les autres, c'est celui de la liberté de pensée. Pas la liberté de pensée pour ceux qui sont d'accord avec nous, mais la liberté de pensée pour ceux dont nous haïssons les pensées. " (propos cité par Jeff Jacooby). Le premier point que j'entends inscrire dans le type de société dans lequel j'ai envie de vivre est celui-là : la liberté de conscience (et donc d'expression sans laquelle cela ne saurait avoir de sens), rappelant ainsi l'exposé des motifs du décret du 2 avril 1871 de la Commune de Paris qui rétablissait, pour quelque semaines la " séparation de l'Etat et des religions " : " Considérant que le premier des principes de la République Française est la liberté ; considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; ...." On peut ensuite construire une suite différente, mais je persiste à penser que les prémisses n'ont pas vieilli.
par Michel Naud
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samedi 10 janvier 2009, 14:00
Devant toutes les postes du pays
http://www.appelpourlaposte.fr/
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lundi 12 janvier 2009, 19:00
à la Parole errante, lieu d'Armand Gatti
Maison de l’arbre
9 rue François Debergue à Montreuil-sous-Bois
(métro « Croix de Chavaux »)
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jeudi 15 janvier 2009, 18:00
Mairie du 13ème arrdt
Paris
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L'affaire du voile dans le gîte des vosges,
ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...
Soutien à Robert Redeker
La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...
L'urgence énergétique
Série d'articles sur la question énergétique
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