Elections
Par Henri Acounis
Mercredi 20 décembre 2006
article publié dans la lettre 497
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"Quant à Jean-Luc Mélenchon et PRS, qui avaient suscité un plus grand espoir quand on pensait que PRS allait occuper créé par le fiasco de Chevènement en 2002, il s'est peu à peu éloigné de la perspective républicaine pour se fondre dans un espèce de Ramulaud du non de gauche, sans aller au clivage avec l'extrême gauche communautariste. Il est à craindre qu'il ne désespère ses propres partisans. Il a perdu ses deux combats, dans le PS avec Fabius, et de jouer le trait d'union dans la gauche anti-libérale, sans pour autant ouvrir la moindre perspective, car, sauf surprise de dernière minute, sa candidature n'a pas l'air au centre des débats."
Maintenant Evariste, bien planqué derrière ton écran, il est facile de donner des leçons à ceux qui prennent des risques qui peuvent toucher leur vie personnelle , familiale. C'est "Marchons, partez" comme dans un opéra.
S'affirmer pour le NON en étant membre du PS, et je l'étais à ce moment là, n'était déjà pas facile pour ceux qui avaient des responsabilités mais ensuite s'affirmer candidat contre son parti c'est l'exclusion assuré, ce qui est normal. Or Mélenchon et c'est aussi une REALITE vit de la politique et il est prêt malgré cela à aller au bout de ses convictions. Alors je t'en pris d'arrêter ces commentaires méprisants.
Mais bon le style "donneur de leçon " te va tellement bien, c'est apparemment tout ce que tu sais faire.
Auras-tu le courage Evariste de passer ce commentaire dans le prochain Respublica?
Parions que non?
Bonnes fêtes.
Bonjour Henri,
Inutile de nous provoquer en nous disant que nous ne sommes pas cap' de passer ton texte, nous le trouvons utile, au contraire, pour préciser quelques points.
D'abord, tu auras remarqué que la chronique parlait de l'impasse de l'ensemble du "non de gauche socialiste", et pas seulement de celle de Jean-Luc Mélenchon.
Comme je sais que tu nous lis régulièrement, tu n'as pas été sans remarquer que Respublica a beaucoup manifesté du respect et de la considération pour Jean-Luc Mélenchon, ses engagements, son courage, ses combats.
Nous avons apprécié le courage de Jean-Luc quand il s'est opposé, risquant l'exclusion, à la première Guerre du Golfe.
Nous savons qu'il fut souvent bien seul, à l'intérieur du PS, à tenir des discours républicains, sur l'Ecole Diwan, sur les langues régionales, sur le communautarisme, sur la laïcité (même s'il fut discret lors de la campagne pour une loi contre les signes religieux à l'école), sur la Corse.
Il a également eu le courage, dès l'arrivée de Jospin, de refuser d'approuver le pacte d'Amsterdam, ce qui lui valut, ainsi qu'à ses camarades de la GS, un blâme aussi grotesque que ridicule de la direction du PS.
Ministre de l'Enseignement professionnel, il n'a pas eu peur d'oser parler des limites du collège unique, sans craindre les grands cris des syndicats enseignants, et a essayé de réhabiliter l'enseignement professionnel.
Nous avons bien évidemment apprécié la campagne du non au TCE, où Jean-Luc fut, de l'avis de beaucoup, le meilleur orateur de la campagne. Son apport fut déterminant dans la victoire du 29 mai, même si cela lui valut quelques sifflets lors du dernier congrès socialiste du Mans. Pour autant, le respect que nous avons pour le combat de toujours de Jean-Luc Mélenchon ne signifie pas, à nos yeux, qu'il soit une icone. La flagornerie ne saurait donc être de mise, avec un tel personnage, bien trop rare dans la politique française.
!Nous allons donc préciser les points qui ont paru te choquer.
Nous pensions justement, après la victoire du "non", le 29 mai, et après que Jean-Luc, depuis début 2004, ait monté PRS, qu'il y avait un projet politique de recomposition à gauche, grâce à PRS, permettant à tous les laïques et les républicains de gauche et d'extrême gauche, après la faillite de Chevènement en 2002, d'offrir une alternative politique à tous ceux qui ne se reconnaissaient ni dans le social-libéralisme, ni dans le gauchisme culturel communautariste.
D'ailleurs, à différents niveaux, des collaborateurs de Respublica (pour répondre à ta dernière méchanceté) se sont investis dans PRS, au niveau national, ou surtout au niveau départemental.
Nous avons respecté le choix de Méluche de ne rien provoquer avant le congrès du Mans, d'autant plus que sa proposition de faire,au congrès, une motion unitaire du non socialiste était de nature à permettre la poursuite de la bataille anti-libérale, comprenant qu'il fallait aller au bout de la bataille interne au sein du Parti socialiste, après le 29 mai. Nous pensons, et nous l'écrivons sans détour, que le choix de voter la synthèse de la direction Hollande a été une faute politique, et que la réintégration de Fabius - que tu n'as plus l'air d'apprécier, alors que Mélenchon a tout misé sur lui en interne, au PS - ne valait pas cela, et que cela a désarçonné toute la gauche du non, et ouvert un autoroute à Ségolène Royal.
Le scénario Fabius s'est avéré une impasse, je pense que tu en es conscient aujourd'hui. Reste, puisque Méluche a joué deux fers au feu, les collectifs du non de gauche, la gauche antilibérale. Nous faisons partie de ceux qui pensons que le combat contre le néolibéralisme n'est pas suffisant pour construire un projet de société. Nous redisons que les laïques et les républicains de gauche et d'extrême gauche ne peuvent pas se rassembler sur un projet qui resterait confus et flou sur tous les sujets qui symbolisent le modèle laïque de la république sociale pour faire le consensus avec les pires ennemis de la laïcité et de la république. Nous avons lu des attaques très virulentes de Méluche, contre Ségolène Royal, mais nous n'avons jamais lu un seul écrit contre le gauchisme culturel et communautariste fortement représentés dans les collectifs , et la logique anti-laïque et anti-républicaine primaire de leurs discours. Disons le clairement, nous pensons que Jean-Luc Mélenchon a tort d'entretenir l'ambiguïté avec ce courant, que l'ensemble de la gauche et de l'extrême gauche doit isoler pour mieux unifier ensuite la gauche anti-libérale. Pour nous, le rôle du gauchisme culturel et communautariste est d'empêcher la gauche et l'extrême gauche de porter le seul projet alternatif au capitalisme qu'est le modèle laïque de la république sociale. Par ailleurs ,nous pensons que le principal responsable des crises de Ramulaud, d'ATTAC et de la gauche anti-libérale est l'hégémonie du gauchisme culturel et communautariste sur les états-majors de ces mouvements. Tout velléité de pratiquer avec eux le consensus totalitaire en lieu et place de la démocratie nous conduit dans l'impasse.Surtout avec le "double consensus"! Oui, il fallait poser directement et en même temps, la nécessaire recomposition politique de la gauche anti-libérale et la candidature unique. Comme en Allemagne. Comme aux Pays-Bas. Comme en Belgique. Pour quoi pas en France?
Dernière chose, que nous n'avons pas souligné dans notre chronique, mais puisqu'on est parti, on se dit tout : nous avons trouvé outrancier et déplacé les reproches que Mélenchon a fait à Ségolène Royal, dont nous combattons le projet politique, sur le fait qu'elle recherchait le vote des "petits blancs". Nous pensons que Méluche mérite mieux que cette phrase, et qu'il doit ne pas courir après les gauchistes culturels et communautaristes, mais intégrer le fait que les classes populaires ont besoin de toutes les sécurités ( sécurité sociale, professionnelle et droit à la sûreté comme prévu à l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789) et que notre devise doit être que toute violence au sein du peuple n'est pas légitime .
Voilà, pour conclure, pourquoi nous sommes déçus car nous n'acceptons pas que le seul avenir de la gauche soit le social-libéralisme et rappelons-le nous avions de grands espoirs sur Meluche. Bien sûr, nous critiquons moins les autres car nous n'avions pas beaucoup d'espoirs sur eux!
Nous partageons ton avis sur Fabius et son absence de courage après le 29 mai la campagne du non ou il aurait pu jouer la recomposition politique comme Oscar lafontaine en Allemagne. Qui sait, d'ailleurs, dans ce cas, si le MRC se serait rallié ainsi à Ségolène Royal ? En tout cas, j'ai également rencontré de nombreux chevènementistes de gauche qui se disaient prêts à un ticket Chevènement-Mélenchon.
Nous considérons que cela a été une occasion ratée, et aujourd'hui, nous sommes partis pour n'avoir aucun candidat de gauche qui tienne le discours de la république sociale. Etait- ce vraiment fatal ?
Nous sommes sûrs néanmoins que nous nous retrouverons mais pas dans le 325ème courant de gauche du PS sans possibilité de peser sur lui.
A bientôt, Henri.
Evariste
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