Débats laïques
Par Michel Naud
Vendredi 23 février 2007
article publié dans la lettre 514
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J'ai été interpellé par plusieurs brights, de sensibilités différentes, sur la signification - au regard du réseau des brights - qu'il convenait de prêter à la publication par le journal électronique Respublica (513) d'une tribune libre signée de Jean-Marie Blanc, polémiquant avec la fédération nationale de la libre pensée, cette polémique semblant se faire sous le label " bright ".
M'exprimant présentement ès qualité d'initiateur du collectif informel des brights en francophonie du continent européen, je veux laisser de côté la dimension polémique (avec la fédération nationale de la libre pensée) de la tribune libre de Jean-Marie Blanc, même si, bien entendu, comme tout un chacun, j'ai une opinion personnelle sur les questions qu'il aborde mais la clarté impose de ne pas tout mélanger.
Il me revient donc de préciser les faits et j'entends m'en tenir strictement à cela. J'adresse cet éclairage à la rédaction de Respublica en les remerciant par avance de bien vouloir la publier pour informer les lecteurs de la lettre électronique.
Tout d'abord Jean-Marie Blanc est bien un bright, ne serait-ce que parce que la condition nécessaire et suffisante pour être un bright est de dire "je suis un bright", et Jean-Marie Blanc le dit publiquement, dans sa tribune libre, comme en ayant demandé à figurer nommément sur la liste publique de celles et ceux qui affirment "Je suis un bright" ou "je suis une brighte", et de figurer avec une page perso sur le site brightsfrance.
L'affirmation de la tribune Jean-Marie Blanc est de dire qu'il demande à être désigné pour ce qu'il revendique être sa posture individuelle, à savoir d'être caractérisé comme un " bright ", en refusant d'être appelé " libre-penseur ", son refus de la référence à la libre-pensée étant fondé à la fois par, en reformulant, son agacement contre l'anticléricalisme "troisième république" de la libre pensée et sa perception d'une nécessité de réactivité plus grande en regard du cléricalisme islamique, et d'autre part sa préférence individuelle pour le positionnement politique de la gauche républicaine et de l'UFAL plutôt que par les positions politiques et sociales qu'il a été amené à croiser au sein de la fédération nationale de la libre-pensée.
Promoteur de la visibilité " bright " je ne peux que me féliciter que quelqu'un crie à la face du monde, comme aurait dit Panaït Istrati, " je suis un bright " ou " je suis une brighte "; je ne peux néanmoins pas m'empêcher de regretter que cette tribune, dans sa rédaction, a inféré chez nombre de lecteurs une impression de division, semblant opposer l'affirmation " bright " à l'engagement " libre penseur ".
Il me revient donc de rappeler que l'affirmation " bright " ne peut être qu'individuelle, que le mouvement international bright (le Brights' net ) est une " non-organisation ". Il ne saurait donc y avoir de confusion. Jean-Marie Blanc s'exprime bel et bien à titre individuel en affichant ostensiblement sa posture philosophique, ce qui en soi n'a rien d'extraordinaire.
Se reconnaissent, c'est un fait, dans l'affirmation " bright " (il suffit de lire la liste publique et de cliquer sur ceux des noms qui présentent des liens hypertextes), des libres-penseurs de la fédération nationale de la libre pensée (à l'image par exemple de Roger Lepeix, secrétaire national de la FNLP), des libres penseurs de l'association des libres penseurs de France (à l'image de Denis Pelletier, président de l'ADLPF), des rationalistes scientifiques (à l'image de Michel Henry du bureau de l'Union Rationaliste, d'Alain Policar le rédacteur en chef des Cahiers rationalistes, de Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences, et de nombreux responsables de l'Association Française pour l'information scientifique - AFIS- à l'image de tous ses anciens présidents, Jean Bricmont, Jean-Claude Pecker, ou du président en exercice, c'est-à-dire moi), des athées militants (à l'image de Johannès Robyn, président de l'Union des Athées, ou de Jocelyn Bézecourt, animateur du site atheisme.org et membre du comité de rédaction de respublica), des militants du matérialisme philosophique (à l'image de Marc Silberstein, animateur de l'association pour les études matérialistes - ASSOMAT - et rédacteur en chef de la revue Matière Première), etc.
Au-delà de ces associations rejetant explicitement toute référence au surnaturel, des militants de la laïcité, de différentes obédiences, partageant à titre individuel une posture bright se retrouvent aussi dans cette affirmation, à l'image par exemple de Charles Conte (" monsieur laïcité " de la ligue de l'enseignement), de Nicolas Pomiès (secrétaire national de l'UFAL), etc.
En bref l'affirmation bright unit et non divise, en même temps qu'elle ne fait concurrence à aucune des organisations qui se constitue suivant un regroupement ou un autre, puisqu'elle se refuse à être une organisation et qu'elle se refuse, par sa charte, à toute expression collective, et à toute communication semblant faire penser qu'un bright puisse parler au nom " des " brights, au-delà de la définition rappelée par Jean-Marie Blanc " un bright est un individu qui porte un regard naturaliste sur le monde ; la compréhension qu'un bright a de l'univers est libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l'univers " (naturaliste adjectif: considérant que la réalité est gouvernée par des lois naturelles, par opposition à surnaturelles).
Donc, si on lit bien la tribune de Jean-Marie Blanc, il entend dire (je reformule) : " je ne me sens pas à l'aise avec la qualification de " libre-penseur " que l'on me prête quelquefois, ne serait-ce que parce que je ne partage pas l'orientation de la fédération nationale de la libre pensée ; sur le plan philosophique, ma posture personnelle est " naturaliste " et je fais mienne l'affirmation " je suis un bright " ; sur le plan politique je me considère comme un républicain laïque de gauche ". Le réseau des brights n'est donc pas partie prenante à cette polémique et il n'a d'ailleurs pas à l'être ès qualité.
par Michel Naud
Initiateur du réseau brightsfrance.free.fr/ voir tous ses articles
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