Articles

Chronique d'Evariste

Le font-ils tous exprès ?

Par Évariste

article publié dans la lettre 515

Lien permanent vers cet article

Cette fois, Sarkozy est cuit, et la menace Bayrou s'éloigne! Ségolène et la direction du PS ont trouvé la parade imparable : le retour des éléphants!

On avait déjà Jack Lang (Ségo, formidââââble !), le préféré des catholiques, qui n'en reviennent toujours pas des célèbres accords anti-laïques Lang-Cloupet de 1992. Djâââk avait piteusement négocié son ralliement à Ségolène, pour éviter de se prendre un veste mémorable aux primaires du PS.

On aura dorénavant, en outre, la sympathique Martine Aubry, la préférée de l'intégriste de l'UOIF Amar Lasfar, qui a obtenu d'elle, entre autres, des tranches horaires de piscine réservées aux musulmanes, et de nombreux votes favorables du conseil municipal lillois.

On n'échappera plus à Dominique Strauss-Kahn, le ministre des Finances préféré des présidents du Cac 40, celui dont Jacques Chirac, qui n'a pas toujours dit que des bêtises, dit "qu'il est autant socialiste que moi je suis évêque".

On aura droit au Kirk Douglas de la politique française, le sémillant Bernard Kouchner (qui n'a jamais réussi à se faire élire quelque part), qui, après avoir hésité à rejoindre Sarkozy, a finalement choisi de rester à gauche. Pour mieux préparer une prochaine alliance avec Bayrou, peut-être?

Bien sûr, Baylet, en bon radical de gauche sachant négocier ses strapontins, est dans le coup, sachant que cet autre radical de gauche, Bernard Tapie, se prépare à rejoindre Sarkozy (il est vrai que Thierry Meyssan est toujours secrétaire national du PRG, dont on n'est plus à cela près !).

Pierre Mauroy, alias Gros Quinquin, va retrouver sa grande amie Martine Aubry dans ce staff de campagne symbolisant la famille socialiste réunifiée autour de sa candidate, qui, paraît-il, devait incarner le renouveau, et tourner la page des années de la gauche bobo et plurielle.

Laurent Fabius, malgré sa bavure du "non de gauche", et son piètre score aux primaires, se voit pardonné ses dérives gauchistes, et revient dans le jeu, lui aussi.

Et enfin, cerise sur le gâteau, le retraité de l'Ile de Ré fait son troisième grand retour. Rappelons qu'il avait déjà quitté sa retraite définitive pour nous convaincre, en plein journal de 20 heures, d'arrêter nos conneries, et de voter "oui au TCE", avec le succès que l'on sait.

N'oublions pas, d'autre part, sa piteuse tentative de rassembler le PS autour de lui, pour les prochaines présidentielles. Celui qui incarne, mieux que quiconque, la catastrophe du 21 avril 2002, celui qui s'est mouillé jusqu'au cou sur le référendum du 29 mai, le symbole vivant de deux tremblements de terre qui auraient dû emporter toute la direction du Parti socialiste reprend du service ! Eh bien, jamais deux sans trois!

Pauvre Jean-Pierre Chevènement, qui avait sans doute cru qu'il allait "républicaniser" la candidate Royal, il va devoir fréquenter, en tribune, tous les pires communautaristes, fédéralistes européens, qui sont aux antipodes de ce qu'il a toujours défendu, et dont la politique atlantiste avait justifié son départ du PS ! Tout cela pour dix circonscriptions.

Pour ceux qui se disaient que Ségolène, c'était le renouvellement du PS et de toute la gauche...

La veille de cette information, étant de passage à Paris, j'avais décidé d'aller écouter José Bové à Saint-Denis. Grâce à lui, j'ai vécu un grand moment !

C'est un miraculé de la présidentielle, notre José. Il a d'abord dit qu'il n'était pas candidat, mais que si on lui demandait, il dirait " peut-être ". Personne ne lui a rien demandé, mais il s'est déclaré candidat quand même. Puis il s'est retiré, et il revient, à nouveau.

Ce qui est bien, avec José, c'est sa bataille pour le plein emploi ! Vingt-et-un porte-paroles ! Il est vrai qu'il faut donner des responsabilités à tous ceux qui, Verts, LCR ou PCF, ne soutiennent pas le candidat de leur parti, mais l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne (ce syndicat vient de prendre une belle casquette aux élections professionnelles). Il est vrai aussi que quand on défend toutes les différences, il faut que ces différences soient représentées, sinon, ce serait de la discrimination !

Je jette un coup d'oeil dans la salle. Du beau monde, la secte des "Indigènes de la République" est là presque au complet, quelques militants de la nouvelle direction d'Attac. Je reconnais, entre autres, Patrick Braouzec, député et ancien maire de Saint-Denis, et Francine Bavay, militante verte que des accords privilégiés avec le PS ont transformé en première vice-présidente de la région Ile-de-France.

Ambiance très "Indigènes", délire au micro de quelques agités, qui parlent un moment de Guantanamo, et, grand moment, José prend la parole.

Dénonciation légitime de la crise du politique, du scandale des pressions du PS et de l'UMP pour les signatures, paroles amicales pour Marie-George Buffet et Olivier Besancenot, propos corrects sur les injustices mondiales du système capitaliste, et sur la nécessite des services publics.

Je me dis qu'il va falloir quand même qu'il annonce un scoop, la presse est là, quand même!

Je sens que cela approche. José rappelle que les droits, il faut aller les chercher ! Il rappelle que le PCF a présenté, dans son histoire, des femmes, quand elles étaient inéligibles (je sens le pire venir). Et donc, il enchaîne en disant que partout, après les présidentielles, lors des législatives et d'autres élections, il propose à la salle de présenter des candidats " sans-papiers ". Là, c'est du délire dans les tribunes, les yeux brillent d'émotion, des larmes coulent, les slogans habituels retentissent de longues minutes, on tape dans les mains à s'en faire éclater les paumes !

C'était donc cela, le scoop de la soirée ? Des candidats sans-papiers aux législatives ! En comparant un acte aussi contraire aux institutions de la République au légitime combat pour l'égalité hommes-femmes. Je me dis que la détresse de ces gens mérite bien mieux qu'une telle instrumentalisation, mais c'est comme cela, depuis des années, les sans-papiers sont l'objet de toutes les surenchères gauchistes, alors, à l'occasion des élections, il n'y a pas de raison que cela s'arrête.

Démasqué, le Parti socialiste, qui se contente de vouloir régulariser au cas par cas, des racistes !

Balayé le RESF, qui veut empêcher l'expulsion des parents dont un enfant est scolarisé, des mous !

Ridiculisés, ceux qui se content de réclamer la régularisation de tous les sans-papiers, des réformards !

Pulvérisé, le PCF qui prépare, dans le plus grand secret, (notre scoop à nous) un projet de loi pour la reconnaissance des langues parlées dans l'immigration en France : arabe, arabe parlé, turc, kurde, berbère, projet dont l'association langues et cultures, proche du PCF, est la cheville ouvrière.

Enfoncée la LCR, avec le mot d'ordre de Krivine de libre-installation de tous sur le territoire national, pour répondre à la libre circulation des capitaux ! Du réformisme petit-bourgeois à côté de la proposition révolutionnaire du roi du Roquefort !

Mais je les connais, mes amis de la LCR ! Tout comme hier le PCF ne pouvait se laisser déborder sur sa gauche, ils ne pourront se laisser déborder sur leur extrême gauche sur la question des clandestins, pardon des "sans-papiers".

Allez, finalement, comme je les aime bien, je vais leur donner gratuitement quelques conseils. Olivier doit retirer sa candidature, et donner ses signatures à un "sans-papier".

Voilà qui serait énorme, camarades, une candidature sans-papiers aux présidentielles !

Plus fort que la candidature Arlette en 1969, et depuis !

Plus fort que la candidature du soldat deuxième classe Alain Krivine en 1974 !

Et surtout plus fort que Bové et ses futurs sans-papiers candidats aux législatives !

Mais je suis pour que la LCR verrouille bien le projet, pour empêcher le démagogue du Larzac de tenter un nouveau débordement par la gauche de l'extrême gauche !

Je leur conseille un "sans-papier" polygame ! C'est vrai, il n'y a pas de raison qu'on impose notre conception raciste et occidentale de la famille à des populations qui ont droit à leur différence et au respect de leurs traditions. Et cela, ce serait une vraie candidature révolutionnaire, anti-capitaliste, anti-colonialiste, anti-raciste, et surtout unitaire !

Qui pourrait se maintenir face à un tel symbole ?

Marie-George se retirerait, évitant le désastre, Olivier fait de même, mais prendrait la présidence du comité de soutien, et José pourrait dire que l'idée vient de lui, et sortir dignement de la course à l'Elysée. L'unité de la gauche de la gauche serait sauvée, les comités du " non de gauche " revivraient, et le PS n'aurait plus qu'à bien se tenir dans la primaire du camp du progrès !

Bon, c'est promis, j'arrête mes délires cyniques, je redeviens sérieux. Mais l'ambiance que j'ai vécue à Saint-Denis m'a rajeuni de près de quarante ans.

Je me souviens des ces assemblées générales, dans les amphithéâtres universitaires, en 68. J'en ai gardé plein de souvenir, des extraordinaires, des bons et des moins bons.

Mais je n'ai pas oublié ceci. Dès qu'un gars venait en bleu de travail, et prenait la parole en disant " Moi qui suis un ouvrier... ", immédiatement, les petits-bourgeois radicalisés se levaient, comme hypnotisés, et ovationnaient l'orateur, avant, sans même attendre ce qu'il allait dire, et après, quoi qu'il ait dit.

A Saint-Denis, j'ai eu l'impression de revivre cela, avec les mêmes petits-bourgeois radicalisés (même s'ils n'avaient pris des rides et du ventre, pour quelques-uns).

J'ai ressenti ces mêmes attitudes empreintes de compassionnel et de culpabilité chrétienne mal assumée des petits-bourgeois en mal de révolte.

La seule différence, et elle est révélatrice de l'impasse de cet extrême gauche, c'est que, dans le registre du mythe, les sans-papiers ont remplacé les ouvriers.

Pas étonnant, avec des discours à la José Bové et autres " Indigènes ", que ces mêmes ouvriers, salariés précaires payés au SMIC (souvent ceux qui se font péter leur bagnole et dont les mômes ne peuvent plus étudier correctement à l'école) ne votent surtout pas pour cette gauche radicale, que beaucoup ne votent plus, ou, pire, se tournent plutôt vers une droite radicale.

par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org
voir tous ses articles

Rubriques liées

Lettre d'information

Agenda

samedi 6 décembre 2008, 10:00

CRISE FINANCIERE ET ENVIRONNEMENT

101 rue de l’Université, 75007 Paris
Assemblée nationale
Inscription obligatoire
En savoir plus...

mardi 9 décembre 2008, 19:00

"Laïcité & Communautarisme"

Restaurant Le Châlet des Pommiers
CD 2 (Chemin Départemental 2)
Camp Major
13 Aubagne
tél. 04 42 03 12 06
En savoir plus...

mardi 9 décembre 2008, 20:00

« La séparation des Eglises et de l’Etat aujourd’hui »

Amphithéâtre DONZELOT,
Faculté des Lettres
Besançon
En savoir plus...

mercredi 17 décembre 2008, 20:00

RESISTER ET AGIR !

Centre Culturel Jacques Franck
Chaussée de Waterloo 94
1060 Saint-Gilles
En savoir plus...

Voir toutes les dates



Dossiers

Nous mettons à votre disposition des "dossiers" regroupant les différents articles parus sur plusieurs numéros sur un même sujet. Déjà en ligne:


L'affaire du voile dans le gîte des vosges,

ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...

Soutien à Robert Redeker

La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...

L'urgence énergétique

Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...

Voir tous les dossiers