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Publié le 11 juin 2018 – 23 h 21 min , par

L’alliance ordolibérale1, communautariste et cléricale avance à grand pas, il est temps de déployer notre antidote : l’alliance du combat démocratique, laïque, social et écologique

Nous vivons une accélération de l’histoire. L’actualité américaine et chinoise, l’actualité italienne, le développement de la pression des lobbies religieux, le développement des gaz à effet de serre, la volonté néolibérale de passer de la démocratie vers la démocrature2, l’obligation capitaliste pour se maintenir d’attaquer de front les salaires directs et socialisés pour financer des taux de profits élevés, profitent aujourd’hui au développement du populisme d’extrême droite. Comme dans toute période de crise comme celle que nous vivons (rappelons-nous la crise de 1929 car nous ne sommes pas de ceux qui ont perdu la mémoire historique), le désamour populaire de l’ordolibéralisme européen va engager un combat entre le populisme d’extrême droite qui se développe en Europe et les forces progressistes. Pour mener sérieusement cette bataille, nous devons modifier les lignes stratégiques politiques, syndicale, et culturelle dans les forces d’émancipation sociale, politique, économique et culturelle.

L’actualité américaine et chinoise

Les décisions protectionnistes de Trump doivent être comprises comme une politique pour répondre à l’exacerbation de la concurrence inter-impérialiste contre le Canada et les pays européens. La guerre que se livre les grandes puissances économiques de la planète, notamment sur l’Acier, ne fera qu’exacerber la division entre les travailleurs, car pour eux, point d’intérêt aux mesures protectionnistes lorsqu’elles n’ont pour objet que de sauvegarder la marge des états et/ou du patronat.
La décision chinoise de créer un nouveau contrat à terme yuan/or à Londres, faisant suite au même type de contrat à Hong Kong doit être comprise comme une volonté chinoise de pouvoir commercer de plus en plus en yuan et non en dollar et permettre alors aux clients et fournisseurs de la Chine d’utiliser la devise chinoise pour garantir des opérations montées par son intermédiaire.

L’actualité italienne

Il a fallu quelques jours pour que les néolibéraux dits de gauche grecs avec Tsipras pour rentrer dans le rang de l’acceptation néolibérale. En 7 ans, les alaires ont diminué de 40% ! Dans l’actualité italienne, il a fallu une petite journée, sur injonction patronale, pour que les populistes italiens d’extrême droite remplacent un économiste anti-euro par un économiste zélé pro-euro.
L’oligarchie capitaliste joue deux fers aux feux d’une part avec les néolibéraux de gauche ou de droite (dans la plupart des pays européens) et d’autre part avec les populistes d’extrême droite (en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Italie, en Tchéquie, et bien sûr en France.
Dans l’Union européenne, les traités européens et la zone euro favorisent le développement de déséquilibres économiques et sociaux de plus en plus en plus manifestes qui entraînent les peuples au désamour progressif de l’ordolibéralisme européen. Comme la stratégie des forces progressistes n’est pas à la hauteur des enjeux, c’est les  alliés de l’oligarchie capitalisme, les populistes d’extrême droite, qui en profitent. On l’a vu avec l’insuffisance du soutien aux cheminots grévistes, la grève « loto » où les cheminots auront fait plus de jours de grève qu’en 95 sans que le résultat soit le même, avec le fiasco de la manifestation des fonctionnaires du 22 mai et l’insuffisance de la mobilisation du 26 mai, même si que la manifestation du 26 5 mai a redonné espoir à certains militants.
Pourtant, les traités européens et la zone euro vont continuer à faire que les plus riches vont s’enrichir et une masse croissante de pauvres vont s’appauvrir. Tout simplement parce qu’il n’y a plus pour l’instant d’innovations technologiques qui peuvent entraîner des taux de profits élevés dans l’économie réelle, que la montée de l’intensification du travail a atteint une limite, que la troisième guerre mondiale qui aurait pu détruire suffisamment de capital est impossible à cause de la sophistication des armements, et donc qu’il ne reste donc que les politiques d’austérité – la guerre de classes menée par la Bourgeoisie contre le Salariat – qui vont faire baisser de plus en plus les salaires directs et socialisés. Par ailleurs, le développement exponentiel de l’endettement public et privé fait grossir des bulles financières qui ne pourront qu’exploser. Troisièmement, nous avons expliqué à plusieurs reprises dans les colonnes de ReSPUBLICA que l’Allemagne ne paiera jamais les transferts nécessaires pour relancer une Europe puissance. Voilà pourquoi nous allons au devant de crises paroxystiques. Sans attendre ces crises, il convient de façon plus concrète de rompre avec la croyance que l’on peut aujourd’hui socialiser le capitalisme ou même changer l’Union européenne et la zone euro de l’intérieur (partisans du plan A).
Il faut comprendre que le développement de l’UE et de la zone euro a entraîné la désindustrialisation des pays du sud (y compris la France) contrairement à l’hinterland allemand qui a maintenu une industrie puissante. Mais que ces pays du sud (dont la France) ne peuvent pas cesser de consommer et achètent donc de plus en plus au dispositif de l’hinterland allemand. L’Allemagne et son hinterland allemand prennent donc les pays du sud en tenaille : d’un coté une BCE qui ne lutte que contre l’inflation et l’impossibilité de pratiquer des politiques budgétaires pour une reprise durable. Elle n’acceptera jamais de devenir le prêteur en dernier ressort.

Pour les forces progressistes, il est nécessaire de comprendre trois règles :
1. L’Union européenne est irréformable de l’intérieur puisqu’il faut l’unanimité des pays pour modifier les traités. L’arrivée de pays satellites des firmes multinationales et des services secrets des impérialismes étasuniens et allemands, comme Malte entre autres, auraient du en inquiéter plus d’un !
2. L’explosion du système quoique non souhaitable apparaît inévitable ;
3. En déplaise aux partisans du plan A/B(on négocie avec la direction néolibérale pendant un an ou un an et demi en menaçant du plan de sortie appelé plan B) ou du plan B (sortie demain matin à 8h30), on ne peut sortir à froid d’une monnaie unique tant pour des raisons techniques que pour des raisons d’exposition du pays à des effets spéculatifs ravageurs.

Voilà pourquoi il faut former les militants et les citoyens engagés et développer une éducation populaire refondée mais massive. Comprendre les 9 façons de sortir des traités pour comprendre les armes nécessaires de part et d’autre pour assumer le conflit. Nous ne pouvons pas dans un article comme celui-là expliciter ces 9 études de cas. Mais cela peut se faire en formation longue. N’hésitez pas à nous contacter à ce sujet. Un livre et une formation militante sont en préparation.

Les lobbies religieux à la manœuvre

Après le financement sur fonds publics des cathédrales, mosquées, synagogues, au mépris de la loi de 1905 qui semble n’être que l’ombre d’elle-même, après le fait que le financement des écoles privées confessionnelles leur permet d’avoir plus de financement par tête d’élève que l’école public, voilà se déployer de façon exponentielle le soutien des droites au financement public des écoles privées confessionnelles par des voies tordues. La dernière en date consiste au déclassement d’un terrain public de Villejuif près de la future gare du Grand Paris Express pour le vendre au diocèse de Créteil pour une somme dérisoire aux fins de pratiquer un financement public déguisé.
Là encore, on voit le communautarisme et le développement du financement public-privé comme allié et moyen du développement du mouvement réformateur néolibéral.
D’autant que le président Macron a donné son programme de destruction de la loi de 1905 le 22 septembre 2017 devant les églises protestantes, le 9 mars 2018 devant le CRIF, et le 9 avril devant la conférence épiscopale.

La mascarade des COP 21 et suivantes

Depuis la COP 21, les émissions des gaz à effet de serre ont bien augmentés, merci pour eux. Les pseudos écologistes qu’ils soient au gouvernement Macron, ou qu’ils développent ici et là un soutien inconditionnel à l’UE et à la zone euro vont petit à petit perdre leur aura d’hier. Il ne peut pas y avoir de transition écologique sans rupture avec le modèle de développement imposé par le capitalisme.

La démocrature est en marche

Depuis le 29 mai 2005 et son équivalent aux Pays-Bas jusqu’aux injonctions et pressions sur Syriza et sur les populistes d’extrême droite italiens, on voit poindre le théorème de Junker : dans le capitalisme et l’Union européenne, on ne peut pas faire des choix démocratiques contre les traités européens.
Alors, les idéalistes diront : « mais ils avaient dit qu’ils résisteraient au mouvement réformateur néolibéral » ou encore « ils ne pourront pas faire à la France ou à l’Italie ce qu’ils ont fait à la Grèce ». Nous répondrons aux premiers que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » et aux seconds « qu’ils ont raison et c’est pour cela que l’Allemagne et son hinterland iront jusqu’à l’explosion de la zone euro ».
Par contre, se préparer à la crise paroxystique est une meilleure idée ! Voilà le plan C !

Il n’y a plus d’issue pour le capitalisme en dehors d’une intensification des politiques d’austérité

D’autant que l’on voit,comme le dit l’historien Jean Séve et le philosophe Lucien Séve dans « Capitalexit ou catastrophe» aux éditions « La dispute », nous vivons sur longue période « une fragilisation extrême des fondés de pouvoir de la classe dominante » qui est due à la politique néolibérale qui est de « tenter d’avoir l’appui du peuple pour gouverner contre le peuple ». Difficile de le faire ad vitam !
Voilà pourquoi nous disons que la transformation sociale et politique ne se fera pas principalement par la violence des armes, ni par le haut qui gagnerait le pouvoir par les urnes.
Face à la démocrature, retrouver le chemin de la démocratie politique avec les 4 conditions de Condorcet, de la démocratie sociale avec les 3 conditions révolutionnaires de la création de la sécurité sociale de 1944-46, et de la démocratie dans l’entreprise par la socialisation progressive des entreprises.
Face au communautarisme et au cléricalisme et aux 3 déviances de la laïcité usurpée de l’extrême droite, de la laïcité d’imposture de la gauche communautariste, et à la tendance néo-concordataire néolibérale, retrouver le chemin du principe de la laïcité
Face au développement des gaz à effet de serre et au risque nucléaire, pratiquons la rupture écologique
Face aux politiques d’austérité et donc aujourd’hui face au capitalisme, retrouvons le chemin de la rupture sociale grâce au débat démocratique autour d’un modèle politique post-capitaliste.
Face aux pensées magiques et surplombantes distillés ici et là, préférons leurs la stratégie de l’évolution révolutionnaire (Marx et Jaurès).

Reste le problème de l’organisation. Si le type d’organisation de la France Insoumise a manifestement renouvelé la mobilisation face à la cartellisation politique démobilisatrice, au Front de gauche perdant des millions d’électeurs, il n’est pas sûr que cela soit suffisant pour mener la transformation sociale et politique. Ce débat reste ouvert et nous invitons nos lecteurs et lectrices à envoyer leurs contributions pour alimenter le débat : evariste@gaucherepublicaine.org

Pour la rentrée deux fronts prioritaires sont devant nous :
– La bataille sur le front du projet ultra-libéral du système DES RETRAITES que prépare La Macronie.
– Une bataille idéologique et concrète pour que la campagne électorale à venir, permette aux citoyens de s’emparer sérieusement de la question Européenne.

 

 

 

 

  1. Libéralisme politique et gouvernance politique autoritaire. []
  2. Apparemment la démocratie, en réalité la dictature du libéralisme et des marchés. []