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« Fières d’être putes », de Maîtresse Nikita et de Thierry Shaffauser

Par Jean-François Chalot

article publié dans la lettre 532

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  • éditions l’Altiplano agit’prop
  • 123 pages
  • 7 €
  • février 2007

Les féministes ont toujours défendu la liberté pour la femme de disposer de son corps, ce fut d’ailleurs l’une des raisons invoquées par les partisan(e)s du droit à l’avortement… Pourquoi ce droit serait limité et non étendu ?

La liberté sexuelle entre adultes consentants est un droit- qui doit être reconnu ! Les deux auteurs de ce livre, véritable brûlot qui s’oppose à la quasi unanimité des politiques, défendent les travailleuses du sexe et ceci sans complexe. « Le féminisme pute, c’est pouvoir concevoir et pratiquer sa sexualité en dehors du couple, du mariage, de l’amour ».

Presque tous les partis, même ceux de l’extrême gauche sont pour le prohibitionnisme ou l’abolitionnisme… Il s’agit là uniquement de marquer une différence de degré dans la répression : les abolitionnistes considèrent les proxénètes comme des criminels, les prostituées comme des victimes et les clients comme des coupables alors que les prohibitionnistes sont pour sanctionner les clients, les proxénètes et les prostituées.

Les deux auteurs expliquent les conséquences de la loi de sécurité intérieure, dite loi Sarkozy :

La prostitution devenant illégale, les proxénètes ont relevé la tête et beaucoup de prostituées se sont retrouvées livrées pieds et mains aux truands…

Il s’agit là d’un vrai métier à ne pas confondre avec le trafic des mineures et l’exploitation éhontée …

Elles ont choisi ce métier et veulent l’exercer comme travailleuses indépendantes, débarrassées des proxénètes.

Elles expliquent leur combat, démontent l’hypocrisie et revendiquent un droit qui n’est pas reconnu, le tout dans le cadre d’une argumentation construite.

Elles s’en prennent à certains clichés et à certaines caractérisations courantes comme cette accusation qui leur est faite de vendre leur corps : « Cette expression est très populaire dans le langage courant. Elle sert une vision putophobe de la prostitution. En effet, nous ne vendons pas notre corps : nous nous en servons afin de rendre un service sexuel. Ce que nous vendons en réalité est du plaisir sexuel que nous procurons grâce, en partie à notre corps, mais surtout grâce à notre cerveau. »

C’est une invitation à la réflexion et au débat que nous offrent ces deux auteurs… Ils avancent par ailleurs une série de propositions concrètes qui méritent d’être lues et discutées et non d’être raillées ou ignorées au nom d’une dénonciation idéologique du système patriarcal qui ignore ou veut ignorer la réalité.

par Jean-François Chalot
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