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Combat laïque

Il y a 70 ans, un ministre de l’Education nationale faisait respecter la laïcité : Jean Zay

Par Jean-François Chalot

article publié dans la lettre 538

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Le 15 mai 1937, Jean Zay souligne dans une circulaire : "la nécessité de maintenir l’enseignement public... à l’abri des propagandes politiques et confessionnelles", "aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise".

Jean Zay, franc maçon, situé à l’aile gauche du parti radical qu’il ne cesse de critiquer pour sa frilosité se prononcera à la fois contre la non intervention en Espagne et contre les accords de Munich.
Il paiera de sa vie son engagement humaniste et politique, emprisonné à Riom, il sera exécuté par des miliciens en juin 1944 au puits du diable à Cusset dans l’Allier.

D’abord Secrétaire à la Présidence du Conseil, il est choisi par Léon BLUM comme Ministre de l’Education Nationale, le 6 juin 1936, poste qu’il conservera jusqu’au 10 septembre 1939.
Le Front Populaire prend des décisions importantes : législation du travail (Accords de Matignon) – scolarité – loisirs – assurances sociales – allocations familiales – grands travaux – SNCF – Banque de France – Justice – commerce – Nationalisation des fabrications de guerre.
C’est l’époque de « la grève sur le tas ». Les travailleurs sont impatients de mieux vivre. Jean ZAY, pour son nouveau travail, élabore un plan d’ensemble cohérent et en entreprend la réalisation. S’entourant de collaborateurs qualifiés, il travaille en relation avec le Comité Supérieur de l’Instruction Publique qui, après délibérations, approuve ses positions. Il est très impressionné par cette docte Assemblée. Il travaille aussi avec les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves, les organisations laïques. Son directeur de Cabinet est M. ABRAHAM, fidèle et compétent.
Le 5 mai 1937, il dépose 3 projets de loi :

  • le premier, portant sur la réforme des enseignements des 1er et second degrés
  • le second, concernant la création d’une Ecole Nationale d’Administration
  • le troisième, qui règle la matière du droit d’auteur et du contrat d’édition

Lorsque la guerre survint, ces 3 projets étaient en discussion à la Chambre des Députés ou au Sénat.

Son projet de loi sur l’école vise à l’harmonisation des programmes. Il organise l’unité de l’école au premier degré, établit le second degré avec une classe d’orientation commune à toutes les filières à l’entrée du second degré, la coordination des programmes des sections classique, moderne ou technique, afin de permettre des passerelles, avec l’idée d’un système d’orientation continue échelonnée sur toute la durée de la scolarité.

Jean ZAY veut l’égalité des chances, la sélection par le mérite. Son projet pédagogique a pour but de faire se rejoindre les classes moyennes et les classes ouvrières.

En vertu de son pouvoir de décision, il réalise beaucoup de réformes projetées : scolarité jusqu’à 14 ans – réduction des effectifs – l’éducation physique devient obligatoire et l’après-midi de plein air est créé – gratuité de l’enseignement du second degré – organisation des diplômes et de l’enseignement technique – protection de la santé des élèves – colonies de vacances – œuvres sociales – enseignement post-scolaire – cantines.

Avec Léo Lagrange, il développe les Auberges de Jeunesse et le tourisme populaire (campings, camps de vacances). Il introduit dans les examens le Brevet Sportif Populaire.

Il adopte une politique du sport (stades, piscines) et crée des écoles nationales de ski et de tennis.

Par circulaires, il s’inscrit contre les propagandes politiques ou religieuses à l’école. Il crée et organise le Comité Supérieur des Œuvres Universitaires : cercles d’étudiants, cités universitaires, centres de médecine, contrôle des restaurants.

Bien entendu, un effort particulier est fait pour la formation des enseignants :

  • Baccalauréat plus formation en Ecole Normale sanctionnée par un Certificat d’Etudes Pédagogiques pour le primaire,
  • Baccalauréat plus titres ou grades qui seront arrêtés par décret avec Certificat d’Aptitudes Pédagogiques.

L’effort est énorme ! Beaucoup de lycées et d’écoles sont construits, reflétant les tendances de l’art contemporain. Sa politique d’équipement scolaire est exemplaire. Il arrache des crédits : 264 millions en 1936 – 129 en 1937 – 300 en 1938. Il crée des postes d’enseignants :

  • en 1936 : 1052 dans les lycées et collèges,
  • 30 postes d’inspecteurs primaires
  • plus de 10 000 postes de 1936 à 1939.

Pendant l’occupation allemande il écrira que la réforme était à ses yeux « comme le testament d’un humanisme libéral ».
Bien sûr, encore des polémiques ! La gauche, dans son ensemble, est pour et les milieux conservateurs crient à l’assassinat des humanités. Les ligues continuent leur hargne contre Léon BLUM et sa « tribu ».
Henri BERAUT énumère les ministres et leurs collaborateurs qui, à son avis, sont juifs, désignant de futures victimes à la rage raciste des Vichyssois et des nazis.
Aux réalisations de Jean ZAY, il faut encore ajouter d’autres travaux, non des moindres :

  • la Loi sur la création de l’Ecole Nationale d’Administration , votée le 27 novembre 1938.
  • la création du Centre National de la Recherche Scientifique, avec Jean PERRIN (1937-1938)
  • l’organisation du Bureau Universitaire des Statistiques, qui deviendra le Centre National de Documentation Pédagogique
  • l’organisation des droits d’auteur et des contrats d’édition.

Que de travail fourni ! Mais n’oublions pas qu’il était Ministre de la Culture.
A ce titre, il organise des expositions d’art, des tournées théâtrales, signe des conventions culturelles avec différents pays, envoie des professeurs agrégés dans les universités ou lycées français à l’étranger : Athènes, Beyrouth, Varsovie.
Il fait aménager la Bibliothèque Nationale, crée la Pinacothèque, le Musée des Arts et Traditions Populaires, rénove la salle de l’Opéra et fait construire celle du Palais de Chaillot.
Il redresse la Comédie Française avec Edouard BOURDET (assisté de Gaston BATY, Jacques COPEAU, Charles DULLIN et Louis JOUVET)
Il provoque aussi des commandes d’Etat à des artistes : il fait aménager son bureau par Pierre BONNARD. Il n’est jamais à court d’idées. Il élabore un statut pour le cinéma et crée le festival de Cannes (Septembre 1939 : il n’aura pas lieu !)
Il veut utiliser cinéma et radio comme moyens pédagogiques.
Lors de l’exposition universelle de 1937, il organise une exposition d’art au nouveau musée d’art moderne, tandis que le Palais de la Découverte reçoit organisée par Jean PERRIN une exposition scientifique expérimentale de haut niveau.

EMPRISONNE PAR LE GOUVERNEMENT DE VICHY IL SERA LIVRE A DES MILICIENS POUR ETRE EXECUTE

Le 20 juin 1944, il est réveillé par des inconnus qui l’emmènent vers une destination inconnue. La Citroën quitte la prison, l’emmène vers les Malavaux. Là, à pied, ils partent vers le Puits du Diable…et Jean ZAY fut abattu par une rafale de mitraillette de DEVELLE. Son corps fut jeté dans le puits. Sa femme s’inquiète, n’ayant aucune nouvelle ! Le 22 septembre 1946, deux chasseurs parcourent le massif surplombant Cusset, dans l’Allier, et découvrent au fond du trou dénommé « le Puits du Diable » 2 cadavres. La Police Judiciaire fait une enquête, découvre la trace de DEVELLE, milicien fanatique, qui est arrêté sur le bateau à destination du Pérou. Celui-ci est remis à la Police Française en 1948. Défendu par Maître FLORIOT, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Depuis, il a été libéré.

Ses deux complices étaient les miliciens CORDIER (exécuté par des maquisards) et MILLOU qui échappa à la police. Il semblerait que ces hommes aient pris leur décision dans un climat de haine raciale, ayant vécu des décennies dans une atmosphère d’anti-sémitisme.

En effet, durant l’occupation, Jean ZAY subit les attaques les plus sordides, le désignant comme « un juif fauteur de guerre », franc-maçon de surcroît.

Dès le 22 juin 1945, l’Assemblée Consultative provisoire lui rend un brillant hommage. Il est cité à l’Ordre de la Nation… et le 27 juin 1947 a lieu à la Sorbonne une cérémonie où l’université française rend hommage à son grand maître, cérémonie qui se renouvelle chaque année.

Selon le mot de Jean CASSOU, la rafale de mitraillette de DEVELLE avait élevé Jean ZAY au rang de « Ministre de l’intelligence ».

D’après l’étude effectuée par Françoise G.

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