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La nation, un concept républicain (14ème partie) : les solutions républicaines fondées sur les états-nations pour des conflits actuels

Par Valentin Boudras-Chapon

article publié dans la lettre 539

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C'est le moment pour clore (momentanément) cette série d'articles sur le concept républicain de la nation, d'exprimer un point de vue républicain faces à des conflits actuels qui nous sont proches, donc en Europe et au Proche Orient. Car l'analyse cohérente des tenants et aboutissants du concept républicain de la nation (et c'est ce manque de cohérence actuellement qui caractérisent les différentes positions de la gauche bobo socialiste, sans parler de l'extrême-gauche communautariste islamogauchiste et de la droite « libérale » communautariste elle aussi, qui ont des positions cohérentes pour empêcher l'émancipation des individus au profit de leurs maîtres), aboutit à des positions claires qui vont à l'encontre de la vision anglo-saxonne de la résolution des conflits.

En effet la vision anglo-saxonne est d'affaiblir les états-nations (et aussi leurs regroupements régionaux de caractère politique) pour laisser le champ libre au maximum à l'exploitation des peuples par les grands groupes financiers qui veulent marchandiser toutes les activités humaines pour leur profit, et donc d'empêcher toute maîtrise du destin des peuples par leur représentation politique démocratique dans le cadre des états-nations.

C'est pourquoi les solutions anglo-saxonnes des conflits actuels consistent à concocter à chaque fois des « droits de minorités » qui sont parfois de véritables « usines à gaz » mais qui ont pour effet de paralyser l'action politique des états par la reconnaissance de droits spécifiques (donc instituant la différence des droits dans la population) à telle ou telle « minorité » qui se sent, à l'issue, ou toujours opprimée par la majorité nationale ou alors devenir un corps exogène privilégié dans un état aggravant le ressentiment de la majorité nationale de cet état, donc aggravant au final la confrontation des communautés dites nationales; c'est l'alimentation sans fin des facteurs de guerre et de revanche. Ce sont les solutions proposées pour Chypre, le Kosovo, le Haut Karabagh, que nous allons aborder à la fin de cet article, laissant pour le prochain, l'exercice à risques de proposer les solutions républicaines à la résolution du conflit israélo-palestinien, avant notre article 16 portant des conclusions (provisoires).

La meilleure introduction est d'en référer à l'histoire européenne. C'est la recherche de la constitution d'états-nations au 19ème et 20ème siècle (ceux des 5 de Scandinavie, d'Allemagne, de Pologne , de Tchécoslovaquie, d'Italie, de Grèce, et ceux issus de l'empire austro-hongrois et des Balkans), fondés sur le sentiment de se forger un destin commun par des institutions politiques démocratiques avec un droit républicain d'égalité en droit en partageant à chaque fois une langue commune nationale, qui a permi presque partout de se débarrasser de l'oppression de « princes » s'appuyant sur des structures féodales destinées à sauvegarder leur pouvoir d'oppression (et parfois s'appuyant sur une organisation religieuse chargée d'enchaîner les esprits, comme l'application du principe « un prince, une foi »), car seul l'état-nation permet, grâce à la constitution d'un sentiment national homogène, d'une part de protéger le peuple qui la forme des agressions extérieures et d'autre part de parvenir par l'égalité des droits accordées à tous ses citoyens de garantir la paix civile et politique (et c'est quand l'état-nation n'est pas fondé sur ces principes qu'il y a facteur de guerre, comme ça été et c'est toujours le cas dans les Balkans.)

Rappelons-nous la situation chirurgicale imposée entre 1945 et 1947 par les alliés et l'URSS pour résoudre définitivement les conflits nationaux dans l'Europe centrale et l'Europe de l'est, confirmées par les traités et accords bilatéraux après la chute du mur de Berlin: la création de frontières cohérentes sans enclaves, entre les différents états-nations de Pologne, de Tchécoslovaquie, d'Allemagne, et de Biélorussie et Ukraine absorbées dans l'URSS; cette solution chirurgicale a pourtant nécessité le déplacement de millions de personnes pour retrouver leur état-nation reconnu par la langue nationale: 5 millions d'allemands ont été expulsés de Prusse Orientale (ou ils étaient implantés exclusivement depuis le Moyen Age), de Poméramie orientale et de Silésie (également depuis plusieurs siècles en Silésie); mais aussi 3 millions d'allemands des Sudètes au profit des Tchèques, alors que la colonisation des forêts des Sudètes a été faite exclusivement par des populations germanophones au milieu du Moyen Age et aucunement par des populations tchèques ; plus d'1 million de Polonais ont quitté la partie occidentale de la Biélorussie actuelle pour la Poméramie-Silésie et la moitié-sud de la Prusse orientale, et des centaines de milliers de Biélorusses et Ukrainiens de Pologne ont retrouvé leur foyer national à l'est de la ligne de Brest-Litvosk -Lublin

Tout le monde s'accorde pour dire désormais que cette solution chirurgicale, pourtant condamnable dans sa brutalité et le manque d'indemnisation pour les personnes déplacées (voire aussi les excès manifestes comme la ville de Stettin à l'ouest de l'Oder donnée à la Pologne et la région de Kaliningrad devenue une enclave russe) a permis par la stabilité des frontières encadrant des états-nations sans reconnaissance de minorités nationales d'être un facteur de paix pérenne et un facteur d'émancipation collective et individuelle des peuples qui forment désormais ces états-nations; les derniers accords bilatéraux après la chute du mur de Berlin entre l'Allemagne d'une part et la Pologne et la Tchéquie d'autre part avant leur entrées dans l'Union Européenne entérinent ces frontières et rejettent TOUT DROIT AU RETOUR individuel et collectif qui pourrait reconstituer des minorités nationales. (à méditer pour la résolution du conflit israélo-palestinien) Le conflit du Kosovo est exemplaire de ce point de vue; province initialement et très majoritairement serbe au Moyen Age, elle fut peuplée progressivement par des Albanais qui constituent désormais 90% de la population. Toutes les solutions antirépublicaines ont été essayées, (l'autonomie surveillée par un pouvoir serbe organisée par Tito, donc non démocratique, la purification ethnique tentée par Milosevic au nom de la filiation ethno-historique de la patrie des ancêtres); et maintenant est proposée par les d'anglo-saxons l'indépendance du territoire au profit d'une nation albanaise, en voulant garantir des droits hypothétique à la minorité serbe, impossible à faire appliquer vu l'état de guerre larvée La solution républicaine pérenne est bien le partage du territoire entre la Serbie et l'Albanie, la Serbie récupérant l'extrême-nord peuplé uniquement de Serbes et possiblement une bande de territoire à l'est ou résident beaucoup de serbes, le reste étant rattaché à l'Albanie, le rattachement à un état conséquent étant une plus grande garantie d'émancipation individuelle et collective que de petites entités soumises plus facilement à n'importe quelle surenchère et lobbies, (même si les kosovars albanais sont prés de 2 millions), les habitants des 2 cotés de la frontières auront évidemment à choisir de rester dans l'état-nation où ils résident (quelle que soit leur origine) ou de rejoindre l'état-nation qu'ils préfèrent...

Le conflit de Chypre est d'une autre nature: population grecque héllénophone à l'origine dès l'antiquité, elle reçu au Moyen Age une colonisation turque dont les descendants sont environ

100.000 actuellement regroupés surtout autour de la région de Famagouste au sud et dans la pointe nord-est de l'île. La nouvelle occupation militaire de plus du tiers de l'île par la Turquie à partir de 1974 a permis la venue de plus de 100.000 nouveaux colons surtout dans le nord de l'île (où il n'avait pas plus de 5% de la population de nationalité turque avant l'intervention militaire). Il va de soi que la solution qui puisse rester pérenne est le rattachement de la région de Famagouste et de l'extrême nord-est avec la partie centrale près de la partie turque de Nicosie, à la Turquie avec le rapatriement d'une grande partie des 100.000 nouveaux colons en Turquie, les grecs de Chypre récupérant tout le nord soit environ la moitié actuellement occupée de l'île, libres à eux ensuite vu leur nombre (600 000) de rester en état-nation indépendant ou de se rattacher à celui de la république grecque (une minorité turque dans un état-nation cypriote grecque n'étant pas vivable à terme: soit elle bénéficie de privilèges exorbitants pour maintenir leur colonisation, soit elle est opprimée par la majorité grecque).

Quant à l'actuel conflit du Haut-Karabagh, peuplée au début du conflit en 1991 par 150 000 arméniens et par 30 000 colons azéris (turcs d'Azerbaidjan), descendants des colons qui avaient exterminé la population arménienne dans l'ancienne capitale Chouchi au début du 20ème siècle, il est du aux pogroms azéris contre les populations arméniennes de son territoire (dont celui de Bakou) après l'effondrement de l'URSS; la volonté des habitants arméniens de cette province du Haut-Karabagh donnée par Staline à l'Azerbaidjan, de se rattacher à l'Arménie, a permis, en attendant un accord internationnal, de proclamer son indépendance après une guerre victorieuse contre l'Azerbaidjan qui s'est terminée en 1994 par un transfert de population, les azéris de Chouchi ayant fuit en Azerbaidjan et les Arméniens des villages du nord de la province restée occupée par l'armée azérie ayant rejoint les villages arméniens; cette situation devrait raisonnablement être actée en l'état par la communauté internationnale, puisque cela correspond à des frontières viables dans lesquelles les 2 états-nations peuvent exister, en actant aussi que le petit couloir territorial de Latchin entre l'Arménie et la province du Haut-Karabagh, qui n'a jamais été peuplé par des azéris (mais par des kurdes qui ont pris fait et cause pour les arméniens) reste à l'état-nation arménien, les armées d'autodéfense arméniennes rendant alors les territoire azéris conquis audela de la province entre 1991 et 1994 et qui avaient provoqué le départ de près de1 million de réfugiés azéris. Cela devrait être couplée par une solution définitive de la question arménienne par la Turquie qui aurait outre à reconnaître le génocide arménien de 1915 perpétré par le gouvernement « jeune turc », et donc à proposer des indemnisations aux descendants des rescapés et à la république arménienne actuelle puisqu'elle ne peut pas évidemment récupérer les 2/3 de son territoire de 1920, les arméniens de ses territoires maintenant turcs ayant été exterminés,( une minorité seulement ayant pu se réfugiée au Liban, en Syrie, en Amérique et en France); aurait aussi à accepter le principe de réparation ou de récupération territoriale qui peut se poser comme à Chypre et à Stettin; la récupération du district turc d'Ararat, sachant que le mont Ararat est le symbole de l'existence de l'état-nation d'Arménie et que ce district n'a jamais appartenu à la Turquie avant 1920 et qu'il n'est peuplé que très récemment de quelques colons turcs., pouvant être le dernier acte du règlement.

Par ces exemples de propositions de règlement de conflits sur des principes républicains permettant l'existence d'états-nations sans reconnaissance de minorités nationales, donc assurant l'égalité en droit de tous les citoyens d'un même état-nation, et sans nostalgie belligène de la notion de patrie, terre sacrée des ancêtres, il est aisé de constater qu'on est loin de la conception anglo-saxonne d'affaiblissement des états-nations, source de pérennité de guerres et d'iniquités (quand ce n'est pas de massacres), favorable à l'action dévastatrice des forces mondiales financières et économiques qui n'ont plus alors sur leur route des pouvoirs politiques forts d'états-nations.

(à suivre)

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