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Chronique d'Evariste

Robert Redeker, ou le prix du courage face au totalitarisme

Par Évariste

article publié dans la lettre 549

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Dans une chronique du numéro 506, le 26 janvier 2007, intitulée « Vive les hommes libres courageux », je faisais l’éloge des esprits libres qui n’hésitaient pas à braver la douce quiétude d’une majorité confortable pour jeter parfois un pavé salutaire dans la mare. Dans une interview parue dans « Le Parisien » du mardi 26 juin, l’ancien professeur de philosophie Robert Redeker explique aujourd’hui la réalité de sa vie, et démontre, par ses réponses, qu’il appartient bien aux esprits libres courageux que j’évoquais en ce début d’année.

Rappelons rapidement les faits. Le 16 septembre 2006, Robert Redeker signe une tribune dans « Le Figaro », intitulée « Face aux menaces islamistes, que doit faire le monde libre ? », que Respublica publie, une semaine plus tard, dans son numéro 472, dans la rubrique « Débats laïques », en compagnie d’un texte d’Henri Pena Ruiz, contre les propos de Benoit XVI, et de Pascal Hilout sur l’islam et la guerre sainte.

Il est immédiatement menacé de mort. Ces menaces apparaissent suffisamment sérieuses à la police pour qu’il doive quitter son domicile et abandonner son lycée. Dès lors, il vit traqué dans son propre pays, devant, pendant plusieurs semaines, changer de lieu d’habitation tous les soirs.

Commencent à circuler alors, sur le net, des textes invraisemblables, faisant passer la victime, Robert Redeker, pour le coupable, et laissant entendre que sa fatwa, finalement, il l’avait bien cherchée. Nous n'avons eu de cesse de dénoncer cette bassesse, qui consiste à ergoter, entre gens de bonne compagnie, sur le bon goût ou sur la pertinence d'une thèse alors qu'on pointe le révolver sur la tempe de celui qui l'a produite. C'est pour dénoncer cette abjection que nous avons tenu à affirmer notre soutien sans réserve à Robert Redeker : lorsqu'un homme est, de fait, exclu du monde des vivants pour avoir écrit un texte, l'indignation doit être totale, le soutien doit être sans condition, et le "non", sans arrière-pensée. La nuance, la concession, l'hésitation sont en l'occurrence autant de points marqués par les intégristes qui ne rêvent que d'une chose : diviser le camp des démocrates.

On se souvient du silence assourdissant d'une grande partie de la gauche et de la majorité de la classe politique. Pour ne pas laisser le professeur de philosophie isolé, face aux calomnies des communautaristes complices des islamistes, Respublica publie un numéro spécial 475, le 1er octobre 2006, où une pétition de soutien, qui recueillera 5600 signatures, est lancée, avec comme premiers signataires Michel Onfray, Corinne Lepage, Alain Finkielkraut, Yvette Roudy, Bernard Teper, Pierre-André Taguieff, Michèle Tribalat.

Dans ce numéro, nous publions des contributions de Marie Perret, Maxime Vivas, Antoine Peillon, Jocelyn Bézecourt, Claude Baratier, Thierry Kakouridis, Hélène Lotte-Covo, qui, chacun avec leurs mots, défendent le philosophe, et répondent aux calomnies qui s’abattent sur lui.

Dans le sordide, se distingueront particulièrement l’ineffable Pierre Tevanian, professeur de philosophie, tête pensante des « Indigènes de la République » et animateur du site « Les mots sont importants », qui traitera son collègue de raciste pour avoir critiqué l’offensive liberticide de ceux qui parlent au nom de l’islam, et Mouloud Aounit, qui, sur un plateau de télévision, comparera Redeker à Ben Laden.

Sur le site Prochoix, que Respublica reprendra dans non numéro 483, Caroline Brancher recensera tous les textes, issus de militants et d’organisations de gauche et d’extrême gauche, qui, à un moment donné, ont cherché à salir un homme à terre.

Neuf mois plus tard, dans son interview, notre ami raconte la réalité de sa vie quotidienne. C’est une vie de réfugié politique dans son propre pays. Il a dû vendre sa maison. Personne ne connaît sa nouvelle adresse, sauf quelques rares amis sûrs. Il doit tous les jours effectuer 40 kilomètres pour aller chercher son courrier qui arrive dans une boîte postale. Il ne peut rester dans une salle d’attente, chez le coiffeur ou chez le médecin. C’est une amie qui lui coupe les cheveux chez lui (commentaire : ce n’est pas le plus désagréable !). Plus sordide, son père, décédé dernièrement a été enterré sans qu’on publie l’annonce de son décès à la mairie, et sa fille vient de se marier sous haute protection policière. Il a dû quitter l’Education nationale, et est maintenant chercheur du CNRS dans un laboratoire fantôme, sans confrère, sans adresse, sans bureau. Il sait par ailleurs que dans l’Education nationale, se revendiquer de son amitié n’est pas la meilleure façon de faire une carrière, et n’a pas oublié le soutien minimaliste des syndicats comme le Snes, et les premières déclarations hostiles de son ministre Robien.

Président du comité de soutien départemental à Chevènement en 2002, il souligne que ses principaux soutiens, ces derniers mois, ont été Nicolas Sarkozy, Vincent Peillon, Philippe de Villiers, André Gérin et Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, sans oublier le rôle joué par Bernard-Henri Levy et Michel Onfray.

Certains lui reprocheront sans doute d’accepter le soutien de Philippe de Villiers, qui tolère l’intégrisme catholique, et ne combat que le seul intégrisme musulman. Mais quand, telle en Hollande la féministe Aayan Hirsi Ali, on est menacé de mort, et abandonné par toute une gauche « morale », on n’a pas forcément les moyens de faire la fine bouche sur les rares soutiens dont on dispose. D’autre part, quand, notamment lors du procès de Charlie Hebdo, les droits démocratiques, dont la liberté d’expression, sont menacés par des groupes totalitaires et liberticides, il faut mieux être rassembleur que sectaire et diviseur.

Fait important, malgré ce texte qui a changé sa vie, le philosophe persiste et signe, et continue à revendiquer le droit à la libre critique de l’offensive islamiste contre les libertés, en Europe et ailleurs. Robert Redeker pointe du doigt ceux qui se mobilisent contre l'intégrisme catholique, mais qui se taisent lâchement quand il s'agit de cette autre figure du dogmatisme intégriste qu'est l'islamisme radical.

A Respublica, nous considérons que la liberté de conscience est notre bien le plus cher, et qu’elle ne peut s’épanouir que dans une société de justice sociale, où grâce à la laïcité, le politique est séparé du religieux.

Nous n’accepterons jamais les visions totalitaires et manichéennes du monde, et l’intimidation des moralistes de tous bords, qui décident ce qui est bon ou pas pour le peuple, et refusent tout approfondissement de débats, même parfois pertinents, au nom du « politiquement correct obligatoire ».

Nous refusons deux conceptions de vérités toutes faites, à prendre ou à laisser.

Celle de Nicolas Sarkozy, qui entend faire passer toutes les réformes qu’il propose pour de la modernité et du volontarisme, contre l’archaïsme supposé de la gauche et des organisations syndicales.

Et celle d’une bien-pensance parfois simpliste, qui consiste à dire que tout ce que propose Sarkozy est forcément une agression contre les plus modestes, même quand les faits tordent le cou à leurs discours (par exemple, la déduction des intérêts d’emprunt de la résidence principale, ou bien la défiscalisation du travail des étudiants).

Dans les prochains numéros, et Respublica commence dans celui-ci, nous publierons, sur les sujets mis en avant par le nouveau gouvernement, des articles, parfois contradictoires, pour alimenter une réflexion sur les meilleures réponses républicaines à apporter sur des dossiers où le statu quo n’est pas forcément longtemps tenable.
Comme Robert Redeker, que nous publions de temps en temps, nous entendons privilégier cette liberté de conscience qui nous est chère, et qui ne nous empêchera pas, comme lors du TCE ou du CPE, d’appeler à la mobilisation et à la révolte sociale quand les enjeux le nécessitent.

par Évariste
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