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Houria Bouteldja, un racisme de moins en moins voilé

Par Lucette Jeanpierre

article publié dans la lettre 550

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Patrick Devedjian a fait la « une » de l’actualité, ces derniers jours, pour s’être fait surprendre, en pleine discussion avec Renaud Muselier et le député UMP de la région lyonnaise tombeur de l’UDF Anne-Marie Comparini, à traiter cette dernière de « salope ». Bien sûr, tout le monde est tombé sur le peu sympathique Devedjian, qui a dû présenter des excuses à l’intéressée, s’est fait sermonner par son ami le président de la République, et passe pour un affreux macho.

Je n’aime pas Devedjian, mais pourtant, dans cette affaire deux choses me dérangent. D’abord, il y a un côté protection de la faible femme qui me gêne. Connaissant Devedjian, je suis certaine que, quand il parle de Hollande ou de Bayrou, il peut dire des mots très crus à leur encontre, dans le même genre que ceux utilisés contre Anne-Marie Comparini. Or, je ne suis pas certain que ces mots grossiers, employés à l’encontre d’un homme, aurait suscité une telle vague d’indignation. Je suis d’autre part certaine qu’une Roselyne Bachelot emploie des mots semblables, en privé, contre des militants de la gent masculine, fussent-ils de son bord, et cela me la rend parfois sympathique, notamment quand elle traite les sénateurs de vieux cons !

Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’on puisse passer sur les ondes, puis sur le net, une conversation qui demeurait une discussion privée. Si on ne peut plus dire du mal de quelqu’un, voire l’insulter, dans un échange entre amis, sans qu’une caméra cachée ne diffuse vos propos à des milliers de personnes à qui ils n’étaient pas destinés, je suis inquiète pour l’avenir. Je n’ai pas envie de vivre dans un monde où les hommes publics vivent sous la hantise de la caméra cachée, et ne peuvent plus tenir des discussions privées libres en disant des gros mots.

Par contre, je suis stupéfaite du silence fait, suite aux propos proférés en direct sur France 3, le 21 juin dernier, lors de l’émission de Frédéric Taddéi, « Ce soir ou jamais », par l’inimitable porte-parole des « Indigènes de la République », Houria Bouteldja. Seul, à ma connaissance, l’hebdomadaire « Marianne », dans son numéro du 30 juin, a relevé le fait. Après avoir, dans son registre habituel, opposé les Français d’origine immigrée et les autres, forcément blancs, racistes, xénophobes, islamophobes et nostalgiques du colonialisme, elle a tenu ces propos invraisemblables : « Il faut rééduquer le reste de la société, la société occidentale. Nous, on les appelle les sous-chiens, parce qu’il faut bien leur donner un nom : les Blancs ! ». Peut-être la porte-parole des Indigènes dira-t-elle qu’elle a parlé de « souchiens », ce qui pourrait signifier « Français de souche », et saura-t-elle jouer, tel Le Pen dans ses plus mauvais jeux de mots racistes, de l’ambiguïté pour se disculper.

Ce n’est pas le premier dérapage d’Houria Bouteldja. Alors que les « Indigènes de la République » n’existaient pas encore, elle avait qualifié notre ami Pascal Mohamed Hilout, coupable de défendre la laïcité, la République et l’intégration, de « bougnoule de service », en septembre 2003, dans une réunion parisienne.

Evariste soulevait, dans une chronique intitulée « La lepénisation des esprits des Indigènes », dans le numéro 512 de Respublica, la dérive de ce mouvement, qui encourage, en miroir, un racisme contre les Blancs qui est le pendant de celui du Front national contre les gens de couleur.
Un de nos correspondants, Mustafa Al Ayyubi, nous rapportait, dans Respublica n°529, ces propos hallucinants d’Houria Bouteldja, tenus à Paris, le 14 avril 2007 : "Nous ne sommes pas tous des Fadela Amara, des Malek Boutih, des Fodé Sylla, des Azouz Begag."
"Nous sommes pour la résistance palestinienne, qu'elle s'appelle Hamas ou pas, Hezbollah ou pas ». Il nous signalait que pendant sa prise de parole, un négationniste de la Vieille Taupe distribuait sa propagande, sans être inquiété le moins du monde.
Il faut bien remarquer l’incroyable impunité dont les « Indigènes », et leurs propos, bénéficient dans la plupart des médias bien-pensants. Jean-Pierre Chevènement, pour la simple utilisation du mot « sauvageon », avait été littéralement lynché, et traité de raciste par toute une partie de la gauche, relayée par la bien-pensance médiatique.

Il était juste de dire que les propos du Front national attisaient, dans les années 1990, la haine de l’immigré. Mais il serait aussi juste de signaler que le discours de Houria Bouteldja et des siens sont une autre incitation à une haine du Blanc, dans des quartiers sensibles.

Les « Indigènes de la République » ont produit, en 2004, un film de Jérôme Host, contre la loi laïque du 15 mars 2004 intitulé « Un racisme à peine voilé ».

Ce film, et les propos tenus régulièrement par cette mouvance, paraissent autrement plus dangereux quant à leurs conséquences que les écarts de langage d’un Devedjian.

A quand une clarification, à gauche, avec tous ceux qui ont signé la pétition, et qui ne se démarquent pas des propos tenus sur des plateaux de télévision par une porte-parole qui aurait besoin qu’on lui rappelle quelques règles démocratiques élémentaires, notamment que dans un pays « colonialiste » comme la France, le racisme n’est pas une opinion, mais un délit.

par Lucette Jeanpierre
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