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Chronique d'Evariste

Nous ne sommes pas membres d'une ethnie parce que nous sommes des patriotes français !

Par Évariste

article publié dans la lettre 568

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« La France n'est pas un pays comme les autres. » A cette phrase, nombre d'étrangers harangueront que les français sont toujours impossibles à vivre, et que leur « grande gueule » n'a d'égale que la taille de leurs chevilles. Certes, on peut leur concéder une bonne part de vérité. Cependant, il est une chose sur laquelle nous aurons raison de défendre une particularité, qui n'est peut être pas uniquement française mais qui assurément est une caractéristique de notre pays : la culture, la tradition, la valeur, l'importance de la « chose politique » sur notre sol.

A l'heure où l'on tente de pervertir le Pacte Républicain par l'introduction dans les mentalités de la notion d'ethnie sous le prétexte fallacieux de sondages et d'enquêtes sociales, il est important de rappeler ce que c'est que « d'être français ». A l'heure de la première République, alors que le sang du roi était à peine froid, l'assemblée Constituante inscrivit un article dans la Constitution pour l'acquisition de la nationalité française par n'importe quel étranger : « Est français quiconque accomplit un acte défendant la République, adopte un enfant ou subvient aux besoins d'une personne âgée, et embrasse les idéaux de la République. » Que l'on se rende compte de la puissance révolutionnaire d'une telle proclamation ! A elle seule, elle congédie toute génétique, toute couleur de peau, toute notion de parentalité, toute notion de richesse matérielle, toute notion de culture d'origine ! Cet article est révolutionnaire car il proclame l'abolition pure et simple du passif d'un individu et pose le « citoyen » – ie. celui qui conclue le Pacte Républicain – comme celui qui adhère à un projet politique et à la construction d'une société.
La force de cet article réside dans sa capacité de rupture avec l'antériorité de l'individu. En regard de l'appartenance à la nationalité française, il compte comme nul tout son passé, toutes ses appartenances possible pour ne se concentrer que sur son vouloir. De fait, cet article propulse ! La République veut des individualités libres et volontaires : elle leur donne le moyen de l'affirmer : Elle ne tient compte que du désir de construction des instants futurs. La Révolution Française l'avait bien compris : c'est le désir de construction d'un projet commun qui fonde l'entente et la coopération entre les hommes. Les reliquats de leur passé étant davantage propices à une segmentation de leurs vies, à la formation de tribus et de communauté, à l'épanchement des guerres claniques et revanchardes qui tôt ou tard conduiront à la fissuration de la société. Toute la volonté universaliste, toute l'audace de la République est incarnée dans cet article.

En cette période de clivage qui est la notre, entre un monde qui s'écroule, et une mondialisation de l'argent qui broie les individus et détruit la planète, il n'est pas étonnant que la question de l'identité revienne régulièrement, ici et là, qu'elle soit récurante. Cet questionnement sur l'identité est le symptôme d'une angoisse individuelle tout à fait compréhensible au regard de la marche du monde. La gauche républicaine n'a pas le droit de simplement rejeter cette question de l'identité sous prétexte qu'elle n'est pas dans les traditions de la gauche. Au contraire, la gauche doit y répondre. Il en est de son devoir. Elle doit le faire en explicitant ce que c'est qu'être français et pour cela nos lointains ancêtres nous épaulent.
De toute évidence, il est dangereux d'utiliser un terme comme « culture française », « tradition française », car les sous-entendus sont lourds. Une chose est sûre : le terme « ethnie » est non seulement le plus impropre, mais aussi le plus dangereux : il est le plus « sale ». Toute la culture politique française propulse l'individu vers le futur, vers son désir de projet, le renvoie à sa conscience d'un avenir commun. Le terme « ethnie » renvoie l'individu à son passif, à la culture des moeurs, à la génétique, et – pire que tout dans une République laïque ! – à la religion d'origine. En ce sens, le terme ethnie est une négation pure est simple de la République. Que chaque lecteur de ces lignes s'interroge : « Quelle est mon ethnie ? » Il mesurera le vide d'une telle question pour lui même comme pour une majorité de français ; son inconsistance et son inadaptation à l'esprit français. Les militants de gauche doivent comprendre que répondre à la question de l'identité en introduisant la notion d'ethnie n'avait qu'un seul but : détruire le Pacte Républicain en détruisant l'essence même de ce qu'est « être français ». L'introduction de ce terme pour des sondages ou des enquêtes sociales n'a rien d'un hasard. Pas plus que ne relève du hasard des publications scientifiques annonçant la découverte d'un prétendu gêne de la « violence » ou de « l'homosexualité ». Il y a volonté de détruire l'esprit français parce qu'il y a volonté de casser le désir de construire d'un individu et de lui supplanter son passif, de lui poser comme une prison.
Tout cette tendance contribue à déstabiliser le modèle français, ce que c'est qu'« être français », « l'esprit français », car notre pays est l'un des plus opposé à l'invasion du libéralisme anglo-saxon. Les néoconservateurs l'avaient bien compris et déclaré : pour régner sur le monde, il faut détruire la France.

Une réponse de gauche à la question de l'identité ?

La France est un extraordinaire exemple d'un vrai « melting-pot », en comparaison le modèle américain fabrique des ghettos, des communautés. Ici les WASP, là les blacks, ailleurs les portoricains, autre part les mexicains, dans un coin quelques cubains. Rien de cela en France ! Le modèle français vise l'appartenance sur la base du Pacte Républicain. Une personne est française dès l'instant qu'elle adhère à ce pacte qui fonde la République et fait d'elle un citoyen. Au delà de toute couleur de peau, de toute origine, de toute parentalité, de toute religion, de tout gêne, le Pacte Républicain pose le citoyen sur son vouloir, sur son désir, non sur son passif. Pour cette raison, il n'y a pas d'ethnies en France ! Il n'y a que des français.

Pourquoi sommes-nous différents ? La réponse à cette question restera certainement une énigme. Le fondement de l'identité française est le résultat de ces lignes de force qui tissent le Pacte Républicain unissant les citoyens à travers une histoire complexe qui se déroule sur des siècles bien avant la Révolution. Déjà du temps de la Rome antique, partout dans les provinces romaines la hiérarchie posait les romains comme dirigeants et les peuples envahis comme inférieurs. La seule exception de ce temps fût la gaule où un mixe des populations s'effectua et donna un seul et unique peuple : les gallo-romains. Pourquoi là ? Mystère, mais c'est cette histoire de mélanges intimes, d'héritages, de brassages, d'enrichissements successifs, de mélanges des patrimoines culturels, religieux, philosophiques et génétiques, qui fonde la dynamique de cette France dont De Gaulle disait qu'elle est éternelle. Si culture française il y a, alors, n'en déplaisent aux réactionnaires et libéraux de tous bords, elle inclut irrémédiablement cette dimension politique, celle qui fait qu'un individu est français à partir du moment où il embrasse les idéaux de la République. Et cette culture française de la politique a des répercussions majeures sur tous les autres aspects de ce que l'on appelle d'ordinaire « la culture » : gastronomie, littérature, philosophie, sciences, mode ! A la différence des autres cultures, la culture française est fondamentalement, absolument, irrémédiablement, politique et républicaine.
Parler d'ethnie en France, tenter d'extirper l'aspect politique du coeur de la culture française, est un sacrilège, une insulte, un crachat lancé à tout cet héritage. A l'heure où les forces d'éclatement du Pacte Républicain oeuvrent, usant de communautarisme, de religiosité, de génétique, et à présent d'ethnicité, il est temps pour nous, hommes et femmes de gauche, de revendiquer cette culture universaliste française, cette tradition qui fonde la France, d'en être fier et de vouloir l'honorer et la défendre.
Peut-être est cela être patriote.

par Évariste
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