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Chronique d'Evariste

De Rome au TCE, cinquante ans de combat contre les droits des peuples et la démocratie

Par Évariste

article publié dans la lettre 522

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Bayrou-Sarkozy-Royal, qui nous ont appelé à voter " oui " au TCE, sont quelque peu ennuyés. La date, à quatre semaines du premier tour, tombe mal pour eux. En effet, à l'occasion des cinquante ans du traité de Rome, ce week-end, ils vont devoir confirmer leur engagement européen, pour rassurer l'establishment, sans se mettre à dos la majorité des citoyens français qui ont montré, le 29 mai 2005, en votant non au TCE, leur refus massif de la construction européenne version néo-libéralisme.

Dans une période électorale où les candidats disent le lendemain le contraire de ce qu'ils disaient la veille, on peut s'attendre, là encore, à des déclarations attrape-tout des trois postulants, qu'il serait fort naïf de prendre au sérieux.

Comment croire en effet Nicolas Sarkozy qui, depuis les discours de Guaino, raconte exactement le contraire de qu'il a toujours raconté, et qui met un coup au centre, un coup à droite toute, avec des propos souvent contradictoires (lire chronique Evariste 520).

Comment croire davantage Ségolène Royal, et le Parti socialiste, qui, à son dernier congrès, s'affirme contre une sixième République (provoquant le refus d'Arnaud Montebourg de voter la synthèse), et qui, brutalement, par la bouche de sa candidate, nous dit que maintenant elle y est favorable. Tout cela pour ne pas laisser au seul Bayrou l'image du réformateur des institutions.

Comment croire davantage Bayrou, qui fait semblant d'être un homme neuf, alors qu'il n'a fait qu'accompagner toutes les politiques libérales de la droite, et qu'il a voté la majorité des lois et contre-réformes du mandat Chirac, depuis 2002.

Ils auront du mal à cacher leur accord sur la question européenne. Ils nous font bien rire, les socialistes, quand ils veulent mettre du fil de fer barbelé autour de Bayrou, en nous jurant, main sur le coeur, que jamais le PS ne pourra faire alliance avec lui !

Mais en Europe, c'est l'axe social-démocratie et Démocratie chrétienne qui fait tourner la boutique, depuis cinquante ans, avec des majorités alternées qui ne changent rien quant à la construction libérale du Vieux-continent.

Mais en France, n'est-ce pas Elisabeth Guigou (qui devait abandonner la politique si le non gagnait !), Martine Aubry et tout l'appareil du PS qui faisaient campagne en 1992 pour le " oui " à Maastricht avec Valérie Giscard d'Estaing, et tout l'UDF, dont François Bayrou ?

N'est-ce pas Lionel Jospin qui, en 1997, nous avait promis, s'appuyant sur des conditions programmatiques du Parti socialiste, qu'il ne signerait pas le Pacte d'Amsterdam s'il n'y avait pas une réorientation de la construction européenne. Il venait d'être élu, il avait le mandat du peuple français... et il a signé, sans condition, un traité limitant à 3 % le déficit, et ne remettant pas en cause le rôle de la BCE.

Certes, lors du référendum sur le TCE, ils n'ont pas fait de meetings communs, on a juste eu droit à une page une inoubliable de Paris-Match, montrant François Hollande et Nicolas Sarkozy, avec le même sourire, le même costume, et le même mot d'ordre : surtout votez " oui ".

Bayrou, Royal et Sarkozy sont conséquents : ils étaient pour le " oui ". Ils sont pour la poursuite de la construction européenne, et donc ils sont partisans du renforcement des prérogatives des Régions pour casser les Etats-Nations, et notamment l'Etat français, dont les traditions jacobines sont jugées néfastes par les adeptes du tout-marché.

Avec leur logique fédérale européenne, la France et toute l'Europe seraient aujourd'hui aux côtés de Bush, en train de faire la guerre en Irak.

Le président de l'UDF, fédéraliste européen acharné, caresse dans le sens du poil tous les discours communautaristes des micro-nationalistes que sont les régionalistes, basques, corses, bretons, alsaciens ou autres. Partisan de la charte des langues régionales, qui introduirait le bilinguisme dans les Régions françaises, pour un grand département basque, pour des écoles de type Diwan dans toutes les régions... Avec lui, c'est l'éclatement de la République assuré ! Mais Ségolène Royal a derrière elle Jack Lang, qui dit, sur cette question, exactement la même chose que Bayrou, et qui était prêt à transformer les écoles Diwan en écoles publiques !

Sarkozy ne rêve pas d'autre chose, quand il organise une commission Machelon avec des participants triés sur le volet, qui en concluent qu'il faut que le concordat d'Alsace-Moselle soit possible partout en France, et que le financement des mosquées et autres lieux de culte doit être public. Et dans le même temps il se réclame de la discrimination positive ! Mais il est aussi capable de dire, devant les maires de France, qu'il veut un moratoire sur la régionalisation (toujours le grand écart).

Ce n'est pas Ségolène Royal qui va avoir ces précautions oratoires. Elle veut pousser la régionalisation jusqu'au bout, et elle l'assume ! Elle a même été jusqu'à proposer que les Régions concernées rentrent dans le capital d'Airbus, comme si elle anticipait déjà cette régionalisation totale, que l'Etat national n'avait plus son mot à dire. A l'Ile de la Réunion, elle s'est dite favorable à la préférence régionale !

Quel que soit celui qui sera élu, sur l'Europe, cela sera la même politique européenne que celle menée depuis cinquante ans, et que les Français ont refusé.

Pour tous ces gens, le vote du 29 mai doit être un accident de l'histoire, sans lendemain, qu'il convient de contourner au mieux.

Pour les commissaires européens, et l'axe socialistes démocrates-chrétiens, il faut continuer la fuite en avant, de quinze à vingt-cinq, puis à vingt-sept, et bientôt trente et plus, en se moquant de l'avis des peuples. Pour eux, il faut encore plus de libre-échange, plus de concurrence libre et non faussée entre salariés, et plus de pression sur les protections sociales solidaires et les services publics, qui doivent disparaître au profit d'une logique marchande.

L'absence, lors des échéances présidentielles, d'un candidat défendant les valeurs républicaines, laïques et sociales montre la nécessité de rassembler, au plus vite, les différents courants se réclamant de ces valeurs, pour offrir une alternative politique à l'impasse actuelle.

Respublica a donc décidé de publier ce numéro spécial Europe, qui, comme nous l'avons annoncé dans la dernière chronique, comportera un ensemble de questions totalement absentes des prochaines présidentielles.

Certains articles sont inhabituellement longs. Mais ils n'hésitent pas, pour certains d'entre eux, à mettre sur la table des questions (protectionnisme, euro, autre Europe, ou sortir de l'Europe ?) que tout le monde occulte, surtout la gauche antilibérale officielle dont les leaders ont été incapables d'offrir des perspectives après la victoire du 29 mai, et qui ne montrent aux électeurs que des divisions politiciennes stériles, avec le présence des trois B au premier tour.

Ce numéro, qui donne la parole à des personnalités de sensibilités différentes, se veut d'abord un outil de débat et de combat, pour armer les militants qui, au lendemain des présidentielles et des législatives, auront besoin de se remobiliser s'ils ne veulent pas que leur magnifique victoire du 29 mai 2005 n'ait servi à rien.

par Évariste
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