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Bayrou, Royal, Sarkozy ... quelle vision européenne ?

Par Michel Naud

article publié dans la lettre 522

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Nous savions que nous n'y échapperions pas. Ce 25 mars 2007, tous ceux qui réclament leur part du " rêve européen " communieront en choeur : Angela Merkel a peaufiné la " déclaration de Berlin " que réaliseront les vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de l'Union Européenne ; de son côté, l'église catholique romaine, fournisseur du kit idéologique clé en main (principe de subsidiarité, corporatisme, etc.), a fait état de sa légitime " gratitude pour ce qui a été accompli dans le cadre du projet européen " et clôturera les cérémonies par un " message de Rome " prononcé par sa sainteté elle-même ; enfin, conformément à l'oecuménisme européiste de rigueur, la " fédération humaniste européenne " alliée pour la circonstance à des alter-catholiques ira elle aussi de sa " déclaration de Bruxelles " déclamant sa " vision pour l'Europe ". En quelque sorte, en ce 25 mars 2007, après les " non " français et néerlandais, " l'empire contre attaque ".

Evariste l'a souligné dans son éditorial du numéro 521 : les trois candidats qui semblent se partager 75 % des intentions de vote présentes des électeurs sont des européistes ostentatoires ; ils ont ainsi milité et voté pour le " oui " au traité de Maastricht, suivis alors par une faible majorité des électeurs français (51 %) et ont persisté et signé en militant et votant pour le " oui " au projet de traité constitutionnel, désavoués cette fois si par une majorité des électeurs français (55 %).

Evariste et l'équipe éditoriale de Respublica évoquent régulièrement si ce n'est invoquent le " non de gauche " ; je ne me revendique pas, personnellement, de ce " non de gauche "; le " non de gauche " est en effet le plus souvent un " oui " à une " autre Europe ", altérité puisant sa source dans une affirmation " antilibérale " et/ou " altermondialiste " ; or je suis un électeur du " non " démocratique et républicain à l'Union Européenne elle-même, m'opposant tant au renoncement à la souveraineté nationale, condition nécessaire de la démocratie politique, qu'au modèle économique et social émergeant ; mais si je ne partage pas la posture généralement qualifiée de " non de gauche " je réponds néanmoins présent, comme je l'ai déjà fait de façon constante, à l'invitation au libre débat de l'ami Evariste ; je vous invite donc à ma suite dans un autre regard sur la " vision européiste " des trois candidats qui, à la mesure des sondages, auraient aujourd'hui la préférence des électeurs français.

Je ne rentrerai pas dans le catalogue précis des mesures pour me concentrer sur ce qui me paraît l'essentiel. Un outil pratique pour celles et ceux que cela intéresse d'entrer dans le détail des propositions est le comparateur des programmes , même si on ne pourra pas ne pas remarquer, pour le sujet qui préoccupe l'édition d'aujourd'hui, que le seul candidat qui se trouve affirmer " la nécessité de rompre avec l'union européenne ", à savoir Gérard Schivardi, le maire de Mailhac soutenu par le parti des travailleurs, n'est pas (encore) pris en compte dans le comparateur.

La Grille de lecture

Bien entendu une partie commune du credo des trois principaux candidats européistes réside dans l'affirmation initiale suivant laquelle l'intégration européenne aurait apporté la paix au continent :

" Avant de venir à Strasbourg je me suis arrêté à Verdun ; sur ce champ de bataille se déroula le plus long, le plus meurtrier, le plus atroce combat de toutes les guerres, peut-être aussi le plus absurde. Des milliers de vies détruites chaque jour pour faire bouger de quelques mètres la ligne de front. Les amis qui tombaient les uns après les autres. Les corps déchiquetés qui n'avaient plus de visage et qui n'avaient plus de nom. Les hommes enterrés vivants. Les soldats qui se noyaient dans la boue des tranchées. Relève après relève, presque toute la jeunesse de France et d'Allemagne montant en ligne en piétinant les morts. Un héroïsme inouï, une sauvagerie sans pareille. Ce fut cela, Verdun. (...) Mais à Verdun, déjà, au fond des tranchées, se nouait le drame futur. Comme une tragédie antique, implacablement, chaque guerre appelait la suivante, le meurtre appelait le meurtre, la vengeance appelait la vengeance. (...) L'Europe qui à force de violence avait fini par faire naître au milieu de la civilisation la pire des barbaries, l'Europe, un jour, a décidé de surmonter les haines qui l'entraînaient vers l'abîme. " (Nicolas Sarkozy, 21 février 2007, Strasbourg)

Il n'y a pas à dire : Henri Guaino a du talent, et, ne soyons pas mesquins, Nicolas Sarkozy aussi. Et pourtant, si on relit le traité de Rome instituant la communauté économique européenne, l'aspiration à la paix et à la liberté ne figurait en 1957 qu'au huitième rang des priorités du préambule ; dans la continuité du traité précédent portant sur le charbon et l'acier, et en cohérence avec celui signé le même jour portant sur l'énergie atomique, les premiers objectifs que se donnaient les pays signataires étaient alors " le progrès économique et social de leurs pays " en " assignant pour but essentiel à leurs efforts l'amélioration constante des conditions de vie et d'emploi de leurs peuples ". Mais allez savoir pourquoi, les trente glorieuses étant passées, les européistes préfèrent communiquer sur la paix maintenue ...

Plus prosaïquement, qu'est donc l'Union Européenne ? L'Union Européenne n'est pas " l'Europe " ; l'UE est une entité politique supranationale réunissant en son sein 27 des 46 pays membres du Conseil de l'Europe. Lors de la signature du traité de Rome par les six fondateurs de la CEE, le Conseil de l'Europe comptait déjà neuf membres de plus (dont déjà la Turquie). La CEE devenue UE n'a cessé de s'agrandir, en un processus d'unification/intégration pacifique progressif. Elle fait ainsi suite, sous une autre forme, aux tentatives d'unification/intégration précédentes qu'étaient déjà l'empire romain, l'empire carolingien (Charlemagne), le saint empire romain germanique, l'Empire (napoléonien, le seul qui mérite, en français, une majuscule), et le IIIe Reich (celui qu'il n'est pas politiquement correct d'évoquer mais qui n'est pas un détail ...). Utiliser le mot empire à propos de l'union européenne n'est pas inapproprié. José Manuel Barroso, l'actuel président de la commission européenne, ne renie pas cette aspiration impériale revisitée ; interrogé par des journalistes pas plus tard que le 19 mars 2007 , il définissait lui-même, en avant-première des concélébrations, l'union européenne comme un ensemble de pays volontairement unis autour des valeurs de liberté et de démocratie pour former, selon ses propres termes, un " empire anti-impérial ".

Mais l'Union Européenne n'est pas que cela. Elle représente certes un projet politique continental mais elle est porteuse d'un projet d'organisation politique, économique et sociale dont les concepts les plus emblématiques sont le " principe de subsidiarité " et le " néocorporatisme ".

Le principe de subsidiarité, emprunté à la doctrine sociale de l'église catholique romaine, stipule que l'échelon communautaire n'intervient que " si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres ". Bien sûr, la question importante n'est pas celle de l'autonomie la plus large pour la réalisation, principe de management qui fonde les déconcentrations et décentralisations, mais bien que c'est à l'échelon communautaire que l'on envisage quelles sont les actions à envisager. En effet, dans cette conception organique de la société, tout échelon supérieur s'interdit de réaliser lui-même ce qu'un échelon inférieur (corps intermédiaire) pourrait faire mieux que lui ; cela lui permet de se consacrer aux tâches plus importantes... et notamment d'orienter et de décider, de veiller à la mise en oeuvre de l'intérêt général (le bien commun), autrement dit "diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportent les circonstances ou l'exige la nécessité ".

Quant au néocorporatisme, lui aussi emprunté à la doctrine sociale de l'église catholique romaine (dont on comprendra ainsi aisément à la fois sa " gratitude " et son étonnement devant le fait que les " racines chrétiennes " de l'union européenne ne soient pas reconnues), " il consiste en la participation des corps intermédiaires dans la régulation sociale. Il se caractérise, d'une part, par un système de la représentation des intérêts qui est réduit à un nombre limité d'intervenants à qui l'Etat offre un monopole reconnu, en échange duquel il est en droit d'exercer un contrôle sur leurs activités. D'autre part, il incarne une forme de participation de ces groupes reconnus à l'élaboration des politiques publiques : la formulation et l'application des politiques deviennent le produit de la concertation sociale, d'un pacte basé sur l'échange d'avantages mutuels entre l'état et les groupes privés. Cette interaction stimule l'institutionnalisation des groupes d'intérêt et entraîne une délégation de l'autorité publique à des acteurs privés ". ( Source : european foundation for the improvement of living and working conditions). Un produit achevé du néocorporatisme, comme le note l'observatoire social européen, est la conclusion de pactes sociaux.

Ainsi, comme le disait encore il y a peu (23 février 2007) Giorgio Salina, le président de la fondation Europa, il s'agit bien "non seulement d'une subsidiarité 'verticale' entre les Institutions communautaires, chacun des Etats et les pouvoirs locaux, mais aussi d'une subsidiarité 'horizontale' entre le pouvoir politique à divers niveaux et la société dans ses différentes articulations ". On comprendra aisément qu'une " Europe des régions " régulièrement évoquée serait une expression aboutie de la " subsidiarité verticale " alors que la " démocratie participative " illustre quant à elle parfaitement ce qui est entendu par " subsidiarité horizontale ".

Quelles sont donc les visions des trois candidats favoris au regard de ces questions : l'union européenne pensée comme puissance politique et économique à une échelle mondiale, la " subsidiarité verticale et horizontale " comme mode de régulation institutionnelle et sociétale, et le néocorporatisme comme mode de régulation sociale ?

François Bayrou

Ce ne sera une surprise pour personne, François Bayrou a l'Europe au coeur. Il est le candidat qui s'est exprimé le premier et le plus souvent sur les questions européennes, et notamment sur son analyse de pourquoi les électeurs français ont voté " non " au référendum :

" Ils ont répondu deux choses. Premièrement, vous ne nous obligerez pas à accepter un projet qui ne nous correspond pas. Nous refusons la confiscation par des experts du choix de société que nous avons à conduire. Deuxièmement, la dimension du projet, qui est une dimension "marchande", "financière", "ultralibérale", ne correspond pas aux valeurs et aux espoirs qui sont les nôtres. (...) J'ai fait un calcul : si vous prenez les chefs-lieux de tous les départements français, ceux qui vivent au coeur des villes, avec souvent un immobilier assez cher, ont voté " oui " majoritairement. Au sommet de la pyramide, Paris, qui est la ville de France qui a voté le plus oui. Alors que dès que vous entrez dans les banlieues et le rural c'est massivement " non ". Ceci dit quelque chose de notre pays, quelque chose de très important. Je ne partage pas l'idée selon laquelle " ce sont des gens qui ont été abusés ". Simplement, leurs raisons n'étaient pas les mêmes. Les Anglais, qui ont une langue très éloquente, disent " in " et " out ". Les gens du " in " ont voté " oui " et ceux du " out " on dit " non ". Ce n'est pas étroitement corrélé au niveau de salaire, les retraités, qui ne sont pas très riches, ont voté " oui ", alors que d'autres avec un niveau plus élevé ont voté " non ". Or cette double affirmation de nos concitoyens, c'est pour nous une souffrance, parce que précisément l'Europe a été inventée en accord profond avec leur double attente. "

Bayrou n'est pas un idéologue de la construction européenne ; il est l'illustration de ce que Daniel Cohn-Bendit appelle, en s'en revendiquant, " le romantisme juvénile pour l'Europe ", celui qui sur les ruines des deux guerres mondiales disait qu' " il fallait supprimer la haine et que pour cela il fallait bâtir une maison commune ", romantisme se fondant sur un mysticisme à la Charles Peguy pour lequel François Bayrou aime à rappeler que " tout commence en mystique et tout finit en politique " , et alors de regretter que " là, pour l'Europe, tout a commencé en mystique et peu à peu, nous l'avons laissé s'éloigner en technocratie ".

Et c'est ce qu'il démontre en évoquant ce que sont, pour lui, les deux réponses possibles à a question " quelle vision pour l'Europe ? " et, parmi ces deux réponses, laquelle il fait sienne :

" Il y a la réponse qui dit : l'Europe, Mesdames et messieurs, cela sert à faire du commerce, cela sert à avoir le plus grand marché possible, et de surcroît, cela sert à avoir des lois et des règles de vie en commun qui nous assurent que, dans tous nos pays, on va respecter un certain nombre de procédures un certain type de légalité, que l'on va respecter les droits de l'Homme en particulier, bref que nous serons dans un espace commun de droits et d'échanges. C'est un projet dont je ne dis pas qu'il est nul, dont je ne dis pas qu'il est sans intérêt, c'est très important de faire du commerce, c'est très important d'avoir des règles communes qui permettent, d'un côté et de l'autre de la frontière, de se retrouver, mais pour nous, ce n'est pas l'essence du projet européen parce que, pour nous, notre projet européen répond à une autre question, non pas, qui veut faire un grand marché ? Mais qui veut l'union de l'Europe pour changer le monde ? Qui veut l'union de l'Europe pour défendre notre modèle de société européen ? Qui veut l'union de l'Europe pour défendre nos valeurs, nos valeurs sociales en particulier, l'Europe sociale en particulier, notre modèle social et culturel. Si j'osais, si j'allais tout à fait au bout de ce que je pense, je dirais notre modèle culturel et presque même notre modèle philosophique et spirituel. "

Ségolène Royal

Parmi les trois candidats évoqués Ségolène Royal est celle qui s'est exprimée le moins sur l'union européenne. Son discours sur l'Europe d'octobre 2006 était essentiellement un catalogue de mesures sans qu'une volonté particulière ne semble s'en dégager. Finalement, ce sont dans les quelques lignes qui évoquent l'Europe dans le discours de Villepinte que l'orientation suivie me semble la mieux détectable. Affirmant " je veux que la France revienne à la table de l'Europe et je ferai tout pour cela. L'Europe doit rester la grande ambition et la grande réalisation du 21e siècle" elle y signe bien sûr l'orientation qui est celle du parti socialiste. Tout comme Bayrou elle ne veut pas " d'une Europe qui ne serait qu'une zone de libre-échange ". La conception économique et sociale qu'elle défend la conduit à envisager de "mettre en place un gouvernement économique de la zone Euro pour une politique de croissance " de même que " la négociation d'un protocole social pour renforcer les droits des travailleurs ".

La conception de la régulation sociale sous-tendue par un tel protocole apparaît avec davantage de clarté quand est abordé le dialogue social en France : " Je veux que la France se modernise dans la qualité de ses relations sociales comme toutes les démocraties et grandes démocraties au monde, tout le monde doit y gagner, salariés, entreprises, le pays tout entier, je l'ai dit et je le répète, dans une logique de cercle vertueux qui met fin aux logiques d'affrontement et qui permet des compromis sociaux qui nous permettront ensemble d'être plus justes à l'égard des salariés et d'être plus forts sur la compétitivité économique. "

L'élément structurant de la pensée de Ségolène Royal me semble bien être cette conception là de la régulation sociale : dans le discours d'aucun autre candidat on ne trouve une exposition aussi appuyée et aussi explicite du néocorporatisme dont, bien sûr, les références au " bien commun " comme celles à " l'ordre juste " sont des signatures sémantiques qui ont déjà été pointées par des observateurs ; de même l'idée, un temps avancée et aujourd'hui mise sous le boisseau, de la " syndicalisation obligatoire " est empruntée au même registre. Par contre, bien que présentée comme " grande ambition " du 21ème siècle l'union européenne ne m'est guère parue présente dans le pacte présidentiel ou les discours, si ce n'est que comme cadre de référence jugé pertinent pour ce projet économique et social porté par le parti socialiste.

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy, lui, s'exprime largement sur la question européenne ; néanmoins son discours est plus complexe qu'il n'y parait au premier abord. Tout comme François Bayrou il ne manque jamais de rendre un hommage appuyé aux " pères fondateurs " mais avec une tonalité qui lui est particulière : " Je veux rendre hommage à Jean Monnet, (...)Je veux rendre hommage à Robert Schuman, (...) Je veux rendre hommage au Général de Gaulle (...) Le Général De Gaulle voulait que l'Europe fût européenne, c'est-à-dire indépendante. Il voulait qu'elle respectât les nations. " Qui parle ici ? Henri Guaino, auteur des discours et connu comme gaulliste souverainiste ou est-ce la pensée profonde de Nicolas Sarkozy ?

Quand Nicolas Sarkozy parle de la conscience européenne, là, par contre, c'est clairement le registre de l'Europe impériale qu'il emprunte : " il existe une conscience européenne qui vient de l'histoire la plus ancienne, qui vient de la civilisation, qui vient de la religion. Le grand dessein de l'unité européenne n'est pas une chimère parce que l'Europe rêve depuis toujours de cette unité que les souvenirs de Rome et de la chrétienté font vivre dans l'esprit de chaque Européen tout à la fois comme une nostalgie et comme un projet. Dans la formation de la conscience européenne il y a eu le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l'Orient et l'Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon, la grande tourmente de la Révolution Française qui voulait renverser les trônes pour faire l'Europe des peuples. Il y a eu les grands cauchemars totalitaires et le rideau de fer. Il y a eu le Printemps de Prague et la chute du Mur. "

Mais là aussi, l'Etat-nation pointe à nouveau son nez au détour du discours: " Je crois à l'identité nationale et à l'identité européenne. Et je suis convaincu que l'une a besoin de l'autre. "

Une autre dimension est présentée avec beaucoup plus de force par Nicolas Sarkozy que par les deux autres candidats évoqués, c'est la Méditerranée : " Je veux être le Président d'une France qui fera comprendre à l'Europe que son avenir, son destin même, se trouve en Méditerranée. Je veux être le Président d'une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de division et de déchirements. Entre le continent américain d'un côté et l'Asie de l'autre, la géographie de la mondialisation pousse l'Europe à imaginer une stratégie euro-africaine dont la Méditerranée sera fatalement le pivot. "

Alors qu'en ressort-il ?

Un discours entendu mille fois était que le " non " au traité constitutionnel était un " non " polyphonique ... dans la bouche des " oui-istes " cette affirmation se voulait disqualifiante ... Force est de constater à la lecture des discours et programmes des trois favoris des sondages que le " oui " est lui aussi très largement polyphonique.

L'européisme de François Bayrou est ouvertement romantique voire mystique ; significativement François Bayrou est le seul qui évoque une " souffrance " devant le " non " des électeurs français ; François Bayrou est aussi très clairement le candidat de la subsidiarité verticale, celle d'une union européenne intégrée se déclinant par l'autonomie des régions.

Cette dernière dimension trouve probablement son agrément auprès de Ségolène Royal, semblant beaucoup plus proche de Bayrou sur la question européenne que de Nicolas Sarkozy, ce qui n'a rien d'étonnant puisque tels sont les courants politiques dont sont issus les plus ardents constructeurs de l'union européenne. Force est néanmoins de constater que autant l'affirmation européenne de Ségolène Royal est sensiblement plus faible que pour les deux autres candidats, autant l'adhésion au modèle économique et social néocorporatiste européen est très sensiblement plus explicite pour la candidate. Par les pactes sociaux ou la démocratie participative, Ségolène Royal met en avant de façon très explicite la dimension horizontale de la subsidiarité. Le ralliement de Jean-Pierre Chevènement à l'équipe de campagne en semble encore plus surréaliste.

Quant à Nicolas Sarkozy, sa signature me semble double ; d'une part il développe clairement une vision géostratégique de la construction européenne ; d'autre part, à petites touches mais de façon facilement identifiable, par calcul ou par conviction (mais cette interrogation est valable pour les deux autres candidats évoqués), et par delà les effets de manche, le discours européen de Sarkozy ne se démarque pas tant que cela des eurosceptiques de son camp ; il semble user de la carte jouée régulièrement par Jacques Chirac ; finalement, ce n'est peut-être pas que parce qu'il est brillant et écrit bien qu'Henri Guaino lui rédige ses principaux discours.

Ceci dit, cette comparaison ne s'est concentrée que sur celle et ceux des candidats qu'il n'est pas improbable de retrouver comme vainqueur du second tour des élections présidentielles 2007. D'ici là il y aura le premier tour, et la partition de la place de notre collectivité nationale à l'échelle de notre continent est écrite sur douze portées ne pouvant être réduites aux pupitres des trois solistes évoqués.

par Michel Naud
Initiateur du réseau brightsfrance.free.fr/ voir tous ses articles

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