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Débats républicains

Pour un nationisme pro-européen

Par Christian Gaudray

article publié dans la lettre 522

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Dans un projet d'intégration élaboré démocratiquement, les questions de la pertinence et de la légitimité du projet ne devraient même plus se poser après 50 ans d'existence. Pourquoi le peuple français a-t-il voté non au projet de TCE il y a 2 ans ? La raison première est le refus de rendre quasiment irréversible l'orientation ultralibérale dogmatique des dirigeants actuels et passés. Mais il est peu probable que ce soit la seule raison qui a ramené vers les urnes une partie des classes populaires qui les avaient déserté. Il donc faut interpréter ce coup de tonnerre comme un de ces grands sursauts dont le peuple français est capable quand la Nation est menacée. A côté du refus des politiques néolibérales qui ont entraîné un découplage entre croissance et bien-être social, il y a autant le ras le bol d'une construction et d'un fonctionnement non démocratiques. On ne trompe pas le peuple pendant 50 ans sans qu'il se révolte ! Penser pouvoir rééditer la mystification du référendum de Maastricht, c'est prendre les citoyens pour des imbéciles ! Ras le bol de la concentration des pouvoirs législatif et exécutif dans les mains de technocrates non élus et a-responsables. Ras le bol que les grandes orientations européennes ne soient jamais soumises à suffrage. Ras le bol de voir des pans entiers de notre souveraineté délestés sans aucune contrepartie.

Ce n'est pas l'heure du repli qui sonne. Souverainisme et nationalisme ne sont pas l'avenir de la France ! L'heure est à un nationisme qui s'appuie sur nos fondamentaux (la souveraineté qui réside dans le peuple, les grands principes de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité) pour enfin construire une Europe sociale, démocratique, respectueuse des identités nationales et de la souveraineté des peuples qui la compose.

Quelles seraient dès lors les mesures capables de refonder l'Europe avec l'adhésion de ses peuples ? Elles sont de deux ordres, sociales d'une part, institutionnelles d'autre part. Il convient tout d'abord de rompre avec les dogmes néolibéraux. Rompre avec le libre-échangisme, rendre la souveraineté monétaire aux nations, enclencher une harmonisation par le haut de la protection sociale, promouvoir une intervention publique forte s'appuyant sur des services publics et des grands projets à vocation sociale et environnementale, peser pour un internationalisme de la solidarité entre les peuples.

En parallèle, il faut donner le pouvoir aux élus, qu'ils soient mandatés pour mettre en oeuvre le programme sur lequel ils seront élus. Il faut en finir avec la confusion des pouvoirs de la Commission européenne, en finir avec ses directives et n'avoir que des lois votées par le parlement. Il faut enfin rendre obligatoire le recours au référendum pour toute modification institutionnelle ou tout élargissement. Ces mesures permettront d'en finir avec les sangsues que sont les lobbies communautaires, religieux, industriels, catégoriels, etc.

La Nation et l'Europe sont toutes deux absentes de la campagne présidentielle. Cela augure mal de l'avenir, car peut-on prétendre aujourd'hui agir dans l'intérêt général en laissant de côté la Nation et en laissant en l'état l'Europe ?

par Christian Gaudray
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