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Chronique d'Evariste

Sarkozy inaugure à Marseille un tramway nommé désiré !

Par Évariste

article publié dans la lettre 551

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En ce mardi 3 juillet, le tramway de Marseille doit être inauguré par le président de la République en personne. C'est vrai que les Marseillais l'ont longtemps attendu, et que trois ans de travaux, de conflits sociaux, au milieu de la poussière et des embouteillages, c'est très long. Ayant une matinée devant moi, je me dis que finalement, je n’ai jamais vu de mes propres yeux un président de la République, et que c’est une lacune grave. Je pars donc à 9 heures du matin, et arrive sur le Vieux Port. Je tombe sur une manifestation de pêcheurs de thon, avec des grandes banderoles, face à la mairie de Marseille. « L’Europe tue la pêche artisanale ». Le responsable de la manifestation explique qu’on leur interdit de pêcher des thons de moins de trente kilogrammes, et qu’ils ne peuvent pêcher que trois mois dans l’année, alors que les Basques sont plus avantagés, et que d’autres pays de la communauté européenne pêchent impunément des thons de 8 kilogrammes. Le discours est très violemment anti-européens, et tous portent des maillots « L’Europe nous tue ». Je me souviens qu’il y a quelques mois, ils avaient viré les bateaux de Greenpeace, qui entendaient accoster à Marseille pour dire qu’il fallait arrêter de pêcher le thon. Le responsable des pêcheurs explique qu’hier, ils ont été reçus par Gaudin et Muselier, qui ont décroché le téléphone, devant eux, et ont appelé l’Elysée. Quand on sait qu’un des responsables de ce mouvement est élu sur les listes municipales de Gaudin, je me dis que c’est vraiment bien joué. Bien évidemment, l’Elysée a promis que le monsieur pêche du cabinet de Sarkozy les recevrait, mais qu’ils ne devaient pas perturber la venue du président de la République, le lendemain, à Marseille. Accord conclu.

Je quitte le Vieux-Port, et remonte la Canebière. Je n’en crois pas mes yeux. Jamais je n’ai vu cette avenue aussi propre ! Car, appelons un chat un chat, Marseille est la ville la plus sale de France. Gaudin a beau piquer une colère mémorable tous les six mois, et dire que cela ne peut plus durer, cela continue de plus belle. La Canebière n’échappe pas à cette règle, elle est régulièrement jonchée de détritus, de papiers et de crottes de chiens, comme bien d’autres rues marseillaise. Eh bien, ce mardi matin, à quelques heures de la venue de Sarkozy, pour inaugurer le tramway, tout est nickel !
Incroyable, je n’ai jamais vu cela ! Les services municipaux ont du bosser toute la nuit, et tôt le matin. Seuls, quelques clébards, insensibles à l’importance de la venue du président, ont laissé encore quelques traces sur les trottoirs, sinon, on se croirait presque à Paris.

Je continue à progresser vers le lieu où Sarkozy doit intervenir, au Palais Longchamp. Je veux acheter une bouteille d’eau. Un vendeur m’en propose un demi-litre pour un euro cinquante. Dix balles le demi-litre d’eau ! Je préfère conserver ma soif. La foule commence à affluer sur les trottoirs.
J’arrive devant l’endroit où super-Sarko doit monter dans le tramway, qui va rouler à huit kilomètres-heures, tout au long de la montée vers Longchamp.
Des photographes tentent de négocier avec les autorités la possibilité de monter dans le tram. Bien sûr, aucune chance, ce n’est pas à ce niveau que cela se joue. Je continue à marcher. Je reçois un tract signé de la LCR, des Rouges Vifs, et des comités Palestine. Ils nous expliquent que le tramway est privé, et est géré par Veolia, ce qui les scandalise. Jusque là, c'est correct. Mais ils ajoutent que Veolia a aussi, chose grave, construit le tram de Jérusalem, et donc qu’ils sont complices de l’état hébreu, dans sa lutte pour exterminer les Palestiniens. Je me dis que, décidément, cela ne s’arrange pas pour les admirateurs du Hamas et du Hezbollah ! Je cherche à repérer d’autres distributeurs de tracts, ou des manifestants, mais rien en vue. Arrivé à deux cents mètres du Palais Longchamp, nous sommes bloqués par des barrières. Seules, les personnes en possession d’une invitation peuvent passer, les autres ne peuvent pas aller plus haut.

Toujours intéressé par les dispositifs de sécurité, je regarde comment cela marche. Je repère tout de suite de nombreux policiers en civil. J’ai un sac à dos. Je me dis que les services de sécurité ne me font pas ouvrir mon sac, c’est inquiétant quant à leur efficacité. Je suis rapidement rassuré, moins de dix minutes avant le passage du tram présidentiel, deux costauds me demandent d’ouvrir mon sac. Avec angoisse, je me rappelle que j’ai laissé des autocollants hostiles à Sarkozy. Mais j’ai de la chance, ils ne les voient pas, et ne détectant aucun engin dangereux pour la sécurité du président, ils me remercient de ma compréhension.

Une manifestante aura moins de chance. Seule, ce qui ne manque pas de panache, elle commence à lancer des slogans réclamant des moyens supplémentaires pour la culture. Cela ne dure pas dix secondes, elle se fait rapidement cerner par cinq policiers, et est évacué dans une rue perpendiculaire, où elle subit un contrôle d’identité. Elle ne redescendra pas avant le passage présidentiel.

Les flics bouclent le quartier. Seul problème, une vieille dame veut absolument rentrer chez elle, et dit qu’elle habite à deux cents mètres de là. Les policiers lui demandent d’attendre le passage du tram. Colère de la mamy, marseillaise forte en gueule du type Jackie Sardou. Elle invective les responsables des forces de l’ordre, avec un accent inimitable. « Monsieur, j’ai toujours habité ici, et ce n’est pas votre Sarkozy de mes deux qui va m’empêcher de rentrer chez moi ! Laissez moi passer ! ». Et la grand-mère force le passage ! Souhaitant éviter un incident, les policiers laissent faire, sous les sourires goguenards du public.

Un autre Marseillais veut passer, mais il n’a pas le sacro-saint sésame, et se fait refouler. Il n’est pas content. « Ils sont bien tous pareils, ces politiciens, ils vous serrent la main avant les élections, et une fois élus, ils vous laissent derrière les barrières ». Il a peu de succès, car les gens présents sont plutôt favorables au nouveau président de la République.

Le tram passe, je vois Sarkozy et Gaudin au travers des vitres. Je me dis qu’ils ont plus de chance que Juppé-Chirac, qui avaient été victimes d’une panne, le jour de l’inauguration, à Bordeaux. Comme quoi certains sont marqués par la poisse. Dès que le tram présidentiel est passé, immédiatement, les forces de l’ordre bloquent la rue. Je comprends donc que j’ai vu furtivement Sarkozy, mais que je ne pourrais pas assister à son discours. Je vais donc me contenter d’essayer de l’entendre de loin.

Malin, voire talentueux, il flatte la fierté des Marseillais, félicite Gaudin pour son œuvre, et met le paquet sur un thème par ailleurs intelligent : Marseille doit être la capitale du grand pôle méditerranéen qu’il appelle de ses vœux. Or, le Port est un atout primordial pour ce projet. Son statut, pas plus que celui des autres ports français, n’est adapté à ce défi. Barcelone progresse et embauche, quand Marseille stagne, et se voit trop souvent paralysé par des grèves minoritaires. Il ne tolérera pas cela plus longtemps ! Les dockers se font habiller pour l’hiver ! Sarkozy tient le discours que le maire de Marseille et les siens sont venus entendre.

Celui d’une droite décomplexée. Gaudin est aux anges, il est candidat à sa propre succession, tandis que Muselier attend sagement son heure. Les socialistes ont quatre postulants pour les prochaines élections municipales : Jean-René Guérini, patron du PS local, Patrick Menucci, président du conseil général, et proche de Ségolène, Sylvie Andrieux, vice-présidente du conseil régional, et le Masse de service, puisque dans cette famille socialiste, depuis plus de cinquante ans, il y a toujours un Masse élu quelque part. Gaudin, qui, rappelons-le, n’avait pas hésiter à faire alliance avec le FN pour garder la Région, peut dormir tranquille. Au vu de l’état de la gauche en France, des résultats des présidentielles et de la nature de son opposition marseillaise, la venue et le discours du président de Sarkozy ne peut que le consolider dans une place où il sera difficilement déboulonnable, malgré l’endettement pharaonique de la Ville, souligné par le Cour des comptes.

On souhaite bonne chance aux contribuables marseillais, qui paient déjà 1,70 euro pour une seule heure passée dans le métro ou dans un bus, en espérant que leur nouveau tramway fera passer la pilule pour l’ardoise qui les attend aux lendemains des élections municipales.

par Évariste
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