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Laïcité

Ne laissons pas la question des banlieues aux seules mains des extrémistes et des xénophobes

Par Karim BEY SMAIL

article publié dans la lettre 604

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Faut-il être issu des quartiers pour en parler ? Faut-il être issu de l'immigration pour en parler ? Certainement pas ! Du moment que l'on en parle avec humanité et justice. Merci à ceux qui ne nous bercent pas d'indifférence. Vous sociologues, analystes, journalistes, observateurs, n'ayez pas peur de parler de nous avec vos talents. Il vaut mieux une bonne analyse qu'une autopsie. Mais par pitié n'allez pas chercher chez les tacherons de banlieue, on les connaît tous par cœur. Bien souvent l'image des quartiers, c'est de la misère et de la violence mais il y a une autre réalité faite de routines sereines. Les quartiers, ce sont des femmes, des enfants, des hommes tissant leurs destins, sensibles à la souffrance et au bonheur tout comme ceux des autres quartiers de la ville.

Il est vain de racialiser les habitants des quartiers où la diversité règne, nous y sommes tous de souche ou d'ailleurs. Je suis un banlieusard du terroir parisien, je traine mes guêtres de la Courneuve à la défense, de Nanterre à Argenteuil où je vois des africains, des antillais, des italiens, des corses, des portugais, des polonais, des auvergnats, des chinois. J'aime mon asphalte, mes murs gris et ma langue française. J'aime ces gens qui parlent le français venu d'ailleurs pour poser leurs racines. Des métissages improbables ici sont possibles. Les quartiers français sont des quatre coins du monde et de toutes les religions avec le même amour de cette terre de France.

Si l'on ne parle que des choses qui vont mal, on se prive des solutions et talents déployés par leurs habitants. Regarder autour de vous ! Vous avez surement un épicier qui ne compte pas ses heures, un boulanger, un docteur ou dans les transports tous ces femmes et ces hommes qui suivent le même chemin que vous. Qui pour nettoyer votre corbeille, qui pour être votre collègue… Nous sommes partout et si discrets que vous ne voyez que ceux qui sont en échec d'intégration. Sur le chemin de l'effort, ils sont nombreux à baisser les bras. Excuser ? Expliquer ? Non il faut juste que nous prenions notre jeunesse en main et cesser de compter sur le hasard.

Issu des quartiers, j'y ai puisé tout ce que je suis. Les lumières y rayonnent aussi malgré certain archaïsme importé ou résiduel de notre société. Une femme battue vit à l'âge de pierre qu'elle soit catholique, juive ou musulmane. Les livres ne sont pas aussi frileux que les hommes, ils se livrent à nos mains sans réticence et prennent leur place dans nos appartements. C'est en solitaire que j'ai le plus appris en lisant jules renard, Joffo, Cauvin, Baudelaire, Hugo et tant d'autres. Peu m'importait d'habiter un HLM j'avais mes rêves. Nous sommes des milliers de citoyens qui vivons sans haine, ni amertume. Aussi ridicule que cela puisse paraitre, nous nous sentons français et donc héritiers des lumières. On parle de double culture mais je n'ai qu'une seule langue maternelle et une devise légendaire gravé dans mon âme même, Liberté, Egalité, Fraternité !

De la génération Coluche et Dorothée je ne me suis pas laissé enfermé dans le repli identitaire et je vois ma classe d'âge d'une égale fraternité qu'ils se nomment David, Farida, Sophie ou Fètenat. J'aime chanter Renaud, Régiani, Brassens et Brel, mes amis sont juifs, bouddhistes, musulmans, athées ou catholiques. L'identité religieuse ne vaut que si l'on sait la transcender pour le lien d'humanité et cela vaut pour notre identité sociale ou politique.

La laïcité, loin d'interdire les religions, les affranchit des dérives du pouvoir humain. J'aime savoir que certains sont libres de sacrifier leurs vies terrestres à l'étude des livres dit saint à conditions qu'ils préservent le libre arbitre de chacun et condamnent toute forme de violence. J'aime savoir qu'une diversité religieuse nous préserve de l'hégémonie d'une seule et de sa pensée unique. Ma religion ne m'interdit pas d'être français et ma nation ne m'interdit pas d'être musulman.

Que l'on soit noir, blanc, juif, homosexuel, musulman etc… Nous avons en face de nous un défi incroyable fait du vivre ensemble. Au-delà des droits et devoir notre génération doit raviver la flamme de notre démocratie.

Liberté ! Egalité ! Fraternité !

par Karim BEY SMAIL
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