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L’union des contestations sociale et politique pour sortir de l’idéologie keynésienne

Par Guillaume Desguerriers

article publié dans la lettre 614

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Le mouvement social a des allures de tableau. Il montre une urgence, mais l’erreur serait de se contenter de la seule urgence, de l’immédiateté, de l’apparence de cette situation, donc d’exclure de cette contestation l’analyse et la concrétisation politique d’une alternative.
La situation amène plusieurs niveaux de considérations, tous liés les uns aux autres. L’urgence sociale et la crise économique, la structure même du capitalisme, la fin d’une ère, celle de « l’économisme » de « l’ère industrielle » et à gauche : le rêve keynésien. Rares sont les situations où tout un ensemble d’éléments se réunissent : chacun de ces éléments est à lui seul un symptôme pour un médecin attentif à la société qu’il occulte ; mais la convergence de tous ces symptômes est elle aussi un élément primordial, car c’est la rareté de cette convergence qui donne le sens global de ce qui est en train de se passer.

De la rue aux panneaux publicitaires

Un système aussi dur que le capitalisme ne peut se maintenir sans domestiquer les individus, sans les abrutir. Mais malgré cet abrutissement médiatique, le mal-être persiste car ce système détruit de la «  richesse humaine  » au profit des «  valeurs marchandes et monnayables  ». Ce mal-être pourrait être un élément de prise de conscience, voila pourquoi quantité de méthodes sont mises à contribution pour détourner l’attention de l’individu et l’entraîner sur des fausses pistes. Apparaissent donc des grandes stratégies visant à canaliser les pensées vers de prétendus ennemis. C’est la théorie du choc des civilisations où un Occident chrétien (et éclairé bien entendu !) aurait pour ennemi inévitable et héréditaire un Orient musulman (obscurantiste évidemment !). Viennent aussi les moyens pour occuper le temps de cerveau : le «  temps de vie  » des individus. Les tenants du capitalisme savent parfaitement que le temps libre rend possible l’esprit critique, la création, l’invention et la comparaison, donc l’action ! Culture de la consommation des modes et des biens jetables, culture de l’argent, culture de l’éphémère, culture de la réalisation de soi au travail, culture des passe-temps dont la seule fonction est d’occuper le temps de vie dont un individu dispose : tout cela crée un carcan, un manque de temps permanent pour les échanges avec autrui, les plaisirs autre que celui de la consommation, la prise de conscience, l’imagination (et donc l’imagination politique…).
Enfin, il s’agit donc de rendre docile et de duper. Donc il convient de détruire cet individu conscient de sa personne et de son destin commun avec les autres qu’est l’individu-citoyen : celui qui se conçoit en tant qu’individualité dans sa vie personnelle, et comme citoyen lorsque c’est nécessaire ; c’est à dire un membre et un acteur du Pacte Républicain qui rend possible la construction d’un cadre pour se concevoir une existence heureuse. La culture de la peur de l’éthique libérale anglo-saxonne, au sens où MaxWeber la met en évidence, distille l’anxiété, la peur et l’a priori négatif pour être le poison qui ronge toute positivité et confiance avec autrui et dans le rapport au monde. La peur rend faible, craintif et agressif. Autant d’éléments qui tarissent efficacement tout projet commun, tout dialogue, toute ouverture. Atomiser la société, en faire une masse informe d’individualités méfiantes entre elles : voila la solution pour pérenniser le système actuel.

La fin de «  l’ère industrielle  » et des miracles du keynésianisme

Ces panneaux publicitaires révolutionnaires, testés dans le métro parisien, sont équipés de «  blue tooth  » pour communiquer avec les passants, et d’un système de reconnaissance visuelle pour lire leurs visages. L’usage de ces technologies montre à quel point le système actuel se veut intrusif. La télévision captant l’esprit des gens ne suffit plus : il faut aller plus loin ! Utiliser les connaissances en biologie pour mieux capter l’attention, s’immiscer dans les regards, déchiffrer les attitudes pour... vendre, colporter, vanter, encore et toujours la culture et les valeurs de vie qui assoient le capitalisme et sa phase ultime qu’est le néolibéralisme. Négation de la vie, négation du monde vivant avec l’entrée dans la crise écologique, ce système est entré dans sa phase finale avec l’effondrement boursier. Et il ne pouvait en être autrement ! La bourse est le symbole ultime de la rentabilité et du paradigme de l’ère industrielle : elle est négation du monde réel, des être humains, du monde vivant, de la réalité de la vie. La bourse est le lieu où se sont concentrées toutes les faiblesses du système jusqu’à le rompre lui-même. La négation du monde réel est si grande que le système a accumulé une quantité de dettes telle qu’il ne s’en remettra pas. Pour ces raisons, toute politique, tout programme, toute déclaration économiques basés sur des plans de relance keynésiens sont illusoires et mensongères : elles visent l’effet placebo ou indique l’ignorance de la réalité. Car l’effet placebo ne suffit plus pour les douleurs accumulées et ce sont elles qui sont sur les pavés de France en ce début d’année 2009. Hélas, la tradition de la gauche est encore largement dominée par l’économisme de l’ère industrielle : cette pensée idéaliste qui conçoit l’économie en dehors de la civilisation et des réalités du monde, pensée qui s’imprègne dans le XIXème siècle, celui de l’ouvrier comme fourmi de son usine dans un monde donné aux hommes pour être exploité sans limites de ressources ou de temps, pensée où l’économie pilote les programmes politiques et où la croissance du PIB est «  l’horizon du bonheur  ».
Comme une évidence, la médiocrité éthique, en terme de valeurs de vie, conduit à la médiocrité politique.

Le changement de paradigme se fera par l’association des urnes et de la rue

Les grèves à venir sont un ressort considérable : elles montrent qu’une population est encore capable de réagir, de se mobiliser... Mais la rue ne peut être une finalité en soi ! Elle doit être politisée : c’est à dire porter un projet alternatif, une autre société. La rue sans les urnes, ou les urnes sans la rue : voila des impasses qui conduiront à l’échec tous les partis politiques qui n’auront pas intégré ce dualisme. De même, un militant est doit être à la fois dans un parti et dans le mouvement social. L’un pour la globalité et les lois, l’autre pour la réaction et l’enracinement dans la réalité. L’un sans l’autre n’a strictement aucun sens !
La crise qui est face à nous est une crise structurelle : elle repose sur la constitution même du capitalisme : sa vision macroscopique (l’économie et la rentabilité), ses valeurs de vie (la consommation, la passivité des individus), son rapport au monde vivant (fait pour être exploité) et au temps (aucune limite de ressources, ni de temps de vie). Parce qu’il est en totale contradiction avec la réalité du monde, ce paradigme a mené à une crise qui en marque la fin. Car au delà le capitalisme ne pourra s’imposer après la crise que par la violence, le sécuritaire, l’embrigadement. Plus tôt nous changerons de paradigme, plus tôt nous endiguerons les dégâts subis et empêcherons de nouvelles pertes et douleurs humaines. À «  l’économisme  », paradigme de l’ère industrielle, il faut opposer un paradigme nouveau comme base pour concevoir nos visions politiques : un paradigme qui propose non pas le travail, mais le temps libre à l’usage de soi comme repère de vie ; non pas le PIB, mais les richesses humaines comme indicateurs ; non pas un monde pensé comme exploitable à volonté, mais une humanité lié au monde qui le porte et le nourrit ; etc.
La tradition de gauche doit comprendre ce changement de paradigme et ne plus faire le jeu de l’économisme qui limite sa pensée politique. La crise ne pourra être éviter, mais elle est la possibilité de rompre avec les vieilles lunes pour se tourner vers l’a-venir et concevoir un monde meilleur.

par Guillaume Desguerriers
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