Politique
Par Karim BEY SMAIL
Lundi 4 mai 2009
article publié dans la lettre 614
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Le comptage ethnique, la notion de multiculturalisme élevée en norme est, pour moi, une hydre mortifère et stigmatisante envers toutes les communautés lovées en république laïque. La sortie de la « sphère intime » et l’entrée en statistiques de ces éléments de discrimination ne seront jamais positives. Va-t-on compter le nombre d’individus parlant l’occitan pour définir le nombre de sièges de professeurs d’occitan dans les universités ? Si oui, cela pourrait être intéressant côté biodiversité culturelle mais quid des communautés dont la quantité ne dépassera pas le seuil d’intérêt électoral ? Quid des communautés dont les revendications faites d’exceptions culturelles ou cultuelles pousseraient à des conceptions moyenâgeuses de la société (père excusé d’avoir tué son fils homosexuel ou sa fille coupable de relations sexuelles hors-mariage = traduction brutale de relativisme culturel ! Additionner deux jolis mots, ne font pas nécessairement une jolie idée).
Je vois déjà les lobbies corrompre notre politique et ce qu’il nous reste de valeurs communes. En France nous vivons toujours à l’ombre des lumières liberté, égalité, fraternité qui attirent encore les flux migratoires sur notre sol malgré les dérives racistes du quotidien qui stimulent le repli identitaire chez bien des jeunes, ou les enferment dans un système parallèle fait de débrouille et de délinquance. Non ! Renforcer les outils communautaristes, c’est séculariser les communautés qui revendiquent leur intolérance des homosexuels, des femmes, des juifs, etc. La communautarisation de la France nous mène inéluctablement vers une compétition communautaire qui s’exprime déjà dans des rixes ethniques chez les jeunes, les adultes ; eux se battront pour le pouvoir sur les individus.
Je ne vois pas d’autre issue plus honorable que le renforcement des valeurs républicaines par la proclamation du peuple français entier ; et vu le score de Chirac contre Le Pen, une telle mobilisation est à notre portée ! Il faut rassembler les forces vives de la république, tous ces citoyens qui poussent la porte des associations pour défendre leur conception de l’antiracisme, du féminisme, de la lutte contre l’antisémitisme, ou encore les groupes de défense des droits de l’homme ou de la laïcité par exemple… Tous doivent se rencontrer et développer un outil commun de surveillance du socle républicain qui permet la réconciliation d’identités plurielles et sereines vis-à-vis des allogènes à leur groupement ou à leur comportement.
Unir autant de volontés différentes est possible car elles sont cohérentes avec les valeurs républicaines et font toutes partie du même canevas démocratique. Mon expérience associative montre qu’il n’est pas nécessaire d’être homosexuel pour lutter contre l’homophobie, femme pour comprendre le sexisme, noir ou arabe pour comprendre le racisme ou être juif pour comprendre l’antisémitisme. Il suffit de croire en la fraternité et de la mêler à toute réflexion. Je me fiche de savoir que mon député est de telle confession, de telle couleur, du moment qu’il est juste et dévoué à son mandat.
Je sais qu’un Obama n’est pas ici pour demain, mais n’est-t-il pas le produit de la discrimination positive américaine ? N’est-t-il pas, finalement, le produit de son parti, un produit marketing alléchant pour redorer le blason du « in god we trust ». La spécificité française vaut mieux que cela ! Abandonner un modèle qui ne nécessite qu’une chose : être réinvesti par la volonté populaire pour adopter un modèle qui a inspiré le 11 septembre me paraît être une bêtise fondamentale. Mon problème n’est pas Sarkozy en soi, mais que permettront de telles modifications aux politiques de demain ? Ne glisserons-nous pas d’une discrimination positive vers une exploitation raciste des fichiers ? Oui, nous avons besoin de réformes, mais pas forcément sur les chantiers exploités par les politiques people.
Le seul prisme valable d’une république laïque est l’individu en tant qu’atome de l’ensemble ; dès que cette république s’intéresse à un groupe d’individus elle se fourvoie. J’attends que ma nation offre un modèle où chaque individu puisse s’épanouir avec une pléthore d’outils d’émancipation et qu’elle ne valorise pas tel ou tel groupe de personnes qui viendrait négocier des avantages et des exceptions par revendication victimaire ou religieuse. Laissons une certaine liberté aux instituts de sondage pour répondre à ces questions, car je ne recevrais pas positivement un agent du recensement sur ces questions d’appartenance intime.
par Karim BEY SMAIL
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