Combat social

Tout à la baisse sur le front du travail, pour les salariés !

dimanche 29 mars 2015
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

L’INSEE contredit la direction de la CFDT : les salaires baissent !

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a contredit les propos de laurent berger, déclarant que nous ne sommes pas dans une politique d’austérité avec baisse des salaires. L’Insee, dans sa note Insee première n° 1528 de décembre 2014, a montré qu’en 2012, le salaire mensuel en équivalent temps plein (EQTP) d’une personne travaillant soit dans une entreprise publique soit dans le secteur privé est en moyenne de 2 870 euros bruts et de 2 154 euros nets de tous prélèvements à la source. Le salaire net a augmenté de 1,6 % en euros courants. Compte tenu de l’inflation de 2 %, le salaire net moyen a baissé de 0,4 %. Le salaire net médian s’élève à 1 730 euros par mois soit 19,7 % de moins que le salaire net moyen. L’écart de salaires entre hommes et femmes en EQTP est encore de 19,2 % à secteur d’activité, âge, catégorie socioprofessionnelle, condition d’emploi donnés.

Le syndicalisme revendicatif dans la tourmente

Alors que les politiques d’austérité sont de plus en plus fortes, le syndicalisme revendicatif recule. Il apparaît de plus en plus nécessaire d’avoir une analyse plus fine de ce phénomène. Le recul de la CGT, de Solidaires et de la FSU pose des problèmes considérables à tous ceux qui restent attachés au chemin de l’émancipation. Le recul de la CGT dans les dernières élections professionnelles dans les grandes entités est de ce point de vue préoccupant. Son score recule dans la fonction publique de 25,4 % à 23,1 %, à la Poste de 29,3 % à 26,5 %, à la SNCF de 37,3 % à 35,6 %, à EDF de 54,8 % à 50,5 %, à Airbus de 10,3 % à 6,7 %, à Air France de 18,1 % à 14,3 %, à PSA Sochaux de 49,9 % à 45,3 %, à Renault de 28,8 % à 25,2 %. Peut-on se satisfaire de la seule amélioration chez Toyota de 22,1 % à 24,6 % ? Il conviendra que Respublica dans les mois qui viennent se penche sur cette évolution dramatique. Car le renforcement des syndicats qui soutiennent les politiques néolibérales austéritaires n’est pas de bon aloi pour l’avenir.

Une fois de plus, le gouvernement au secours du patronat dans le démantèlement des instances représentatives des salariés

Les « partenaires sociaux » n’ayant pas pu se mettre d’accord, le gouvernement décide d’aller dans le sens du patronat contre les syndicats avec un maître mot : « la simplification ». Le gouvernement veut simplifier. Avec l’idée suivante : moins les salariés sont protégés, plus grande sont les chances de croissance ! Et comme les instances représentatives des salariés en Allemagne sont meilleures pour les salariés, on ne nous parle plus « du modèle allemand ». Pour le système néolibéral, le mieux pour les salariés français est le moins-disant social ! Ce qui est à l’œuvre est la volonté néolibérale de supprimer la possibilité pour les comités d’entreprise de contrôler la marche de l’entreprise et d’en faire la courroie de transmission des projets des actionnaires. C’est cela que les néolibéraux appellent la volonté de « simplification ». Suppression des expertises indépendantes du patronat, réduction du nombre d’élus, des heures de délégation, craintes à avoir pour l’indépendance salariale des budgets des activités sociales, etc., voilà le projet du gouvernement « socialiste ». Sûr que l’UMP fera de la surenchère ! Une fois de plus, on remarque le caractère réactionnaire de ce gouvernement. D’ailleurs depuis trente ans, chaque gouvernement fait pire que le précédent. Alors que l’exigence populaire voudrait que la démocratie ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise, les « alternants » néolibéraux veulent supprimer ce qui reste de l’indépendance salariale dans l’entreprise pour mieux « casser les salaires », seule voie du capitalisme pour s’opposer aux lois tendancielles qui le gouvernent. S’opposer au néolibéralisme, c’est comprendre que nous devons nous opposer au capitalisme lui-même.

La loi Macron, un pas de plus pour renforcer le pouvoir des actionnaires et du patronat

Une vidéo explique bien la réalité de la loi Macron. C’est celle de Gérard Filoche, déjà signalée par Respublica . Elle liste utilement les mesures de dévastation méthodique du champ social, il fait apparaître à qui veut le voir que le travail du dimanche n’est qu’un leurre, un épouvantail habilement mis en avant pour masquer l’essentiel : la dérégulation. Cette vidéo est une bonne base de départ pour le travail d’éducation populaire. Mais il faut aller plus loin. Notre partenaire, le Réseau Education Populaire (REP), explique que derrière la dérégulation, il y a la casse des salaires nécessaire au capitalisme pour contrarier la loi de baisse tendancielle du taux de profit dans l’économie réelle – qui n’est plus tendancielle depuis les années 70. La solution n’est donc plus dans la régulation du capitalisme mais bien dans la contestation du capitalisme lui-même. Là est le vrai débat. C’est là que nous nous séparons des économistes dits atterrés. Car dans le capitalisme actuel, la dérégulation est nécessaire pour que puise continuer l’accumulation du capital avec des taux de profits élevés. Il est vrai que le keynésianisme a pu fonctionner dans les phases précédentes de l’histoire, en période d’accumulation dynamique du capital. Mais la logique du capitalisme est arrivée à un stade où, quoi qu’on en pense, seul le néolibéralisme peut continuer à faire fonctionner le capitalisme. Car dans le capitalisme, on investit que lorsque les taux de profit sont à l’horizon. On n’investit pas dans l’économie capitaliste grâce à une aide de l’Etat ou par simple volonté des dirigeants. Aujourd’hui, le keynésianisme ne répond plus aux exigences du patronat en matière d’accumulation et de taux de profit. Pour pouvoir utiliser certaines idées du keynésianisme, il faut préalablement sortir du capitalisme, ce qui est une autre histoire. La marche est plus haute à franchir mais c’est la seule façon de la franchir. En résumé, nous vous conseillons de ne pas en rester à la juste indignation développée par G. Filoche et de continuer la compréhension du réel par l’étude des lois tendancielles du capitalisme, afin de saisir qu’aujourd’hui la lutte pied à pied contre les politiques d’austérité et les démantèlements des acquis sociaux doit s’effectuer dans une démarche anticapitaliste, sans quoi notre action est inopérante.

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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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