Nous, parents, élèves et étudiants, enseignants, citoyens, nous appelons à renforcer le mouvement populaire d’opposition à la suppression de 11 200 postes dans l’Éducation Nationale, annoncée par le ministre Xavier Darcos. (...)
Par le Secteur Ecole de l'UFAL
Chronique d'Evariste
Par Évariste
Mardi 29 avril 2008
article publié dans la lettre 588
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L’habit de fait pas le moine pourrait-on dire suite à l’entretien télévisé de ce jeudi 24 avril 2008. Et de fait, le travestissement des formes n’y change rien, Nicolas Sarkozy reste le président qui détruit la République. Pourtant tout a été fait pour séduire : apparat des décors, cadre solennel, jeu d’acteur et tentative de réinvestissement du costume traditionnel de président... il serait faux de dire que le président pétainiste n’a pas fait des efforts pour « changer la donne ».
Mais hélas, en matière de donne, c’est bien exclusivement de la sienne dont il s’est préoccupé, et non celle des individus vivant sur le sol de ce pays. Car sous le fard de l’apparat, le message délivré est limpide : rien ne sera changé. Pire ! En se réinstallant dans une posture présidentielle, le sarkozysme propose une confusion encore plus grande dans les valeurs de la République et, de ce fait, participe encore plus activement à la destruction de ces valeurs.
Ce principe de destruction, ce travail de sape, contribue toujours davantage à vulgariser les valeurs républicaines ; c’est à dire à la vider de leur sens, à les rendre confuses, imprécises, à faire en sorte que les individus puissent y voir tout et n’importe quoi. À l’évidence, « les valeurs républicaines » ne voudra plus rien dire, ne présentera plus aucun repère, ne tracera plus aucune ligne idéologie forte sur laquelle il serait possible de s’appuyer. Cette vulgarisation éthique, cette attaque du savoir, signe toutes les périodes de décadence politique depuis l’effondrement de la Rome républicaine jusqu’à l’avènement de la France de Vichy. En ce sens, Sarkozy est à combattre, non pas uniquement comme un ennemi politique, mais avant tout comme un ennemi culturel et éthique. Les lignes éthiques, « la sienne » et « la notre », ne sont pas même opposées, elles sont orthogonales.
Le discours du président était clair : augmentation de la durée de cotisations à 41 ans pour la retraite à taux plein, suppression effectives des postes dans l’enseignement, pas de régularisation globale des travailleurs « sans-papiers », mesures superficielles pour le pouvoir d’achat, et toujours « travailler plus pour gagner plus » (sans préciser s’il s’agit bien de la même personne qui travaille plus... et qui gagne plus !). Et la critique pourrait sans peine s’en tenir là. Elle serait conforme à l’usage politique dans un monde où la politique devient de plus en plus une affaire superficielle et reléguée aux calculs électoralistes (dans lesquels se sont engouffrés Mme Royale et M Fabius, mettant en évidence une fois de plus la médiocrité politique des dirigeants du PS).
La vulgarisation des idéaux républicains menée par le sarkozysme contribue à rendre floue toute fondation sur laquelle appuyer une politique. Le problème est que la gauche ne dispose plus d’une ligne éthique forte, c’est à dire d’une assise sur laquelle fonder des analyses et un projet alternatif. Car penser et concevoir une politique ne se fait pas sans rien. Il faut des idées claires, précises, reliées les unes aux autres par des articulations logiques fortes (par exemple Respublica a toujours présenté une ligne claire et cohérente de ce qu’est le principe de laïcité). Sur une base éthique claire – précisant ce qu’est la culture, ce qu’est une richesse, ce qu’est une valeur marchande, ce qu’est un individu – il est alors possible d’élaborer un projet global comme la République. Sarkozy est un acteur pétainiste au sens où il mine cette base rendant ainsi impossible la réflexion politique des citoyens.
Que disent « éthiquement » les propos de Nicolas Sarkozy ? L’augmentation de la durée de cotisation fait fi de toutes les données concernant notre société : l’emploi des seniors est de 54 % pour les plus de 55 ans, et de 13 % pour les plus de 60 ans. Or, seuls ceux qui travaillent peuvent cotiser, et allonger la durée de cotisation prend alors un tout autre sens : réduire les pensions. A cela vient s’ajouter la baisse des remboursements de santé par notamment le système des franchises médicales. De telles mesures vont conduire à une augmentation de la misère. On assiste donc à une absence de redistribution des valeurs marchandes. Or, cette redistribution permet une création de richesses qui n’ont rien de monnayables, car il s’agit de véritables richesses. La réduction de la misère, l’assurance d’être soigné convenablement, l’assurance de pouvoir profiter d’une retraite méritée, tout cela contribue à la réduction de la tension sociale, à l’apaisement, à la vie sereine des individus, c’est à dire des gens qui composent la société. Cette tranquillité, cette assurance et cette paix qui permettent le développement, voilà une richesse que le libéralisme n’introduit jamais dans ces comptes de valeurs marchandes. Toute l’installation du libéralisme sur le plan culturel et éthique (c’est à dire comme « évidence » normale et naturelle) repose sur l’indistinction entre ce qui est une « richesse » et une « valeur marchande monnayable ». Or rien n’est plus faux ! La totalité du Pacte Républicain repose précisément sur la distinction claire du fait qu’une richesse n’est pas une valeur marchande et que c’est la redistribution des valeurs marchandes qui permet la création et le développement des richesses.
La suppression des postes dans l’enseignement en est un autre exemple. Sous prétexte de réduction des coûts, de rentabilité, d’efficacité comptables (c’est à dire sur le plan des valeurs monnayables), les moyens d’instruction sont amputés. Or l’éducation nationale œuvre à armer des individus qui seront avant 15 ans appelés à être des acteurs dans ce pays. Cette réduction de moyens, à travers le nombre d’enseignants et de classes, va se traduire directement par une amputation du capital culturel reçu par chaque élève, en terme de savoirs théoriques mais aussi en terme d’expériences sociale (un enfant ne grandit pas de la même manière dans une classe surchargée ou dans une classe tranquille, il n’a pas la même expérience de la socialisation dans un établissement soumis à des tensions ou dans un établissement où règne un climat paisible). Les conséquences en terme d’agressivité ou de tranquillité des rapports sociaux, de facultés à travailler et créer, de capacités à s’investir dans un projet et à faire confiance aux autres individus-citoyens, tout cela constitue autant de richesses qui vont être directement impactées par cette économie des valeurs, la seule que reconnaisse le libéralisme, la seule qu’il impose à grand renfort de média. Le libéralisme est triomphant parce que cette manière de parler des richesses est devenue anecdotique : il a réussi à effacer jusqu’à la conception même de ce qu’est une richesse. Richesse et valeur ne font plus qu’un. Notre lutte est fondamentalement culturelle et éthique.
Dernier point, presque caricatural : la régularisation des travailleurs sans-papiers. Tout le monde a noté l’amalgame fait par Nicolas Sarkozy entre « naturalisation » (obtention de la nationalité française) et « régularisation » (obtention des papiers autorisant à travailler légalement en France). Impossible de s’arrêter au simple calcul électoral visant les électeurs du Front National. En période de crise, toujours la droite a fait alliance avec l’extrême droite. Aujourd’hui, le nom de cette alliance s’appelle le « sarkozysme », et en cela on reconnaît qu’il s’agit bien d’un pétainisme. La peur redevient l’argument subordonnant toute réflexion politique. Le cerveau ne sert à rien, la mœlle épinière suffit, voilà les pseudo-citoyens dont rêve tout pétainisme. Sur le plan éthique, imposer une distinction entre les employés français (« normaux ») et les employés sans-papiers (de fait « a-normaux ») fait passe pour une évidence ce qui est une orientation politique nationaliste. De ce point de vue, cette sous-catégorisation d’une partie des gens vivant sur le sol de notre pays vise, d’abord, à diviser des individus qui, de part leurs conditions de vie (tous travaillent pour vivre), sont susceptibles de se reconnaître solidaires. Ensuite, cette vision nationaliste détruit toute une partie de la richesse française qui peut s’enorgueillir d’être pluriculturelle de part les vagues d’immigration qui ont fait son histoire et ont construit la tradition de ce pays depuis deux millénaires. La laïcité française est le contraire d’un hasard. Elle émane d’un héritage, d’une richesse, que tous les nationalismes visent à détruire. N’oublions jamais que le libéralisme a besoin de murs pour séparer les individus, c’est à dire pour les dominer, pendant que ses capitaux, eux, sont libres d’aller et venir pour que son économie des valeurs marchandes pille et détruise les richesses.
Pour cela, le libéralisme combat jusqu’à l’idée même de richesses, et dans cette œuvre, le pétainisme d’un Sarkozy est son meilleur allié.
par Évariste
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