Reconstruire la Gauche

Réaction à “L’actu plaide pour la refondation de la stratégie de l’union”

samedi 17 octobre 2009

Ci-dessous une réaction d’un lecteur, Alan C., à la chronique d’Evariste du 7 octobre, le réponse d’Evariste suit le texte.

Bonjour,

tout d’abord je me présente, j’ai 21 ans et je suis militant au Parti de gauche dans le Rhône (69). Je lis souvent avec beaucoup d’intérêt la chronique d’Evariste qui a ces derniers temps exposé des idées très
intéressantes au niveau du lien indispensable qui doit exister entre la gauche et le mouvement social. J’étais habitué à des chroniques pertinentes et je suis donc tombé de haut après la lecture de la chronique du 7 octobre.

Concernant la Grèce, tout d’abord : il n’y a absolument aucune espèce de forme d’alliance entre la SYRIZA et le PASOK grecs, je m’interroge sur l’origine de cette information. Il n’y a pas eu d’accords électoraux entre ces deux partis, qui ont présenté leurs propres listes chacun de leurs côtés : les socialistes ont obtenu 44 % des voix, et la SYRIZA 4,6% : il n’y a pas eu la moindre liste commune. Il n’y a pas non plus d’accord de coalition au niveau du gouvernement : avec 160 élus le PASOK dispose d’une majorité absolue au conseil des grecs et n’a donc pas besoin du soutien des 13 députés de la SYRIZA pour gouverner. Il n’est en outre absolument pas prévu que la SYRIZA écope d’un portefeuille
gouvernemental. L’union des gauches grecques que vous décrivez me semble donc relever de la fiction. Pourquoi, également, occulter le score de 7,5 % des voix du Parti communiste qui, s’il est certes
crypto-bolchevique à mort, appartient quand même au camp de la gauche ?

Le résultats des élections en Grèce ne permettent donc absolument pas de plaider la cause d’une nouvelle union de toute la gauche comme ce que réclame le PCF depuis quelques semaines. Votre analyse tout à fait juste du déficit démocratique dont est affligée l’UE entre en totale contradiction avec votre idée d’un Front large incluant le PS et, je suppose, les verts, deux partis qui ont soutenu sans ambiguïté et même avec force entrain la ratification du Traité de Lisbonne et l’organisation d’un second référendum en Irlande ! Les partis de l’autre gauche n’ont aucune espèce de forme de point de convergence avec les tenants de la social-démocratie et du capitalisme vert sur les questions européennes, sur ce point précis le NPA a parfaitement raison : les deux gauches sont irréconciliables programmatiquement parlant.

Incomplet est également votre analyse de la situation en Allemagne : le SPD ne veut pas d’alliance avec Die Linke, mais Die Linke n’y est pas non plus ouverte sans conditions. Elle exige notamment comme préalables à un accord l’abrogation des réformes libérales Hartz de Schröder, l’instauration d’un salaire minimum et le retrait des troupes allemandes d’Afghanistan. L’union des gauches ne va pas d’elle-même, des points de divergences considérables entre ses différentes tendances se sont fait jour et on ne peut résolument pas se permettre d’exiger une alliance sur la base de compromis pourris, pour reprendre l’argument d’Oskar Lafontaine.

Ensuite j’aimerai bien savoir en quoi une alliance avec le social-libéralisme pourrait être pertinente à l’heure actuelle : comment, en effet, penser qu’on pourra réaliser l’union de toute la gauche et d’un vaste mouvement social avec le PS, qui a depuis bien longtemps délaissé la cause du mouvement ouvrier et dont les leaders ne paraissent que de manière très exceptionnelle dans les manifestations ?
A l’aube des élections régionales plusieurs présidents de région sortants, au premier rang desquels Ségolène Royal et Jean-Jacques Queyranne plaident ouvertement pour une alliance de circonstance allant du PCF au MoDem, avec la bénédiction de Martine Aubry ! Ça n’est pas sérieux, nous n’avons aucun intérêt à bâtir une union des gauches sur des bases aussi pourries, elle serait forcément branlante et immédiatement vouée à l’échec.

La gauche européenne se trouve actuellement aux prises avec une crise qui ne pourra trouver d’issue que dans la définition d’un nouveau leadership idéologique. Les systèmes électoraux à deux tours
caractérisant notre pays nous donnent la chance de clarifier le débat par les urnes : il faut lancer la compétition à gauche et mettre à bas l’hégémonie social-démocrate qui mène presque systématiquement à la défaite. Les verts, le PS et tous les partis de l’autre gauche rassemblés au sein d’un Front commun devront assumer leurs lignes propres, et aller en toute indépendance les uns des autres aux élection régionales. Le rassemblement s’opérera ensuite au second tour pour battre la droite, droite qui, entendons-nous bien, inclut également le MoDem, ce qui suggère qu’aucun rassemblement de la gauche dans son ensemble ne pourra se faire avec des représentants du parti de François Bayrou. Il ne s’agit pas là de semer la division à gauche pour ouvrir un boulevard à la réaction : dans tous les cas la droite, trop faible, sera à nouveau battue à quelques exceptions près. Il s’agit bien au contraire de clarifier le débat à l’aune d’une recomposition totale des forces de la gauche : le PS n’est plus le grand parti qu’il était jadis, il n’a plus aucune légitimité à mener la barque avec tout le reste des forces progressistes à son bord. Demandons aux électeurs de départager la social-démocratie et les nouvelles forces de la gauche libérale-écologiste ou de la gauche de rupture anticapitaliste : ça n’est qu’ensuite qu’un rassemblement sur des bases saines correspondant à la volonté du plus grand nombre pourra s’opérer. […]

Salutations républicaines et militantes,
Alan C.

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Réponse d’Evariste
Cher camarade Alan Kazame,

Pan sur le bec! Tu as raison. Nous n’avons pas vérifié la première information que nous avons reçu de Grèce. En fait, Syriza est favorable au gouvernement Pasok mais sans participation au pouvoir.En fait la situation grecque ressemble au cas portugais avec deux rassemblements à gauche du PS avec un gouvernement socialiste homogène.
Par contre, nous sommes en désaccord avec le reste de votre courriel car celui-ci est le produit d’une méconnaissance des positions de RESPUBLICA.

1) La position de RESPUBLICA en France
RESPUBLICA a fait une adresse, consultable sur les sites du Parti de gauche et de RESPUBLICA, appelant à la constitution du Parti de gauche pour construire le Front de gauche (http://www.lepartidegauche.fr/lire-leurs-temoignages/350-adresse-du-journal-respublica-au-nouveau-parti-de-gauche ) . RESPUBLICA est donc favorable aujourd’hui à des présentations de liste du Front de gauche au premier tour séparé du PS. Nous avons par ailleurs critiqué la position du NPA refusant l’éventuelle participation aux éxécutifs en cas d’accord programmatique. En fait, nous sommes sur ce point précis en accord avec la position du Parti de gauche.
Simplement, comme nous sommes pour l’union des gauches au deuxième tour sur un programme de rupture avec les politiques néolibérales du turbocapitalisme, nous ne sommes pas pour la diabolisation du PS comme le souhaite le NPA.

2) La position de RESPUBLICA en Allemagne
Là encore, vous ne lisez pas assez notre journal.RESPUBLICA a toujours été favorable à l’union des gauches sur un programme de rupture avec les politiques néolibérales du turbocapitalisme.Nous trouvons donc légitime les conditions posées par Die Linke pour l’union des gauches.

Salutations républicaines,
Evariste