Histoire

1931-1939 : naisssance et mort de la Seconde République espagnole

mardi 17 mai 2011

Le 14 avril 1931, le Front populaire proclama l’abolition de la monarchie et l’avènement de la Seconde République espagnole1, qui dura de 1931 à 1939. Cette proclamation fait suite à la victoire, remportée deux jours plus tôt, par cette coalition politique aux élections municipales…

C’est en août 1930, que le Front populaire s’était constitué sur la base d’un programme commun, dit pacte de San Sebastian, comme alternative à la monarchie et à la dictature de Primo de Rivera, entre 1923 et 1930.

Ce front se composait d’un large éventail politique et social : droite libérale et républicaine, anarcho-syndicalistes, communistes, socialistes, radicaux, radicaux-socialistes, organisations syndicales, intellectuels et officiers républicains…

Le programme en question prévoyait des transformations de nature nationale et démocratique ; nationale, car elles servaient les intérêts de la nation en tant que telle (modernisation de l’Espagne), et démocratique, car elles servaient en même temps les intérêts de la majorité des classes et couches sociales espagnoles, à l’exclusion des latifundia, dont les intérêts s’opposaient à ceux la majorité de la société.

Une Constitution républicaine et laïque

Le 28 juin suivant, le Front populaire avait remporté la majorité des sièges à l’Assemblée constituante, qui donna naissance, quelques mois plus tard, à une Constitution, républicaine et laïque.

La nouvelle loi fondamentale s’était largement inspirée de la Constitution de la Première République allemande, dite de Weimar, de 1919 à 1933, alors la plus avancée sur le plan social ; et de la Constitution de la Troisième République française, pour ce qui est de la laïcité et des principes républicains.

C’est ainsi qu’elle avait adopté la devise, Liberté, Egalite et Fraternité, et proclamé que l’Espagne est une « République démocratique de travailleurs de toutes les classes. ». Elle avait également institué la laïcité, stipulant la stricte séparation des Églises et de l’État, et son corollaire, les libertés de conscience et de culte, l’introduction du mariage et du divorce civils, une École publique mixte, laïque, obligatoire et gratuite.

Elle avait aussi instauré le suffrage universel ; le droit pour les femmes d’être électrices et d’éligibles ; la protection sociale ; la liberté d’association, qui avait permis un essor des vies syndicales et associatives ; la mise en place d’un Conseil constitutionnel et d’une réforme agraire (limitée). De même qu’elle avait accordé l’autonomie à certaines régions, Catalogne, Pays Basque, Galice.

De nombreuses mesures en faveur des couches populaires

Pour ne citer que l’exemple de l’enseignement, le gouvernement du Front populaire, présidé par un membre de la droite libérale, avait notablement augmenté le budget de l’instruction publique et les salaires des enseignants ; formé de milliers d’instituteurs ; favorisé la scolarisation massive des enfants des couches populaires ou pauvres, et leur accès gratuit aux cantines scolaires. Il avait également construit ou ouvert à cet effet 10 000 écoles, de nombreuses universités populaires, 5 000 bibliothèques, etc.

Il avait aussi lutté contre l’analphabétisme, dans un pays où ce fléau touchait entre 30% et 50% de la population.

Mais les délais de deux ans étaient trop courts, tant était important le retard de l’Espagne dans tous les domaines, et les besoins énormes.

En effet, l’économie espagnole était essentielle agraire, elle-même dominée par le système féodal des latifundia (grosses propriété foncière). Le pays était dirigé par une monarchie conservatrice. L’Église exerçait un poids écrasant sur le pouvoir d’État et la société. La majorité de la hiérarchie militaire était entièrement dévouée à l’oligarchie, et fortement imprégnée d’une idéologie de caste. L’espérance de vie était de 50 ans, et au moins le tiers de la population était touchée par la pauvreté.

Les républicains n’avaient pas non plus réussi à saper substantiellement la puissance des classes possédantes ultra-conservatrices au sein de la société, de l’armée, de la haute administration, de l’appareil monarchique…

Ce qui avait permis à la Confédération espagnole des droites autonomes de gagner les élections législatives du 9 novembre 1933 et de régner jusqu’à fin 1935. Elle avait remis en cause plusieurs mesures du Front populaire, et réprimé violemment les manifestations populaires. Résultat : elle perdit les élections législatives de fin 1935.

Les républicains étaient revenus au pouvoir en 1936 et s’étaient attelés, sans délais, à poursuivre la réalisation de leur programme. Mais ils ne jouirent que de six mois de paix relative. Car les ennemis du peuple espagnol lancèrent de nouveau toutes leurs forces dans la bataille, en vue non pas seulement de saboter les mesures progressistes du Front populaire, mais aussi pour mettre fin à la nature républicaine nouvellement acquise du système politique espagnol.

Offensive de la contre-révolution fasciste

Malheureusement, la Seconde République espagnole était née dans une conjoncture internationale de crise économique mondiale de 1929, de la montée du fascisme en Europe, etc. Signe de mauvaise augure, le général Franco avait demandé, mais en vain, l’annulation de la victoire du Front Populaire, dès l’annonce de leurs résultats, le soir du 16 février 1936.

Les organisations fascistes commirent de nombreux attentats dans les rues et assassinats politiques, tandis que la presse de la droite réactionnaire mena de vastes campagnes de dénigrement des actions du Front populaire et des personnalités républicaines… jusqu’à faire basculer le pays dans la guerre civile, de juillet 1936 à avril 1939, qui fit 150 000 morts et un demi-million d’exilés.

Les classes possédantes, une fois qu’ils eurent usurpé le pouvoir, rétabli la monarchie et instauré la dictature jusqu’en 1975, firent par le truchement de leurs hommes de main, les général Franco et consorts, fusiller 20 000 républicains, qu’ils jetèrent dans des fosses communes. Les régimes nazi, allemand, et fasciste, italien avaient contribué à la victoire de cette contre-révolution en lui livrant en grande quantité canons, avions, troupes et interventions militaires directes sur le terrain (bombardement de vaste ampleur de la ville espagnole de Guernica). En face, les 35 000 valeureux membres des Brigades internationales et les armes, que le président-dictateur de l’URSS, et génocidaire, Staline, leur avait vendu-à prix d’or et payées cash- ne pouvaient guère faire le poids.

Les fascistes espagnoles avaient également bénéficié de la complicité politique et diplomatique des puissances occidentales, Grande-Bretagne, France… qui avaient refusé de venir en aide à la jeune République espagnole, sous prétexte de politique de « non-intervention ».

L’ennemi de mon ami n’est pas forcément mon ami

Par une ruse de l’histoire, en ce Printemps arabe, ce sont l’ancien président de Cuba, Fidel Castro, les présidents anti-impérialistes d’Amérique latine, certains partis communistes et d’extrême gauche, et d’une poignée d’intellectuels communistes, trotskistes ou tiers-mondiste , qui, au nom d’un anti-impérialisme dévoyé, d’une vulgate marxiste vulgaire et d’une vision conspirationnisme de la lutte des peuples, prônent eux aussi la « non-intervention », la non-assistance à peuples arabes en danger, quand il s’est agi des « bons » dictateurs- maffieux, aux mains souillées de sang de patriotes arabes ou musulmans (tels que Ahmadinedjad, Gueddafi et Assad). Pire, ils leur apportent de surcroît des soutiens politique, diplomatique et médiatique, tout en ravalant ces peuples, ainsi que leurs militants marxistes, leurs syndicalistes, leurs féministes, leurs laïques, leurs intellectuels au statut de mineurs et à celui de vulgaires agents de la CIA états-unienne et de l’Occident.

Le peuple et les démocrates algériens en savent quelque chose ; eux qui ont été calomniés, par le FIS et leurs complices, pour empêcher toute action solidarité envers eux, afin de les empêcher de combattre efficacement l’islamoterrorisme, dont l’ampleur et la barbarie a été unique au monde.

À l’instar des régimes répressifs et corrompus russe et chinois, ces gouvernements d’Amérique latine entretiennent aussi un bizness florissant avec certains de ces dictateurs. Les opinions publiques arabes ne sont pas prêtes à pardonner une telle trahison.

Sources :

  • Interview Fernando Hernandez Sanchez in L’Humanité du 4 avril 2011. L’intéressé a publié en 2010 en Espagne, Guerre ou révolution. Le Parti communiste d’Espagne dans la guerre civile (éd. Critica).
  • Jean Ortiz : l’avènement de la République espagnole, in l’Humanité dimanche du 14 au 20 avril 2011.
  • La Seconde république espagnole in Wikipédia.
  • Staline, Jean-Jacques Mari, éd. Fayard, Paris, 2001, p.481 et suiv.
  1. la Première république espagnole dura de 1873 à 1874 ou 1875 in Wikipédia. []
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