Europe

Chypre : comment l’oligarchie européenne modifie de nouveau la nature de la zone Euro

lundi 1 avril 2013
Par
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

A chaque crise, et c’est encore le cas avec la crise chypriote, l’oligarchie européenne modifie sans débat politique la nature de la zone euro.
C’est d’autant plus étonnant que Chypre ne représente que 0,2 % du PIB de la zone euro. Mais l’intensification de la crise systémique les oblige à franchir un nouveau gap. Là, elle a organisé un blocus financier de l’île (voir l’article de Jacques Sapir dans le précédent numéro), a lancé un ultimatum aux termes duquel Chypre serait exclu de l’euro. De plus Angela Merkel a refusé à Chypre le même traitement que l’Irlande en 2010 qui avait participé à sa propre survie en vidant son fonds de pension. L’Irlande a dû participer à 20 % des 85 milliards d’euros. Pour Chypre, on lui demande 40 % des 17 milliards d’euros mais sous forme de taxes sur les dépôts bancaires. C’est la concrétisation de la thèse de Michel Zerbato parue dans Respublica selon laquelle l’Allemagne veut bénéficier de plus en plus de la zone euro mais paiera de moins en moins. Avis aux amateurs pour la prochaine aide !
Il a fallu une émeute à Chypre pour qu’Angela Merkel accepte de ne pas taxer tous les dépôts bancaires et mettent une limite à 100.000 euros.
Angela Merkel a même refusé de faire jouer le FESF ou le MES, comme d’ailleurs pour le cas grec.
Pire, il devient patent que l’oligarchie européenne peut demander de « changer son modèle économique » à tout pays qui demande une aide sans débat démocratique incluant les citoyens du pays. Avis aux autres pays !
Contrairement aux discours bisounours des médias dominants, les effets de la politique de dévaluations internes1 imposées par l’oligarchie augmente les inégalités au sein de la zone euro : jusqu’à quand ? Les pays du sud de l’UE et beaucoup d’entreprises des pays du nord de l’UE vivent un resserrement du crédit (credit crunch en anglais) sur le simple bon vouloir de l’Allemagne et de la BCE. La récession est donc organisée pour certains.
La dernière « innovation », et non la moindre, sera l’application de restrictions aux mouvements de capitaux par Chypre (disposition prévue par l’article 65 du Traité de fonctionnement de l’UE ou TFUE ). Ce qui fera qu’un Chypriote installé en Allemagne sera moins libre que s’il vit à Chypre. Avis aux amateurs qui vont vite comprendre qu’un euro-chypriote ne vaut pas un euro-allemand ! Et vive la délocalisation des riches des pays pauvres vers les pays riches! Quel progrès!
A quand la prochaine « innovation » de l’oligarchie ?

  1. Les dévaluations externes sont impossibles puisqu’il y a monnaie unique, elles ne seraient possibles qu’avec une monnaie commune. []
Par
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Voir tous les articles de

Rubriques liées :