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Itinéraire d’une militante algérienne : 1945-1962

jeudi 1 septembre 2011

Lucette Larribère Hadj Ali vient de publier aux éditions du Tell, à Blida, près d’Alger, un ouvrage intitulé, Itinéraire d’une militante algérienne : 1945-1962.

L’ouvrage est préfacé par Abdelkader Guerroudj, ancien cadre des Combattants de la Libération (CDL), branche armée du Parti communiste algérien (PCA), pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie, et ancien condamné à mort par la France coloniale. Il est également postfacé par Henry Alleg, militant communiste et anticolonialiste algérien d’adoption. Ce livre témoigne de la contribution de son auteure aux luttes de son peuple pour une Algérie libre, indépendante et de justice sociale.

L’intéressée est née en 1920 à Oran. Elle était dans sa famille l’aînée des cinq filles et d’un garçon. Son père, Jean-Marie, gynécologue, et son oncle, Camille Larribère, médecin généraliste, à Sig, près d’Oran, tous deux communistes, ont été en leur temps des figures politiques et sociales marquantes de l’Oranie. Son grand-père paternel et ses autres oncles paternels appartenaient eux aussi au Parti communiste algérien.

À l’issu de ses études d’Histoire et de géographie à l’université d’Alger, Mme Larribère Hadj Ali a travaillé, à partir de 1942, à l’Agence France-Presse, puis à partir de 1943, à Liberté, journal hebdomadaire, du PCA. C’est là, écrit-elle, qu’elle a appris les bases du métier, sous la houlette d’une journaliste de talent, Henriette Neveu, et qu’elle a commencé à découvrir les horreurs du système colonial, en Algérie.

Elle fut ensuite rédactrice en chef du journal mensuel de l’Union des femmes d’Algérie (U.F.A), première organisation féministe dans ce pays, créée en 1944, par le Parti communiste algérien. Elle intégrera rapidement la direction de cette organisation, où elle y approfondira sa prise de conscience politique. Alice Sportisse et Lise Oculi, les directrices successives de ce mensuel, ainsi que Gaby Gimenez-Bénichou, lui avaient longtemps servi d’exemples.

Elle se souvient aussi de la grave erreur commise par le PCA condamnant violemment les manifestants algériens du 8-Mai 1945, qui revendiquaient l’indépendance, et qui furent massacrés par milliers par les forces d’occupation françaises. Certes, le PCA s’était vite ressaisi. Mais le mal est fait. Il en a été de même de la sous-estimation pendant longtemps par son parti de la question de l’indépendance de l’Algérie.

Mais dès 1946, la ligne éditoriale du journal féministe a commencé à changer radicalement. Elle mettait désormais l’accent sur la dénonciation de la domination coloniale et la nécessité d’aller à la rencontre des femmes musulmanes dans leurs quartiers et leurs foyers pour être mieux à même de les sensibiliser et les mobiliser autour de leurs problèmes. Y avaient alors adhéré des Algériennes de souches telles que Baya Allaouchiche, devenue membre dirigeante de l’U.F.A et du Comité central du PCA, de l’ouvrière, Abassia Fodhil, de Attika Gadiri… aux côtés de leurs autres sœurs algériennes, Joséphine Carmona, Lydia Toru, Blanche Moine, et bien d’autres. Elle évoquera aussi dans son parcours militant Gilberte Salem (l’épouse d’Henry Alleg, de son vrai nom, Salem).

Toutes ces femmes communistes avaient rejoint tout naturellement le combat pour la libération de leur patrie ; elles n’en avaient pas d’autre. Nombre d’entre elles avaient été arrêtées, torturées et condamnées à de lourdes peines de prison, et souvent expulsées en Métropole. Certaines furent assassinées par les fascistes, de l’Organisation de l’armée secrète (O.A.S), comme le couple de communistes oranais, Abassia Fodhil et son mari, Mustapha.

Lucette Larribère Hadj Ali adhéra en août 1945 au PCA, et devint membre de son Comité central, en 1947.

Elle rejoignit, en 1952, Alger-républicain, où elle dirigea l’équipe de journalistes du jour, tandis qu’Henri Zanettacci, dirigeait l’équipe du soir, et son fils, Nicolas Zanettacci, menait les enquêtes économiques. Elle y retrouva Henry Alleg, et y rencontra directeur de la publication, Jacques Salort, l’administrateur, Boualem Khalfa, Isaac Nahori et un peu plus tard, Abdelhamid Benzine rédacteurs en chef, Abdelkader Choukal, le plus jeune journaliste, mort ensuite dans les maquis…

Avec le déclenchement de l’insurrection armée, les autorités coloniales avaient multiplié les mesures de censure d’Alger-républicain. Cependant, l’équipe du journal répliquait astucieusement, par la publication à la Une de chaque édition la phrase suivante : « Alger-républicain dit la vérité, mais ne peut pas dire toute la vérité ». Cette publication a fini par être interdite, en septembre 1955, presque en même temps que le PCA et les organisations liées à cette formation politique, dont l’U.F.A.

Notre militante plongea rapidement dans la clandestine, comme agent de liaison de Bachir Hadj Ali, membre de la direction du PCA et des CDL, direction composée également de Sadek Hadjerès et de Jacques Salort.

Bachir Hadj Ali avait été caché chez des chrétiens algériens, partisans de l’indépendance, en l’occurrence l’abbé Moreau et les prêtres de la Mission de France de l’Église de Hussein-dey, à Alger. Ces derniers l’avaient accueilli sur recommandation de Monseigneur le cardinal Duval, honni par les ultras de l’Algérie française. Ensuite, Bachir Hadj Ali et elle furent pendant une longue période cachés chez un autre chrétien progressiste, Pierre Mathieu.

Elyette Loup, agent de liaison de Sadek Hadjerès, avait été arrêtée, torturée à la villa Sésini, autre haut lieu de torture algérois, puis emprisonnée en métropole, où elle fut ensuite assignée à résidence. Elle revint clandestinement, en Algérie, avec l’aide du Parti communiste français, et reprit la lutte pour l’indépendance.

Robert Manaranche, le premier mari de Mme Larribère Hadj Ali, avait été arrêté en 1957, emprisonné pendant trois ans, puis expulsé vers la France. Paulette et Aline, soeurs de notre moudjahida, membre des réseaux du PCA ont également été arrêtées. Son père a vu sa clinique à Oran, plastiquée par l’OAS, mais celle-ci n’avait pas réussi à le tuer.

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