Chronique d'Evariste

La crise globale portugaise continue de plus belle

lundi 5 octobre 2015
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Les Portugais ont été appelés aux urnes pour l’élection législative du 4 octobre 2015. Une nouvelle carte politique a été configurée par leur vote. Comme en Grèce le 20 septembre dernier, comme aux élections françaises de 2014 et 2015, l’abstention grandit dans les couches populaires devant l’avancée inexorable des politiques d’austérité.
Pour cette élection du 4 octobre 2015, plus de 1 % d’abstentionnistes en plus pour arriver à 43,07 % d’abstentions. Auxquelles il faut ajouter 2,09 % de bulletins blancs et 1,61 % de bulletins nuls. A noter que la votation législative portugaise s’effectue à la proportionnelle intégrale dans 22 circonscriptions législatives sur listes bloquées.

Pendant la journée du scrutin, l’ensemble des médias néolibéraux européens n’a cessé de dire que la droite avait gagné, avec l’aide des manipulations des sociétés de sondage – dont certaines disaient savoir que la droite allait garder la majorité absolue. Comme d’habitude. Puis, dès la fin du scrutin, ces sociétés de sondage se rapprochaient petit à petit du résultat final.

La droite subit un recul important de près de 12 % avec 38,44 % des voix et perd donc la majorité absolue  (104 députés). Avec 32,38 %, le PS augmente son pourcentage de près de 4,3 % grâce à une campagne légèrement anti-austéritaire. Il remporte 85 députés. C’est un échec, vu que son objectif était de parvenir à une majorité solitaire. Il ne retrouve pas les voix qu’il avait obtenues aux élections municipales de 2013. Il est vrai que le fait que l’ex-premier ministre socialiste Socrates soit en prison depuis 2014 pour blanchiment d’argent a joué contre ce parti.

L’Autre gauche partait divisé en deux coalitions : l’une avec le PC et Les Verts et l’autre avec le Bloc de gauche. Leur total de voix est légèrement supérieur d’environ 1,6 points à celui de 2011 mais, le Bloc de gauche surpasse cette fois-ci nettement l’alliance du PC et des Verts. Ils passent respectivement de 5,17 % et 11,71 %  en 2011 à 10,22 % (Bloc de gauche : 19 députés) et 8,27 % (PC+Verts : 17 députés) en 2015.

Les 15 partis marginaux ont un total en augmentation mais avec les seuils des circonscriptions, seul le Parti du peuple, de la nature et des animaux aura un député. L’élection présidentielle aura lieu quant à elle en janvier 2016. Force est de constater que ce résultat électoral ne fera qu’approfondir la crise globale européenne et portugaise. Nous y reviendrons en fin de chronique.

Résumé de la situation économique et sociale portugaise

La purge austéritaire est très dure depuis 4 ans. Le SMIC portugais est aux environs de 505 euros, inférieur à  son niveau de 1974 à la suite de la Révolution des œillets. L’endettement des ménages modestes est en forte croissance, les salaires sont en baisse, les loyers augmentent fortement, le coût d’un licenciement a été réduit de moitié. Seule l’activité touristique a progressé tant par le nombre des visiteurs que par les constructions qui en découlent. Cette cure d’austérité et cette politique économique ont permis un retour de la croissance uniquement au profit de l’oligarchie capitaliste portugaise.

L’abaissement du taux de chômage de 17,5 % à 12,4 % en deux ans, n’est que la conséquence directe d’un accroissement phénoménal du taux de précarité au détriment des CDI, d’un accroissement des contrats aidés pour faire sortir les travailleurs des chiffres du chômage, d’une radiation massive des chômeurs aidée par une démotivation des chômeurs eux-mêmes et d’une baisse absolue de la population active de 250 000 personnes en 4 ans : 400 000 Portugais ont émigré dans ce laps de temps

Premières et provisoires analyses

La droite, en tête mais très loin de la majorité, ne pourra donc gouverner qu’avec l’appui des socialistes ce que leur leader avait pourtant repoussé pendant la campagne.

Le total PS + Coordination nationale unitaire (PC+Verts) + Bloc de gauche est majoritaire mais est impensable dans l’état actuel des forces politiques portugaises, le PS étant toujours favorable aux traités européens bien que, pendant la campagne, il ait engagé une certaine critique de l’austérité .

A noter que le Bloc de gauche a presque doublé son score de 2011, retrouvant celui obtenu en 2009 avant son écroulement en 2011. Le Bloc de gauche est une organisation politique de type Syriza prônant un européisme de gauche anti-austérité. Quant au parti communiste, il s’était battu contre le référendum de légalisation de l’IVG.

Le Portugal est actuellement un pays sans stratégie majoritaire à gauche. Le prochain rendez-vous européen reste les législatives espagnoles.

Bien que la gauche de la gauche portugaise ait progressé de près 1,6 % pour atteindre plus de 18 % des voix, elle est handicapée par sa division, par son manque de projet stratégique majoritaire et par un lien encore trop faible avec les couches populaires et le peuple portugais. Elle laisse donc encore un espace trop important au PS, fort loin encore d’une « pasokisation ».1

 

  1. Le Pasok est l’ancien parti socialiste grec qui fut au pouvoir en Grèce dans le cadre du renforcement des politiques austéritaires. En répondant aux besoins immédiats des couches populaires (dispensaires gratuits, restaurants populaires, organisation de la survie, etc.) et en pratiquant des formes d’éducation populaire sur les causes de ces politiques, le travail populaire de Syriza et de ses alliés  a créé du lien avec une large fraction du peuple grec, aboutissant à sa victoire en janvier 2015 et au référendum du 5 juillet. Syriza a alors limité de plus en plus l’espace du Pasok. Mais, acquis sur la possibilité de mener des politiques progressistes au sein de l’Union européenne et de la zone euro, ces succès laissent place à une nouvelle période : voir la dernière chronique d’Evariste. []
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