ReSPUBLICA

Notre chronique « De pire en pire »

samedi 24 août 2013

Le niveau de vie des plus modestes a baissé en 2009 et en 2010

Le ralentissement économique du début du quinquennat de Jacques Chirac, en 2002 et en 2003, avait frappé également le plus grand nombre. La dernière récession a été plus sélective : le niveau de vie des 40 % les plus modestes, soit 24,4 millions de personnes, est le seul à avoir baissé en 2009 et en 2010. Celui des 5 % les plus aisés, soit 3 millions de personnes, est le seul à avoir augmenté en 2010. C’est ce qui ressort de l’édition 2013 de l’ouvrage de l’Insee sur Les revenus et les patrimoines des ménages.

En 2010, la moitié de la population de France métropolitaine (30, 5 millions de personnes) disposait de moins de 19 270 euros par an (1 610 euros mensuels) pour vivre et la moitié disposait de plus. Ce niveau de vie médian a baissé de 0,5 % par rapport à 2009.

Si tous les déciles sont concernés par cette baisse, elle est plus marquée dans le bas que dans le haut de la distribution : entre – 1,3 % et – 1,6 % pour les 3 premiers déciles et – 0,3 % pour le 9e décile. Le niveau de vie des 40 % les plus modestes a baissé deux années de suite, alors que celui des cinq derniers déciles n’a diminué qu’en 2010.

Surtout, le niveau de vie plancher des 5 % les plus aisés (3 millions de personnes) a, lui,  augmenté de 1,3 % en 2010 après avoir stagné en 2009 (+ 0,2%). Par ailleurs, la masse des très hauts revenus – les 1 % les plus aisés, soit 610.000 personnes – a augmenté de 4,7 % en 2010 après avoir diminué de 4,3 % en 2009. Il est vrai qu’entre 2004 et 2008, ils avaient augmenté de 5,5 % par an. L’augmentation de 2010 provient pour 75% des hausses de revenus d’activité et pour 25% de la hausse des revenus du patrimoine.

L’Insee observe aussi que si les inégalités s’accroissent, cette augmentation n’en est pas moins amortie par le système de protection sociale. Ainsi, entre 2008 et 2010, le 1er décile de revenu par unité de consommation diminue de 3,2 % par an avant transferts, contre 1,2 % après transferts.

Dans une France où, comme dans la majorité des 27 pays de l’Union européenne, les inégalités se sont creusées, le taux de pauvreté monétaire (60 % du niveau de vie médian, 964 euros en 2010) est en hausse de 0,6 points à 14,1 %. La moitié des personnes pauvres vivent avec moins de 781 euros par mois. L’augmentation de la pauvreté concerne plus particulièrement les familles, avec 2,7 millions d’enfants pauvres, le taux de pauvreté des moins de 18 ans atteignant 19,6 % contre 10,2 % pour les retraités.

Inutile de rajouter que la politique étant resté la même jusqu’à aujourd’hui malgré la prise de pouvoir de la gauche solférinienne, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Jusqu’à quand ?

Mais la crise profite à l’oligarchie organisée autour des grandes fortunes françaises

D’après Challenges, les 500 plus grandes fortunes de France ont grimpé de 25 % en un an. Un bond spectaculaire qui révèle les profits que tire de la crise une poignée de grands patrons, pendant que le pouvoir d’achat des Français a reculé de 0,9 % l’an dernier.
Les 10 premières fortunes de France ont augmenté leur richesse de 40 % en un an ! (selon Ecofin).

Toujours selon Ecofin, la richesse globale des « 500 » premières fortunes de France, classées le 11 juin par l’hebdomadaire Challenges, a quadruplé en une décennie et représente 16 % du produit intérieur brut du pays. Il compte aussi pour 10v% du patrimoine financier des Français, « soit un dixième de la richesse entre les mains d’un cent millième de la population », affirme la même source.

En Europe, l’austérité fait exploser la pauvreté

La Confédération européenne des syndicats (CES) tire la sonnette d’alarme sur la responsabilité des politiques de rigueur budgétaire sur la baisse des salaires, le chômage de masse et l’explosion de la pauvreté.

L’Institut syndical européen (Etui) a dévoilé une série d’infographies représentant les évolutions salariales dans l’Union européenne entre 2000 et  2012.
Les résultats sont sans appel. Les pays touchés par les politiques d’austérité sont aussi ceux dont les salaires ont le plus chuté. En première ligne, la Grèce, avec une perte de salaire vertigineuse de 4,88 % entre 2009 et 2012. Idem au Portugal, où la baisse est de 1,6 %.
L’Espagne et l’Italie ne sont pas loin derrière, avec respectivement un abaissement de 0,45 % et 0,56 %. La France se maintient avec un léger bond de 0,7 %. La diminution des salaires entraîne dans sa chute les rémunérations horaires. Par exemple, en Grèce, en 2012, le salaire horaire minimum décroît de 24,3 %.
Alors que les salaires plongent, ouvrant la porte à une plus grande pauvreté et exclusion sociale, tout en freinant la consommation, le chômage flambe.
En Grèce, les personnes sans emploi représentaient 7,7 % de la population active en 2008 contre 24,3% 2012, dont 57,2 % sont des chômeurs de longue durée.
La même tendance s’observe au Portugal. En 2008, le chômage était de 8,5 %, quatre ans plus tard, il plafonne à 15,9 %. L’Hexagone n’est pas en reste avec un passage de 7,8 % de la population active en 2008 à 10,3 % en 2012. Au total, 26,5 millions de personnes sont privées d’emplois sur le Vieux Continent.

Pas de doute, pour Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), « les salaires sont la première cible des mesures d’austérité partout en Europe, ils sont devenus l’instrument clé du mécanisme d’ajustement d’une politique de dévaluation interne». Résultat, dans ces pays où les salaires dégringolent, la pauvreté a grimpé. En 2011, 31 % de la population risquait de tomber dans une grande précarité en Grèce et 24,4% au Portugal. En France, pas moins de 19,3 % des habitants sont concernés. Les richesses produites par les États sont aussi en berne. Alors que la rigueur est censée restaurer la confiance des marchés financiers et la compétitivité des pays, la richesse produite par État, au contraire, s’effondre. En Grèce, le produit intérieur brut (PIB) baisse de 6,4 % rien qu’en 2012.

Bernadette Ségol observe que « cette tendance [des politiques d’austérité – NDLR] n’a pas résolu les problèmes de compétitivité, en particulier dans les pays soumis à un plan de sauvetage financier. Cela a, au contraire, aggravé les problèmes existants en affectant les plus vulnérables ».

Ces politiques drastiques ont entraîné l’Europe dans une spirale, aggravant la crise économique et sociale. La CES met en garde les dirigeants européens: « Dix mois avant les élections européennes, chômage de masse et politiques de réduction des salaires constituent un cocktail dangereux qui nuit au soutien des citoyens pour le projet européen (…) Un changement de cap s’impose d’urgence pour restaurer la confiance et la croissance. » D’autant que le dogme de l’austérité commence à être sérieusement remis en cause. En avril, une étude avait démontré que les calculs des économistes de Harvard, théoriciens de la rigueur budgétaire, étaient erronés. Contrairement à leurs analyses fumeuses, une dette publique de plus de 90 % du PIB ne conduit pas automatiquement à la récession. Certains pays, comme les Pays-Bas, ont déjà retenu la leçon, en mettant en place des politiques de relance. Pendant que la plupart des pays d’Europe s’enfoncent toujours dans la rigueur.

En France, le chômage explose. Le taux de chômage a continué d’augmenter en juillet, pour le 26e mois consécutif. La CGT réaffirme que « la relance de l’économie passe par une relance de la consommation, qui permettra de faire repartir la croissance, et donc l’emploi ». Le syndicat, qui impute « les premières causes du chômage aux fins de CDD et aux ruptures conventionnelles qui ont explosé depuis leur création, en 2008 », en appelle à « mettre fin à la politique d’austérité ». « Il faut faire reculer la précarité, conditionner les aides aux entreprises et créer une vraie sécurité sociale professionnelle ».

Accueil des personnes âgées

Légère augmentation par le gouvernement Sarkozy-Fillon des places en établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpa) mais diminution forte du nombre d’unités de soins de longue durée ( USLD) indique la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dans les premiers résultats de son enquête Ehpa 2011
L’enquête a pris en compte les maisons de retraite, les logements-foyers, les unités de soins de longue durée (USLD), ainsi que les établissements d’accueil temporaire, les structures expérimentales et les centres d’accueil de jour.
Hors accueil de jour, au 31 décembre 2011, la France (métropole et outre-mer) comptait 10 481 Ehpa (+1,7 % comparé à fin 2007) et 720.483 places installées (+5,3 %). Près de sept établissements sur 10 étaient des maisons de retraite. Leur nombre a progressé depuis 2007 (7.225 structures, +11 %, 555.773 places, +18 %), tandis que celui des logements-foyers a diminué (2.559 structures, -8 %, 128.666 places, -10 %), pour représenter un quart des Ehpa.
Le nombre d’unités de soins de longue durée (USLD, au sein des structures hospitalières) a fortement diminué : 608 structures (- 33 %), 34.187 places (- 50 %).

Il faut comprendre que c’est conforme à la logique néolibérale de remplacer les USLD hospitalières par des Ehpad dont l’encadrement est moins important. Donc les maisons de retraite voient  arriver des personnes âgées de plus en plus dépendantes avec donc de moins en moins d’encadrement.
Le gouvernement Hollande-Ayrault a maintenu cette politique.

Financements publics pour des cliniques privées

En 2016, les cliniques Sainte-Odile, Diaconesses et Adassa se regrouperont sur un site unique au Port-du-Rhin. Ce projet, baptisé Tamaris, coûtera 100 millions d’euros. Une part devrait être financée par l’Etat, la communauté urbaine de Strasbourg mettant à disposition un terrain pour une bouchée de pain.
Syamak Agha Babaei, conseiller municipal PS et médecin urgentiste, pose la question de l’opportunité de financements publics pour ce projet privé. Lire.

Effondrement du poids de la France dans les demandes d’AMM centralisées en 2012

En 2012, 95 nouvelles demandes d’AMM centralisées ont été déposées auprès de l’Agence européenne du médicament (EMA), contre 99 en 2011 et 102 en 2008. La France a donc été en première ligne dans 6 % des dossiers l’année dernière, alors qu’elle l’avait été dans 14 % des cas en 2011 et 23,5 % en 2008.

Le rapport d’activité de l’Agence nationale de sécurité des médicament et des produits de santé ( ANSM) pointe aussi les ruptures de stock fréquentes de médicaments sans alternative thérapeutique.

Mais, soyez sûr les grandes multinationales pharmaceutiques françaises croulent sous un montant élevé de bénéfices !

Le réseau ferroviaire français à l’agonie

Augmentation des retards (par exemple,Vic-sur-Cère- Paris via Clermont-Ferrand qui devait arriver à 22h 57 le 24 juillet dernier à Paris-Austerlitz est arrivé en car avec près de 5 heures de retard !), mort d’usagers à Brétigny du Paris-Limoges parti de la gare d’Austerlitz, tout cela s’explique par le fait que la direction de la SNCF et les gouvernements successifs ont délaissé le réseau français hors TGV suite à une baisse des effectifs du personnel notamment de contrôle, par un accroissement des sous-traitance. L’état catastrophique du réseau ferroviaire français a donné lieu à plusieurs articles ces dernières semaines ainsi qu’à un rapport de la Cour des comptes. (Dès 2005, un rapport établi par l’École polytechnique de Lausanne avait déjà diagnostiqué cette situation catastrophique.)

Rappelons que le réseau ferroviaire français, long de 29 500 km, est la propriété de Réseau ferré de France (RFF) qui en assure l’exploitation et la maintenance (maîtrise d’ouvrage) mais avec de la sous-traitance notamment de la SNCF d’où des dysfonctionnements qui n’existaient pas lorsque SNCF et RFF ne faisaient qu’un.

Un tableau établi par Agora Vox permet de comparer le linéaire de voie pour les principales classes de trafic, et la part de trafic réel sur ces lignes. Ainsi 78 % du trafic total se fait sur 30 % du réseau (le réseau principal), alors que les 70 % restant n’en absorbent que 22 %, dont 46 % seulement 6 % !
On constate donc une distorsion troublante mettant en évidence la sous-utilisation de près de la moitié du réseau ferré français.

D’après Agora Vox, « ces lignes du réseau secondaire ont en général la typologie suivante : voie unique non électrifiée, dotée d’un système de signalisation hors d’âge, voyant passer quotidiennement deux ou trois allers-retours d’autorails et éventuellement quelques convois de fret. Les autorails, assurant des services omnibus, desservent des petites bourgades (de moins de 3 000 habitants), voire des gares ou haltes isolées en pleine campagne, et permettent de relier entre elles des préfectures ou sous-préfectures. » Et encore : « Ce réseau est à l’agonie. Ces lignes sont maintenues a minima et n’ont pas bénéficié d’investissement depuis des décennies. » Vive le néolibéralisme !

Or, depuis une dizaine d’années, les conseils régionaux ont lourdement investi dans l’acquisition de matériel neuf (autorails et automotrices) afin de renforcer l’offre des services des Transports express régionaux. Cette politique a eu pour effet une augmentation spectaculaire de la fréquentation de ces services jusque-là délaissés parce que ringardisés par le TGV et l’automobile.

Mais cette relance du transport régional va vraisemblablement se trouver dans l’impasse dans les cinq à dix ans à venir. Aujourd’hui, sur des portions de lignes de plus en plus conséquentes, des autorails flambants neufs se voient limités à 30 km/h voire 10 km/h !

Combien de temps accepterons-nous ce mépris des droits citoyens de transport ?

A propos du projet de directive européenne Marchés publics

Une directive européenne modifiant la passation des marchés publics est en préparation. Une mobilisation est en cours (voir la pétition). Cette Directive serait une étape vers la mise sur le marché des prestations des services publics, privés non lucratifs, en particulier sur les plans de la santé, du social, et de la protection sociale tels ceux visés à l’annexe XVI du projet. D’ores et déjà l’Union européenne ne retient pas dans ses traités la notion de services publics, elle ne reconnaît que la notion de Service d’Intérêt Economique Général (SIEG) et en leur sein les Services Sociaux d’Intérêt Généraux (SSIG).

Le paragraphe 2 de l’actuel article 106 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, issu de l’article 90 § 2 du Traité initial instituant la Communauté économique européenne, énonce en effet que les « entreprises chargées de la gestion de Services d’Intérêt Economique Général […] sont soumises aux règles du Traité, dans les limites où l’application de ces règles ne fait pas échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie »

Les SIEG ont donc été conçus comme l’exception à une règle, celle de l’application du droit de la concurrence. Les textes européens distinguent en outre les entreprises chargées de la gestion de SIEG de celle de la mission particulière. Cette distinction qui ouvre la vanne de la concession du Service Public à une société à caractère commercial.

La question de la marchandisation des Services Publics a été initiée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en septembre 1986 à Punta del Este (Uruguay).

En 1994 l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) oblige les États à créer un environnement compétitif entre entreprises publiques et privées. (En pratique, cela se traduit soit par une diminution des subventions aux premières, soit par l’aménagement d’aides particulières pour les entreprises privées.)

L’Accord Multilatéral sur les Investissements (AMI) en 1998, qui tente d’ouvrir la possibilité pour les multinationales de faire condamner les états, a donné lieu à une large mobilisation internationale. Ce sera un premier échec infligé au tout libéral. De même, la lutte contre la « directive Bolkestein » limitera la portée de la directive du 12 décembre 2006, pour les SSIG et les SIEG, en limitant la concurrence à l’intérieur des états. Mais elle ouvrira la porte dans notre secteur à la loi HPST, Hôpital Patient Santé et Territoire.

Une nouvelle étape serait franchie avec cette directive (complément de celle de 2006) étendant la concurrence au niveau européen dans un premier temps. Avec l’ouverture des négociations du Pacte transatlantique (visant à construire un espace de marché entre l’Amérique du Nord et l’Union Européenne) et du Pacte transpacifique, elle ouvre ainsi l’espace de la concurrence au niveau mondial.

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