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Pour une oreille attentive à l’hymne de la Révolution française !

vendredi 31 août 2012
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La vitalité du grand événement révolutionnaire impose un détour dans son histoire positiviste qui influence notre présent, mais ce détour ne se résume pas qu’à cela. La philosophie « de l’histoire » de la Révolution fourmille d’éléments d’une pédagogie sans pareille, qui aujourd’hui s’impose à nous.

La Révolution française s’assigne une place exceptionnelle dans l’histoire du monde contemporain. Elle fait appel à une sensibilité encore vive, éveillée un jour, voici un peu plus de deux siècles, au grand feu de l’espérance, et d’une recherche citoyenne faite d’exigences sociales et de partage de convictions, pour transformer la vie. Le Citoyen devient le pivot et le pilier de la société à construire, il a des droits parce qu’il est Homme.

Le raisonnement des Encyclopédistes fait désormais sienne la devise de Protagoras : « l’Homme est à la mesure de toute chose, ce qui lui donne ainsi toute sa dimension »
Mona Ozouf a également souligné l’importance capitale des femmes dans chaque événement de la Révolution, ce qui fut un élément à vrai dire surprenant, mais qui somme toute semble logique. Leur omniprésence comme analyseur de la modernité participe du haut coefficient idéologique de la société révolutionnaire. Des personnalités féministes ont ainsi joué un rôle non négligeable : Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, théoricienne de la Déclaration des droits de la Femme, entre autres, et Théroigne de Méricourt, dite Lambertine qui créa le club des Amis de la loi et fut la muse « tendance démocratique » de nombreux conventionnels.
L’idéal républicain s’est forgé de tout cela, et ceci laisse à penser que c’est bien la fin d’une période que l’on appelait « Ancien régime ». Rien ne sera plus indifférent au Citoyen républicain pour s’attaquer aux conformismes et aux superstitions afin de se construire un avenir radieux sur terre et non dans un hypothétique paradis céleste.
C’est le triomphe des Philosophes humanistes qui dorénavant remplacent « l’ancien maître à penser ». C’est sans aucun doute un Ultra des Lumières, selon Michel Onfray !
La première République émérite est une période de diversité et de contradictions multiples. Certains ne vont retenir que les abus mis en évidence, d’autres vont s’attacher aux manifestations, d’un enthousiasme créatif qui de mon point de vue est « l’exceptionnalisme français ». La Révolution est l’image éclatante, encombrante, voire fracassante, « d’une conscience conquérante ». Mouvement qui demande du temps, mais dont la finalité est « très idéalement l’humanisation ». Ce qui va conduire à la laïcisation de la société.
Y a-t-il une incongruité à rappeler que la res publica, la chose publique, est née de l’audace des conventionnels qui ont défini la République comme un État sans roi ?
En disant cela, je rejoins le camp de ceux qui pensent que l’humanisme est une philosophie de l’histoire autant qu’un code moral.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen votée le 26 août 1789 a été rappelée en préambule de la Constitution de 1791, justifiant ainsi vouloir abolir irrévocablement les institutions qui blessaient la liberté et l’égalité des Droits. Je cite : « Que tous les citoyens sont admissibles aux places et emplois, sans autre distinction que celle des vertus et des talents. Que toutes les contributions seront réparties entre tous les citoyens également en proportion de leurs facultés.Que les mêmes délits seront punis des mêmes peines, sans aucune distinction des personnes. »
La pensée des Lumières est incompréhensible sans la prise en compte également des configurations de la nouvelle classe sociale en émergence à l’époque, la bourgeoisie.
Nous savons ce qu’il est advenu de l’offensive républicaine de 1791, elle fut écrasée le 17 juillet par les gardes nationaux, commandés par La Fayette aux Champs de Mars.
La République instaurée le 21 septembre 1792 fut le résultat d’une seconde révolution, celle du 10 août.

De Strasbourg à Paris en passant par Marseille… !
Le ministère girondin déclare la guerre à l’Autriche le 20 avril 1792 et dans la soirée du 24 à Strasbourg,  Claude-Joseph Rouget de Lisle compose une œuvre unique qui deviendra notre hymne national et ce qui lui vaut l’immortalité. Ce chant est un poème qui a valeur de témoignage pour une prise de conscience du peuple, qui en le chantant exprime sa foi en la Liberté et en l’Égalité revendiquées et ainsi la vie vaut d’être vécue !

Cela est divin et rare
D’ajouter un chant éternel à la voie des nations/…/
Le monde,
Tant qu’il y aura un monde,
La chantera,
La Marseillaise.

Jules Michelet, Histoire de la Révolution française

 

Le 2 juillet au soir, c’est le départ du bataillon des Marseillais commandé par Babaroux et, jusqu’à Paris, ces nouveaux bardes sillonnent les routes, l’accent chaud de leurs voix méridionales donne une vigueur particulière à ce chant révolutionnaire.
Le septième couplet prend source dans l’inspiration du sentiment civique d’un auteur anonyme, habitant sans doute une ville traversée. Anatole France faisait la remarque,  sur ce couplet, qu’il s’inspirait d’un chant emprunté aux fêtes antiques.
« Nous entrerons dans la carrière /Quand nos aînés n’y seront plus / Nous y retrouverons leur poussière / Et la trace de leurs vertus / Bien moins jaloux de leur survivre / Que de partager leur cercueil / Nous aurons le sublime orgueil / De les venger ou de les suivre ! »
Le 11 juillet l’Assemblée déclare « la patrie en danger »
Lorsque le bataillon des fédérés de Marseille entre dans Paris le 30 juillet en chantant, il reçoit un accueil triomphal.
Le 27 juillet un banquet est offert aux frères d’armes des 83 départements, sur l’emplacement de la Bastille ; ce banquet retentit de tous les couplets de ce chant révolutionnaire, qui  va passer de la rue aux théâtres et qui sera dorénavant enseigné à la foule, sur les places publiques de France.
Le 10 août le bataillon des fédérés de Marseille,  avec les sans-culottes parisiens,  s’élance à l’assaut des Tuileries, obligeant ainsi le roi et sa famille à se réfugier à l’Assemblée pour être conduits ensuite à la prison du Temple.
La Marseillaise devient le chant de guerre de l’armée du Rhin. À tel point qu’un général de la Convention écrira dans un grand effet lyrique : « J’ai gagné la bataille, mais la Marseillaise commandait avec moi ! »
Goethe qualifia ce chant patriotique de « Te Deum révolutionnaire ». Il n’est plus le fait d’un homme, mais celui d’une nation en colère. En se l’appropriant, le peuple va refuser tout finalisme étriqué, mais aussi se transcender pour envisager, un monde meilleur !
Faire redécouvrir la valeur de ce message aujourd’hui, ce n’est pas dire seulement ce qu’il a été, mais ce que nous entendons dire qu’il soit dans notre recherche démocratique.
La démocratie n’est pas un livre de compte des consciences, la démocratie s’est imposée comme une procédure de décisions, qui affirme la liberté par le progrès. L’éducation populaire est indispensable dans ce mécanisme libéral, elle transmet des valeurs qui ne consistent pas seulement dans la pratique des choses de la vie, mais dans le degré de conscience que chacun doit prendre dans ses actes journaliers.
La prise de parole citoyenne est donc indispensable pour mener à une mobilisation égale contre l’ensemble des intégrismes, d’une part, et orienter des actions de lutte contre les discriminations comme pour la promotion de l’égalité sociale, d’autre part.

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