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  1. chronique d'Evariste
    1. La France du vivre ensemble !, par Évariste
  2. bonne nouvelle
    1. Les Amis de Respublica reprennent leurs débats, par ReSPUBLICA
  3. débats républicains
    1. Du squat de Cachan à la question de l'égalité, un enjeu de la nation (suite et fin), par Guylain Chevrier
    2. Immigration et république, par Jérôme Manouchian
    3. Réaction à brûle pourpoint d'un lecteur à propos du texte de Guylain Chevrier, par Vincent Baudin
  4. Bataille du gaz
    1. Le traitement, le transport et la distribution du gaz doivent rester la propriété de la Nation, par Union Des Familles Laïques
    2. " Le copinage des milieux d'affaires l'emporte sur l'intérêt national ", par Patrick Roger
  5. contre le Front National
    1. Rassemblement républicain à Valmy, par ReSPUBLICA
  6. devoir de mémoire
    1. Annette Wieviorka, historienne en colère, par Hervé Nathan
    2. Chili 1973: l'autre 11 septembre, par Jean-Michel Freguin
  7. combat laïque
    1. L'enseignement du fait religieux ou le loup dans la bergerie, par Brigitte Bré Bayle
    2. Un cierge ou la révolution ?, par Mireille Popelin
  8. Nicolas Sarkozy
    1. La cause du people, par Christian Authier
  9. république et nationalité
    1. Le double national vous salue bien, par Denis Pelletier
  10. Polémiques contre ReSPUBLICA
    1. Réponse à un papier malveillant contre Respublica, par Évariste
    2. Attac :réponse à des propos de Jean-Marie Harribey, par Judith Elsouche
  11. Proche-Orient
    1. " Je n'ai pas de leçons à recevoir des conseilleurs et des spécialistes à distance ", par Marc Lefèvre

1 - chronique d'Evariste

1.1 - La France du vivre ensemble !

Je suis invité par un couple d'amis, qui veulent fêter leur première année d'installation. Ils viennent d'acheter un appartement, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. J'arrive avec une bonne bouteille, et fais connaissance des convives. Il y a cinq couples, qui habitent tous la nouvelle résidence. Ils ont acheté sur plan, il y a maintenant quatre ans, et ont tous aménagé l'an passé. Quatre couples sont propriétaires, le cinquième est locataire. Il y a eu soixante appartements pour les propriétaires, et trente logements sociaux pour les locataires. Afin de ne pas effrayer les futurs propriétaires, les promoteurs leur ont certifié, lors de la signature, que ce serait des retraités de la SNCF qui allaient y habiter, alors qu'en fait, la grande majorité des appartements des logements sociaux ont été attribué à des familles maghrébines ou africaines.

Par ailleurs, en quatre années, la valeur de leurs appartements a progressé de 50 %. Je fais plus rapidement connaissance avec les invités. Les hôtes étant mes amis ne peuvent qu'être des gens bien. Lui était salarié dans le privé, syndiqué à la CGT, et vient de partir en retraite, et elle travaille encore dans la fonction publique.

Il y a ensuite un couple de cadres du privé. L'homme a manifestement une grande culture, y compris politique, mais est obnubilé par le jacobinisme et la centralisation, qu'il juge responsables de tous les maux, dans l'Education nationale, notamment. Il a un discours très managérial, sur tous les sujets, y compris la politique. Il cache mal sa sympathie pour Sarkozy, parce que, pour lui, avec le maire de Neuilly, les choses sont claires, il y a un objectif précis, des méthodes, et les résultats suivront. Par contre, il ne comprend pas que les socialistes ne suivent pas Ségolène. Pour lui, c'est un bon produit, mais comme cela ne suit pas dans son camp, donc, c'est la pagaille, et cela ne peut pas marcher. Bien sûr, on cause gentiment de nos désaccords, devant un verre de Pomerol...

Il y a également un couple d'Antillais, la trentaine. Ils ont un fils. Elle est salariée dans le privé, n'a manifestement pas les deux pieds dans le même sabot, et sait ce qu'elle veut. Elle vient de trouver un nouveau travail, en Martinique. Elle est ravie de rentrer chez elle. Lui est ouvrier, travaille en trois huit, et a dû démissionner pour suivre sa chérie. Avant de partir, il ne veut absolument pas pointer au chômage, et entend continuer à travailler en intérim. Il dégage une force tranquille, et se dit très optimiste sur les rapports entre les gens, convaincu que le dialogue règle toujours tous les problèmes.

Au travers de toutes les anecdotes que je découvre au long de la soirée, je vois qu'il y a beaucoup de solidarité entre les résidents, et la volonté de bien vivre ensemble. On sent une grande habitude de s'inviter les uns les autres, et de bien rire ensemble. Mais il y a eu, malgré les digicodes et deux sas d'entrée, deux cambriolages dans les trois derniers mois, et cela inquiète certains d'entre eux, qui cherchent comment améliorer au maximum la sécurité de leur immeuble.

Le troisième couple est un couple recomposé depuis peu, d'après ce que je comprends. Ils ont chacun un enfant de trois ans. Les parents de femme sont portugais, et elle me parle du travail de son père, des ménages de sa mère, pour lui payer ses études et contribuer à ce qu'elle s'en sorte. Elle voudrait que sa fille soit bilingue, et que cela soit ses parents qui lui enseignent le portugais. Habitant la ville depuis toujours, elle me fait part de son inquiétude, quand elle voit que les commerces traditionnelles disparaissent petit à petit, et sont remplacés par des boutiques de téléphonie mobile et des boucheries hallal, dont le nombre l'exapère.

La moitié des invités fume, et chacun va sur le balcon, lieu privilégié pour poursuivre des discussions.

Le dernier couple est un couple de femmes. Elles sont toutes deux enseignantes.

La première est rentrée dans l'Education nationale depuis peu, après avoir travaillé dans le tourisme. Elle ne supportait plus ce milieu, et a préféré en partir.

Sa compagne est enseignante depuis toujours, elle a la quarantaine. Elle me parle tout de suite en confiance. Elle me raconte l'histoire de ses parents, venus d'Algérie, qui ne savaient ni parler français, ni lire, ni écrire. Elle me dit que malgré tout, son père était toutes les semaines à l'école, pour demander aux enseignants de la faire travailler plus que les autres, parce que lui et sa mère ne pourraient pas l'aider à la maison. Elle me décrit la différence avec la démission de beaucoup de parents, aujourd'hui. Elle ne trouve pas d'excuses à ceux qui ne savant pas dans quelle classe est leur enfant.

Elle me narre sa détresse, parfois, quand elle sait que des gamins arrivent à l'école le ventre vide. Elle sait que le midi, certains, qui ne mangent pas à la cantine, traînent dans les rues, et reviennent le ventre vide l'après-midi.

Elle me cite les sollicitations dont elle est l'objet, par certains pères maghrébins, lors de classes vertes ou autres séjours, quand ceux-ci lui demandent de surveiller que leur fille ne parle pas aux garçons, et qu'elle doit rappeler qu'elle est l'enseignante de tous, et pas seulement de leur fille, même si elles ont les mêmes racines, et parler aux garçons n'est interdit par aucun texte de loi en France.

Elle me parle de ces jeunes gamins qui lui reprochent de ne pas faire la ramadan, de boire du vin, ou de fumer une cigarette (heureusement qu'ils ne savent pas qu'elle est homo). Elle les calme tout de suite : " Tu as lu le Coran, toi ? Tu parles arabe, toi ? ", ce qui renvoie les mômes dans leurs buts immédiatement.

Elle me raconte certains de ses élèves. Les classes où elle ne peut pas faire de cours, enseigner, mais seulement faire en sorte que l'heure se déroule sans incident sérieux.

Mais aussi d'autres classes, où elle se régale, parce qu'elle a des élèves attentifs, qui ont envie d'apprendre.

Elle me décrit, lors de la rentrée de septembre 2004, l'attitude d'une gamine de 11 ans, qui n'a jamais voulu retirer son voile, et qui s'est fait exclure de l'école. Elle approuve totalement la nouvelle loi, et dit que cela a facilité la vie dans les établissements scolaires, et que cela protège les jeunes filles. Elle ne comprend pas qu'on soit si tolérant en France avec les intégristes, cela la révolte.

Elle aborde de nouveau ses parents, qui ont toujours vécu dans le mythe du retour en Algérie, et qui ne rentreront jamais, maintenant qu'ils sont propriétaires d'un petit pavillon de banlieue dont ils sont très fiers.

Elle me compte avec beaucoup d'émotion la confiance que lui font les élèves, et surtout les filles. Ainsi, une jeune fille qu'elle voyait pleurer en classe, lui a révélé qu'elle subissait des violences sexuelles dans sa famille, mais pas de son père, de son oncle.

Ne pouvant se taire, elle a convoqué le père, d'origine hindoue, pour l'informer de la situation. A sa grande surprise, l'homme lui a dit qu'il était au courant, et que dans certains cas, comme celui de sa fille, la religion autorisait l'oncle d'avoir des rapports sexuels à sa jeune nièce.

Cette jeune femme pétille de malice, d'humour, elle a un sens de la répartie hors du commun, je me dis que sur un plateau de télévision, elle ferait un malheur, face aux voilées de service.

Aucun des invités n'a un engagement politique. Pourtant, à leur façon d'être, ils font de la politique, et de la meilleure des façons.

Quand on les voit vivre, qu'on est loin de deux types de discours, aussi insupportables l'un que l'autre.

Celui de l'extrême droite raciste, qui voit dans les citoyens d'origine étrangère des envahisseurs qui viennent spolier les Français de souche, brader l'héritage chrétien de la France, et qui appelle aux croisades.

Et celui de l'extrême gauche communautariste, qui voit la France comme un pays raciste, et qui enferme par un discours victimaire les nouveaux arrivants dans un ghetto, au lieu de les encourager à l'intégration.

Ils sont bien loin de ces deux discours, la grande majorité des citoyens de notre pays, et heureusement. Les participants de cette soirée résument ce qu'est la France, terre d'accueil, et l'apport de la laïcité et de la République pour tous les citoyens. Ils sont, dans leur comportement quotidien, profondément laïques et républicains, attachés aux valeurs d'égalité, en droit, mais aussi en devoir, aux antipodes des droits à la différence, et de la discrimination positive réclamée par Sarkozy et les gauchistes communautaristes.

Ah ! Dernier détail, aucun ne sait encore aujourd'hui pour qui il va voter en 2007 ! Cherchez l'erreur !

Évariste

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2 - bonne nouvelle

2.1 - Les Amis de Respublica reprennent leurs débats

Dans une année 2007 décisive, les Amis de Respublica, après une année marquée par des réunions publiques en province et des banquets républicains parisiens, a décidé d'intensifier les réunions publiques, partout où cela est possible, partout où vous solliciterez nos collaborateurs.

Nous entendons multiplier les conférences, débattre sans sectarisme, dans la clarté, avec des groupes ou personnalités qui ne partagent pas forcément toutes nos positions (et vice-versa), comme nous l'avions fait l'an passé avec le groupe Vive la République.

Le vendredi 22 septembre, nous avons invité à Paris, bourse du Travail, salle Varlin, à 19 heures, le groupe Démocratie et Socialisme, et son porte-parole le plus célèbre, Gérard Filoche, inspecteur du Travail, syndiqué à la CGT, membre du Parti socialiste, et du courant Force Militantes Démocratie Sociale (FMDS).

Le thème de la soirée sera : 2007, enjeux sociaux et enjeux laïques, et notre collaborateur Pierre Cassen interviendra pour les Amis de Respublica.

Nous sommes sollicités sur d'autres thèmes, notamment " Energie et développement durable ", " Santé et Sécurité Sociale ", " l'Ecole de la République " " Laïcité et Féminisme ", " Immigration et République ", etc.

Si vous souhaitez nous contacter, n'hésitez pas à solliciter Evariste, evariste@gaucherepublicaine.org

ReSPUBLICA

3 - débats républicains

3.1 - Du squat de Cachan à la question de l'égalité, un enjeu de la nation (suite et fin)

Curieusement, la démarche de ceux qui défendent l'idée d'une immigration sans cadre et sans règles sous prétexte de liberté pour tous, ainsi que le droit à la différence débouchant sur la différence des droits, est directement inspirée par le modèle de la société américaine. Celles-ci, après avoir fabriqué des minorités de droits par des mises à part les a intégrées par une politique de discrimination positive qui a divisé le peuple en communautés concurrentes de droits. Situation qui rend impossible pour le peuple américain le fait de s'organiser sur le moindre objectif social commun, les identités des uns et des autres subjuguant la citoyenneté. Un rêve pour l'Amérique très chrétienne et ultra-conservatrice de Georges Bush.

De le lutte d'une certaine gauche pour la discrimination positive à celle d'une certaine droite

Cette démarche rejoint aussi les rêves d'un Sarkozy qui projette de mettre en uvre en France un modèle américain de la discrimination positive, afin de faire du clientélisme électoral en direction de ce qu'il désigne comme des minorités en même temps qu'il divise ainsi la société française, pour empêcher toute réaction à ses projets ultra-libéraux. Pour tout un courant de la gauche altermondialiste, cette nouvelle citoyenneté des minorités à l'américaine serait de portée universelle à l'image de l'infinité des minorités possibles à l'échelle de la planète, segmentations conçues par les instigateurs de cette idéologie comme le meilleur moyen de résistance à l'ultra-libéralisme, à la mondialisation. C'est en réalité le postulat de la mondialisation elle-même, qui veut créer un rapport direct entre l'individu et le marché sans aucun autre régulateur comme le sont les nations démocratiques, France en tête, et que ne sont pas les communautés identitaires qui ne dérangent personnes du côté de la bourse et des super-riches. On veut voir, du côté des défenseurs de la mondialisation libérale, s'effacer la nation du décor de l'homme, car elle est le cadre dans lequel les peuples ont appris à se défendre et à se faire respecter à travers la conquête de droits pour tous, se confondant avec l'intérêt du grand nombre, subjuguant les différences dans la construction de l'intérêt général. Comme l'a proposé le Traité Constitutionnel Européen, et le projet d'une Europe fédérale encore aujourd'hui, on veut faire prévaloir les minorités et les régions (le fameux rapport : Métropoles-Régions-Europe), comme uniques espaces politiques, impliquant un nouveau rapport à la mémoire, à la culture et à l'histoire, en divisant la nation en espaces de droits concurrents sur tous les plans pour casser tout projet d'égalité. Mouvement encore aidé par le dernier volet de la décentralisation de Raffarin, donnant à travers un droit d'expérimentation législatif aux régions une autonomie nouvelle tournée contre la souveraineté populaire et les représentants du peuple au Parlement, pour faire une France vidée de sa démocratie et laisser libre une bureaucratie financière agencer le monde pour le maintenir dans le creux de la main des puissants. L'Europe n'est de ce point de vue rien d'autre aujourd'hui qu'une superstructure de la mondialisation.

Notre société connaît un climat de division, qui est directement le produit de la crise politique que traverse notre pays, qui atteint les partis de gauche de plein fouet, en crise d'identité et de valeurs. Ce qui les amène à concourir à la défense de toutes revendications de droits particuliers transférant à travers les droits de la personne, comme à un monde qui part en morceaux. Il faut y lire la conséquence de leur incapacité à construire un vrai projet politique alternatif cohérent au libéralisme, où le peuple voit sa place. Pour justifier l'immigration et l'accueil sans condition des immigrés en France, on utilise une opposition fallacieuse et édifiante entre le " Nord-riche " et le " Sud-pauvre ", mettant le Baron Scelliere et l'ouvrier de chez Moulinex sur le même plan, oubliant au passage totalement de dénoncer le problème crucial et central de cette situation, qui est de la responsabilité d'un capitalisme débridé qui s'en prend aux peuples au Sud comme au Nord. Argument en or d'un nivellement par le bas qui vise à justifier la perte d'acquis sociaux au " Nord " et à livrer les immigrés à une exploitation encore plus féroce pour le plus grand bénéfice des plus riches. Sans doute, le problème et sa solution sont dans un combat laïque sans faille et un combat de classe qui ne le soit pas moins du nord au sud.

Défendre la laïcité, c'est poser la question de l'immigration dans le cadre de la lutte des classes

Ceux qui défendent la laïcité et l'avance comme solution aux maux du monde d'aujourd'hui sont combattus avec une violence et même parfois une haine qui peut surprendre, c'est en premier lieu parce que l'égalité qu'elle propose bloque les projets de reconnaissance de droits différentiels qui risquent d'engouffrer la France dans le communautarisme. Mais c'est aussi, parce que la laïcité politique pose la question de la laïcité sociale et économique, par propagation la question de l'égalité dans tous les domaines et donc, ramène par là-même la question des rapports de classe au cur de l'analyse et des réponses à la situation, et ainsi la logique de lutte des classes qui met le peuple au premier plan comme acteur de l'histoire collective, et les identités et particularismes au second plan des enjeux politiques.

La France est un pays pétri par une histoire commune où le peuple a joué le premier rôle, elle est donc par nature intégrante car porteuse de l'intérêt général, car habitée par les valeurs de liberté d'égalité et de fraternité portées par lui. Voilà ce qui est insupportable aux libéraux et à ceux qui rêvent de minorités communautaires gérées comme des clans, pour négocier contre des pouvoirs discrétionnaires leur adhésion au système et le silence des individus qui dépendent d'eux soumis à la loi de la tradition ou/et de la religion, autrement dit du passé. Créer ce modèle, se l'allier, c'est pour le capitalisme s'imposer comme la fin de l'histoire et déposséder les hommes de leur capacité d'être agent de leur histoire et d'inventer un " après ".

Ce qui est dommageable, c'est de constater que des gens de gauche et d'extrême-gauche convergent en raison du choix, de la forme de leur combat, à leur façon dans ce projet ultra-libéral, qui vise à la réorganisation du monde contre les nations et les peuples, leur protection sociale, leurs acquis, en imposant partout le communautarisme diviseur.

La France pays d'accueil, République laïque et sociale, raisonnée et combattante

La question de la régularisation globale des sans-papiers en France, estimés entre 300 000 et 500 000 personnes, qui concerne principalement les immigrés d'origine africaine, comme ceux du squat de Cachan, le principe de liberté d'installation en France sans condition pour les immigrés qui est avancée derrière cette première proposition, constituent des enjeux de société majeurs, quant à la cohésion de celle-ci, à son avenir. Si demain de nouveaux afflux de populations immigrées de pays du sud, attirées par une régularisation globale des sans-papiers, arrivaient en nombre, comment pourrait-on y faire face. Que ce soit au niveau de l'école déjà en crise, crise sélective, qui touche particulièrement les collèges implantés dans les quartiers où l'immigration se concentrent, dernière digue à maintenir un semblant de cohésion de notre société ; que ce soit notre système de protection sociale, mis à la dérive par les dépenses que cela génèrerait pour justifier son remplacement par un système privé dont certains rêvent déjà ; que ce soit au niveau de la mise en concurrence des travailleurs, en faisant ainsi peser une armée de réserve en plus du chômage en faveur de la baisse de la qualité des emplois, de leur précarisation et la remise en cause du code du travail ; que ce soit au niveau du logement qui ne verrait que s'approfondir son état de crise... Tous en paieraient le prix!

Un scénario qui n'a rien de la paranoïa ni de la discrimination, car en Espagne où on a régularisé massivement on frappe en ce moment du point sur la table au niveau de l'Europe en lançant de véritables appels au secours en raison de l'afflux d'immigrés qui a suivi cette décision, avec 1500 arrivants nouveaux par jour. Il est rapporté par la presse que selon un récent sondage, ce problème de l'immigration clandestine est devenu pour les Espagnols la première source de préoccupation, devant même le chômage. Autrement dit, c'est aussi créé des tensions nouvelles non seulement entre nationaux et immigrés mais entre installés et arrivants, une situation explosive sur le plan politique.

Un ensemble de faits qui pourraient tout simplement amener la pire des choses, en réaction à toute cette idéologie et cette propagande qui diabolise la France et son peuple tout en faisant peser tous les périls sur eux, sur tous, que s'enclenche un véritable mouvement de vote anti-immigré que récupèrerait Sarkozy aux prochaines élections Présidentielles.

Il arriverait ainsi au pouvoir en vainqueur sur une dynamique ayant cassée le lien social et fraternel que la France et les Français ont toujours eu majoritairement envers les indépendances contre le colonialisme et avec les immigrés. Voilà ce que prépare l'air de rien ceux qui sont les boutefeux d'un humanisme gauchiste qui ne voit que le plus court chemin en négligeant les acquis de l'histoire conquis de hautes luttes et la responsabilité citoyenne. La France a besoin de l'immigration, et les familles qui veulent venir s'y établir ou qui y sont déjà ont besoin de la France, nation d'une République laïque et sociale, mais pas n'importe comment et à n'importe quel prix.

Ce qui fait la citoyenneté en France, ce n'est pas le droit de vote ou le droit de vivre sur un territoire, mais un état de conscience de ce que représente un pays et les lois qui le régissent, les libertés conquises issues des luttes collectives et qu'il faut avoir toujours la vigilance de défendre, bien des choses qui font le mode de vie qui inconsciemment engendre le sentiment d'appartenir à une nation et d'y tenir.

Des choses déjà trop mises à mal par le discrédit de la situation politique actuelle, à laquelle il ne faudrait pas rajouter une fuite en avant avec un droit de vote donné aux immigrés à toutes les élections comme une certaine gauche le réclame, sans autres conditions.

La citoyenneté est une articulation entre droits et devoirs, obligations et prérogatives, responsabilité d'un lien social, d'un espace commun de principes et de normes sans subvertir l'autonomie individuelle. Toute vie en société est relative à l'appartenance formelle à une réciprocité de dons par l'entremise des actions des hommes qui se complètent dans un "tout" qui a sa cohérence, sa forme politique, où l'intérêt général doit se porter au-dessus des intérêts particuliers propres aux spécificités des uns et des autres sans rien en nier. La France a su se donner des valeurs qui méritent d'être portées au plus haut et défendues bec et ongle contre la mondialisation mais aussi contre l'idéologie de ces apprentis sorciers d'un humanisme trompeu, convaincus de sauver le monde, qui inscrivent en fait leurs projets dans la logique pré-déterminée des ennemis des peuples et donc dans celle de la mondialisation.

La laïcité est porteuse de libération de portée universelle car elle prône l'égalité en toute chose, alors que la lutte pour la reconnaissance des minorités qui conduit à la différence des droits aboutit à la division et aux conflits intercommunautaires, comme on y assiste aujourd'hui à travers le monde.

Décidément, la laïcité est bien l'avenir du monde comme de chaque nation.

Tous les chiffres exposés dans cette analyse sont tirés de l'enquête récente sur l'Immigration confiée au Haut Conseil du CREDOC et de celle de l'Atlas des populations immigrées en Ile de France réalisée par l'Insee, décembre 2004.

Guylain Chevrier

Docteur en Histoire

3.2 - Immigration et république

La France est un pays d'immigration depuis le 13 ème siècle. Depuis la politique de l'immigration a fluctué selon trois critères :

  • application des principes républicains
  • la démographie
  • l'économique

Un chiffre pour montrer l'importance du processus d'immigration en France : alors qu'en 1930,il y avait 492 étrangers pour 100.000 habitants aux USA, il y en avait 515 en France. Cela a conduit à différencier une nation ethnique comme l'Allemagne(0,5% d'ascendants étrangers sur deux générations) d'une nation républicaine comme la France(près d'un tiers d'ascendants étrangers sur deux générations).
L'une des caractéristiques pour juger des modèles politiques est de voir les fluctuations des politiques d'immigration et de la nationalité. Par exemple, l'acquisition de la nationalité française lors de la 1ère république était liée à la défense des principes républicains face à l'envahisseur.

Historique rapide des politiques d'immigration

Les premiers recensements des étrangers datent de 1887.C'est en 1924 qu'est crée par l'Etat une société de droit privé, la Société générale d'immigration pour résoudre le déficit des morts masculins de la première guerre mondiale. En 1919, les musulmans d'Algérie n'ont plus besoin de permis pour venir en France. Entre 1920 et 1930, la balance de l'immigration est positive et dépasse 1 million 150.000 personnes.
Mais les premières restrictions contre les immigrés ne datent pas de l'Etat de Vichy en 1940.
Cela commence en 1926 et cela prépare la montée du fascisme en France.
Le 11 août 1926,une loi interdit l'emploi des étrangers en dehors de certaines professions.
Le 10 août 1932, est voté des quotas
En avril 33,tous les médecins doivent être français.
En juin 34,une loi interdit les Français naturalisés dans les professions publiques ce qui est anti-républicain.
Un décret du 6/2/35 organise le non-renouvelement des papiers pour ceux qui ont moins de 10 ans sur le territoire
Un décret du 12/11/38 oblige les commerçants étrangers d'avoir une carte spécifique Un décret du 2/2/39 l'oblige pour d'autres professions.
L'Etat de Vichy n'a donc fait qu'accélérer ce phénomène.
Le processus républicain renaît en 1945 par les ordonnances des 19/10 et 2/11.
Malheureusement le processus républicain s'arrête le 20/9/47 lorsque qu'il est donné la citoyenneté aux musulmans d'Algérie mais dans un collège séparé. Cette loi est anti-républicaine car pour un républicain, le 1 être humain=1 voix est indivisible. N'étant plus en république, les dispositifs anti-républicains se développent : -arrêt de l'immigration le 3 juillet 1974 et développement du travail au noir des clandestins
-retour forcé en 1977
-régularisation des flux naturels en 1981
-mais retour volontaire en 1983
-mars 1993,diminution des droits des immigrés réguliers

Historique rapide du droit de la nationalité

Le droit du sol est né par un arrêt du 23/2/1515.
La Constitution montagnarde de 1793 propose une première définition du français.
Le droit de la nationalité a tourné autour de quatre outils juridiques :
-le jus soli -le jus sanguinis -la résidence -le statut matrimonial

De 1790 à 1794,la naturalisation est automatique par résidence
Mais l'arrêt de la politique républicaine tombe en 1803 quand Tronchet et Napoléon rétablissent le jus sanguinis.
A la fin du 19 ème siècle, la France est le premier pays d'immigration.
En 1889,le jus soli est de nouveau en vigueur mais les musulmans d'Algérie voient leurs droits baisser.
En 1927,la nationalité s'obtient par naturalisation et mariage même si certains droits ne sont obtenus que 5 ou 10 après et que certaines professions demeurent interdites(voir plus haut).
Il faut attendre 1983 pour voir supprimer les interdits professionnels.
Mais sous l'impulsion de Georges Mauco, on naturalise par quotas en faisant une ségrégation par origine.
L'Etat de Vichy dénationalise les juifs et vous connaissez la suite.

Cas des femmes

Le degré de civilisation est souvent lié au traitement des femmes. Voyez-vous mêmes. Avant la révolution française, ne femme pouvait se naturaliser.
La grande révolution française permet aux femmes épousant un étranger de lui transmettre la nationalité.
L'arrêt du processus républicain par Napoléon supprime la naturalisation des femmes et déclare que la femme prend automatiquement la nationalité de son mari.
Des centaines de milliers de femmes ont été dénationalisés avant 1927.
Il faut attendre 1927 pour que la femme soit libérée de la nationalité du mari et qu'elle puisse être renationalisé. Il faut attendre 1973 pour que l'égalité entre hommes et femmes soit décrétée.

Conclusion provisoire

Les politiques de l'immigration et de la nationalité sont directement liés au modèle politique que nous voulons construire. Il faut donc lier ces politiques dans une politique globale et ne pas céder aux impulsions particulières. Constamment, il faut interroger le modèle républicain dont on a pu voir qu'il a été appliqué que très rarement. C'est pour cela qu'il faut constamment séparer les républiques instituées(la 5 ème république, la république islamique d'Iran, etc.) du processus républicain. Pour Jean Jaurès, le socialisme était " la république poussée jusqu'au bout ". Il appelait ses partisans à s'opposer à ceux qui se réclamaient de la république et qui voulait arrêter le processus voir à le faire régresser. C'est cette conduite qui doit être la nôtre, nous qui voulons pousser la république jusqu'au bout en rassemblant les laïques et les républicains de gauche et d'extrême gauche.

Propositions pour la 6ème république (la seule qui nous intéresse aujourd'hui !)

Considérant que le turbocapitalisme (phase actuelle du capitalisme depuis l'implosion du communisme soviétique fin des années 80) est caractérisé par -l'accélération du processus de marchandisation et de privatisation des activités humaines démarré dans la phase précédente dite de la mondialisation néolibérale(démarrée au milieu des années 70) -par la ponction de 10 points de PIB, en un quart de siècle, dans la part des richesses produites au détriment du monde du travail(revenus du travail+ cotisations sociales) et pour abonder la rémunération des actionnaires et le développement des économies parallèles -par la concurrence des systèmes de protection sociale en vue de les privatiser et de les harmoniser par le bas il est impératif pour engager la résistance de combattre avec efficacité toutes les concurrences des systèmes de protection sociale.
Le turbocapitalisme utilise l'immigration pour développer le travail au noir. Il faut comprendre que tous les gouvernements néolibéraux et sociolibéraux n'ont pas combattu le travail au noir depuis la décision de Valéry Giscard d'Estaing en juillet 1974(voir plus haut).
Le travail au noir est une cinquième colonne visant à détruire le système de protection sociale de l'intérieur pendant que la concurrence entre travailleurs du monde e entier vise à le détruire de l'extérieur.
Il convient donc d'être conscient que sans l'éradication du travail au noir, notre système de protection sociale est fragile.
Le turbocapitalisme utilise le principe du libre-échange comme moyen de détruire toutes les solidarités. Nous devons donc combattre le libre-échange comme étant cosubstanciel au turbocapitalisme. Il faut donc combattre les quatre types de libre-échange : celles des capitaux, celles des services, celles des produits agricoles et manufacturés, celle de la force de travail.
Par ailleurs, notre combat laïque et républicain est un combat internationaliste. Nous devons donc créer les solidarités et les propositions pour harmoniser par le haut tous les systèmes de protection sociale du monde et proposer un mode de développement des pays du Sud qui nous entraîne vers une marche de l'égalité dans le monde en lieu et place du système d'augmentation des inégalités sociales que nous voyons aujourd'hui. Nous ne devons pas nous satisfaire de la destruction des systèmes de protection sociale dans les pays du Sud (moins de 58% de médecins au Cameroun par exemple mais avec une médecine humanitaire et compassionnelle envoyée du Nord qui bien sûr ne remplace pas les médecins manquants).

1) Pour pouvoir combattre le travail au noir, il convient de régulariser tous les sans -papiers, de créer des brigades d'intervention d'inspecteurs du travail pour éradiquer le travail au noir.
Sans la régularisation des sans -papiers, nous restons dans l'hypocrisie en étant complices du travail au noir de ces sans -papiers pour la plus grande satisfaction des dirigeants du système économique et politique comme depuis 1974.

2) En même temps, et en l'annonçant massivement, on doit pratiquer une politique restrictive de l'immigration pour protéger notre système de protection sociale. Nous devons donc être d'accord sur le droit de circulation des personnes mais pas sur le droit d'installation (et donc de travail) pour tous les habitants de la planète. Nous devons sur ce point, résister à la dictature compassionnelle des néocommunautaristes qui s'alimentent des théories du Bloc des Indigènes qui défendent en fait le communautarisme anglo-saxon en lieu et place du processus républicain avec droits universels.

3) Concomitamment ,il convient d'opposer au libre-échange, un néo-protectionniste altruiste ,social et écologique.
Contrairement aux protectionnismes de droite, d'extrême droite et de la gauche sociolibérale qui taxaient sur les différences de prix et dont les pays riches gardaient le produit de ces taxes dans leur budget, notre néo-protectionnisme est révolutionnaire ,social et écologique.
Il s'agit de taxer les produits entrants uniquement en fonction du différentiel de protection sociale et écologique entre le pays exportateur et le pays importateur. Le produit de la taxe serait versé via un organisme international à construire sous l'égide de l'ONU pour financer les systèmes de protection sociale et écologique du pays exportateur . Lorsque l'écart baisse entre les systèmes de protection ,les montants des taxes baissent en rapport. Par contre ,il y a libre-échange entre les pays à protection sociale et écologique équivalent. Ce système devra fonctionner aussi bien dans les échanges avec les pays non européens qu'avec les échanges intra-européens dans lequel nous devons travailler avec deux cercles de pays dont le critère de séparation est uniquement le degré de protection sociale et écologique.

4) Il convient de doubler immédiatement l'aide aux pays en voie de développement notamment des pays africains et méditerranéens.
Puis de tripler cet aide au cours d'un processus quinquennal. Le produit de cet aide ira principalement au financement des systèmes de protection sociale et écologique dans les pays du Sud. Cette aide ne doit pas alimenter les bourgeoisies compradores et les dictatures existantes et être contrôlé par des instances nationales ,européennes et internationales.
Une partie de cette aide devra aussi développer l'économie du pays notamment ce qui peut être déclaré comme des déterminants de la santé( politique de plein emploi,services publics,
Transformation des matières premières sur place, hygiène, droits des femmes, etc.).

D'une façon générale, le grand intérêt du débat autour de cette proposition est qu'elle permet de lier le combat pour l'émancipation du monde par des principes laïques et républicains dans un cadre internationaliste renouvelée. Cela tranche avec les idiots utiles des dirigeants du turbocapitalisme que l'on trouve chez les néocommunautaristes de gauche et d'extrême gauche qui ont repris la doctrine sociale de l'Eglise pour remplacer l'internationalisme laïque et républicain qui seul peut émanciper toute l'humanité.

Jérôme Manouchian

3.3 - Réaction à brûle pourpoint d'un lecteur à propos du texte de Guylain Chevrier

Bravo, le texte me paraît très juste. Je suis en très large adéquation. On pourrait ajouter que c'est justement le fait que la notion d'accès égal aux logements sociaux (et autres droits) soit clairement niée par les soi-disant "défenseurs" des immigrés et sans-papiers qui crispe la population contre les associations (plus peut-être que contre les squatters eux-mêmes...). Il suffit de lire les réactions spontanées des lecteurs de Libération sur Internet : bien que le lectorat soit clairement de gauche, la rhétorique des porte-parole associatifs passe très mal et suscite des réponses nombreuses où se lit le rappel des règles républicaines, de la Loi, comme l'existence d'autres catégories de personnes souffrantes, qui se sentent niées "parce que légalistes et... françaises".

Il semble clair que la stratégie gauchiste (LCR, Verts, et la myriade d'associations du type RESF, Cimade, Droit au logement, etc.) n'a que des effets néfastes : détourner les classes populaires françaises (et même immigrées légalistes) de la gauche ; susciter au sein des classes populaires des tensions internes (Français/Etrangers ; Immigrés légaux/clandestins) ; augmenter les tensions identitaires chez les Français et les immigrés sans pour autant faire avancer d'un iota la situation sociale des pauvres ; favoriser le discours victimaire simpliste au dépens de l'analyse sociale. Malgré 30 ans de crise, on reste étonné de voir à quel point les Français sont, dans les faits, accueillants pour l'immigration, y compris l'immigration clandestine. Il me semble évident que l'accueil serait encore plus fort et les ressentiments beaucoup plus faibles si un discours de culpabilisation des Français (racisme, colonialisme, etc.) n'était pas en permanence rabâché par les fameuses "associations" et les " élites " médiatico-culturelles, discours d'ailleurs fondé sur de larges simplifications historiques pour ne pas dire sur la confusion complète. Croit-on vraiment favoriser l'accueil en dénigrant ceux qui sont censés recevoir, voire en suggérant que les arrivants devraient avoir des droits prioritaires, c'est-à-dire dans le contexte idéologique français, ce que l'on peut appeler des "PRIVILEGES" ?

L'égalité est une valeur fondamentale des Français, le coeur du système social. Rétablir l'égalité devant la Loi pour ceux qui sont injustement traités passe très bien dans l'opinion. Offrir une même école et les mêmes droits sociaux pour tous, refuser la discrimination à l'embauche, dans les discothèques ou face au logement (par exemple par les tests de SOS Racisme) : sur ces points, le législateur peut foncer, il n'y aura pas d'opposition sérieuse, y compris à droite. En revanche, créer du droit "réparateur" en accusant la société globalement, donc y compris les autres pauvres, c'est-à-dire créer du privilège pour une catégorie particulière soudainement élevée à une vertu supérieure, ça, ça ne passe pas... Le faire, c'est faire monter Le Pen en trois minutes. Si des immigrés veulent venir en France, il faut qu'ils se plient à ce souci d'égalité. D'où le consensus populaire sur le refus du voile, ou le refus récent de donner un accès "prioritaire" aux HLM aux squatters de Cachan (d'après ce qui ressort des derniers sondages), etc. L'extrême-gauche et les "associations" ont bien réussi quelque chose. Effectivement elles sont parvenues à casser le peuple en deux, en décrétant que le prolétariat véritable était aujourd'hui à confondre avec l'immigré, systématiquement assimilé aux clandestins venus d'Afrique (pas le Chinois ou le Portugais, notons-le!). La classe ouvrière française, auparavant remarquablement idéalisée dans l'imaginaire révolutionnaire, est désormais confondue avec des catégories " subtiles " comme "Beauf" (le tournant symbolique, à mon sens, c'est 1975, avec Yves Boisset, puis les chansons de Renaud) ou, plus récemment, "petits-blancs". Visiblement, l'ouvrier français a eu son heure de gloire, mais seulement au XIXe siècle, en particulier lors de la Commune. Depuis quelques temps, on note d'ailleurs dans la vulgate gauchiste une tendance à insister sur la présence majeure des ouvriers étrangers lors de la Commune, qui expliquerait son caractère prétendument lumineux. De même que la Résistance tend à devenir dans cette imaginaire une lutte de FTP-MOI et d'anciens républicains espagnols (et bientôt les troupes coloniales) contre une France intégralement vichyssoise... Ah, si les étrangers ne sauvaient pas régulièrement l'honneur de la France contre les Français, nécessairement bourgeois, antisémites, lâches et racistes, tel est le nouveau credo des associations gauchisto-repentantes... Grâce à elles, le combat politique nécessaire contre le libéralisme se transforme en combat interne aux mondes du salariat ; salariés "blancs" contre " messies immigrés ", soutenus par la branche " progressiste " de la bourgeoisie (Verts, militants associatifs, philanthropie chrétienne). Une belle réussite qui n'est pas sans rappeler l'utilisation bourgeoise classique du lumpenprolétariat contre le prolétariat (pour entrer dans ce type de conceptualisation).

Cette orientation vers la " préférence non-nationale " a un autre avantage pour les " associations " et l'extrême-gauche : la dépendance totale, l'aliénation, des groupes défendus (les sans-papiers en particulier) vis-à-vis d'eux. L'utilisation du parrainage comme forme de soutien aux sans-papiers est à cet égard typique d'une perception hiérarchique entre militants et pauvres ou discriminés. Le parrainage instaure une relation de protection, et renvoie à une notion de parentalité hiérarchique (parents/ enfants ; parrains/filleuls... mais pas "compères" justement). On ne lutte pas avec des égaux, mais avec des "clients" (soumis... et tellement polis). La lutte ouvrière classique supposait, elle, la notion de camarade c'est-à-dire l'égalité fondamentale dans la lutte (syndicat, grève, mouvement lycéen...). D'où la difficulté de la bourgeoisie philanthropique (et de l'extrême-gauche bourgeoise actuelle) à entrer dans les mouvements concernant le salariat français (et immigré légal).

C'est aussi pour cela que le soutien de la population aux initiatives de l'extrême-gauche et des "associations" reste si faible dès lors qu'il s'agit de manifestations, de mobilisation collective forte ; alors que la capacité de mobilisation des "masses" reste au contraire forte quand il s'agit d'enjeux touchant à la société globale et que le mouvement se structure sur la base d'une adhésion égalitaire de tous : lutte anti-CPE, défense des retraites, etc. (notons à ce titre l'importance symbolique du slogan "Tous ensemble", non-repris par les mouvements pro-sans-papiers évidemment qui susurrent plutôt un "Tous salauds, sauf nous"). Dans ces grands mouvements sociaux, les tentatives de protection/manipulation par les "associations" ou les groupes gauchistes sont généralement facilement déjouées ou obtiennent des résultats si marginaux que personne ne pense à leur attribuer une réelle influence : qui penserait que Besancenot, Buffet ou autres, ont eu un rôle véritable, sinon auto-proclamé, dans la mobilisation contre le CPE ?

Bref, on ferait bien du bien aux Français et aux immigrés en rappelant ce que tout un chacun peut constater dès lors qu'il n'est pas aveuglé par un masochisme personnel ou un messianisme tiers-mondisme : immigrer en France est d'abord une grande chance pour l'immigré et sa famille (on se sent quasi Lepéniste quand on écrit une phrase pareille, tant la pression idéologique gauchiste a été forte). Les Français seraient beaucoup plus accueillants si, dans les discours des élites et militants bien-pensants, on ne remettait pas en cause en permanence leur capacité d'accueil et la générosité de notre système social et républicain au nom d'une prétendue perfection intenable sauf pour un peuple de "saints", où le prochain (l'Autre) devrait passer avant soi-même (et non à même niveau), si les mêmes ne demandaient pas davantage aux Français de " s'adapter " à l'immigration que l'inverse... (demande suscitant à bon droit le même rejet collectif que la fameuse adaptation de la France à la mondialisation néolibérale). Je suis alors intimement convaincu que si un tel rétablissement idéologique était opéré et clairement affirmé par les dirigeants, il serait aisé de régulariser 100000 sans-papiers de plus, ce qui serait incontestablement une bonne chose... (alors que régulariser massivement en se foutant des règles républicaines au niveau idéologique est une catastrophe).

Le relogement groupé des ex-cachanais est une absurdité en termes d'intégration et d'égalité devant la loi (et donc du point de vue de la cohésion sociale), c'est une évidence pour toute personne responsable ayant un minimum de souci du sort de son pays (une chose qui visiblement ne titille pas l'extrême-gauche et les "associations") ; le relogement " prioritaire " de sans-papiers est en soi une insulte à toutes les personnes qui font des démarches en fonction des règles, soit 98% des gens, et attendent patiemment leur tour ! Il faut être un "people" n'ayant jamais distribué un tract sur un marché et n'ayant pas eu à discuter avec une personne qui, vous ayant décrit sa situation sociale et familiale généralement très précaire, vous annonce qu'elle attend son logement social depuis des années, pour ne pas le comprendre...

Un dernier point : il est vrai qu'il y a officiellement un million d'enfants en dessous du seuil de pauvreté. C'est apparemment scandaleux, et pour le moins remédiable. Mais signalons seulement que ce seuil est un indice "relatif" et non absolu, qui dépend du degré de richesse de la population globale. En effet, selon l'INSEE, " un ménage vit sous le seuil de pauvreté si l'ensemble de ses revenus est inférieur à la moitié du revenu médian des ménages français " (c'est-à-dire le revenu qui partage en deux la population totale). En clair, le niveau du seuil de pauvreté a tendance à augmenter avec l'enrichissement de la population (sauf si cet enrichissement en termes absolus ne concerne qu'une frange de la société). Par ailleurs, si tout un chacun gagnait le double de ce qu'il gagne aujourd'hui, il y aurait toujours le même nombre d'enfants en dessous du seuil de pauvreté... Selon le même raisonnement, si 60 % de la population voit ses revenus augmenter tandis que les autres se contente de stagner, le seuil de pauvreté augmente et la proportion de pauvres augmentent. A l'inverse, une société parfaitement miséreuse mais relativement égalitaire pourrait, en pure hypothèse théorique, ne compter aucun pauvre.

Le thème du seuil de pauvreté fait pleurer dans les chaumières : il ravive des images de Cosette et Gavroche, d'Oliver Twist et de Tiers-Monde. Mais l'indice est trompeur sur ce point et jette une alarme exagérée qui fait douter des vertus de redistribution de l'Etat Social. En ce sens, il favorise les critiques libérales et les appels à la charité associative, et on ne s'étonnera pas de le voir médiatiquement utilisé par les mouvements qui s'en réclament. Ne le jetons certes pas avec l'eau du bain : c'est un indice très pertinent pour mesurer des inégalités sociales, mais il est à utiliser avec précaution ! Ce qui est rarement le cas dans les médias...

Amitiés

Vincent Baudin

4 - Bataille du gaz

4.1 - Le traitement, le transport et la distribution du gaz doivent rester la propriété de la Nation

L'énergie constitue un enjeu majeur de société. La raréfaction des énergies fossiles - et parmi elles, le gaz - est aujourd'hui à l'origine de 80% des guerres (Irak, Liban, Darfour etc.).

En transférant au domaine privé les activités du domaine public de Gaz De France par la fusion avec Suez, le gouvernement prétend défendre les intérêts de la France.

En réalité, ce serait mettre fin à l'indépendance énergétique de notre pays, dégrader les services de distribution du gaz et renoncer à une politique tarifaire accessible à tous les citoyens.

L'UFAL ne fait pas confiance à la loi du marché et aux actionnaires de Suez pour préserver l'intérêt des citoyens et de leurs familles.

C'est pour cela que l'UFAL demande qu'en matière énergétique, le principe de laïcité économique soit appliqué et que le traitement, le transport et la distribution du gaz resteront la propriété de la Nation

L'UFAL demande donc le retrait du projet de fusion et le maintien du monopole de service public du gaz et de l'électricité.

L'UFAL demande donc qu'un grand débat national soit mené sur les enjeux du gaz et de l'énergie.

L'UFAL lance une campagne d'éducation populaire sur ces enjeux et se tient aux cotés des salariés et des usagers du service public du gaz dans les luttes visant à maintenir cet acquis républicain.

L'Union des Familles Laïques appelle à se rassembler à partir de 12 heures, le mardi 12 septembre 2006, à la Cour de Rome à Saint-Lazare.

Fait à Paris, le 8 septembre 2006

Union Des Familles Laïques

www.ufal.org

4.2 - " Le copinage des milieux d'affaires l'emporte sur l'intérêt national "

Le Monde : Pourquoi refusez-vous toujours d'approuver le projet de fusion entre Gaz de France et Suez ?

NDA : Plus je creuse le dossier, moins je comprends l'intérêt de cette fusion. Je ne peux l'expliquer que par la volonté d'utiliser la puissance publique pour voler au secours de Suez. Une fois de plus, j'ai l'impression que le copinage des milieux d'affaires l'emporte sur l'intérêt national.

Le Monde : Les garanties apportées par le gouvernement ne vous paraissent pas suffisantes ?

NDA : Elles ne sont pas seulement insuffisantes, elles sont illusoires. On nous dit qu'il faut une fusion pour éviter une OPA sur Suez : mais le nouvel ensemble avec GDF sera opéable. On nous dit que le gigantisme est nécessaire pour mieux négocier l'approvisionnement. Or celui-ci dépend essentiellement d'accords d'Etat à Etat. De surcroît, l'activité " distribution gaz " de Suez ne représente que seulement 25 % de celle de GDF ! Cette fusion ne changerait pas fondamentalement l'échelle du groupe ainsi constitué. La seule fusion de poids serait entre EDF et GDF. On nous dit que cela va stabiliser les tarifs. C'est l'inverse : ce projet de loi s'inscrit dans la politique européenne de l'énergie qui vise précisément à abolir les tarifs réglementés. Après leur maintien transitoire, l'alignement par le haut sur des prix européens bien plus élevés sera facilité par le changement de statut de GDF. On nous dit qu'il n'y a pas d'autre solution. C'est faux. D'autres scénarios existent mais sont écartés par avance : que ce soit la prise de participations croisées entre Suez et GDF permettant de garder une majorité du capital de GDF à la puissance publique ou que ce soit la fusion entre GDF et les filiales énergie de Suez. Le Parlement ne doit-il pas être le lieu de ce débat ? Si justement, pour démasquer ce double langage destiné à forcer la main des parlementaires de la majorité et qui aboutira au démantèlement d'un de nos atouts majeurs dans la mondialisation. Il est stupéfiant de casser un outil comme EDF-GDF qui, fruit de l'effort de tous les Français, a offert à la France une électricité bon-marché et permettait une synergie gaz-électricité que tous recherchent aujourd'hui. Pourquoi détruire ce qui marche et que nous envient même les pays les plus libéraux, y compris les Etats-Unis ? Uniquement pour obéir au dogme de la concurrence alors que le double défi de l'énergie et de la réduction de l'effet de serre, au cur des enjeux du XXIe siècle, exige l'intervention de la puissance publique. Arrêtons de faire croire que les marchés boursiers qui raisonnent à quinze jours permettront de relever des défis à 50 ans.

Le Monde : A vos yeux, le gouvernement commet une erreur ?

NDA : En 2004, je m'étais abstenu sur l'ouverture du capital d'EDF et GDF car j'avais cru en la parole de Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac de ne pas privatiser. Comment demander aux Français de respecter la classe politique si les dirigeants de l'Etat n'ont plus de parole ? Une fois de plus, la majorité se prend les pieds dans le tapis en faisant un cadeau politique à la gauche, alors même que Lionel Jospin a signé avec Jacques Chirac à Barcelone le premier acte de la dérégulation. En effet le PS, s'il demande à raison la fusion de GDF et EDF, n'en tire pas toutes les conséquences, se refusant à remettre en cause cette politique européenne néfaste à nos intérêts.

Patrick Roger

Source : Le Monde - 06/09/2006

5 - contre le Front National

5.1 - Rassemblement républicain à Valmy

La venue théâtrale, le 20 septembre 2006 sur le site de la Bataille de Valmy (Marne) de Jean-Marie et de Marine Le Pen pour y tenir une conférence de presse, est une manipulation dont le FN, parti d'extrême-droite, raciste, xénophobe, est coutumier.

Aussi les organisations signataires et toutes celles qui souhaitent les rejoindre appellent toutes les Républicaines et tous les Républicains à se rassembler Mercredi 20 septembre à partir de 14h30 sur le site de la Bataille de Valmy pour y exprimer leur attachement profond aux valeurs fondatrices de l'engagement des soldats de Kellermann, dont naîtront dès le 21 Septembre 1792, l'abolition de la royauté et l'instauration de la République.

La République continue aujourd'hui encore d'être universelle et porteuse d'émancipation, elle reste un projet à bâtir. Elle est une revendication permanente de justice sociale et d'égalité.

Liste des Organisations signataires de l'Appel :

Amis de Respublica
Association Lance-Pierre production
CGT Marne
Jeunes Communistes
La FSU
Le Club de la République Sociale de la Marne
LICRA
MJS
PCF
PS
Ras l'Front Reims
Solidaires-Marne
SOS Racisme
UFAL
UNEF

ReSPUBLICA

6 - devoir de mémoire

6.1 - Annette Wieviorka, historienne en colère

En colère. Annette Wieviorka et une femme, une historienne, une citoyenne en colère. Le motif de son ire est l'épidémie de procès en réparation intentés à la SNCF par des enfants de juifs déportés vers Drancy d'abord, Auschwitz ensuite, dans les wagons plombés de l'entreprise nationale. En juin dernier, les enfants de Salomon Lipietz (dont Alain) avaient obtenu 62.000 euros de dédommagements. Depuis, deux cents familles ont fait parvenir des revendications du même type à la SNCF. Annette Wieviorka ne supporte pas ces nouvelles exigences financières : " Je trouve indécent que ceux qui n'ont pas souffert directement de la barbarie nazie réclament aujourd'hui des indemnisations au nom de leurs parents déportés " déclare-t-elle au Parisien, le 31 août 2006.

L'historienne, spécialiste d'Auschwitz (Auschwitz expliqué à ma fille, Le Seuil), a fait partie de la mission Matteoli, chargée de l'indemnisation des juifs spoliés par Vichy, elle est donc bien placée pour affirmer que, depuis 1995, " les déportés transportés de France vers les camps nazis reçoivent des pensions comme d'ailleurs ceux qui ont été internés plus de trois mois dans les camps d'internement français ", tout comme les orphelins des déportés depuis 2001.

Et de conclure : " Le temps des procès et de la réparation matérielle est passé. Place au travail des historiens, et à la mémoire. "

On ne saurait mieux dire.

Hervé Nathan

Source : Marianne du 9 août 06

6.2 - Chili 1973: l'autre 11 septembre

4500 personnes tuées le 11 septembre. Cela vous évoque sans doute l'attentat contre les Etats-Unis en 2001. Il s'agit en fait du nombre de morts suite au coup d'Etat du Général Pinochet, sous la direction de la CIA, au Chili, en 1973. Kissinger, assistant aux Affaires de Sécurité Nationale des USA est désigné pour diriger l'opération. Aujourd'hui, la coordination "Kissinger Out" demande son exclusion du Comité Olympique International pour son passé criminel.

Le gouvernement d'Union populaire du Chili est renversé dans des conditions dramatiques le 11 septembre 1973.

C'est pour le pays la fin d'une pratique démocratique vieille de plusieurs décennies qui lui avait valu le surnom autrefois élogieux de "Prusse de l'Amérique du sud" ou encore de "Suisse de l'Amérique du sud".

Une élection hasardeuse

Salvador Allende avait été élu trois ans plus tôt à la présidence de la République avec 36,3% des suffrages, face à deux candidats de droite dont Jorge Alessandri, qui a obtenu 35% des suffrages, et Radomiro Tomic (27,8% des suffrages).

L'élection avait été validée par le Parlement grâce au soutien de la démocratie-chrétienne. Pour la première fois, un socialiste accédait par les urnes à la tête d'un pays d'Amérique latine.

Une présidence fragile

Le nouveau président s'appuie sur une coalition hétérogène qui va du centre à l'extrême gauche révolutionnaire (trotskystes et maoïstes) en passant par les communistes. Ses mesures sociales (augmentation des salaires, nationalisation des mines de cuivre et des principales entreprises du pays, réforme agraire,...), tantôt trop modérées, tantôt trop radicales, ne font jamais l'unanimité dans son camp.

Salvador Allende doit par ailleurs faire face à une opposition de droite majoritaire au Parlement. Elle est soutenue en sous-main par les agents secrets de la CIA américaine et financée par les multinationales implantées dans le pays, au premier rang desquelles figure le trust de télécom ITT.

Le Chili est bientôt secoué par l'agitation violente de l'extrême-gauche révolutionnaire (le MIR) et paralysé par des grèves à répétition, dont celle des camionneurs. Les prix flambent et la production alimentaire s'effondre. Les ménagères descendent dans la rue.

Pour faire face aux menaces qui l'assaillent de toutes parts, Salvador Allende appelle les militaires à son secours. En novembre 1972, le commandant en chef de l'armée de terre, Carlos Prats, devient chef du gouvernement et ministre de l'Intérieur (il sera assassiné à Buenos Aires, en Argentine, en 1974). Mais le Parlement prive Salvador Allende de tout moyen d'action et tente de le récuser. Le président ne voit bientôt plus d'autre issue que dans un référendum...

L'armée s'insurge

C'est alors que le chef des armées, le général Augusto Pinochet, décide de mettre un terme par la force à l'expérience socialiste.

Le matin du 11 septembre 1973, des unités de la marine neutralisent le port de Valparaiso.

Peu après, à Santiago-du-Chili, les soldats investissent le palais présidentiel de La Moneda, construit en 1806.

Vers midi, l'aviation bombarde le palais et les soldats y pénètrent enfin. Le président demande à ses défenseurs de quitter les lieux. Resté seul, il se suicide d'une rafale de mitraillette (thèse officielle). Il a 65 ans.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont raflées et concentrées dans le sinistre stade de Santiago.

Trois mille d'entre elles disparaissent tragiquement dans les geôles militaires, ce qui vaudra un quart de siècle plus tard une inculpation de crime contre l'humanité à Augusto Pinochet.

Jean-Michel Freguin

7 - combat laïque

7.1 - L'enseignement du fait religieux ou le loup dans la bergerie

En février 2005 l'Assemblée nationale adoptait, après déposition en 2002 du rapport de Régis Debray, l'amendement de Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste, inscrivant définitivement l'enseignement du fait religieux dans les orientations générale de l'école.

Dans le dernier numéro (n 287) de " fenêtre sur cour ", journal syndical du SNUipp qui s'adresse aux instituteurs, professeurs des écoles et PEGC, un article intitulé " Juifs, musulmans : cultures et partage " fait la part belle à l'enseignement du fait religieux.

Cet article relate l'initiative de Mme Wolf, enseignante de CM2, qui eu l'idée fort judicieuse, en juin dernier, d'amener ses élèves au Musée d'Art et d'histoire du judaïsme afin de leur faire découvrir les trois religions monothéistes. Nous sommes en plein cur du projet cher à Monsieur Régis Debray pour qui les heures d'enseignement strictement consacrées à l'étude des religions sont indispensables dans le cadre de l'enseignement des humanités. Cette sortie, organisée avec les intentions les plus nobles en matière d'éducation au respect, montre que l'Instruction républicaine dans son objectif de développer " la compréhension et la connaissance de l'autre ", comme le dit l'enseignante, suggère sans équivoque que la croyance est une forme de culture inhérente à tout individu.

Dans le contexte décrit par cet article, les élèves, après avoir été baignés de notions diverses et variées sur les différences et les similitudes entre le judaïsme, l'islam et la religion catholique sont invités à participer à l'entente cordiale entre les croyants. On peut se demander si les élèves athées, ou agnostiques ont le droit, eux aussi, à revendiquer une culture où si leur absence de foi les relègue inexorablement aux oubliettes de la réconciliation universelle. On peut se demander, si les non croyants ont droit eux aussi à une culture ou si sans identification possible à une religion cette culture tronquée ne formerait pas des individus humainement inachevés.

Car ce qui est frappant, dans ce témoignage, c'est qu'on amalgame allègrement la notion de religion et de culture, comme s'il était évident que parler des textes fondateurs, des lieux de culte, des symboles et des rituels relevait plus du culturel que du religieux. Il est vrai que faire cet amalgame permet toujours d'éluder la question embarrassante du prosélytisme. Si cette enseignante n'a sans doute pas d'intention prosélyte, constatons quand même que les réactions des élèves revenus de la visites au musée du judaïsme sont pour le moins surprenantes : Comme ça, je connais mieux mes amis juifs et musulman, dit un élève ? On se ressemble...On a presque la même religion, les mêmes lois, déclare un autre élève. Le but de cette sortie " culturelle " était bien de faire partager les croyances des uns et des autres pour que les élèvent se comprennent mieux et se respectent. Mais l'enseignante a oublié de préciser à ses élèves qu'en France les seules lois communes et partagées par tous sont les lois de la République et non les lois dictées par des préceptes religieux ?

Cette visite des élèves de la classe de Mme Wolf au musée du judaïsme est présentée par le journal syndical comme une initiative intéressante voir exemplaire. Mais comment ne pas s'interroger sur le bien fondé de cette expérience lorsqu'on constate qu'au bout du compte on a entretenu la confusion dans l'esprit des élèves entre différentes notions (culture, religion, traditions, croyances et rituels...) on a conforté, voir créé, chez eux le besoin d'appartenance communautaire, on a véhiculé l'idée que la pratique d'un culte était porteuse d'identité et on n'a surtout laissé aucune place aux athées ! Ceux là n'ont eu d'autre choix que d'évaluer leur vide existentiel.

" L'enseignement du fait religieux réintroduit le loup dans la bergerie, écrit Michel Onfray dans son " traité d'athéologie ". Espérons que les moutons noirs que sont les athées sauront s'en défendre.

Brigitte Bré Bayle

7.2 - Un cierge ou la révolution ?

Le 8 décembre , la ville de Lyon célèbre la fête de la vierge , en souvenir du 8 décembre 1643 , où les élus de l'époque s'engagèrent à élever deux statues , à aller faire des dévotions à la vierge si la peste était éradiquée . Elle le fut ! Et le bon peuple crut au miracle .

Aussi , le 8 septembre 2006 , comme les autres années , le prévôt ( maire ) Gérard Collomb et tous les échevins ( adjoints ) s'en vont en procession pour " ouïr "la messe , offrir les cierges à la vierge et .. un écu d'or .

Tous les échevins : Centre ,Mairie de Lyon ( PS ) au grand complet et ..le maire communiste de Vénissieux qui a décidé d'assumer publiquement " son héritage chrétien " ..

Non , Monsieur le Maire de Vénissieux , on ne lutte pas contre l'intégrisme islamique en bafouant les lois de la République laïque ! Sauf si on assiste à un culte à titre PRIVE . Le maire Gérard Collomb a fait mieux que les mairies précédentes , qui offraient le même écu , maintenant le maire sénateur socialiste fait frapper TOUS LES ANS un nouvel écu ( qui paie l'écu ? )

Et voilà les représentants de la République laïque en procession , à la basilique !

Y a-t-il un élu qui n'a pas fait procession ? Qu'il se déclare et les laïques lui offriront une médaille de .. Marianne ! Symbole de notre République , qui est laïque , vous en souvenez-vous , messieurs les élus du peuple ?

Nous ,laïques ,avons déjà protesté contre cette conception de la laïcité "ouverte"..à toutes les dérives . ( lettre , manif )

Le maire de Lyon répond qu'il traite TOUTES les religions sur un pied d'égalité . Mais , Monsieur le Maire , la laïcité ne consiste pas à assister à TOUS les cultes mais à ..AUCUN !

Voilà la laïcité oecuménique et communautariste en marche .. Il est vrai que Lyon la pieuse vaut bien son pesant d'or en voix catholiques , n'est-ce pas ? Sarko- Ségo .. et Coco ?

On a le discours " plus laïque que moi tu meurs " pour les médias , mais on représente la République en procession à la basilique de Fourvière ?

Je crois qu'il va falloir refaire la Révolution ..

Mireille Popelin

8 - Nicolas Sarkozy

8.1 - La cause du people

Le soutien affiché de Johnny Hallyday et Doc Gynéco à Nicolas Sarkozy mettrait en péril la politique, s'inquiètent certains médias bien-pensants. Intéressons-nous alors aux mots plutôt qu'aux images.

Le soutien public apporté par Doc Gynéco et Johnny Hallyday à Nicolas Sarkozy, le week-end dernier à Marseille, a fait couler beaucoup d'encre. Que Johnny, fidèle supporter de Jacques Chirac, se rallie à la personnalité la mieux placée de l'UMP dans la course à la présidentielle n'est pas vraiment une surprise. Plus inattendu est le renfort du rappeur. D'ailleurs, ses propos sur les banlieues sous "perfusion sociale" et cédant à l'assistanat ou sur les cris de vierges effarouchées qui accueillirent les déclarations de Sarkozy à propos des "racailles" tranchent avec le conformisme habituel du show-biz. Mais, une fois de plus, l'événement - plutôt anodin en lui-même - consistant à voir deux chanteurs soutenir un homme politique en campagne est devenu sous le prisme de certains médias est devenu un véritable sujet politique. On vit ainsi Libération dénoncer en Une dans son édition du 5 septembre une peopolisation de la vie politique et "une grande dérive". Sur cinq pages, pas moins, l'ex-journal de Serge July analysait donc cette "grande dérive" provoquée par Nicolas Sarkozy.

Évidemment, il était tout de même difficile de passer sous silence les grandes heures de la peopolisation du politique sous François Mitterrand avec la vogue de la "tontonmania" ralliant toutes sortes d'artistes, le prosélytisme frénétique de Jack Lang dans les milieux culturels ou le cri désespéré que Renaud publia à ses frais dans les journaux de l'époque : "Tonton, laisse pas béton !" Pour autant, sous la plume des journalistes et éditorialistes de Libé, c'est bien de Sarkozy, Doc Gynéco et Johnny que viendrait désormais la "dépréciation" de la politique. Oubliées les ambitions politiques de Coluche (vivement soutenu alors par Libération), les émissions politiques animées par Yves Montand (qui se rêvait lui aussi un destin présidentiel), la mode de SOS racisme et de ses concerts militants ou autres confusions des genres entretenues par des émissions comme Sept sur Sept qui intronisèrent des saltimbanques plus ou moins sympathiques et talentueux (Guy Bedos, Patrick Bruel...) en "penseurs" quasi-officiels du régime... Comble de la tartufferie, dans cette même édition de Libération, on vantait l'engagement valeureux de nombre de people (Bénabar, Balasko, Berling...) en faveur des sans-papiers. La morale de l'histoire est assez simple : les "bons" people sont ceux qui soutiennent la gauche et l'extrême gauche quand ceux qui approuvent Sarkozy mettent en péril la politique... On n'avait pas entendu pareilles inquiétudes lorsque, voici quelques semaines, sur un plateau de Canal +, Jamel Debbouze et Diam's avaient déclaré avec enthousiasme leur flamme à Ségolène Royal, le comique esquissant même quelques pas de danse avec la favorite des sondages. Chez les people et dans le merveilleux "monde de la culture", on ne s'encombre pas de subtilités. Comme l'a si bien dit Renaud avec son sens inné de la rime riche dans l'une de ses récentes chansons : "Elle votait Sarko, Elle était facho".

Enfants gâtés et enfants de la crise

En tout cas, les craintes de Libération sur le parasitage du discours politique par l'engagement des people se sont vérifiées, mais surtout dans les colonnes du journal. Car toutes les pages consacrées à cette supposée peopolisation ont occulté le contenu du discours prononcé par Sarkozy à Marseille. Dommage, c'était l'un de ses plus intéressants. S'adressant à la jeunesse, le ministre de l'Intérieur a fustigé les "enfants gâtés de mai 68" qui célébraient "Mao et Castro" et s'est livré à une véritable attaque en règle contre cette génération lyrique : "Elle dilapida l'héritage sans apporter ce supplément d'âme dont elle dénonçait le manque. Elle installa partout, dans la politique, dans l'éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes sont aujourd'hui les principales victimes." Saluant l'héritage républicain et social de Jules Ferry, Jean Jaurès ou Léon Blum, Sarkozy a accusé "la gauche de Jospin, Royal et Hollande" de les avoir trahis. On songe alors au mot fameux du général de Gaulle : "Ce que je reproche aux socialistes, c'est de ne pas être socialistes". Ensuite, aux "enfants de la crise", il a fait l'apologie d'"une école du respect". À "la génération de la communication et des marques (...), de l'Internet du portable, du rap et de la techno", il a vanté la culture classique et la transmission du savoir. Finkielkraut, Gallo ou Chevènement pourraient applaudir des deux mains.

Tandis que Libération accuse le ministre de l'Intérieur de "racoler la jeunesse", celui-ci vilipende "le jeunisme" : "cette idéologie qui dit à la jeunesse qu'elle a tous les droits et que tout lui est dû." S'adressant plus particulièrement aux enfants de l'immigration, il les prévient contre les poisons de la repentance et de l'autoflagellation : "Haïr la France, c'est se haïr soi-même". Autre message : "Battez-vous pour construire, pas pour détruire (...) On ne change pas le monde en brûlant la voiture du voisin, en renversant la table, en insultant son professeur". Dans le racolage et la démagogie envers les jeunes, on a connu meilleure méthode que ce discours insistant plus sur les devoirs que sur les droits : "La République n'est pas un choix. Pour chacun d'entre-nous, ce doit être une exigence et un devoir."

Aussitôt, Le Monde, autre chien de garde du politiquement correct et du libéral-libertarisme, a soupçonné Nicolas Sarkozy de basculer vers "une rupture réactionnaire". Or, ce que les élites médiatiques n'ont toujours pas compris après les gifles répétées d'avril 2002 ou du non à la constitution européenne, c'est que lorsque la marche en avant, l'adaptation à la sacro-sainte "modernité", le "bougisme" et le "mouvementisme" sont facteurs de régression (économique, sociale, culturelle, morale...) ; être véritablement "progressiste" consiste à préserver l'héritage et les acquis pour les transmettre, voire revenir en arrière pour les retrouver - c'est-à-dire adopter momentanément une attitude "conservatrice" ou "réactionnaire". L'ironie de la situation actuelle est de voir que les deux candidats en tête dans les sondages et incarnant la "rupture" tiennent en grande partie le même discours : ordre, autorité, justice, retour aux fondamentaux dans l'Éducation nationale, instauration d'un service civique, développement durable... L'un se dit de droite, l'autre de gauche, mais tous deux sont accusés d'être trop réacs ou conservateurs. C'est bon signe.

Christian Authier

Source : Article paru dans l'édition du Vendredi 08 Septembre 2006 : www.lopinion.com/public/lopinion/html/fr/semaine/politique.php

9 - république et nationalité

9.1 - Le double national vous salue bien

Depuis quelques numéros, on assiste, dans ReSPUBLICA, à un déchaînement à l'encontre de la double nationalité. Le dernier en date est celui de Simon Victor (n468) qui exprime, par ailleurs, une série de positions libres penseuses que je partage profondément et pour lesquelles je milite activement.

Qu'avez-vous, camarades, contre la double nationalité ? En quoi vous dérange-t-elle ?

Certains (dont je suis) ont cette particularité que l'on peut, si l'on veut, considérer comme un avantage, mais qui ne lèse personne. Réduire un individu à cette particularité, comme à tout autre (origine sociale, ethnique, géographique, appartenance culturelle, opinion philosophique ou religieuse...), c'est le premier pas vers le communautarisme.

J'ai une carte d'identité française et une autre suisse car, né en France d'un père suisse, je suis double national. J'allais écrire " et fier de l'être ". Non. Ni fier, ni honteux. Mais j'assume cette situation. Je vote régulièrement en France et en Suisse. Pour les référendums, votations et élections suisses, je vote par correspondance, puisque je ne réside pas habituellement dans ce pays. Je suis adhérent du Parti Ouvrier Populaire - Parti Suisse du Travail (POP-PST) et du PS français (je suis fabiusien).

Je n'ai pas demandé à être double national, mais c'est bien ainsi et je n'accepte pas qu'on me fasse la morale et qu'on me demande de choisir. On ne demande pas à un gamin de choisir entre son père et sa mère. Je veux continuer à exprimer mon opinion et à participer à la vie civique dans mes deux pays. Si certains en sont défrisés, je méprise leur médiocre jalousie.

Une identité personnelle et sociale ne se réduit pas à cette particularité : la double nationalité. Je suis aussi Libre Penseur (président de l'Association Des Libres Penseurs de France - ADLPF, membre de l'Union Mondiale des Libres Penseurs, très bien représentée dans le département de Simon Victor par la fédération des Hautes Pyrénées où militent Mireille Cambus, Bernard Valéro, Pierre Cabanne...), internationaliste, syndicaliste, ami des chats, membre de l'Amicale des Suisses de l'Eure, supporter du SM Vernon -Hand Ball qui vient de gagner sa place en 1ère division nationale, supporter de l'équipe nationale suisse de foot qui a fini sa poule devant l'équipe de France (" Hopp Schwiz ! Allez les Suisses ! Forza Svizzera ! "). Je ne demande aucun privilège particulier pour chacune de ces catégories (ou communautés), mais si leurs membres trouvent des avantages à s'assembler ainsi, qu'ils les gardent. J'ose espérer que les bons républicains progressistes que sont les Amis de ReSPUBLICA reconnaîtront à toutes ces " communautés " le droit d'exister ... et même à celle des doubles nationaux.

Oui à la République et aux communautés qu'elle abrite et protège. Non au communautarisme antirépublicain.

Denis Pelletier

10 - Polémiques contre ReSPUBLICA

10.1 - Réponse à un papier malveillant contre Respublica

Le journaliste Jacques Cotta et le professeur de philosophie Denis Collin signent, dans un article publié sur leur site (www.la-sociale.net), un article autour de quelques réflexions sur la question des sans-papiers, et ses conséquences. Il nous arrive d'être d'accord avec nombre d'analyses contenues sur ce site, et de ne pas en partager d'autres.

Ainsi, nous apprécions la qualité de certains de leurs textes sur la République sociale, la défense des services publics, leur engagement contre la droite, bien sûr, et leurs critiques souvent féroces contre la direction du Parti socialiste.

Par contre, nous ne partageons pas les cris qu'ils ont poussé, comme l'ensemble de la gauche, lors des déclarations de Ségolène Royal sur le droit à la sécurité des classes populaires, et les trouvons ambigus sur la lecture des émeutes de novembre-décembre. Mais cela fait partie du débat

Sur le dossier des sans-papiers, et les réponses à apporter à cette question, la rédaction de Respublica a ouvert, tout-au-long de l'été, un débat dans ses rangs, et auprès des lecteurs, autour de la stratégie du RESF et de la question de la régularisation de tous les sans-papiers.

Ce débat continue aujourd'hui dans nos colonnes et dans nos rangs.

Pourtant, Jacques Cotta et Denis Collin se sentent autorisés, autour de ces deux questions, à se livrer, dans leur article, à des attaques particulièrement déplacées contre notre journal, nous traitant ouvertement de sarkozyste.

Curieusement, on retrouve les mêmes accents, et les mêmes angles d'attaque que celles qu'avaient émise contre l'Ufal (également attaquée dans l'article Cotta-Collin) par Christian Eyschen, le secrétaire lambertiste de la Libre Pensée, le samedi matin 10 décembre 2005, où, dans " Le Monde ", il avait affirmé à Xavier Ternisien, ravi de l'aubaine, que l'Ufal se situait à droite de Sarkozy.

Parfois, des militants républicains nous disent que le site de Cotta et de Collin est un cache-sexe lambertiste. Nous n'en savons rien, même si d'autres républicains nous ont dit leur surprise, lors d'une réunion visant à unifier un " non républicain au TCE ", de constater que Daniel Gluckstein, candidat du PT aux dernières présidentielles, était dans la salle, et relayait la stratégie de Cotta-Collin, qui entendait imposer leur ligne et tout diriger, ce que les autres composantes ne pouvaient accepter.

En tout cas, la rédaction de Respublica, qui partage certaines analyses contenues dans le papier de Cotta-Collin, notamment sur la démagogie et les manipulations des gauchistes, et certains rappels historiques utiles, n'accepte pas les mensonges malveillants contenus à son encontre dans cet article, et condamne ce type de pratique.

Pourquoi faut-il que certains courants tapent toujours le plus fort contre ceux qui véhiculent des idées qui sont les plus proches des leurs ?

Tout simplement parce qu'ils n'arrivent pas à guérir de la maladie infantile de certains courants trotskystes : le sectarisme.

Évariste

Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

10.2 - Attac :réponse à des propos de Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey veut déconsidérer RESPUBLICA sans réfuter aucun argument de la Chronique d'Evariste : pour un intellectuel,c'est triste!

Dans un document intitulé "La fraude, ce"dessein imbécile", peut-elle être dépassée? daté du 10 septembre, Jean-Marie Harribey croit, dans un renvoi en bas de page, répondre à la Chronique d'Evariste sans réfuter aucun argument de la dite chronique. Etant la rédactrice de cet éditorial, je déclare avoir été présente lors de l'Université d'été de Poitiers et avoir fait mon travail de journaliste. Comme je l'ai fait dans les articles précédents que j'ai déjà publié dans Respublica.

J'attends toujours la réfutation point par point. Au lieu de cela, voilà la réaction virile et machiste de Jean-Marie Harribey : " Au moment où je termine ces lignes, je prends connaissance de l'éditorial de Respublica, n 468, 8 septembre 2006, " Attac se précipite vers le mur et accélère ! ", signé " Evariste ", tellement grossièrement mensonger, vulgaire et insultant qu'il est permis de se demander si le soutien inconditionnel au " dessein imbécile " de la fraude a quelque chose à voir avec une adhésion aux valeurs de la République : la République mérite mieux que des pratiques dignes d'une république bananière. D'autre part, les amalgames et les injures d'" Evariste " sont à la mesure de son ignorance et de son incompréhension de la situation d'Attac. Peut-être pourra-t-il tirer profit de la lecture du Petit Alter, Dictionnaire altermondialiste, Paris, Mille et une nuits, 2006, qu'il pourfend sans manifestement l'avoir ouvert et sans connaître l'identité de ses auteurs. "

Nos lecteurs apprécieront en relisant la dite chronique d'Evariste ainsi que tous les articles écrits sur ATTAC dans RESPUBLICA.

Grossier, mensonger, insultant, soutien à la fraude lié à une république bananière, amalgames, injures, ignorance, incompréhension,rien que cela! Mais pas un mot sur les contenus des articles en général et de la chronique d'Evariste en particulier ! Et Jean-Marie Harribey se targue d'être un intellectuel travaillant sur des bases scientifiques. Se rend-il compte qu'il déconsidére le statut d'intellectuel qu'il croit devoir incarner?

Jean-Marie Harribey refuse donc le débat et tente donc de déconsidérer une critique sans répondre à des faits et des arguments. En agissant de la sorte, il fait comme si le seul dessein qu'il poursuit,c'est la prise du pouvoir à ATTAC en refusant de débattre des faits et des arguments.

Je pense qu'ATTAC et Jean-Marie Harribey méritent mieux que cela.

Qu'il patiente, RESPUBLICA fera un dossier sur "les anomalies statistiques" et "les présomptions de fraude" à ATTAC lorsque son dossier sera terminé! D'autant que les problèmes d'éthique sont d'une grande importance pour les laïques et les républicains de gauche et d'extrême gauche que nous sommes!

Qu'il patiente, RESPUBLICA fera un dossier sur les écrits partiaux, anti-laïques et anti-républicains de son Petit Alter! Comme d'habitude, les articles de RESPUBLICA seront étudiés et argumentés!

En attendant, qu'il se rassure, RESPUBLICA ne prendra pas comme parole d'évangile la vox médiatique largement alimenté par les amis de Jean-Marie Harribey. Mais si Jean-Marie Harribey redevenait un intellectuel,nous serons toujours prêt au débat mais uniquement autour des faits et des arguments et non autour de leurres lancés pour ne pas débattre au fond des sujets traités.

Judith Elsouche

11 - Proche-Orient

11.1 - " Je n'ai pas de leçons à recevoir des conseilleurs et des spécialistes à distance "

Après un mois de combats et un mois de trêve, les bilans et les leçons commencent à être tirés par les belligérants. Des deux côtés les échecs sont clairs, les gains fragiles et les défis patents.

En décidant de kidnapper des soldats israéliens au moment où le Hamas et le Fatah se mettaient d'accord sur la mise en place d'un gouvernement palestinien d'union nationale, le Hezbollah empêchait les Palestiniens de sortir de la crise déclenchée par l'élection du Hamas, par les bombardements incessants du sud d'Israël par des roquettes lancées de Gaza, et par l'enlèvement du soldat Gilad Shalit.

Malgré ce que pensent beaucoup de naïfs, le Hezbollah montre bien qu'il fait peu de cas de la solidarité avec le peuple palestinien et qu'il privilégie dans ses initiatives, les intérêts de ses états protecteurs, la Syrie et le l'Iran,qui cherchent à embraser la région à ce moment précis :

Il importait à la Syrie de mettre en difficulté la communauté internationale qui l'avait contrainte à mettre fin à son occupation militaire du Liban.

Et la priorité iranienne était de retarder les échéances de possibles sanctions internationales, suite à la poursuite de son programme nucléaire militaire.

Du côté israélien, la mauvaise exploitation opérationnelle des informations disponibles sur les capacités de défense du Hezbollah, son organisation et son armement, ainsi que l'insuffisance de ces informations montrent bien qu'Israël ne voulait pas ce conflit à sa frontière Nord, et ne s'y était pas préparé. La conduite hasardeuse, improvisée et irréfléchie de la riposte nécessaire montre aussi que le gouvernement et Tsahal ont navigué en permanence entre la nécessité de riposter à une agression caractérisée, le besoin de protéger les populations civiles du nord du pays qui ont reçu plus de 4.000 missiles en un mois, et la conscience de s'embourber dans un conflit territorial au Liban dont personne ne voulait, ni l'armée ni surtout pas la population.

L'année dernière, le retrait de Gaza qu'on annonçait si difficile s'était opéré sans heurts majeurs, et avait marqué la première défaite politique majeure du camp national religieux des colons israéliens. La défaite politique avait été suivie d'une défaite électorale et de la mise en place d'une nouvelle Knesset où, pour la première fois depuis bien longtemps, les priorités affichées étaient la poursuite d'un retrait des territoires occupés depuis 1967, et la lutte contre les inégalités sociales croissantes. Même si on pouvait légitimement critiquer les risques d'une démarche de retraits unilatéraux sans négociations d'engagements et de contreparties avec les Palestiniens, on ne pouvait que constater qu'avec le nouveau gouvernement élu, Israël commençait à sortir de l'engrenage occupation répression. Aux risques de guerre, on était en train de substituer, avec l'appui des pays arabes modérés à majorité sunnite, les risques de bâtir un compromis historique avec ceux des Palestiniens résolus à coexister avec l'État d'Israël.

C'est dans ces moments historiques si rares depuis 40 ans qu'on peut compter sur les islamistes radicaux pour torpiller tout espoir de sortir de ce cercle vicieux. Ceux qui aujourd'hui dénient aux Juifs qui le souhaitent le droit d'avoir un État à eux, tel que reconnu par le droit international depuis 1947, ont une stratégie claire : barrer la route à toute option politique, et maintenir Israël dans le piège de l'occupation et de la seule logique militaire.

Aujourd'hui, les extrémistes du Hamas, du Hezbollah, la Syrie et l'Iran qui sont désireux de démontrer leur pouvoir de nuisance, peuvent se réjouir : le piège de la provocation a fonctionné. La majorité des Israéliens est traumatisée d'avoir vu le tiers de son pays bombardé et paralysé pendant plusieurs semaines. Le sentiment de n'être en sécurité nulle part, et d'être en but à des agressions et des provocations sans fin prédomine. Si le gouvernement actuel ne résiste pas au mécontentement populaire sur la conduite de cette guerre et ses conséquences, le prochain gouvernement sera élu pour être encore plus ferme, et pour privilégier la seule option militaire.

Les politiques israéliens ont abdiqué leurs responsabilités devant les seuls militaires, et ont été incapables de combiner les nécessaires répliques militaires avec des initiatives politiques audacieuses pour isoler les islamistes radicaux au sein du monde arabe, comme une relance d'une négociation sans conditions préalables avec les Palestiniens. Au lieu de quoi ces islamistes radicaux peuvent capitaliser sur les images de destruction infligées aux populations civiles au Liban, et peuvent faire croître leur influence, en mélangeant coercition, menaces et charité.

Aujourd'hui la communauté internationale s'implique laborieusement et prudemment en envoyant quelques milliers de soldats au sud Liban pour s'interposer entre les belligérants. Ceci n'est qu'un pis-aller. On ne peut s'arrêter au milieu du gué. Soit ces forces se retireront aux premiers risques d'affrontements, soit la communauté internationale s'engagera plus activement dans la recherche d'une solution politique aux conflits régionaux, en isolant et contrecarrant les ambitions bellicistes de la Syrie et de l'Iran.

Les modérés des deux camps israéliens et palestiniens ont été affaiblis et sont incapables seuls de forcer la réalité et de faire la démonstration à leurs populations respectives qu'il y a une alternative à la préparation d'un futur conflit, et qu'un compromis territorial et raisonnable est meilleur que la poursuite de la situation actuelle. Le pessimisme, le manque de confiance et le fatalisme prédominent. Si la communauté internationale ne s'implique pas courageusement dans la résolution du conflit israélo-palestinien, le prochain round militaire du conflit sera encore plus violent. Il faut croire les extrémistes religieux et les dictateurs. Ils ne souhaitent qu'une chose : que ce qu'ils disent se réalise. L'Iran veut la destruction d'Israël, et fera tout pour en créer les conditions. La poursuite de son programme nucléaire n'a pas d'autre but. Ceux qui pensent le contraire sont des naïfs, des irresponsables ou des lâches.

Il est de bon ton dans certains milieux de faire porter à Israël seul la responsabilité de tout ce qui se passe de mauvais au Moyen-Orient. En tant que militant du Camp de la Paix israélien, qui combat depuis presque 40 ans pour que cesse l'occupation des territoires conquis en 1967 et que les droits nationaux du peuple palestinien soient reconnus, je pense ne pas avoir de leçons à recevoir des conseilleurs et des spécialistes à distance. Je sais ce que le Camp de la Paix israélien fait tous les jours avec ses partenaires palestiniens pour convaincre des mérites d'une solution réaliste et pragmatique, face aux extrémistes et aux irréalistes de tout bord. Mais il faut dire aussi que si nous en sommes encore là aujourd'hui, c'est que des composantes importantes et résolues du monde arabe continuent de façon opiniâtre, par l'éducation, par les médias et par le terrorisme, à créer les conditions pour qu'un état juif ne soit jamais accepté dans la région.

Il est dur de devoir riposter à ces manoeuvres et provocations en étant toujours parfait et irréprochable, et sans jamais faire d'erreurs. Il est dur de voir la facilité et la spontanéité avec lesquelles le désir profond de paix des Israéliens et aussi de la majorité des peuples arabes voisins est occulté par une fraction toujours grandissante de la classe médiatique et intellectuelle européenne, et plus particulièrement française. Il est dur de voir avec quel empressement et quelle compréhension ces spécialistes de salons et d'antichambres s'empressent de venir au secours et de justifier ce que font les pires crapules et les pires voyous du monde arabe, tout en dissertant à l'infini sur les seules turpitudes et intentions perverses des seuls juifs israéliens.

L'empressement de ces mêmes spécialistes à ne montrer de la réalité israélienne que ce qu'elle a de critiquable, est le signe que la présence même de cet état leur est difficilement supportable. Est-ce aussi un signe de leur désir de voir cet état gênant rayé de la carte ?

Il serait temps de faire tomber les masques. En Occident, on joue avec des idées et des concepts pendant que, sur place au Moyen-Orient, c'est une question de vie ou de mort. Le jour où le monde occidental prendra réellement conscience que la Paix et la Démocratie dont il bénéficie encore, ne dureront peut-être pas éternellement, et que ce sont des valeurs suffisamment chères pour mériter d'être défendues au prix de lourds sacrifices, alors leur vision d'Israël changera peut-être, mais ce sera un peu tard pour tout le monde. Je reviens d'une semaine au Moyen-Orient et je ne peux que constater une fois de plus la volonté farouche avec laquelle toutes et tous essayent le plus vite possible de revenir à une vie normale, en essayant d'oublier les angoisses et les peurs, en essayant désespérément de croire que le pire pourrait encore être évité.

Combien de morts des deux côtés faudra t-il encore pour que les peuples de la région ne soient plus les otages de leurs fous de Dieu ? Peut-être ceux-ci seraient-ils moins virulents s'ils ne sentaient pas qu'ils pouvaient compter sur autant d'oreilles compatissantes et indulgentes en Occident ?

Les peuples du Moyen-Orient qui en ont assez des guerres, qui veulent un avenir pour leurs enfants, qui n'ont pas envie d'en faire des martyrs, ont besoin que ceux qui s'érigent en donneurs de leçons et en faiseurs d'opinions, prennent la responsabilité de ne plus encourager les fauteurs de guerre, et acceptent plutôt d'aller écouter et respecter les Bâtisseurs de Paix des deux camps.

Marc Lefèvre

physicien
membre fondateur des Amis de La Paix maintenant