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  1. chronique d'Evariste
    1. De l'interdiction de fumer dans les lieux publics au retour du civisme, par Évariste
  2. santé
    1. Quelle mobilisation actuellement? Les EGSAM bien sûr!, par Bernard Teper
    2. Nous avons des propositions, par Lucette Guibert
  3. Droit à la sureté
    1. Stéphane Rozès : Les 14 millions d'ouvriers et d'employés font l'élection, par Stéphane Rozès
    2. Cocktail dangereux en banlieue, par Frédéric Antoine
  4. débats politiques
    1. Chevènement : Je n'ai pas vocation à servir éternellement de bouc émissaire, par Landfried Julien
    2. Ségolène Royal et la laïcité, par Stéphane Arlen
    3. Marc Dolez explique pourquoi il soutient la candidature de Laurent Fabius, par Marc Dolez
  5. Les laïques sur le terrain
    1. Affaire Anas EL Jazouli, où va la France ?, par Nicolas Pomiès
    2. Le Morbihan doit rester laïque et républicain !, par Anonyme
    3. Compte-rendu de la manifestation du 14 octobre 2006 contre la venue d'Hani Ramadan, par Mireille Popelin
    4. Intervention de Michèle Vianès le 14 octobre, par Michèle Vianès
    5. La laïcité : un "allant de soi" ?, par Naïma Benjamin
  6. Pour le droit à la libre critique de tous les cultes
    1. Citations de Mustafa Kemal..., par Nicolas Pomiès
    2. Interview de Wafa Sultan à la télévision danoise, le 30 septembre 2006, par Maryse Haslé
  7. débats républicains
    1. Indigènes, film salutaire ou propagande contre la laïcité et les valeurs de la République ? (suite et fin), par Guylain Chevrier
  8. école publique
    1. Scolarisation des élèves handicapés : un coup de plus porté à l'école publique, par Martine Chapouton
  9. combat féministe
    1. Le mariage forcé tue !, par Gulnaz Duman Bilge, Fidan Unlubayir, Catherine Eudeline
  10. à voir
    1. La Dignité du peuple - Documentaire, de Fernando Solanas, par Mireille Popelin
  11. Agenda

1 - chronique d'Evariste

1.1 - De l'interdiction de fumer dans les lieux publics au retour du civisme

Notre magnifique site est tombé en panne depuis l'envoi du dernier Respublica. Cela a eu deux conséquences regrettables : la pétition pour défendre Robert Redeker, qui continuait à être signée abondamment (www.petitionredeker.info), n'était plus accessible. Elle l'est de nouveau, alors n'hésitez pas, signez ! Autre problème, depuis mardi, je n'ai reçu aucune lettre d'amour, aucune félicitation pour nous dire qu'on fait un journal formidable, aucune engueulade pour nous traiter de laïcards racistes, ni, ultime frustration, aucune lettre nous qualifiant de sarkozystes, voire de lepénistes de gauche.

Comme cela me manque, j'ai donc décidé d'écrire cette chronique qui devrait combler cette lacune. Certains fumeurs vont me haïr, mais je vais, une fois n'est pas coutume, féliciter le gouvernement.

Je pensais que Villepin se coucherait devant le lobby du tabac, et la couardise de députés UMP obsédés par leur réélection. Il est décidé à aller au bout, et, en principe, en février prochain, on ne devait plus fumer dans les lieux publics, en France.

Je trouve cela très bien. Le seul leader politique qui s'est prononcé contre est l'ineffable Villiers.

Rappelons-nous quand même que les non-fumeurs, nous avons bien dérouillé, en silence, pendant des années. Avant la loi Evin, et parfois après, qui ne se souvient de ces salles enfumées, où on se faisait traiter de fasciste quand on demandait aux fumeurs d'aller cloper dehors ? Qui a oublié ces salles de réunions syndicales, où on subissait la loi du nombre ? Qui n'a pas connu ces lieux de travail, qu'on quittait les yeux irrités par la fumée des autres, les vêtements tellement imprégnés d'odeur de nicotine, qu'il fallait les mettre à la machine à laver le soir même.

Encore aujourd'hui, quel gâchis quand, dans une brasserie, vous mangez une entrecôte bien tendre, avec un bon verre de rouge (plutôt bourgogne), et que vous prenez dans les trous de nez l'odeur de la gitane ou du cigare du voisin qui, lui, a fini de manger, et entame sa digestion !

J'ai même appris qu'à Paris, les Verts voulaient faire la chasse aux fumeurs qui allaient jeter leur clope par terre. Amende de plus de cent euros !

Je ne sais pas ce qui m'arrive, mais après Villepin, après Evin, j'ai presque envie de féliciter Contassot, pour la première fois de ma vie !

En effet, c'est tout un comportement qui est en cause, montrant la perte de nombreux repères permettant de vivre ensemble harmonieusement.

Je suis stupéfait, dans certaines villes, par la saleté des trottoirs, qui deviennent parfois de vrais dépotoirs.

Le réflexe de la rue, poubelle où on peut tout jeter, est de plus en plus fréquent. Pourtant, je suis allé dans certains pays, au-delà de l'exemple suisse, où j'ai été admiratif de la propreté des villes, et du respect de leur environnement des citoyens. J'aurais envie qu'on s'inspire de cela, mais en conservant notre côté gaulois quand même !

Je n'arrive pas à comprendre le nombre de crottes de chiens qui envahissent les trottoirs des villes. Je suis allé dernièrement dans un pays anglo-saxon, tout le monde avait son mouchoir, et les propriétaires ramassaient les excréments de leur chien. Je trouvais cela bien. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas se faire en France.

Je suis en rogne quand je vois un automobiliste vider sur la chaussée son cendrier à un feu rouge, par la fenêtre de son véhicule.

Je constate de plus en plus souvent que du verre pilé, ou des bouteilles cassées, jonchent les caniveaux, les trottoirs.

Je suis agressé par le nombre de tags qui envahissent l'espace public, depuis plus de vingt ans. Dans certaines villes, certaines rues, on ne peut faire cinq mètres sans en voir un. Tout le monde a l'air résigné à ce marquage de l'espace public.

Je suis irrité par le nombre de personnes qui mettent leur pieds, avec leurs chaussures, sur le siège d'en face, dans les transports en commun.

Je ne supporte plus de devoir subir les conversations de mes voisins, qui font profiter, avec leur portable, tout le wagon, ou toute une salle de restaurant, de leur vie privée. Je partage totalement l'indignation de Marie-Claire Calmus, qui, dans un essai, Public-privé , exprimait la même exaspération.

Je suis abattu quand je monte dans un métro, ou un train, et que je vois les sièges lacérés, les murs recouverts d'inscriptions, et les carreaux rayés au diamant. Quand je prends le TGV, qu'est-ce que trouve agréable de voyager dans des voitures propres, pourquoi cela serait-il uniquement réservé à ceux qui ont les moyens de voyager ainsi ?

Je trouve insupportable, et c'est de plus en plus fréquent, ces automobilistes qui se garent en double-file, avec le warning allumé, pour aller chercher un pain, ou un paquet de cigarettes, se moquant comme de leur première chemise des bouchons qu'ils occasionnent.

J'en ai marre des footballeurs, dans les stades, lieu public, qui imposent aux spectateurs leurs prières de manière de plus en plus démonstrative. Je leur collerai un carton jaune !

Bien sûr, vous savez tous ce que je pense des tenues de Belphégor qu'on nous impose sur la voie publique.

Que dire des rodéos de voitures, tard le soir, et des pétarades de mobylettes, qui vous crèvent un tympan et empêchent les gamins ou le travailleur qui se lève tôt de dormir !

Bien entendu, tout cela n'est rien à côté de la profusion d'agressions physiques individuelles, que Sarkozy, au-delà de ses gesticulations, est incapable d'endiguer, et qui ne sont que la traduction brutale et barbare du non-respect d'autrui et de la loi du plus fort.

Bref, vous l'aurez compris, je suis dans ma période réac, comme diraient ceux pour qui le rappel des règles de vie commune et du respect des autres vous font passer pour un dangereux facho liberticide.

La majorité des citoyens de ce pays a pourtant des réflexes et une attitude républicaine et solidaire. Il suffit de voir, quand il y a une catastrophe, la mobilisation est immédiate.

C'est pourquoi ils n'ont pas envie que celui qui a la plus grande gueule, les plus larges épaules, la bande la plus imposante, impose sa loi aux autres. Autrement dit, ils refusent que les règles du libéralisme sauvage, car c'est bien de cela qu'il s'agit, s'appliquent dans l'espace public, et que l'Etat soit impuissant. Ils veulent qu'il soit capable de faire respecter les lois du vivre ensemble, en protégeant les plus faibles de la tyrannie des plus forts.

Pourtant, après des années de pertes de repères républicains, de disparition du respect des enseignants à l'école, du culte de l'enfant roi, d'abandon des règles du vivre ensemble, remplacées par le laisser-faire libéral libertaire, peut-on espérer que l'interdiction de la cigarette dans des lieux publics ne sera qu'une première étape d'une reconquête du civisme dans la sphère publique ? Cela sera difficile, mais c'est nécessaire et urgent.

Difficile, parce que tout part de l'école. Comment convaincre les futurs citoyens de respecter les règles du vivre ensemble, quand, dans l'école publique, des cours se déroulent sur fonds de bavardage permanent, devant un professeur impuissant (quand il n'est pas insulté ou agressé), empêchant ceux qui ont envie d'étudier de le faire ? Comment aider à nouveau les enseignants à transmettre des savoirs, ce qui n'est plus possible aujourd'hui dans certaines classes ?

Loin de moi l'idée d'appeler à des réponses uniquement répressives. Je n'ai pas envie que les citoyens soient traités par la police comme Sarkozy matraque les automobilistes (anecdote, j'ai encore perdu un point et 45 euros pour avoir roulé à 133 km/h, au lieu de 130, sur l'autoroute, et je trouve cela injuste et révoltant). Je n'ai surtout pas envie de vivre dans un pays où on prend une prune si, piéton, on traverse en dehors des clous. J'ai envie que les attitudes individualistes, qui ne respectent pas l'autre, dans la sphère publique, soient combattues efficacement, rien de plus, rien de moins.

Je me méfie malgré tout des discours qui entendent culpabiliser les plus démunis. Je sais qu'on pourrait dire que tout cela n'est rien à côté de l'incivisme des actionnaires, des patrons qui délocalisent, et de la violence de l'ordre dominant, et qu'on pourrait penser que ce discours passe à côté de l'essentiel, l'accroissement des inégalités sociales. Pourtant, c'est la

volonté des élites d'abandonner, depuis des années, toute tradition républicaine, la loi du "chacun pour soi", qui facilite le désordre libéral.

Ces mêmes élites passent leur temps à culpabiliser le peuple, jugé conservateur, archaïque, voire réactionnaire parce qu'il n'accepte pas, comme on l'a vu le 29 mai 2005, la casse du modèle social issu de la Résistance, et l'abandon de l'Etat-Nation.

J'ai trop souvent, par exemple, entendu les dirigeants de droite expliquer que c'était la faute à l'incivisme des malades si la Sécurité sociale était en déficit. Certes, quelques hippocondriaques sont des dangers publics pour les comptes, mais vouloir, à travers quelques exemples, occulter le poids du chômage, du travail au noir, des exonérations

patronales, du pillage de la Sécu par les mandarins libéraux et les laboratoires pharmaceutiques est une véritable escroquerie, qu'il convient de dénoncer.

Je vous encourage, si le sujet vous passionne, et que vous souhaitez l'approfondir, à aller aux Etats généraux de l'assurance maladie, animés par notre collaborateur Bernard Teper, le prochain week-end, à Bobigny (voir ci-dessous). Vous serez, ensuite, incollables sur le sujet, et vous aurez de quoi répondre à ceux qui veulent vous culpabiliser, en expliquant que c'est votre faute si les dirigeants sont obligés de privatiser notre Sécu.

Bon, ceci dit, comme je suis dans ma sphère privée, et que je sors de table, je vais allumer mon cigare mensuel, pour bien digérer, et le fumer langoureusement à votre santé.

Évariste Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

2 - santé

2.1 - Quelle mobilisation actuellement? Les EGSAM bien sûr!

TOUS A BOBIGNY (93) LES 21 ET 22 OCTOBRE PROCHAIN POUR LES ETATS GENERAUX DE LA SANTE ET DE L'ASSURANCE-MALADIE (EGSAM)

Programme des journées des 21 et 22 octobre

Après le non au TCE, nous espérions tous un débouché politique à cette victoire. D'autant plus que sur les 55% du non, il y a 31,3% pour le non de gauche. Donc le non est majoritaire dans le non et majoritaire à gauche. Mais nous pouvons craindre que Laurent Fabius ne soit pas le candidat choisi par le PS et que les comités pour une candidature unitaire anti-libérale ne débouchent pas sur une candidature unitaire tant est floue la procédure de désignation de ce candidat et que de nombreux points importants tels le libre-échange, la laïcité par exemple soit absent des textes de ces comités.

Il convient cependant de tenir compte qu'un processus clair et efficace est en marche, les EGSAM. Ce processus se prépare, sans soutenir aucun candidat, d'adopter les 21 et 22 octobre prochain un manifeste anti-libéral sur la santé et l'assurance-maladie qui sera la base du travail d'éducation populaire pendant la période 2007-2008. Durant ce week-end, il sera débattu du plan de campagne.

Ce processus regroupe de nombreuses dizaines de collectifs locaux, départementaux et régionaux tant pour la promotion du droit à la santé et de la sécurité sociale que pour défendre les hôpitaux et maternité de proximité,des nombreuses associations (ATTAC, UNRPA, UFAL, Santé pour tous, etc.), des organisations syndicales (syndicats CGT, FSU, Sud Solidaires, syndicats professionnels tels que l'USP, le SNPMI, le SMG, etc.), des dizaines de mutuelles solidaires, des partis politiques (Verts, PCF, Gauche républicaine, LCR).

Voilà au moins un axe anti-libéral qui permettra à beaucoup de citoyens de mener un combat durant ces deux années électorales. Il convient donc de se mobiliser pour ce week-end.

Bernard Teper

2.2 - Nous avons des propositions

Les EGSAM sont porteurs à la fois d'une analyse sur le néolibéralisme et d'un véritable projet alternatif en matière de santé et d'assurance maladie. En voici les grandes lignes, pour approfondir, rendez-vous les 21 et 22 octobre!

1. Les objectifs du néolibéralisme

La marchandisation insiste sur la conception marchande de consommation de soins vendus par des opérateurs de soins. La priorité n'est plus de vivre mieux en évitant la maladie (sauf si la prévention est rentable), ou de guérir tout en ne privilégiant pas systématiquement la consommation de soins.

La marchandisation ne répond qu'aux besoins qui rentrent dans cette logique marchande, éventuellement en créant de nouveaux besoins.

La privatisation permet d'utiliser l'argent public, l'argent de nos cotisations sociales ou des impôts, pour faire des profits, en reléguant tout ce qui peut être source de pertes au public.

Ce sont de véritables spoliations auxquelles nous assistons. Au nom de l'équité, les cliniques, les opérateurs de soins privés, les multinationales de la santé reçoivent de l'argent public pour des prestations dont ils choisissent les bénéficiaires pour faire des profits. Nous payons ainsi plusieurs fois et plus cher, globalement et collectivement, pour une protection sociale inégalitaire et injuste.

La privatisation s'accommode fort bien de l'essor de la charité dans une société éclatée. C'est la charité qui prend le relais de la solidarité pour les insolvables ou les soins non rentables. La charité par défaut de solidarité, c'est toujours ça de gagné ! L'égalité et la dignité deviennent des luxes, mais soulagent la mauvaise conscience des nantis.

Mais qu'est ce qu'une société ou l'entraide se conçoit au niveau de groupes selon des règles qui enferment dans une appartenance réductrice et source de conflits? La compétition ente groupes (associations, organisation charitables...) est obligatoire, pour être servi en priorité, parce que la manne des mécènes, des religieux, des biens pensants n'est pas inépuisable et se mérite.

Qu'est ce qu'une société où il faut combattre d'autres groupes pour avoir des miettes, alors que nous pouvons, ensemble, faire front devant l'adversité?

La solidarité garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire et de supprimer leur capacité de gain est la base du système sécurité sociale : chacun cotise en fonction de ses moyens et bénéficie en fonction de ses besoins. Avec la nouvelle gouvernance de l'assurance maladie, à côté des syndicats salariés, les assurés sont représentés par des associations de malades. Mais tous les assurés ne sont pas des malades, et la défense des assurés n'est plus collective mais catégorielle et certaines associations ne sont pas trop vindicatives politiquement

La notion de richesse produite par le travail s'estompe ainsi que la notion de salaire socialisé, et la responsabilité des employeurs se trouve diluée. Tout le débat portera surtout sur les dépenses de soins et non plus les recettes, sur le respect de l'enveloppe dont le montant ne doit pas être dépassée et non plus sur les besoins à satisfaire.

La marchandisation de la santé, la privatisation de la protection sociale et l'essor du communautarisme vont ensemble. Toutes les réformes actuelles touchant le domaine de la santé et des droits universels accentuent le transfert de la prise en charge solidaire vers la prévoyance individuelle privée et le recours à une charité étriquée.

2. Les propositions du manifeste antilibéral des EGSAM

Les EGSAM ont des propositions

Venez aux EGSAM, participez à l'élaboration du seul programme commun de santé à de nombreuses forces du mouvement citoyen, (associations, syndicats, collectifs, partis).

Ce programme nous servira à animer les campagnes électorales, alors que nous ne soutiendrons aucun candidat, ni parti politique.

Samedi et dimanche prochain, c'est à la bourse départementale du travail de Bobigny que ça se passe.(Programme des journées des 21 et 22 octobre)

Lucette Guibert

3 - Droit à la sureté

3.1 - Stéphane Rozès : Les 14 millions d'ouvriers et d'employés font l'élection

Le politologue Stéphane Rozès, directeur général adjoint de l'institut de sondages CSA, répond à Marianne2007.info sur le rôle des catégories populaires dans l'élection présidentielle.

Selon lui, l'élection présidentielle ne se fait pas autour des classes moyennes mais autour des catégories populaires. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont entendues par celles-ci parce qu'elles semblent vouloir remettre le politique au coeur du dispositif. Au premier tour, c'est la droite et l'extrême droite qui est majoritaire chez les catégories populaires, et au second tour, elles retrouvent la gauche, en cas de duel Sarkozy/Royal.

Les ouvriers et employés veulent la sécurisation en tout : sécurisation économique, sociale, morale et contre la délinquance.

Stéphane Rozès

Source : Propos recueillis par Julien Landfried et François Vignal

3.2 - Cocktail dangereux en banlieue

Et de trois ! Après les Mureaux et les Tarterêts, c'est la troisième agression que les policiers subissent en moins d'un mois. (...) Tout comme dans les deux autres quartiers, il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy va envoyer des centaines de policiers accompagnés de milliers de journalistes., lit-on sur une dépêche au ton volontairement ironique, publiée le samedi 14 octobre après l'agression des policiers d'Epinay, et que l'on peut consulter sur le site paris-link-home.com. Ces affaires qui s'enchaînent prêtent cependant peu à sourire.

A Epinay, une dizaine de jours après l'émeute des Mureaux, le samedi 14 octobre, la police a été appelée dans un quartier pour une affaire de vol, et deux voitures ont bloqué celle de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) avec à bord trois agents. Une trentaine de jeunes voire cinquante, avec cagoules et battes de baseball les ont attaqué violemment, selon des sources policières. Les policiers ont dû faire usage de flash-balls et ont sorti leur arme de service pour se dégager. C'est la seconde fois en un mois que des policiers en difficulté se saisissent de leur arme administrative pour se dégager, car aux Mureaux le 2 octobre un policier s'était saisi de son arme de poing dans des circonstances similaires.

Après les Tarterêts (où deux CRS, qui ont voulu contrôler les identités d'un groupe de jeune en train de grignoter des pizzas sur un talus, se sont fait massacrer) et Les Mureaux (où sept agents, qui avaient pris en chasse un conducteur sans ceinture de sécurité et qui roulait à très vive allure, ont violemment été pris à parti par plusieurs dizaines de jeunes), c'est la troisième affaire d'agression de policiers en un mois. Précisons qu'une autre affaire de passage à tabac d'un policier de la BAC de nuit de Mantes-la-Jolie, blessé au visage et avec une fracture au bras, avait été beaucoup moins médiatisée en septembre.

Une question se pose à l'observateur de ces incidents graves qui se concentrent dans un laps de temps très réduit, un mois. Y a-t-il vraiment une recrudescence des agressions de policiers en banlieue, ou sont-elles plus médiatisées, et comment analyser ce phénomène ?

Après les incidents du début du mois aux Mureaux, Nicolas Comte, policier anciennement en poste en Seine-Saint-Denis, secrétaire national général de SGP-FO (le troisième syndicat policier national) répondait, le 2 octobre dernier, aux questions du quotidien Le Monde, qui portaient justement sur l'accroissement des agressions à l'encontre de policiers en service.

Selon le syndicaliste qui s'appuie sur des chiffres de l'Observatoire national de la délinquance, un organisme dépendant du ministère de l'Intérieur, la violence contre les forces de l'ordre a augmenté de 103 % en dix ans.

Ce qui a changé, explique Nicolas Comte au quotidien du soir, c'est qu'il y a une volonté, ressentie réellement, depuis que Nicolas Sarkozy est devenu ministre de l'intérieur, d'aller au contact, d'aller à l'interpellation... Avant, il y avait plus de modération, voire de timidité. Cela arrivait que l'on quitte des lieux pour apaiser les tensions, éventuellement en laissant des coupables derrière nous. Cette volonté d'aller au contact augmente naturellement les risques de tensions. C'est un choix politique. Avec lequel je suis plutôt d'accord. Une position de SGP-FO qui a le mérite d'être claire.

Ces affaires qui s'enchaînent, et dont les médias ne manquent pas de mettre en relief la thématique commune, font couler beaucoup d'encre, avec une dimension (involontaire ?) d'effroi pour le lecteur-électeur, accablé par ces nouvelles terrifiantes, et qui se projette déjà dans l'isoloir. Mais faut-il taire pour autant ces évènements ?

Le triste anniversaire des émeutes de l'automne dernier arrive, et avec lui un regain de tension perceptible dans les banlieues. Le Pen espère engranger tous les bénéfices de cette actualité, et sur les multiples blogs néo-fascistes que l'on trouve sur le net, le discours d'appel au sauvetage de la patrie fait florès. Je ne parle même pas des rêves militaires de Ségolène Royal, tellement le sujet est dramatique.

Depuis quinze ans, et les émeutes de Mantes-la-Jolie ou de Vaux-en-Velin, alors que les signes d'alertes n'ont pas manqué par la suite, les gouvernements socialistes et de la droite gaulliste ont abandonné ces territoires de la République. Chantre de la rupture libérale, qui d'autre en réalité, plus que Nicolas Sarkozy, s'accomode volontiers de ces décennies de laisser-faire social accouchant de cette jungle, Le Pen peut-être ou De Villiers.

Un ministre de l'Intérieur de la République a certes raison d'exiger que la police reprenne pied dans des cités, où les gouvernements successifs n'ont pas fait grand chose pour empêcher de se développer les petites mafias qui pourrissent la vie des habitants. Mais en matière de sécurité publique, Sarkozy préfère l'assaut permament de la troupe plutôt que le maintien d'une force de paix, représentée hier par la police de proximité. Il est aussi coupable de jouer une surenchère dangereuse, dans un contexte de précampagne électorale qui refait de l'insécurité son propos capital, où l'on ne sait plus si c'est le candidat à l'Elysée qui manoeuvre la police, avec tous les dérapages qui peuvent se produire, ou si c'est le ministre qui agit dans la seule perspective de son élection. Grisés par la logique de kärcherisation des quartiers criminogènes, certains de ses émules, apprentis nettoyeurs, prennent aussi moins de précautions qu'avant pour éviter d'enflammer un terrain où le feu couve depuis longtemps.

Un après les émeutes de novembre 2005, aucun bilan n'a été tiré, ni aucun progrès réel n'a été constaté sur le terrain. Quelques barres d'immeubles supplémentaires sont tombées dans quelques cités inscrites au plan Borloo de rénovation urbaine. Les différentes expériences de la restructuration urbaine des banlieues (on casse des barres, on ouvre des rues, on enferme des résidences et on pose des interphones) n'ont pas été vraiment concluantes en terme de baisse de la délinquance et de mieux vivre des habitants.

A Mantes-la-Jolie, ville voisine des Mureaux dans les Yvelines, vantée par son ancien maire Pierre Bédier comme une réussite en terme d'urbanisme et de mieux vivre justement, un jeune de 22 ans est mort tué par balles il y a quinze jours, au cours d'un probable règlement de comptes. Du jamais vu dans ce quartier.

Et quelle imposture sociale, dans le cités où les rénovations urbaines ont abouties, lorsque les mêmes pauvres restent confinés entre eux, avec un peu de ciel en plus au-dessus du béton. Et si la pacification avance, croient certains, c'est en fait l'intégrisme religieux qui progresse. Un résumé de la jungle libérale voulue par Sarkozy.

Frédéric Antoine

4 - débats politiques

4.1 - Chevènement : Je n'ai pas vocation à servir éternellement de bouc émissaire

Jean-Pierre Chevènement multiplie les signes de candidature à l'élection présidentielle. Annonçant avoir déjà recueilli plus de 300 parrainages, son parti, le Mouvement républicain et citoyen, a réservé des salles de meetings dans 8 grandes villes de France. Il répond ici aux questions de Marianne2007.info

Marianne2007.info : Comment analysez-vous la situation interne au Parti Socialiste ? A-t-il tiré selon vous les leçons des 21 avril 2002 et 29 mai 2005?

Jean-Pierre Chevènement : Le Parti socialiste a été comme tétanisé au soir du 21 avril 2002. La défense du bon bilan a pris la place d'une réflexion sur les causes véritables de la défaite et notamment l'éloignement des couches populaires. Il est vrai que ce devoir d'inventaire eût exigé un regard critique sur la période antérieure qui s'était achevée en 1993 par une défaite encore plus spectaculaire. Il était plus commode d'attendre des erreurs de la droite un retour au pouvoir par le jeu de ce que j'appelle l'effet essuie glaces .

Cette carence explique que sur beaucoup de sujets essentiels : l'Europe, la nation, l'insécurité, la mondialisation, le Parti socialiste soit encore loin d'avoir les idées claires (...) Les débats internes entre les trois candidats à la candidature le montrent à l'évidence.

Quels sont les grands enjeux de politique intérieure et de politique internationale qui pourraient motiver votre candidature à l'élection présidentielle ?

Les grands enjeux sont au nombre de trois :

  1. Le redressement de l'Europe, non pas par une Constitution qui n'a pas de sens (dès lors que l'Europe rassemble non pas un peuple, mais trente), mais d'abord par l'instauration d'un véritable gouvernement économique de la zone euro - avec réforme de la Banque Centrale - afin de relancer la croissance et de faire reculer le chômage, et ensuite par l'affirmation d'une Europe européenne, c'est-à-dire indépendante et non pas vassale, pour servir la cause du dialogue, du développement et de la paix dans le monde.
  2. Il convient ensuite de restaurer la France et la République dans l'esprit de nos concitoyens. Des principes et des valeurs de la République doivent découler toutes nos politiques. Ne démolissons pas la France qui est le seul vrai levier dont nous disposons en Europe et dans le monde. Le peuple français doit retrouver confiance en lui-même. Cela passe par une éthique républicaine impeccable.
  3. Enfin, je mettrai l'accent sur le rétablissement de l'Etat républicain et de son rôle stratégique pour préparer l'avenir. Comme le disait Pierre Mendès-France : gouverner, c'est choisir.

Marianne2007.info : Votre candidature et votre score en 2002 vous ont valu d'être mis à l'écart par le PS. Etes-vous prêt à être à nouveau candidat dans une telle configuration?

Jean-Pierre Chevènement : Je n'ai pas vocation à servir éternellement de bouc émissaire. Je ne me suis pas laissé abattre par une campagne insidieuse et lâche. L'éloignement des couches populaires est le vrai problème que les socialistes ont à résoudre. S'ils m'avaient écouté davantage, ils l'auraient peut-être mieux résolu. Sur tous les sujets (l'Europe, les délocalisations industrielles, la Corse et la République, la délinquance, l'Irak, etc.) avoir raison avant les autres est un grand tort.

Une campagne présidentielle est l'occasion de situer les vrais enjeux et de proposer des choix. Le parti socialiste pas plus que l'UMP n'ont cherché depuis 2002 à modifier la règle selon laquelle seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour peuvent se maintenir au second. La raison en est simple : cette règle les sert, en leur permettant d'imposer leurs vues qui souvent sont les mêmes, par exemple sur les critères de Maastricht et sur la Constitution européenne (...)

J'espère que les socialistes sauront tenir compte de la volonté du peuple telle qu'elle a été exprimée le 29 mai 2005 et que nous saurons, ensemble, nous tourner vers l'avenir. Quant à ma candidature, que je n'ai pas encore arrêtée définitivement, elle serait aussi légitime que celle de Mme Voynet ou de Mme Buffet. Il est évidemment plus facile de crier 21 avril ! 21 avril ! que de se remettre en cause. Mais alors il faut accepter le débat démocratique et la sanction du vote des Français.

Landfried Julien

Source : www.marianne2007.info

4.2 - Ségolène Royal et la laïcité

Ségolène Royal sera assurément la candidate de la gauche pour la présidentielle. Il fut un temps où la gauche était vraiment laïque, aujourd'hui cela semble bien fini, au moins en ce qui concerne cette gauche-là.

Il y a quelques mois, après l'affaire des caricatures de Mahomet, elle avait déjà déclaré à un ami N'aie pas peur, je ne laisserai pas insulter Dieu , ce qui était annonciateur d'une étrange conception de la liberté d'expression et d'un retour du délit de blasphème.

Hier, à la Réunion, la candidate a rencontré les représentants du groupe interreligieux. Chacun d'eux (que des hommes, comme il se doit en religion) était tout fier de passer à la télévision et d'avoir les honneurs (pour quelqu'un qui n'est rien d'autre que le chef d'une communauté d'illuminés, c'est formidable) de la visite d'une candidate aussi intransigeante sur la question de la laïcité.

Pourquoi a-t-elle choisi, parmi des dizaines d'associations (et notamment Faire Le Jour...), de rencontrer justement les religieux qui se sont toujours acharnés à combattre la laïcité à la Française pour développer une laïcité à la Réunionnaise, c'est-à-dire une reconnaissance de toutes les religions et des avantages pour toutes ? Pourquoi prétend-elle qu'elle sera inflexible sur la laïcité tout en promettant aux musulmans et aux tamouls de réfléchir à l'instauration à la Réunion d'un jour férié pour leur communauté à condition de parvenir à un consensus entre toutes les confessions et en particulier avec les autorités catholiques réunionnaises (source : Journal de l'Île de la Réunion du 14/10/06) ?

On le voit, Ségolène, pas plus que la plupart de ses copains du PS, ne défendra la loi de séparation des Églises et de l'État. Comment le ferait-elle si en tant que Présidente de la République elle demande aux autorités catholiques leur avis sur les jours fériés ? Et puis elle demandera conseil aux religieux sur l'école privée et l'enseignement du fait religieux à l'école publique. Et puis elle soutiendra le Mrap et le CFCM quand ces groupuscules liberticides porteront plainte contre un journal qui aura osé se moquer des dieux et de leurs inventeurs. Et puis c'en sera fini de la laïcité française et nous sombrerons d'abord dans le pire communautarisme (comme celui d'un Sarkozy), et enfin quand l'école publique et les médias seront gagnés par la peur du scandale et des procès, la France des Lumières rejoindra toutes les théocraties du monde où il fait si bon penser et vivre librement.

Stéphane Arlen président de l'association Faire Le Jour
www.fairelejour.org

Source : www.fairelejour.org

4.3 - Marc Dolez explique pourquoi il soutient la candidature de Laurent Fabius

Amis et Camarades,

M'exprimant ce matin au nom de Forces Militantes pour la Démocratie et le Socialisme, qui s'est résolument engagé dans la campagne du Non au projet de constitution européenne et qui n'est pas dans la synthèse du congrès du Mans, je vous le dis tout de go : Pour nous, il n'y a pas photo, le meilleur candidat c'est Laurent FABIUS,

Car il est le seul en situation aujourd'hui de rassembler toute la gauche.

Notre conviction se forge non pas dans les sondages mais dans le mouvement de fond qui s'est exprimé, depuis 2002, dans les grèves de 2003, les élections de 2004, le non au referendum de 2005 et l'extraordinaire mobilisation de 2006 contre le CPE.

Notre conviction est que la gauche ne reviendra pas au pouvoir sur le seul rejet de la droite,

Notre conviction est que la gauche ne retrouvera pas confiance et crédibilité en particulier auprès des couches populaires, sans tirer les leçons des échecs passés et notamment de la terrible sanction du 21 Avril 2002,

Notre conviction est que la gauche ne se rassemblera pas dans l'incantation mais dans la proposition, sur des mesures concrètes, certaines d'application immédiate, pour

Face à une droite qui s'affirme sans complexe, la gauche doit tenir bon sur ses valeurs et ne pas s'enliser dans je ne sais quel bric à brac idéologique,

La gauche doit avoir les idées claires et non pas reprendre tout ou partie de l'argumentaire de l'adversaire.

Face à un capitalisme financier de plus en plus violent, qui plonge les salariés dans la colère ou le désespoir, la gauche ne doit pas renoncer à changer l'ordre des choses, à changer de priorités,

La gauche doit se donner les moyens de rétablir le primat du politique sur le pouvoir économique pour édicter des règles tant au niveau national qu'au niveau européen pour encadrer, limiter et maîtriser les lois du marché.

Nous croyons au rôle de l'Etat et c'est aussi le sens de la réorientation de la construction européenne que nous souhaitons notamment pour s'opposer aux licenciements boursiers et lutter contre les délocalisations.

L'enjeu de la désignation est considérable pour l'avenir du pays et la construction d'une véritable alternative antilibérale, mandat que nous a clairement donné le peuple.

Mais il l'est aussi, je le dis avec gravité, pour l'avenir du Parti puisque, chacun le sent bien, il y a risque de remise en cause de notre conception de la politique et de la nature du Parti.

Parce que nous sommes socialistes, nous pensons que la politique c'est

Parce que nous sommes socialistes, nous refusons des choix dictés par des sondages qui fabriquent une opinion virtuelle.

Parce que nous sommes socialistes, nous refusons le règne sans partage de l'image, la flatterie systématique des sentiments, des passions et des préjugés.

Personne ne peut gagner et réussir contre le Parti.

Personne ne peut gagner et réussir sans le Parti, ni-même en le contournant.

Nous, qui sommes indéfectiblement attachés au Parti fondé en 1905 et refondé en 1971 à Epinay par François Mitterrand, nous croyons au débat, (sans débat il ne peut y avoir d'unité), à l'élaboration collective des propositions et à la démocratie militante.

Chers camarades, le débat va maintenant s'engager entre les 3 candidats qui ont officiellement fait acte de candidature.

Lorsque je vois notre beau rassemblement de ce matin, rassemblement riche de sa diversité, je suis confiant dans l'issue de ce débat.

A nous de nous mobiliser pour convaincre que seul Laurent FABIUS est porteur de notre ambition collective pour que vive le Parti Socialiste, vive la Gauche et vive la République !

Marc Dolez

5 - Les laïques sur le terrain

5.1 - Affaire Anas EL Jazouli, où va la France ?

Le 11 octobre 2006, le représentant de l'Etat en Seine-Et-Marne a rompu le silence qui était le sien depuis le début de la grève de la faim d'Anas El Jazouli.

C'est d'abord par un communiqué de presse que le préfet s'est exprimé.

La déclaration se veut purement technique et ignore délibérément le caractère humain et politique du dossier.

Anas El Jazouli serait ,selon le préfet, de Seine-Et-Marne victime de lui-même pour ne pas avoir su explorer de façon exhaustive le droit français.

Le texte est truffé de contradiction et va à l'encontre de ce que nous connaissons de la situation administrative d'Anas El Jazouli.

Le préfet s'est aussi manifesté en répondant par courrier à un militant de RESF 77 qui comme plusieurs milliers de militants et d'élus l'interpellait sur la situation d'Anas El Jazouli et de sa famille.

Nous tenons à manifester notre étonnement sur le choix par le préfet de son interlocuteur car en choisissant de continuer à ne pas répondre aux nombreux élus lui ayant écrit, il démontre un mépris pour l'Etat de droit dont pourtant il se réclame. En république, le droit émane des citoyens représentés par leurs élus. Les élus ont donc la légitimité pour demander des comptes aux représentant de l'Etat chargé d'appliquer le droit, il est d'ailleurs de tradition républicaine de leur répondre.

S'adresser de cette manière informelle à un militant associatif démontre une fuite en avant.

Dans son courrier, le préfet met aussi en doute les réalités des menaces dont Anas El Jazouli a été la victime au Maroc. Nous avons beaucoup de peine à croire que les nombreuses coupures de presse marocaine de 2002 relatant ces évènements ne soient pas parvenues jusqu'au bureau du préfet.

Enfin, dans ses deux communications, il est étonnant de constater que le représentant de l'Etat prétend vouloir faire jouer un rôle au Maire de Montereau qui outrepasserait les possibilité donnés par les textes en vigueurs. Le préfet ignore les élus pour n'en reconnaître qu'un seul !

La manière de l'Etat de gérer ce dossier démontre la partialité dans laquelle peu à peu la France est plongée.

Mépris des élus, accointances des autorités avec un parti unique, ignorance des principes fondateurs de notre République (en premier lieu le droit d'asile) font craindre pour l'avenir de notre pays.

Si l'Etat par son représentant en Seine-Et-Marne ne sait pas faire preuve d'humanisme ,alors qu'il en a le pouvoir, en octroyant des papiers à la famille Jazouli, il sait par contre accueillir en Rhones-Alpes, Hani Ramadan adepte de la lapidation des femmes.

Nous ne voulons pas de cette France que l'Etat UMP nous propose où El Jazouli est méprisé, Redeker vit caché, Ramadan devient enseignant.

Nous appelons à un sursaut les autorités de l'Etat en revenant aux principes républicains!

Nicolas Pomiès Pour l'UFAL de Seine et Marne

5.2 - Le Morbihan doit rester laïque et républicain !

Après le scandale que provoque à Paris l'attribution à Karol Wojtyla (dit Jean Paul II) d'une place sur l'Ile de la Cité, nous remettons en cause la décision de la municipalité de Ploërmel de donner le nom et d'ériger la statue d'une autorité religieuse, le pape catholique Jean-Paul II, dans l'espace public à Ploërmel, en violation de la Loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, loi qui garantit la liberté de conscience de chaque citoyen, et garantit dans l'espace privé le droit de choisir ou pas une conviction religieuse.

C'est en violation de la loi de 1905 que la municipalité de Ploërmel donne le nom et érige la statue d'une autorité religieuse dans l'espace public. Depuis cette loi, la construction de croix et monuments religieux est interdite dans l'espace public, par l'article 28 de la loi de 1905.

Si le pape est infaillible en matière de religion pour les croyants catholiques, quelles positions morales, sociales et politiques l'Eglise catholique a-t-elle prises pendant le règne de l'évêque de Rome qu'on appelait Jean Paul II ?

De nombreux citoyens constatent qu'il a :

Est ce pour un tel bilan qu'une commune républicaine et laïque érige une statue à un chef d'église ?

C'est un viol total de la liberté de conscience que de prétendre imposer à tous les citoyens un nom et une statue qui ne concernent qu'une fraction catholique.

Dans cet esprit nous exigeons que la loi s'applique à Ploërmel comme ailleurs :

Nous nous associons aux procédures engagées auprès des autorités de la République, et aux recours juridiques.

Pétition à signer

5.3 - Compte-rendu de la manifestation du 14 octobre 2006 contre la venue d'Hani Ramadan

Le ministre de l'Intérieur a répondu à Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes, en ce qui concerne la venue de Hani Ramadan:

Par le passé, Monsieur Hani Ramadan s'est signalé par des déclarations inacceptables en faveur de la lapidation des femmes adultères. De tels propos, qui peuvent heurter les consciences, sont manifestement et évidemment contraires à nos valeurs. Aussi, pour le cas où M. Hani Ramadan se rendrait effectivement à Lyon dans les jours à venir, nous serons très attentifs aux déclarations qu'il serait susceptible de prononcer. S'il venait troubler l'ordre public, nous en tirerions les conséquences qui s'imposent, en prenant toute mesure utile...

Des mots pour des maux, mais aucune décision républicaine

Un rassemblement s'est donc tenu, près de la librairie Tawhid : les associations féministes et laïques, Regards de femmes (qui avait organisé la manifestation), l'Union des Familles laïques, Femmes solidaires, Femmes contre les intégrismes, les lyonnes et d'autres, comme Pascal Hilout, fondateur du nouvel Islam, venu de Paris.

Le Parti communiste (en la personne d'André Gérin, député-maire de Vénissieux), l'UMP, en la personne du député André Philipp, le MRC étaient présents.

Les associations avec chacune un nom inscrit sur une carte, celui d'une future victime, condamnée à être dilapidée en Iran. Michèle Vianès a lu une intervention, disant avec force l'opposition de tous les Républicains et les laïques à la venue de Hani Ramadan, informant au passage que ce partisan de la lapidation est interdit de cours en Suisse, mais il est payé quand même, ce qui lui donne le temps, avec l'autorisation bienveillante des autorités de la République, de circuler dans notre pays, pour y enseigner la sharia... Ensuite, le nom des futures victimes a retenti, amplifié par un mégaphone.

Une gerbe a été déposée en face de la librairie et les noms ont encore une fois retenti par la voix des représentantes des associations et du maire de Vénissieux, André Gérin. Et les cartes ont été accrochées aux fleurs de la gerbe.

Allions-nous quitter la scène sans trouver nos éternels pro-islamistes ? Que nenni. André Gérin a été vivement pris à partie, par ces partisans des Frères Ramadan, qui nous avaient photographié , enregistrés et suivis... Il ne faudra pas venir chercher les voix des musulmans à la mosquée. Vous jetez de l'huile sur le feu...

- Je jette de l'huile sur le feu ? C'est qu'il y a le feu, alors ? a répondu André Gérin, avec ironie.

Les manifestants rassemblés rient et applaudissent. Et ils suivent les consignes de dispersion, pour éviter les provocations.

Les caméras et micros se jettent alors sur les Ramadaniens vociférants.

Ce dimanche, le Progrès a fait toute une page sur cet événement. Une page entière ! Photo de Michèle Vianès portant la gerbe, entourée de André Philipp et de André Gérin.

Il y a notamment l'intervention d'un Lyonnais qui refuse courageusement de dire son nom : Hani Ramadan... Il n'a pas été condamné par la justice... Les jeunes, ils savent vers qui aller. Là, on est dans un rapport de COLONISATEURS à COLONISES.

On a ainsi bien compris à qui on a affaire...

Une moitié de la page est consacrée à Hani Ramadan, avec une photo représentant l'homme (barbe plus longue que Frère Tariq), les mains ouvertes, il prévient qu'il ne tolèrera aucune question sur la lapidation. Il défend, dit-il une voie médiane, il affirme qu'il est possible de concilier les lois de la République avec les normes claires de l'islam

Mais il ajoute: Ces normes ne peuvent pas être imposées dans un CADRE REPUBLICAIN ET LAÏC

Hani Ramadan a donné hier son premier cours à Lyon. Un quart d'heure plus tard, la gerbe avait été enlevée. La religion est miséricorde dit l'homme de Genève. Les futures victimes de cette religion de miséricorde apprécieront.

Mireille Popelin

5.4 - Intervention de Michèle Vianès le 14 octobre

Croyez en la pierre que vous voulez, tant que vous ne me la jetez pas ! , Wafa Sultan

Nous sommes rassemblées aujourd'hui parce qu'il a été permis à Hani Ramadan de venir sur le territoire de la République alors qu'il prêche la justification des meurtres par lapidation des femmes, en cas d'adultère ou de grossesse illégitime (hors mariage) : cette barbarie serait une purification !

2 enseignants diplômés de sharia des universités de Médine et de Riyad ainsi qu'un enseignant de psalmodie sont également invités à participer au cursus d'enseignement sur 3 ans organisé par l'Union des jeunes musulmans, qui siège au conseil régional du culte musulman.

Hani Ramadan a écrit la sharia incomprise pour justifier la condamnation à mort au Nigéria de Amina Lawal. Depuis ces propos constituant une provocation publique au crime ou à la violence , Hani Ramadan n'a plus d'affectation de poste d'enseignant à Genève, mais il est toujours payé par le gouvernement genevois, sans travailler, ce qui permet à cet agitateur de venir faire du prosélytisme actif en France.

Mais le gouvernement de Berne, en 2005, a refusé l'entrée en Suisse d'autres religieux venant enseigner dans le Centre islamique de Genève, en raison du flagrant défaut d'intégration manifesté par les écrits du directeur Hani Ramadan : Ces opinions sont en totale contradiction avec la défense des valeurs d'un Etat de droit .

Accepter que l'on pénètre sur le territoire national pour enseigner, dans une mosquée ou un centre coranique, l'idéologie totalitaire de la shari'a, doctrine ne reconnaissant ni l'autorité ni le droit des états démocratiques, est contraire aux principes constitutionnels de laïcité et d'égalité en droit des hommes et des femmes.

C'est encourager les extrémistes à manifester leur violence, au mépris des lois républicaines. C'est abandonner nos compatriotes et les personnes vivant sur le territoire, de confession ou de filiation musulmane, à l'endoctrinement des prêcheurs radicaux. Comment s'étonner ensuite des violences commises, comment s'étonner que des jeunes filles déclarent : si une personne qui a commis l'adultère souhaite se repentir par la lapidation, c'est son choix et elle y va librement .

Au nom de toutes les personnes agressées à coup de pierres, ici et partout dans le monde, au nom de toutes les lapidées sous prétexte de rapports sexuels en dehors du mariage, femmes d'ici, Ghofrane et d'ailleurs, en Afghanistan, au Nigéria, au Soudan, en Iran, au nom des homosexuels exécutés, nous vous demanderons d'observer une minute de silence, puis nous irons déposer une gerbe face à la librairie Tawhid où auront lieu ces enseignements, mais auparavant, comme nous ne tolérons pas l'intolérable et qu'il y a des êtres humains qui risquent d'être lapidées très prochainement en Iran, nous allons rappeler leurs noms :

Shahia Jahed, Kobra Rahmanpour, Nazanine, Parisa, Iran, Khayrieh, Malak Ghorbani, Soghra Molai, Kobra Najjar, Fatemeh, Hajieh Esmailvand, Ashraf Kalhori

Michèle Vianès Présidente de Regards de Femmes
Auteur de " Un voile sur la République " Stock, et " Les islamistes en manoeuvre Silence, on manipule "
Editions Hors Commerce

5.5 - La laïcité : un "allant de soi" ?

Après plus de cent ans d'existence, la laïcité à la française constitue un fondement pilier de la République d'une représentation à la Française de la démocratie.

La laïcité repose essentiellement sur la notion de neutralité bienveillante à partir de laquelle chaque citoyen s'engage dans la citoyenneté avec pour principe premier le respect de la liberté de conscience dès lors que cette liberté ne s'exerce pas à l'encontre d'autrui. Après avoir unifié les peuples de France la laïcité a participé à l'émancipation des femmes, au progrès social. Protectrice des Arts et de la Culture, elle est aussi aux cotés du progrès scientifique.

Elle traverse aujourd'hui des zones de turbulence auxquelles elle ne s'était pas préparée. On peut se demander si, avec la mondialisation, les mouvements migratoires ne délocalisent pas les populations avec leur propre vision du monde, et donc leur propre représentation de la laïcité.

Par ailleurs, si l'on considère que la laïcité est un héritage du patrimoine citoyen transmis d'une génération à l'autre, on peut penser qu'elle est, pour tout citoyen, un allant de soi. Mais, pour les populations plongées dans le tourbillon migratoire, contrairement à ce nous avions un peu rapidement et naïvement cru, la laïcité est loin d'être un allant de soi: en effet, la laïcité n'est pas innée,elle se transmet au travers des valeurs véhiculées notamment à travers l'éducation sociale transmise au sein de la famille et du système éducatif. En outre, lorsque la laïcité n'a pas été acquise au travers de l'éducation, elle s'impose aux nouveaux arrivants, au risque de heurter leurs croyances ou convictions. Or, pour le migrant, cet apprentissage suppose du temps et une ouverture d'esprit permettant d'accueillir cette notion qui lui est la plupart du temps étrangère.

Illustration

Mr X a acquis la nationalité française par mariage et vit en France depuis 20 ans. Aujourd'hui, il occupe un poste important dans une mairie française et organise la logistique des cantines scolaires de la Ville. Mr X, avant d'être français est né et a grandi dans un pays où l'islam est déclaré religion d'état. Son expérience première de l'organisation sociale est la suivante : pour être citoyen de son pays, il faut être musulman. Ainsi, son identité citoyenne était déterminée par son appartenance à la religion musulmane. La dichotomie entre les instances religieuses et la vie sociale n'existait donc pas pour lui. Au moment de son arrivée en France, alors qu'il a 25 ans, MrX n'a donc aucune expérience de la laïcité et a au contraire une représentation de la citoyenneté contradictoire avec la laïcité.

Quand bien même MrX peut la comprendre intellectuellement au contact de la France, cette notion lui reste cependant étrangère car elle ne lui a pas été transmise pendant la période de construction de a personnalité.

Naïvement, la Mairie qui offre ce poste à Mr X en raison de ses compétences technique ne se pose pas la question suivante :

Quelle est la nature de l'attachement de ce citoyen à la laïcité : est-ce un point de vue, une obligation, une règle de vie qui s'impose à tous, un blabla abstrait sans conséquence concrète ?

Or, pour le cas de MrX, cette question serait extrêmement pertinente : en effet, MrX n'a appris la laïcité que de manière intellectuelle, sans saisir à quel point la notion de laïcité doit être structurante dans les actions. Au contraire, on peut constater que, concrètement, son approche des problèmes relève plus du bricolage et des multiples compromis au gré des pressions des différents lobbys que de l'application des principes de la laïcité.

Petit à petit, insidieusement, au fil des compromis, en ayant toujours les meilleures intentions du monde, la cantine scolaire se transforme en apartheid où chaque enfant est assigné à une table ( table des porcs ou table sans porc ) en fonction des supposées croyances qui devraient résulter des origines de ses parents.

Analyse

Cet exemple met en évidence que, lorsqu'elle n'est pas intégrée dans les premières étapes de développement de la personnalité sociale de l'individu, la laïcité suppose une remise en cause de principes fondateurs de l'individu citoyen : cette remise en cause peut ne pas s'imposer de manière évidente à l'individu, suppose de sa part un effort important, parfois violent, d'adaptation de sa vision du monde : la compréhension, voire la compassion, de certains laïcs ne peut permettre de faire l'économie de cet effort de la part de l'individu...

C'est pourquoi, cet apprentissage de la laïcité, pour être intégrée en tant que valeur fondatrice de la vie sociale, suppose un accompagnement de la part des institutions, un contrôle des actions et une vigilance accrue dans les périodes transitoires avant que les nouvelles générations ne bénéficient de la transmission.

Il appartient aux laïcs, pour lesquels la laïcité est un allant de soi de rappeler aux Pouvoirs Publics que cet allant de soi n'est pas universel et qu'il est urgent de réfléchir aux moyens de le transmettre aux nouveaux citoyens français afin que nous puissions partager les règles de vie en commun et les valeurs acquises dans le sang et la douleur au cours de l'histoire.

Naïma Benjamin

6 - Pour le droit à la libre critique de tous les cultes

6.1 - Citations de Mustafa Kemal...

(Précision : il n'est pas mort d'une fatwa)

L'homme politique qui a besoin du secours de la religion pour gouverner n'est qu'un lâche. Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l'Etat.

Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938 / La cliente

Il faut savoir choisir entre la révélation passée et la liberté future.

Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938 / La cliente

Messieurs et citoyens ! Sachez bien que la République turque ne peut pas être le pays des cheiks, des derviches, des disciples, des adeptes. Le chemin le plus droit est celui de la civilisation.

Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938

En tant qu'héritage moral, je ne laisse aucun verset, aucun dogme et aucune règle gelés. Mon héritage moral est la science et la raison. Mes successeurs confirmeront que nous n'avons pas entièrement atteint nos objectifs face aux difficultés radicales que nous devons surmonter, mais que nous n'avons jamais donné de concessions et avons pris pour guide la raison et la science.

Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938

Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d'un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu'il apprend à l'école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu'à ses pensées les plus intimes. L'islam, cette théologie absurde d'un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies.

Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938

Nicolas Pomiès

6.2 - Interview de Wafa Sultan à la télévision danoise, le 30 septembre 2006

-Bienvenue[1], Wafa Sultan. Selon vous qu'y a-t-il eu de positif dans la crise des caricatures ?

-Merci beaucoup de me recevoir dans votre émission. Nous en tant que musulmans, nous avons été otages de notre propre système, otages de croyances ; depuis des siècles nous avons été otages de notre propre prison. Nous n'avons jamais entendu d'autres voix, des voix venant du dehors ; nous ne sommes pas habitués à entendre d'autres voix. Il nous est à peine permis d'entendre notre propre voix. Alors je vois la publication des caricatures comme la première fissure dans les murs de notre prison, parce que, en tant que prisonnier, il est quasiment impossible de mettre à bas les murs de notre prison. Vous avez besoin de quelqu'un à l'extérieur pour vous aider à le démolir.

-Mais vous considérez-vous comme une prisonnière ?

-Oui ; j'étais une prisonnière ; j'étais une prisonnière ; vivre aux USA pendant 17 ans m'a libérée, m'a aidée à sortir de la boîte et nous devons en faire sortir aussi les musulmans vivant dans les pays islamiques. Nous devons leur apprendre comment écouter d'autres gens, d'autres opinions, même s'ils n'aiment pas ce qu'ils entendent.

-Ce que vous êtes en train de dire, c'est que les caricatures ont aidé beaucoup de gens au Moyen-Orient ?

-Absolument. Je vois cela comme un pas dans la bonne direction.

-Mais qu'en est-il des aspects négatifs de la crise des caricatures ?

-Je n'en vois aucun. Publier des caricatures et des critiques encore et encore poussera les musulmans à examiner de plus près leur religion et c'est le seul moyen d'améliorer notre culture, d'améliorer notre religion. Nous devrions être heureux d'entendre la façon dont les autres perçoivent notre religion de telle sorte que nous puissions l'améliorer.

-Mais la crise des caricatures n'a-t-elle pas, au contraire, radicalisé les musulmans du Moyen-Orient plutôt que de leur faire...

-C'est peut-être ce qu'il semble, mais sur le long terme, ça ne sera pas le cas. Vous êtes en train d'aider les musulmans à s'habituer à la critique, parce que je crois que l'islam, comme tout autre religion, n'est pas au-dessus de la critique. Il y a tant de gens qui critiquent le christianisme, le judaïsme, et ...qui s'en soucie ? Alors, pourquoi n'en serait-il pas de même avec l'islam ?

-Mais que...je veux dire, vous êtes très critique envers l'islam bien que née et élevée dans cette religion. Qu'est-ce que fait que vous soyez si critique envers l'islam ?

-Je crois que le problème de l'islam est profondément enraciné dans ses enseignements. L'islam n'est pas seulement une religion, l'islam est aussi une idéologie politique, qui prêche la violence et applique son programme par la force. Je n'ai jamais critiqué la part religieuse de l'islam. Je respecte la partie religieuse autant que je respecte toute autre religion. Mais je crois que nous devons extirper la politique de l'islam et confiner l'islam -en tant que religion- aux lieux de culte et aux foyers. C'est la seule solution.

-Au lendemain de la crise des caricatures, quelle est la force, selon vous, des musulmans modérés dans le monde arabe ?

-Je crois que l'appellation de modérés n'est pas correcte ; je ne crois pas qu'il y ait de musulman modéré. Je crois qu'il y a des modérés en terme de culture, des musulmans culturels (modérés), mais pas en ce qui concerne la religion parce qu'en islam, vous DEVEZ croire à TOUS les préceptes comme étant sacrés. Vous ne pouvez pas les changer, vous devez les accepter comme ils sont, sinon vous n'êtes tout simplement pas musulman..

-Mais s'opposer à l'islam -les préceptes religieux et les préceptes politiques de l'islam en particulier- comporte toujours une certaine menace pour celui qui le fait, comme vous.

-Oui.

- Quelles en ont été les conséquences personnelles pour vous ?

- Je reçois des menaces de mort quotidiennement, mais ua plus profond de moi, je me sens en paix, vous savez. Je n'ai pas peur.

- Vous êtes en paix avec ce que vous faites ?

- Absolument. Je crois en ce que je fais, et j'ai décidé de continuer à le faire jusqu'à la fin de mes jours même si je dois sacrifier ma propre vie parce que je crois que nous sommes ici pour une raison et nous n'avons qu'une vie. Il faut donc bien l'utiliser. Vous devez être ici pour une bonne raison. Vous savez, je crois que nos pères, nos grands-pères, nos aïeux ne nous ont légué que des problèmes ; alors pourquoi aurions-nous à laisser le même problème à la génération (suivante) ? Pourquoi ? Nous devons faire quelque chose.

- Mais vous avez dit au début qu'une fissure avait été ouverte dans le mur par le Jyllands-Posten et les 12 caricatures.

- Oui.

- Pensez-vous que cette fissure s'agrandira, que le mur...

- Aucun doute quant à cela. Ça se produira, aucun doute. Je ne...Écoutez, la mentalité musulmane a été façonnée au cours de 14 siècles, sans aucune remise en question, alors il n'est pas facile de changer cette mentalité du jour au lendemain ; ça prendra longtemps et énormément d'efforts. Mais à la fin, nous obtiendrons des résultats positifs. Nous devons être optimistes là-dessus. Nous devons avoir de l'espoir pour aller de l'avant. Je n'abandonnerai jamais espoir quelles que soient les circonstances.

- Même si les forces radicales dans le monde arabe -en Égypte, en Irak ou en Syrie, votre propre pays- semblent gagner des forces à l'heure actuelle ?

- Je ne suis pas surprise de leurs réactions, parce qu'ils n'ont jamais entendu d'autres voix ; c'est, je crois, une réaction très naturelle. Mais plus vous le ferez, plus ils s'habitueront à cela. Alors, continuez simplement dans cette voie.

- Pensez-vous que l'islam ait un rôle à jouer dans le monde moderne ?

- Bien entendu, mais pas dans son état actuel. J'ai une opinion très différente sur ce point et beaucoup d'amis m'ont conseillé de polir mon message et d'adoucir ma façon de dire ces choses. J'ai essayé mais je n'y arrive pas. Je perçois la vérité comme étant nue et je crois qu'il est plus important de la laisser nue. Je ne peux pas, pour l'enjoliver, lui mettre une plus belle robe. Alors, je vais le dire franchement comme j'ai fait jusqu'ici. Je ne crois pas que l'islam puisse être réformé. Je n'y crois vraiment pas. Je crois que l'islam sera transformé et il faudra des chefs religieux intrépides et des gens très fin pour conduire à cette transformation. Si l'islam était transformé, alors oui, il aurait une rôle et jouer dans notre monde.

- Mais voyez-vous de tels leaders et de telles personnalités intellectuelles quelque part dans le monde arabe ?

- Il faut que nous fassions davantage pression sur eux s'ils affirment qu'ils peuvent réformer l'islam, il faut que nous les mettions au défi. Prouvez-nous, prouvez-moi que j'ai tort et faites-le. S'ils pensent, s'ils déclarent qu'ils peuvent réformer l'islam, nous devons leur donner l'opportunité de le faire et nous devons faire davantage pression sur eux pour qu'ils le fassent. Nous devons les encourager à le faire. Une fois l'islam transformé, nous serons dans la bonne direction. Une fois qu'il sera transformé, à ce moment, l'islam sera capable de jouer un rôle positif dans nos vies.

- Wafa Sultan, vous êtes au début d'une très longue route. Merci beaucoup d'être venue.

- C'était un plaisir d'être ici. Merci beaucoup.

Notes

[1] La traduction française a été assurée par Pistache voir site d'Alain-Jean Mairet et le blog de Pistache, <em>Insoumission</em>.

Maryse Haslé

7 - débats républicains

7.1 - Indigènes, film salutaire ou propagande contre la laïcité et les valeurs de la République ? (suite et fin)

Lire la première partie de l'article paru dans le numéro 477

Rachid Bouchareb raconte qu'il a réuni Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Jamel et leur a expliqué que leurs grands-parents avaient libéré la France, qu'il fallait témoigner. Il rajoute même : Je n'avais pas besoin de ça pour obtenir leur adhésion. C'est une idée forte, qui dépasse le cinéma. On est au service d'une histoire, de l'Histoire, et ça écrase tout le reste. Derrière cette présentation sans faille, pavée de bonnes intentions qui sacralise l'entreprise au point d'intimider toute tentative critique, il y a un procédé qui vise précisément à rendre le film comme inattaquable, et par-là même tout ce qu'il véhicule, draine par-delà la mémoire, comme anathèmes dans des enjeux contemporains où se joue les rapports de la société française à son immigration. Propagande...

Une propagande qui divise le peuple et monte les uns contre les autres

L'émission Ce soir ou jamais , le 26 septembre dernier sur France 3, dont l'équipe du film était l'invitée, était pleine d'enseignement de ce point de vue. Ces soldats Nord africains, des héros selon Jamel qui ressemblent à ces gamins qu'on attaque dans nos banlieues... rajoutant à propos des émeutes qui y ont eu lieu, c'est triste de voir qu'on a assimilé ces actes à des actes de délinquance Décidément, Jamel se trompe complètement de combat, à travers l'identification de ces soldats avec ces jeunes en rupture, dont les actes, s'ils participent de révéler le malaise de notre société en faisant symptôme, ont fait des victimes parmi ceux avec lesquels ils vivent, en brûlant leurs voitures ou en s'attaquant à des services publics dont tous profitent. Des événements qui ont eu lieu là où il n'existe aucun nanti mais des familles modestes qui ressemblent aux leurs, françaises ou non, blanches, noires ou jaunes... Ces jeunes n'ont rien à voir avec des héros accomplissant consciemment un devoir, mais une minorité d'individus qui ont choisi la violence aveugle qui mène dans l'impasse, qui justifie toutes les politiques sécuritaires et offrent des arguments à une diabolisation de l'immigration qui est une aubaine pour les pourvoyeurs du racisme en politique. Ces jeunes ont tout faux et Jamel avec eux.

Il ferait mieux de parler de tous ces enfants d'immigrés qui cherchent leur place dans la société, représentent l'essentiel des enfants issus de l'immigration mais qui ne font pas parler d'eux à travers des émeutes, qui doivent être encouragés à revendiquer l'égalité, le mélange, et non la mise à part que prône le refus de l'intégration.

Et puis, à nourrir ainsi un sentiment anti-français par ces provocations, ce sont ces jeunes là qui risquent d'en payer le prix en subissant, par contre-coup, un peu plus le rejet de l'autre.

Nous faisons partie de l'album de famille national dit Jamel, rajoutant que c'est un film d'opprimés , que cette histoire devrait être racontée par les profs d'histoire , que nos petits frères soient au fait de cette histoire commune... (F3, le 26.09.06) Mais pourquoi alors présenter ce film sous les couleurs de l'Algérie qui ne cesse, à travers la voie de son Président, de dénigrer la France et ses liens d'histoire avec elle, d'encourager ainsi la discorde entre Français d'origine maghrébine et Français du cru , entre immigrés et nationaux, en hypothéquant ainsi toute idée d'histoire commune où se reconnaître ensemble.

Nos arrière-grands-parents ont libéré la France, explique Jamel, nos grands-parents l'ont reconstruite, nos parents l'ont nettoyée. Nous, on va la raconter. (Le Monde du 26.09.06) derrière les formules qui prétendent toucher juste, il n'y a toujours cette dose d'exagération qui actionne le ressentiment. On détourne par ce procédé, côté immigration, une forme de révolte légitimement provoquée par des frustrations dont est responsable la crise de notre société aux relents de libéralisme, vers les sillons d'une revendication identitaire censée laver l'affront colonial.

L'avocat Jacques Vergès, invité à la même émission de France 3, évoque les événements de Sétif en Kabylie (Algérie), du 8 mai 1845. Quels sont les faits : Une grande manifestation est organisée à l'annonce de la reddition allemande à laquelle participent environ 10 000 algériens, dont l'un d'entre-eux portant le drapeau algérien est abattu par un policier français, ce qui déclenche des émeutes anti-colons. Plus d'une centaine de colons sont tués, les femmes violées, on évoque des actes de barbarie dans ces actions. En réaction, l'armée tue 8000 à 10 000 personnes, selon des chiffres sur lesquels les historiens s'entendent, un massacre. L'avocat prenant le chiffre de 45 000 personnes massacrées (chiffre officiel du gouvernement algérien, contesté non seulement par les historiens mais récemment par Belaid Abdesselam, ancien Premier ministre algérien, qui déclarait dans El-Khabar Hebdo que le chiffre de 45 000 a été choisi à des fins de propagande) explique que cet événement constituent un crime contre l'humanité . Mais que dire alors de ce crime commis en Algérie par les islamistes au cours d'une guerre civile qui a fait au moins 200 000 morts en dix ans, tuant vingt fois plus d'Algériens que lors des événements de Sétif, femmes, enfants vieillards, égorgés, torturés, vis-à-vis desquels le même Bouteflika qui parle de génocide à l'égard du colonialisme français, a choisi ici de passer l'éponge au nom de la réconciliation nationale, alors que les groupes islamistes y sévissent encore, et que cela n'offusque personne sur ce plateau de télévision. Côté cinéma, on apprend lors de cette émission qu'une suite d'Indigènes est en projet, sur les massacres de Sétif en 1945 et sur la guerre d'Algérie (Sic).

Du procès de la France à la défense collective de ses libertés et de ses droits

Mais pourquoi ceux qui ont si bien réussi en France, que le grand public a totalement adopté, ne prennent-ils pas la mesure, avec ce qu'il y a à critiquer, de ce qu'il y a à défendre en France. Jamel, c'est l'acteur le mieux payé de France, l'idole des moins de 25 ans. Il vit à Saint-germain-des-Prés et a un immense bureau dans les quartiers chics Parquet-moulures, j'adore s'exclame-il (Le Monde du 26.09.06). Comme il l'explique, il est passé à ses débuts à la MJC de Nanterre, il y a eu la compagnie de théâtre montée par le prof de sixième, Alain Degois; la Ligue d'impro des Yvelines et puis Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (2001), de Jean-Pierre Jeunet, et surtout Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002), d'Alain Chabat, qui l'ont installé chez les stars.

On peut prendre encore l'ascension fulgurante d'un Samy Naceri, héros du cinéma pour tous, faisant largement disparaître derrière ses rôles toute idée de rebeu de service. Critiquer la France sans discernement, sans faire la part des choses entre ce qui est légitime de ce qui ne l'est pas, est ici suicidaire et sans excuses, car c'est exposer ainsi des gens au nom de les défendre, qui eux sont seuls en première ligne, loin des plateaux de télé.

Le colonialisme a blessé des peuples, certes, et il y a bien des aspects de cette histoire là à revisiter en déjouant des falsifications, des négations de faits inqualifiables qui ont ponctué celle-ci, mais on ne guérira pas des maux du présent en jetant des brûlots sur les plaies du passé. Une histoire commune est à construire à partir d'un présent où les choses ont avancé assez pour pouvoir poser des questions qui hier restaient dans l'ombre de cette histoire, tout d'abord parce que nous partons d'un fait, d'un résultat: des droits acquis par les personnes d'origine immigrée dans notre pays, droits économiques, sociaux, politiques et des libertés depuis la fin du colonialisme, qu'ils n'auraient jamais eu ailleurs et surtout pas au Maghreb encore aujourd'hui.

La France est un pays qui sait se poser les questions qui dérangent et avancer en faisant le bilan de son passé, parce qu'elle est habitée par cet esprit républicain qui marque sa personnalité, poussée par un peuple à l'histoire révolutionnaire qui a toujours été épris d'internationaliste et de la liberté pour les autres peuples. Une nation dont nous n'avons donc, de ce point de vue, aucunement à rougir, mais au contraire à défendre.

Du parti pris d'auteur à la propagande en faveur d'une société des minorités de droits

L'animateur de l'émission Ce soir ou jamais (26.09.06) fait remarquer que le bruit des armes dans ce film est très fort et même de façon tout à fait exceptionnelle, ce qui ne manque pas de renforcer le relief de l'héroïsme. Il n'y a pas un français pour rattraper l'autre dans le film interroge encore l'animateur, réponse de Bouchareb : la caméra est du côté indigène, c'est leur histoire...

Est-ce à dire qu'à l'heure des symboles les faits sont superflus ? Qu'on peut au nom d'une injustice forcer le trait pour lui faire dire des choses qui lui sont étrangères et poursuivent impunément d'autres buts qui le trahissent ? C'est ce que l'on appelle une instrumentalisation de la mémoire et de l'histoire. Nous sommes en réalité avec ce film, bien au-delà de la question de ces soldats d'Afrique du Nord engagé dans l'armée française pour lesquels, au lendemain de la victoire à laquelle ils avaient participés de hautes luttes, le Général Leclerc avait lancé un appel à leur rendre les honneurs en les traitant sur un même pied d'égalité que les nationaux.

Rien de bon derrière ce discours qui entoure le film, car il s'y exprime bien trop de haine maquillée en sentiment de justice, qui fait perdre pied à la lucidité. Il n'y a ici aucun combat commun lisible en faveur de nouvelles libertés collectives, mais seulement un appelle à se monter les uns contre les autres au lieu de se rassembler contre le véritable moteur des injustices et des discriminations, le libéralisme, qu'il soit social-libéral à la Ségolène et à la DSK ou celui d'un Sarkozy.

La démarche de Rachid Bouchareb est au service d'une relecture du passé qui pose déjà bien des problèmes de méthode lorsqu'elle accuse sans discernement les Français d'hier et d'aujourd'hui, l'Etat, la République, de la responsabilité de faits qui reviennent avant tout à des politiques menées par des hommes appartenant à des partis, sous des tropiques de l'histoire qu'il faut absolument rétablir ou on ne fait que juger et ne rien comprendre. Mais ce qui est visé surtout ici, en s'appuyant sur un sujet juste qui sacralise l'idée de justice, c'est à ouvrir un boulevard à une propagande qui entend imposer par ce tribunal de l'histoire, derrière l'idée de droit à la réparation, des indigènes de 1945 aux banlieues d'aujourd'hui, des concessions à la France mettant en recul les valeurs qui font son socle laïque et républicain.

De vieilles idées de propagande anti-France alliées du libéralisme

Les copains de banlieue de Jamel feraient bien de se méfier de la fragilité du personnage, qui semble parfois bien crédule et trop sous influence, fonçant tête baisser dans un discours induisant la défiance entre gens de France, qui finalement ne dérange nullement le libéralisme mais le flatte là où il n'attend que ça, afin de diviser pour mieux régner.

Il y a un mythe dans le mythe, sur la façon dont les acteurs ont été réunis, du côté de la prise de conscience de l'importance du sujet, alors qu'on nous sert finalement du côté de l'équipe du film, des propos autour de celui-ci qui font continuité avec un fond de commerce qui l'a largement précédé. Le film sort de son sujet ici pour devenir un prétexte à donner une force nouvelle à de vieilles idées de propagande anti-France qui font soudure avec la propagande communautariste.

Ne serait-ce pas, à travers la méthode qui est ici dénoncée, donner un poids politique par le cinéma à des revendications communautaires vis-à-vis desquelles un islam politique est en pointe, mais qui rencontre dans la société française des résistances que par cette entreprise elles contournent?

On se rappelle de Dieudonné, de ce qui a été déjoué de ce côté. Il n'y a pas moins à déjouer ici, pour que du raciste qui se trompe de colère à celle inspirée par un sentiment anti-français qui se trompe tout autant de but, on puisse entendre ce désir largement partagé par les gens de France, par-delà toutes les différences, de faire un monde meilleur, du combat laïque au combat social, par et pour tous.

Guylain Chevrier Docteur en Histoire

8 - école publique

8.1 - Scolarisation des élèves handicapés : un coup de plus porté à l'école publique

Je suis une enseignante désemparée comme tant d'autres enseignants concernés par les nouvelles dispositions sur l'accueil des enfants handicapés à l'école publique. Je suis une enseignante qui doit s'adapter à la loi du 11 février 2005 et accepter, dans sa classe de 25 élèves, la présence d'un petit trisomique de 4 ans. A part ça, je dois avouer que je fais partie des enseignants privilégiés. Je n'ai pas à me plaindre, ni de l'obligation qui m'est faite de m'occuper aussi bien de cet enfant que des autres, ni de l'absence d'un aide à la vie scolaire, ni du manque d'informations au sujet du cas clinique de cet enfant. J'ai eu la chance d'être admise, à la dernière minute et en remplacement d'un collègue malade, à un stage d'information sur l'accueil des enfants handicapés à l'école.

Qu'ai-je appris à ce stage que j'ai eu le privilège de suivre contrairement à beaucoup d'autres collègues sous informés ?

En cette rentrée 2006, obligation est donc faite à toutes les écoles publiques d'accueillir en leur sein les enfants de leur secteur handicapés ou malades.

L'objectif de cette mesure c'est de penser autrement la place du handicap dans la société. Car il n'est plus question d' intégrer , il faut inclure . On ne doit plus évoquer la discrimination positive , on doit parler, à présent, de plan de compensation ou de projet personnalisé de scolarité .

Au-delà des mots et des définitions, il y a surtout la volonté de banaliser le handicap au point de leurrer les parents à qui on fait croire que l'école peut tout faire, et de piéger les enseignants à qui ont demande d'autres compétences que celles d'enseigner.

La loi du 11 février 2005 ne tient pas compte ni des différentes formes de handicaps ni de leur gravité. Quelque soit le profil de l'enfant en difficulté, qu'il soit handicapé physique, mental ou ayant un comportement dit handicapant (comportement qui entrave sa socialisation ou sa capacité d'apprendre, ce qui est le cas des enfants autistes par ex.), l'enseignant doit faire face.

Lancer un SOS si les choses lui échappent cela lui est toujours possible. Il vaut mieux ne pas attendre d'être arrêté pour dépression nerveuse... Faire ce signalement le plus tôt possible dans l'année est un gage de réussite. Les équipes éducatives sont alors mises en place. On déclenche un processus complexe dans lequel l'institution scolaire n'a qu'un rôle décisionnel mineur. Les parents sont tout puissants dans cette affaire. C'est à eux qu'incombe la responsabilité de la prise en charge de leur enfant par la Maison Départementale du Handicap que l'équipe éducative leur demande de contacter. Ils ont quatre mois pour se décider. Pendant ce temps, l'enfant est toujours à l'école et ne reçoit aucune aide spécifique ni aucun soin particulier.

Si les parents acceptent de faire cette démarche, des instances internes à la Maison du Handicap se mettent en place afin d'évaluer d'une part le handicap de l'enfant et de formuler d'autre part des propositions de compensations nécessaires , c'est-à-dire soit un personnel supplémentaire au sein de l'établissement scolaire (Aide à la Vie Scolaire par ex.), soit des orientations dans des structures de prise en charge parallèles à l'école (l'enfant restant toujours scolarisé dans son école de secteur).

La loi du 11 février 2005 est fortement contestée, à l'heure actuelle, par des pédopsychiatres, des pédiatres et médecins scolaires qui ont lancé une pétition (contact: rivierepierre@hotmail.com) demandant l'abrogation de la loi avant que les gravissimes dégâts qu'elle a commencé à causer deviennent irréparables

Ce que disent ces personnels de santé, c'est qu'au prétexte de lutter contre la discrimination, ce dispositif peut conduire à la non assistance à l'enfant et à la privation de soins. C'est que cela fait des années qu'ils alertent en vain les pouvoirs publics sur le manque de structures et de personnels médico-éducatifs. Que cela fait des années qu'ils dénoncent le manque de médecins scolaires dont le travail en terme de dépistage et de prévention est absolument nécessaire et indispensable dans tous les établissements scolaires publics.

Ce qu'il faut souligner c'est qu'en mettant en danger certains enfants handicapés ou malades faute de soins appropriés, c'est tout le fonctionnement de l'école publique qu'on met en perdition. Car ce ne sont pas seulement les enfants malades ou handicapés qui sont concernés par la loi ce sont tous les élèves des classes dans lesquelles ils se trouvent.. On se doit de ne pas les oublier. L'enseignant est supposé devoir et pouvoir faire face à toute sorte de cas particulier qui se présente dans sa classe. Mais jusqu'où peut il se permettre d'intervenir de façon particulière pour un enfant lorsque c'est au détriment des autres élèves ?

En corollaire, n'y a-t-il pas danger à vouloir mettre au même niveau toutes les formes de handicaps ? Les problématiques sont autant différentes et les difficultés à y faire face peuvent être multiples. En tant qu'enseignant nous avons en générale que peu d'informations sur le sujet et de toutes façons aucune aide ne nous est proposée avant d'en avoir fait la demande. On est en droit de se demander quelles sont les limites de nos compétences professionnelles. N'est ce pas tout simplement notre profession qui est remise en cause ? Nous ne sommes pas plus éducateurs spécialisés qu'infirmiers ou assistants sociaux. Aucune formation complémentaire, ni aucun stage proposé par l'Inspection Académique avec les meilleures intentions du monde ne doit pas faire de notre métier d'enseignant autre chose que ce pour quoi il est fait. Nous sommes des instructeurs, pas des soignants.

L'instruction publique va mal et cette loi ne fait qu'accentuer la pente irrémédiable qui la mène au gouffre.

Il ne faudra pas s'étonner, de par la confusion que crée cette loi dans le fonctionnement de l'école publique, de voir nombre de parents supplémentaires jouer la carte de l'enseignement privé.

Cela ne devrait pas déplaire au ministre actuel de l'Education nationale.

Martine Chapouton

9 - combat féministe

9.1 - Le mariage forcé tue !

Sezen avait 19 ans. En France depuis 6 mois, Sezen refusait de se marier avec son cousin maternel. La famille lui impose le mariage. Les invités ont remarqué que Sezen pleurait sans cesse. Sezen demande à retourner en Turquie, elle a comme seule réponse de sa famille si tu reviens, je te tuerai . Sezen refuse d'avoir des relations sexuelles avec son cousin. Je ne peux avoir d'autres relations avec toi que celles qui existent entre un frère et une sur. Même si tu devais me tuer, je refuse d'avoir des relations sexuelles avec toi . Le surlendemain de leur mariage, à savoir le 26 septembre 2006, le mari l'étrangle.

Le Centre d'information du Kurdistan, le Centre culturel Kurde de Paris et l'association Femmes solidaires dénoncent ce meurtre.

Sa mort de doit pas être passée sous silence !

Nous appelons les familles à éradiquer cette pratique traditionnelle patriarcale. Le mariage forcé est indéfendable. Le meurtre d'une femme, en particulier le crime d'honneur, est indigne dans chaque pays du monde.

En France, 70 000 jeunes femmes sont susceptibles d'être victimes de mariage forcé.

Femmes solidaires reçoit au sein de ses permanences 6% de jeunes filles victimes de menaces de mariage forcé.

En France, chaque mois, 6 femmes meurent des suites des violences conjugales.

Elles ont le droit de dire NON ! au mariage et NON ! aux relations sexuelles

Nous ne voulons pas vivre dans une société qui ne repose pas sur le plein exercice des droits fondamentaux de la personne et sur des rapports humains entre les sexes basés sur le respect, l'échange et le principe de l'égalité.

Ce meurtre est une violation des droits humains et une atteinte aux droits de toutes les femmes ! Ne tolérons plus ces crimes odieux perpétrés contre les femmes !

La justice doit appliquer les lois faisant reculer les violences faites aux femmes et assurer le respect de leurs droits. Par respect pour Sezen, le criminel doit être sanctionné, de même que les personnes responsables de ce mariage forcé. L'application de la loi contribue au changement des mentalités.

Gulnaz Duman Bilge Centre Culturel Kurde Ahmet Kaya, Paris

Fidan Unlubayir Centre d'information du Kurdistan, Paris

Catherine Eudeline Femmes solidaires

10 - à voir

10.1 - La Dignité du peuple - Documentaire, de Fernando Solanas

Argentine, 2h (VO)

Après Mémoire d'un saccage, la Dignité du peuple fait le récit, par ordre chronologique de la lutte du peuple argentin contre le gouvernement et ses élus corrompus: qu'ils s'en aillent! qu'ils s'en aillent tous! crie ce peuple: chômeurs, travailleurs précaires et paysans, tout le monde défile. Les piqueteros qui campent aux portes de Buenos Aires, et les manifestants qui tapent sur les casseroles. Il y a là Martin, pas concerné auparavant, qui passait par là et qui prend une balle dans la nuque. Il aurait dû mourir dit Toba. Toba? C'est le vieux prof, pugnace, qui a lutté contre la dictature et continue. Il sauve la vie de Martin, au péril de sa propre vie. Toba habite dans une zone hors de la ville, bidonvilles, cabanes au milieu de la boue. Il s'occupe, en dehors de ses cours de la cantine des pauvres. De tous les laissés pour compte, il faut les nourrir et on fonctionne avec ce que l'on a. C'est la lutte contre la faim, tous les jours.

Il y a Lucy, courageuse paysanne, qui réunit toutes les paysannes comme elle, contre les huissiers qui veulent saisir leurs biens: ces faibles femmes se donnent la main et couvrent de leur voix les hommes de cette justice injuste en entonnant l'hymne national! et réussissent à empêcher les saisies.

Il y a ce pauvre homme et sa charrette, avec ses 9 enfants, qui essaie de faire des petits boulots, de la récup pour nourrir ses gosses. Je regrette que Toba l'éducateur populaire ne parle pas de limitation des naissances, pourquoi avoir autant d'enfants que l'on ne peut nourrir?

Fernando Solanas accuse les dirigeants de la faillite du pays, les banques, le FMI qui fait payer 3 fois la dette.

Mais si El pueblo unido n'a pas fait la révolution, il a manifesté jusqu'à une avancée considérable de ses revendications !

J'ai aimé ce qu'a dit cette pauvre femme, écrasée de misère: Ce que je veux, c'est l'école pour mes enfants.

En Novembre 2005, les émeutiers (que d'aucuns persistent à considérer comme des révolutionnaires), eux brûlaient les écoles...

Fernando Solanas termine: la lutte des faibles paie, il ne faut jamais baisser les bras !

Ce film m'a tellement intéressée et émue que je l'ai vu 2 fois.

Quand on aime, on (ne) compte pas !

Mireille Popelin

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