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  1. chronique d'Evariste
    1. Un week-end pitoyable pour la " gauche de la gauche ", par Évariste
  2. Extrême Droite
    1. Sarkozy n'a aucun commentaire à faire sur la mort de Pinochet, par Pierre Cassen
    2. Pinochet : plus près de toi, Saigneur, par Jocelyn Bézecourt
  3. élections présidentielles 2007
    1. Compte rendu de la commission de synthèse des débats de la réunion nationale des collectifs antilibéraux du 9 et 10 décembre., par La Commission De Synthèse Des Débats De La Réunion Nationale Des Collectifs Antilibéraux
    2. Ségolène Royal grande gagnante du week-end !, par Jean Larose
    3. L'autre discours de Le Pen, par Hervé Nathan
  4. combat laïque
    1. Rassemblement du 9 décembre, " pour les Lumières, contre l'obscurantisme " de Lyon, par Jeanne Bourdillon
    2. Trois questions à... Jocelyn Bézecourt, par Le Progrès De Lyon
    3. Réaction à l'article d'Aimée Toulgoat, par Jacqueline Peltier
  5. santé
    1. Sommes-nous réellement condamnés à revoir l'assurance-maladie à la baisse ?, par Michoko
  6. obscurantisme religieux
    1. Appel au boycott du Téléthon par des catholiques : analyse d'un échec, par Christian Gaudray
    2. Le dogme contre la vie, la tentation de la censure, par Philippe Isnard
    3. Médecine et religion, par Bruno Keller
  7. débats républicains
    1. Europe et Turquie : vous avez dit intégration ?, par Hervé BOYER
  8. école publique
    1. Infos de Lyon : résister à l'insécurité dans les collèges !, par Mireille Popelin
    2. Je suis surpris que vous donniez la parole à des enseignants réactionnaires, par Jean-Bernard Allardi
    3. Je récuse le clivage gauche-droite sur les méthodes de lecture, par Pierre-Franck Chapelon
  9. Proche-Orient
    1. Initiative de Genève : déclaration commune israélo-palestinienne, par La Paix Maintenant
  10. Agenda

1 - chronique d'Evariste

1.1 - Un week-end pitoyable pour la " gauche de la gauche "

La décomposition politique est-elle un passage obligé de la recomposition ?

La question mérite d'être posée. Le 29 mai 2005, le non de gauche fait 31,3%. Il était majoritaire dans le non comme il était majoritaire dans la gauche. Pourquoi ne pas rêver à une présence au second tour de la présidentielle ?

C'était sans compter avec les deux maladies infantiles de la gauche antilibérale, le gauchisme et le sectarisme. Grâce à certains dirigeants d'extrême gauche (pas tous), la décomposition politique s'accélère. La crise de la représentation devient patente notamment dans la gauche anti-libérale et dans le mouvement altermondialiste ! D'autant plus que le néolibéralisme et le gauchisme culturel ont en commun leur aversion de la démocratie.

Le premier estime que la démocratie entrave ses dogmes financiers. Exemple : dans la construction de l'Union européenne, le pouvoir est enlevé aux parlements nationaux élus par les peuples pour le transférer à une Commission européenne nommé. L'effondrement de la démocratie dans l'Union européenne est patent.

Le second, le gauchisme culturel, hégémonique dans la gauche antilibérale, outre son inclination pour le communautarisme anglo-saxon et pour certaines formes de libre-échange (ainsi, pour le plus grand plaisir des employeurs, ils souhaitent la libre circulation de la main d'oeuvre) , veulent supprimer la démocratie représentative (considérée

comme une valeur bourgeoise) et la remplacer par le concept totalitaire du consensus à priori en lieu et place de la démocratie et du suffrage universel. On ne répétera jamais assez que le consensus ne peut s'effectuer qu'autour du plus fort (père dans les familles patriarcales, organisation la plus importante dans les collectifs, etc.).

Dans la gauche antilibérale, le refus de choisir le candidat unique par un processus démocratique et donc organisationnel a fait germer le système de crise du double consensus (des organisations et des collectifs). AUTANT ESPERER LA GRACE PAR LA DESCENTE DU SAINT ESPRIT ! AINSI SOIT-IL !

Nos gauchistes culturels vont donc apprendre qu'il y a deux façons de faire des choix, soit par la démocratie, soit par le rapport de forces sauvage.

Leur haine de la démocratie les entraîne à engager des affrontements féroces où ne resteront sur le champ de bataille que les militants de l'avant-garde auto-proclamée, coupés du peuple en général et des couches populaires en particulier.

On a même entendu ce week-end des camarades expliquer que Marie-George Buffet, avec 60% des souhaits, étaient moins rassembleuse que ceux qui n'avaient que 20% des souhaits. A les écouter, moins on est populaire, plus on rassemble...

Nous estimons (mais peut-être sommes-nous d'incurables petit-bourgeois) que seul le suffrage universel peut permettre de dégager une candidature unique. José Bové avait d'ailleurs fait la proposition.

Mais engager un processus démocratique demande de définir un corps électoral et donc une nouvelle organisation. Conclusion : comme en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, le développement d'une politique anti-libérale passe par l'émergence d'une nouvelle organisation permettant l'application de la démocratie et du suffrage universel. Mais nous en France, on a le gauchisme culturel qui développe des politiques irresponsables. Ils sont une aubaine pour le néolibéralisme, par l'impasse qu'ils constituent, et la division qu'ils engendrent. Voilà, comment on dilapide la victoire du peuple français contre les libéraux, et les 31,3% du non de gauche du 29 mai 2005.

A Attac, le collège des fondateurs a été élu avec 52 % des voix. Les communautaristes ont donc gagné, mais ils sont très loin de faire l'unanimité, entre ceux qui n'ont pas voté pour eux, et les légitimistes, qui ont voté pour eux par tradition, pour ne pas voter contre leur direction, sans partager pour autant leur ligne et leurs pratiques. Il n'empêche qu'Attac aura du mal à survivre à cette situation, et qu'ils sont responsables du départ de milliers d'adhérents, que leurs pratiques de divisions et de calomnies ont fait fuir.

Malheureusement, entre les collectifs et les élections d'Attac, ce sont tous les anti-libéraux, y compris la gauche républicaine et laïque, qui auront du mal à se relever d'un tel discrédit.

Malheureusement, on va laisser l'extrême droite tirer profit d'un discours anti-européen, tant l'absence de perspectives du non de gauche éclate au grand jour !

Leur pré-carré, allant d'une partie des couches moyennes radicalisées et d'une partie du lumpenprolétariat les marginalise. Ils méprisent le peuple, chez qui ils ne voient souvent que des beaufs lepénistes.

Ils préfèrent les incendiaires d'écoles et de bus, chez qui ils voient la substitution d'un prolétariat qu'ils ont perdu depuis longtemps.

Mais ce qui est plus grave, c'est que ces gauchistes culturels dirigent de nombreuses associations et syndicats classés à l'extrême gauche ou dans le camp de la radicalité. Cela entraîne une gigantesque crise de la représentativité. Car leurs adhérents ne les suivent pas en dehors de l'objet social (syndical par exemple) de leur organisation.

Rappelez-vous leur manif du 8 mars 2005, appelée par 120 organisations parmi les plus importantes, il n'y avait que 700 personnes dont 250 voilées entourées de barbus intégristes et des camarades de la JCR !

Comme nous ne pouvons rien attendre d'une simple alternance entre néolibéraux et socio-libéraux, et que la poussée nauséabonde de l'extrême droite est patente en France et en Europe, notre tâche est aujourd'hui d'oeuvrer au rassemblement d'une gauche républicaine internationaliste, laïque, sociale, écologique en rupture avec le gauchisme culturel.

Si vous en êtes d'accord, n'hésitez pas à le faire savoir à votre journal préféré

Évariste Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

2 - Extrême Droite

2.1 - Sarkozy n'a aucun commentaire à faire sur la mort de Pinochet

J'ai assisté, ce dimanche, sur la cinquième chaîne, à un grand moment. Sarkozy était invité par Moatti. A la fin de l'émission, le présentateur annonce la mort du dictateur chilien, et demande au ministre de l'Intérieur s'il a une réaction à émettre.

Surpris, le ministre de l'Intérieur, qui jusque là, dans son registre, avait plutôt été bon (raison de plus pour mieux le combattre), a cette réaction : "Aucun commentaire". L'émission aurait pu se terminer ainsi, et la bévue de Sarkozy passer inaperçue. Mais un autre invité, l'inspecteur du Travail Gérard Filoche, qui avait déjà ferraillé contre le maire de Neuilly sur la défense des salariés tout au long de l'émission, a eu le bon réflexe.

Il a rappelé, très vite, ce qu'avait été le coup d'Etat de Pinochet, ce 11 septembre 1973, le crime contre la démocratie, contre les syndicalistes, contre les libertés, et regretté que cet assassin n'ait jamais été jugé de son vivant.

La réaction de Filoche a rendu assourdissant le silence de Sarkozy.

Pierre Cassen

2.2 - Pinochet : plus près de toi, Saigneur

Dans l'irrationnel chrétien, le mythe du Paradis a pour fonction d'éloigner le croyant de la quête du bonheur terrestre pour l'enfermer dans la résignation et l'attente stérile d'un au-delà imaginaire. La fascination que le Paradis est censé produire peut cependant être nuancée, étant un club privé qui rassemble d'innombrables crapules absoutes par le catholicisme (la cohorte de conquistadores, d'inquisiteurs, de croisés et de papes). Aujourd'hui, le rejet de cette faune que les légendes chrétiennes nous y feraient côtoyer se trouve accru par l'admission d'un nouveau résident : le croisé Pinochet s'est, enfin, décidé à débarrasser la terre chilienne de sa carcasse.

Au Paradis, Pinochet a rejoint son vieil ami Karol Wojtyla, aussi connu sous le pseudonyme de Jean Paul II. On se souvient qu'en 1987 le galonné avait accueilli l'ensoutané au balcon de la Moneda, le palais présidentiel que Pinochet avait bombardé en septembre 1973. A aucun moment de cette visite chilienne Jean Paul II n'avait paru incommodé par le souvenir des flammes et des fumées du bombardement, les pleurs et les peurs des personnes séquestrées dans le stade de Santiago, les cris des torturés et assassinés de la Casa Londres ou de la Villa Grimaldi, ou les "detenidos desaparecidos" de la DINA. L'amitié entre les deux hommes ne relevant pas de la simple diplomatie, le gourou romain n'avait pas oublié d'adresser ses meilleurs voeux au chef fasciste pour ses noces d'or en 1993.

Et il était aussi intervenu en la faveur du général après son arrestation en Angleterre en 1998. Rien de plus normal de la part de celui qui a béatifié l'archevêque croate pro-nazi Stepinac et le pape antisémite Pie IX, et exfiltré des prêtres rwandais, acteurs du génocide de 1994...

Au Chili, les catholiques progressistes avaient rapidement disparu après le coup d'Etat et la dictature a permis à la composante fascisante de l'Église de s'exprimer pleinement. Grâce aux facilités accordées par Pinochet, pour justifier sa mission de reconquête du Chili chrétien, l'Église catholique a connu un véritable âge d'or. L'année 2006 se termine donc positivement par la mort de Pinochet, bien que jamais condamné car jamais jugé par défaut de volonté politique, au Chili comme en Angleterre et ailleurs.

Jocelyn Bézecourt www.atheisme.org

3 - élections présidentielles 2007

3.1 - Compte rendu de la commission de synthèse des débats de la réunion nationale des collectifs antilibéraux du 9 et 10 décembre.

Cette commission s'est réunie dans la nuit du 9 au 10 octobre. Elle a réunis, à part égale, des représentants des sensibilités et des délégués de collectifs locaux. Ce compte rendu synthétique a été rédigé par Marie-Pierre Vieu et Eric Coquerel et validé par la commission.

A l'image de ce qui est apparu dans les collectifs et qui s'est exprimé hier en séance, la commission de synthèse a acté sa volonté unanime de poursuivre le débat et de continuer à construire le consensus.

Il y a eu confirmation et développement des principes énoncés dès la 1ère réunion du 10 septembre.

Dans cette architecture la question du nom n'a pas pu être réglée.

On connaît les trois noms soumis aux débats des collectifs locaux: Clémentine AUTAIN, Marie-George BUFFET, Yves SALESSE.. Afin de débloquer la situation, a été avancé par certains l'hypothèse d'une candidature " trait d'union " qui pourrait faire le consensus de tous. Dans ce cadre d'autres noms ont été avancés dans la commission de synthèse :

René REVOL, Vice-Président de PRS, constatant je cite " la paralysie qui menacerait notre démarche " a proposé la candidature de Jean-Luc MELENCHON .

Plusieurs intervenants ont évoqué la possibilité de la candidature de Claude DEBONS. La majorité des sensibilités présentes ont aussi énoncé le principe que le candidat-e puisse être un militant-e communiste identifié avant tout pour sa place dans le mouvement social.

Un représentant des objecteurs de croissance a souhaité le retour de José BOVE en indiquant même qu'il pourrait en être d'accord sans plus de précision ;.

Aucun consensus ne s'est dégagé de la discussion. Pour l'heure il n'y a pas de double consensus ni le nom, ni sur la méthode pour le trouver.

Tenant compte de cette situation, la délégation du PCF et plusieurs délégués des collectifs locaux présents, ont estimé que le choix le plus partagé des collectifs locaux étant celui de Marie-George BUFFET, il était possible de construire un consensus sur sa candidature.

Les autres sensibilités et plusieurs délégués des collectifs locaux ont estimé pour leur part que la candidature de Marie-Georges Buffet ne faisait consensus ni parmi les forces politiques ni dans les collectifs locaux, et qu'il fallait continuer à chercher une candidature pouvant faire consensus.

La piste d'une votation citoyenne fin janvier a été encore proposée par le MARS comme recours. Elle a été écartée par le plus grand nombre.

La Commission De Synthèse Des Débats De La Réunion Nationale Des Collectifs Antilibéraux

3.2 - Ségolène Royal grande gagnante du week-end !

Je suis devenu un agent de l'Eglise catholique ! En effet, j'ai suivi les consignes des chefs ratichons, je n'ai pas donné un sous pour le Téléthon.

Mais moi, cela fait vingt ans que je refuse de me laisser avoir par le rouleau compresseur médiatique, tout en respectant le choix de ceux qui donnent, parce qu'ils pensent qu'ainsi ils vont contribuer à aider la recherche, et donc guérir des malades, enfants ou adultes.

Moi, j'avoue, en tant que républicain, que je pense que ce sont mes impôts qui doivent permettre de redistribuer l'argent dans des secteurs de recherche définis démocratiquement, et pas les appels compassionnels des stars du show biz, et de certains parents, par ailleurs respectables, mais davantage médiatisés que d'autres.

Lors de la dernière chronique, je vous parlais de la gauche de la gauche, qui était au pied du mur. Certes, c'était vrai, mais je n'avais pas prévu que cela serait ce week-end que Jean-Pierre Chevènement allait annoncer que Ségolène Royal avait pris en compte ses exigences, et que sa candidature ne se justifiait plus. Décodeur : Ségolène s'engageait à dire quelques phrases qui permettaient au candidat du MRC de retirer dignement sa candidature, pendant que la commission électorale du PS lui offrait des circonscriptions et des municipalités qui préservaient les principaux chefs chevènementistes.

Respublica, dès le début, avait exprimé sa prudence par rapport à cette candidature, sans pour autant nier son intérêt, dans la situation où aucun républicain de gauche n'allait être présent aux présidentielles. Sans doute annoncer sa candidature, pour mieux la retirer, doit-il faire partie des acrobaties nécessaires pour faire peser un rapport de forces entre appareils.

Mais ma pensée ira vers ceux qui, républicains de gauche convaincus, avaient cru en la réelle sincérité de la candidature de Chevènement, et se montraient prêts à y aller. Bon courage pour leur expliquer que le MRC vient de remporter une grande victoire, la grande gagnante, c'est Ségolène et la direction du PS !

Quant aux collectifs du non de gauche, le spectacle a été à la hauteur des pronostics les plus pessimistes. Quel gâchis pour ces militants sincèrement antilibéraux. J'en ai hébergé deux, tout le week-end, qui venaient de 900 kilomètres de Paris, se sont levés à trois heures du matin, samedi, pour prendre l'avion, et arriver à l'heure au rendez-vous. Il rentreront dans la nuit de dimanche à lundi, et seront au travail lundi matin. Leurs espoirs samedi matin, et leur déception dimanche soir me faisaient sincèrement de la peine. Que leur dire ? Le PCF a décidé, et qui pourrait le lui reprocher, de ne pas se laisser intimider par des groupuscules qui entendent l'empêcher de présenter Marie-George Buffet, alors que cette dernière est majoritaire dans les collectifs (même si on connaît les habitudes de nos camarades de savoir, de temps en temps, aider un peu le destin...).

Le PCF, qui a senti, malgré tout, que le choix de Marie-George ne faisait pas l'unanimité, va-t-il aller jusqu'au bout ? Lance-t-il sa campagne dès demain ? Les stratèges vont-ils nous concocter, dans les jours qui suivent, un coup de dernière minute ? Salesse ou Autain, cela va être dur à vendre, maintenant. Reste l'hypothèse Mélenchon, envisagée dans la dernière chronique, sinon, la machine à perdre est partie, Besancenot y va, Buffet y va, Arlette y va, les lambertos y vont, les Verts y vont... et Ségolène va rafler la mise, car cette dispersion caricaturale va discréditer la gauche de la gauche ! Cela ne signifie pas que Mélenchon soit la solution miracle, par ailleurs, et il faudrait expliquer aux collectifs que les Etats-majors se sont mis d'accord sur un nom qui n'a jamais été discuté !

Enfin manifestement, les premiers indices montrent que la liste des fondateurs d'Attac pourrait être déclarée vainqueur des élections dont nous avons montré qu'elles n'étaient pas démocratiques, à cause du principe de liste bloquée. Attendons-nous malgré tout à des contestations.

Disons le clairement, les communautaristes à la tête du mouvement altermondialiste, c'est la fin d'Attac, mais c'est aussi une aubaine pour Ségolène.

Elle veut prioriser les Régions contre la République, les gauchistes communautaristes de la nouvelle direction d'Attac aussi.

Elle veut en finir avec la laïcité, les gauchistes communautaristes d'Attac aussi.

Au-delà des accords de papier entre Ségolène et Chevènement, chacun sait bien que la direction du Parti socialiste n'a absolument pas envie de remettre en cause la construction libérale européenne. Cela tombe bien, la nouvelle direction d'Attac veut mettre la pédale douce sur la question, et laisser l'espace de la critique aux organisations traditionnelles d'extrême gauche, qui ont montré leur impuissance sur la question. C'est pourquoi la nouvelle direction a cassé Attac, qui risquait de faire de l'ombre à ces mouvements si sa progression avait continué.

Alors que faire, se mettre une balle dans la tête ? Cela serait dommage.

Non, il va falloir s'organiser, dans le mouvement social, quel que soit le vainqueur des élections de 2007, qui, manifestement, ne règleront rien.

Jean Larose

3.3 - L'autre discours de Le Pen

On ne regarde jamais assez la prose de Jean-Marie Le Pen. Il suffit d'aller sur le site du Front national, et de lire le discours de son président, prononcé au Bourget le 12 novembre intitulé " Projet présidentiel ". C'est plus instructif que les envolées lyriques de Valmy, et cela évite de confondre l'An II et les vessies...

Petit aperçu du monde que nous prépare le septuagénaire de Saint-Cloud (on passera, sans en être complice, sur l'habituelle logorrhée anti-immigrés, présente quasiment toutes les cinq lignes).

Temps un : sortir de l'euro. Cela équivaut à une dévaluation (comme ce n'est pas avoué, ce n'est pas chiffré). Comme toute la dette publique ( 1100 milliards d'euros) et une bonne part de la dette des entreprises est libellée en euro, il faudra bien l'honorer (à moins de vouloir vivre en vase clos), donc rembourser bien davantage. C'est le scénario de l'Argentine. Une descente aux enfers qui a mis les plus pauvres de ce pays à la rue. Une bonne part s'est reconvertie dans la collecte et la revente des cartons. Comme programme destiné aux classes laborieuses, voir " de gauche " selon certains, on fait mieux.

D'ailleurs Le Pen, lui, est véritablement ultra-libéral, puisque son Europe va " de Brest à Vladivostok ", autant dire un grand marché dans lequel le modèle social et les solidarités qui vont avec sont inexistantes.

En deuxième temps, il se propose d'insuffler " la liberté dans l'économie ". En conséquence, il suffit " d'en finir avec le chômage plutôt que de l'indemniser " et " rendre l'Etat providence marginal ", tout en négociant avec les " patrons entreprenants " (mais pas les syndicats) la suppression " des contraintes administratives et fiscales superflues qui pèsent sur la création d'entreprise et l'embauche ". Les travailleurs trop feignants qui " peuvent et veulent travailler moins " n'auront plus une " retraite à taux plein ". En clair, moins d'indemnités de chômage, moins de retraites, moins d'allocations, moins de sécurité sociale, davantage de facilités pour licencier. L'Etat étant " pléthorique et gaspilleur ", on peut s'attendre à une forte réduction des effectifs de fonctionnaires.

En troisième lieu, le programme se renforce de mesures fiscales qui toutes tendent à réduire la progressivité de l'impôt sur le revenu, sur la fortune et sur les transmissions. Exemple : taux maximal de l'impôt sur le revenu à 20% (contre 40%), sur les sociétés à 20% (contre 33% actuellement). Les plus-values de cession d'actions : 10 ou 15% contre 25% actuellement, etc.. Qui a intérêt à une telle réforme fiscale, sinon les plus riches des Français ?

Ce programme économique a une paternité : c'est celle des monétaristes de l'école de Chicago, celle de Milton Friedman, récemment décédé. Il fut appliqué systématiquement une fois, au Chili, au lendemain du coup d'Etat de Pinochet. Ce fut une crise économique et sociale si grave que même le dictateur fut contraint de l'abandonner progressivement. Même les plus néo-libéraux en Europe ne soutiennent pas cette orientation économique.

Le Pen s'en prend à l'occasion aux droits démocratiques des salariés, par exemple en déniant aux magistrats le droit de se syndiquer. On remarque que les policiers, où le FN travaille depuis longtemps, ne sont pas concernés. Les femmes, de leur côté, iront faire un enfant de plus, grâce au " salaire parental ", vieille lubie catholique qui prétend à tort, que pour faire des enfants, il faut s'arrêter de bosser, alors que si la France a gardé une natalité dynamique, c'et bien grâce aux places de crèches, à l'école maternellle, c'est-à-dire tout ce qui permet de concilier la vie active et la vie familiale.

Enfin, dans le discours de Valmy, Le Pen semble virer sa cuti, refusant de faire le tri entre " Français de souche ou de papier " mais acceptant " les Français de coeur et d'esprit ". C'est beau comme du Danton. Mais voilà, au Bourget, le naturel revient au galop: " Je réaffirme aujourd'hui que le Français, même SDF, doit avoir plus de droits que l'étranger aussi brillant et sympathique soit-il car le grand-père du SDF est mort à Verdun pour défendre notre patrie, parce que, outre, être des citoyens, nous sommes des héritiers, héritiers d'un patrimoine immense, matériel, intellectuel, artistique, juridique, social, qui a été constitué, non par nous, mais, par au long des siècles, le travail, les efforts, les souffrances des générations qui nous ont précédés et que nous avons le devoir sacré de transmettre à nos enfants et à ceux qui naîtront d'eux. " Le bon vieux droit du sang n'est pas mort au Front national, qui considère la France comme un héritage patrimonial.

Voici donc quelques observations du discours programmatique de Jean-Marie Le Pen, dont d'aucuns pensent qu'il pourrait faire campagne à gauche et rejoindre les nonistes de l'autre bord. Drôle de pari. Il ne suffit pas de vouloir parler aux ouvriers pour partager les valeurs du mouvement ouvrier. Du reste, s'adresser aux couches populaires, est une constante de Jean-Marie Le Pen depuis bien longtemps dont le combat pour contester l'électorat aux PC et au PS n'est que la continuation de la guerre froide. C'était aussi le cas de l'extrême-droite révolutionnaire de l'avant-guerre. Le parti de Marcel Déat ne s'intitulait-il pas " Rassemblement national populaire", celui de Touvier " Parti social français ", celui de Doriot " Parti populaire français ". Ils étaient en partie constitués d'anciens communistes ou socialistes. Cela n'en faisait pas des partis de gauche pour autant.

Un prochaine fois, nous examinerons la question suivante : " le lepénisme est-il un humanisme ?

Hervé Nathan

Source : Marianne

4 - combat laïque

4.1 - Rassemblement du 9 décembre, " pour les Lumières, contre l'obscurantisme " de Lyon

Sous l'impulsion de l'association " Regards de Femmes " et de sa présidente, Michèle Vianes, les laïques, les démocrates et les féministes étaient conviés a se rassembler devant la librairie Tahwid de Lyon, qui accueillait le prédicateur de Genève Hani Ramadan, rendu célèbre, entre autres, par ses propos expliquant le sida comme une punition divine, et demandant l'application de la lapidation pour les femmes adultères.

Après ce rassemblement, une réunion publique se tenait à la mairie du sixième arrondissement, en présence de la maire de l'arrondissement et de la conseillère générale, qui tinrent à saluer les participants.

Des intervenants de qualités, il n'en manquait pas, dans cette salle, et la salle fut comblée, et applaudit fréquemment.

La présence de Nawal El Saadaoui, psychiatre et écrivain égyptienne, qui a eu le courage de se dire athée, fut un grand moment, et elle fut longuement applaudie par la salle quand elle dut rentrer sur Paris avant la fin de la réunion.

Salika Wenger, députée au Grand Conseil de Genève, et présidente de Ni Putes Ni Soumises de Genève, expliqua le projet politique des frères Ramadan et des leurs amis.

Mohamed Sifaoui, qui vit depuis quatre ans sous haute protection policière, fit une intervention pleine de dignité et de justesse, et conclut sous les applaudissements, en disant que tout comme Chirac avait refusé de dialoguer avec Le Pen entre les deux tours, on ne débat pas avec les fascistes islamistes.

Michèle Vianès lut un texte où elle demande au gouvernement, au nom de Regards de Femmes, de légiférer contre certaines tenues qui sont une offense pour la dignité des femmes.

Pierre Cassen, animateur de Respublica, fut très applaudi quand il démontra pourquoi Sarkozy avait besoin de personnages comme Hani Ramadan pour briser la laïcité, et mettre en place la charité des Eglises pour remplacer la solidarité républicaine. Il n'eut aucun mal à démontrer la différence d'appréciation de toute une partie de la gauche, qui se mobiliser contre l'extrême droite chrétienne, et regarde ailleurs quand il s'agit de l'extrême droite islamiste.

Esther Fouchié, présidente de Forum Femmes Méditerranée, tout en marquant son émotion devant la présence de Nawal El Saadaoui, fit part, elle aussi, de son indignation devant la complicité de forces de gauche et d'extrême gauche avec les islamistes, contre les droits des femmes.

Les anciens ministres Corinne Lepage, Yvette Roudy et Françoise Lhostelier ont envoyé un message de soutien.

D'autres intervenants, tel Robert Albarèdes, de Laïques en réseau, Philippe Namias, du groupe Lea, des Verts laïques, Simon Archipenko,de la République moderne, des représentants du MRC et du PRG complétèrent ces interventions.

Mais les auditeurs retiendront surtout l'intervention pleine d'émotion de notre ami Messaoud Bourras. Il témoigna, parfois au bord des larmes, de ce qu'il avait enduré, à Roubaix, le jour où il avait décidé d'annoncer qu'il n'était plus croyant. Son récit, qui sera bientôt publié dans un ouvrage à paraître, bouleversa la salle, et Mohamed Sifaoui sut rebondir avec beaucoup d'opportunité pour dire combien cet homme avait été maltraité, y compris dans sa vie privée, avec souvent la complicité d'institutions de la République, pour avoir simplement annoncé, en homme libre, qu'il ne croyait plus.

Notre collaboratrice Mireille Popelin, également présente, put vérifier que la popularité de ses articles était grande parmi les spectateurs, car nombre d'entre eux furent ravis de la rencontrer, et de la féliciter.

Bravo donc à Michèle Vianès pour cette initiative qui, comme le rappela un intervenant, avait eu pour plus grand mérite d'empêcher la banalisation des idées barbares et fascistes sur le territoire de la République.

Jeanne Bourdillon

4.2 - Trois questions à... Jocelyn Bézecourt

Samedi, la librairie Gryphe accueillait l'auteur de "Contre Benoît XVI-Le Vatican, ennemi des libertés"

Jocelyn Bézecourt[1], informaticien de formation, a choisi d'exercer son esprit critique scientifique et rationaliste sur les croyances religieuses. Son dernier livre, écrit en collaboration avec Gérard da Silva, est une revendication: pour les auteurs, défendre les libertés établies dans un contrat social d'humains, et non de subordonnés à "Dieu" - c'est être contre l'Eglise catholique et contre son actuel porte-parole, Benoît XVI.

Pourquoi un tel livre ?

JB. Nous avons voulu réagir immédiatement à la nomination de ce nouveau pape qui contrecarre les espoirs de beaucoup de croyants:avec lui, l'Eglise ne change pas de cap, mais réaffirme sa prééminence et son dogme, continue à l'imposer comme vérité absolue. En dénonçant le message du porte-parole de l'Eglise, nous montrons Ratzinger pour ce qu'il est et détruisons son image officielle pour une image plus proche de la réalité .

Pensez-vous que le dogme de l'Eglise catholique nuise aux libertés fondamentales ?

JB. Oui, puisque le dogme de Benoît XVI donne des réponses autoritaires pour prévenir les questions individuelles, et demande une soumission à Dieu. Ses préceptes les plus durs ont été consolidés par les discours du nouveau pape, resserrant l'Eglise catholique autour d'un noyau monolithique. cette position va à l'encontre de la pratique de beaucoup de croyants bien plus tolérants et matures que la hiérarchie catholique.

Ce livre est-il fait pour apporter une nouvelle vision de leur Eglise aux croyants?

JB. Notre propos était d'examiner l'autorité, pas d'attaquer le croyant ni sa croyance. Nous avons voulu décrypter un personnage de plus en plus opposé à la plupart des catholiques se réclamant d'une certaine universalité; paradoxalement, selon les normes renforcées de l'Eglise, de plus en plus de croyants pourraient être considérés comme hérétiques. Le catholicisme véritable est en train de se diluer dans le dogme.

Notes

[1] Jocelyn Bézecourt fait parti de la rédaction de ReSPUBLICA

Le Progrès De Lyon

Source : Progrès de Lyon

4.3 - Réaction à l'article d'Aimée Toulgoat

Bonsoir cher Evariste,

Toujours aussi intéressant à lire, votre journal! On est ô combien conforté par l'intelligence et la clarté de vos articles, et on y lit aussi les réactions d'intervenants intéressants et logiques, qui réfléchissent. Ah si nos hommes politiques de gauche pouvaient avoir la même approche honnête et lucide que vous! Et voilà-t-y pas qu'ils nous chantent maintenant les charmes sans nombre d'une alliance de gauche entre ces différents partis si différents (!), allant de Besancenot à Buffet, qui nous ont déjà foutu dans la m.... il y a pourtant peu de temps, et qui recommencent. Ils ont la mémoire courte (ou bien y a-t-il un agenda caché?)

Pour ce soir, je voudrais simplement dire combien je suis d'accord avec le papier excédé d'Aimée Toulgoat (tiens, une Bretonne elle aussi!) sur les femmes voilées dans le n 492. Cela rejoint tout à fait mon opinion sur le sujet: je ressens moi aussi un grand malaise (mêlé de pitié) devant cet étalage (si on peut dire) de sottise, de coquetterie perverse et de soumission à une religion machiste et rétrograde (je pèse mes mots). Un visage de femme c'est beau, surtout encadré par une belle chevelure, pourquoi mettre un chiffon par-dessus, un corps de femme c'est beau, pourquoi le cacher sous d'infâmes vêtements comme le font ces pauvres femmes en Iran et ailleurs... En les regardant, on a l'impression de voir défiler tout un pays déguisé en bonnes soeurs! Quel cauchemar!

Bon courage dans votre juste combat contre la bêtise, et à bientôt.

Jacqueline Peltier

5 - santé

5.1 - Sommes-nous réellement condamnés à revoir l'assurance-maladie à la baisse ?

Les Etats généraux de la santé et de l'assurance-maladie ont eu lieu les 21 et 22 octobre derniers à Bobigny. Bernard Teper, organisateur et président de l'UFAL, Union des familles laïques, nous aide à répondre à une question: la France n'a-t-elle réellement plus les moyens de mettre en application le principe de solidarité?

Les Etats généraux de la santé ont réuni 150 participants (syndicats, associations, professionnels de la santé). Ils participent d'une dynamique plus large de débats publics sur ce thème. Bernard Teper est un expert du sujet, ses explications sont limpides.

Le constat

Le constat de départ : un trou de la Sécu, toutes branches confondues, de 10 à 15 milliards d'euros par an. Le déficit de la branche santé s'explique notamment par l'allongement de la durée de vie ainsi que par le développement de traitements technologiques et coûteux.

Actuellement, la façon de faire face à cette situation est toujours la même : c'est l'assuré qui paie (diminution des remboursements, augmentation des listes de médicaments non remboursés...). Ainsi les remboursements sont de plus en plus assurés par les assurances complémentaires et de moins en moins par la Sécu. Cette situation équivaut à une remise en question complète du principe de solidarité : chacun paie selon ses moyens et bénéficie selon ses besoins. Au contraire, notre système de soin devient de plus en plus inégalitaire:

Comment faire face ?

De fait, on assiste à une privatisation progressive de l'assurance-maladie, imposée à coup de matraquage idéologique : "la France n'a plus les moyens". Est-ce réellement le cas ?

Les richesses produites par le pays (mesurées par le PIB) augmentent et sont bien supérieures à ce qu'elles étaient il y a trente ans. Par quel miracle notre pays de plus en plus riche a-t-il de moins en moins de moyens ?

Les richesses, générées par le travail des hommes, rémunèrent de plus en plus les revenus financiers et de moins en moins le travail. L'impression selon laquelle les revenus des entreprises sont de plus en plus captés par les actionnaires (sous forme de dividendes) et par les banquiers (sous forme d'intérêts) est largement confortée par les chiffres : ce n'est pas qu'une impression ! Ainsi, depuis vingt-cinq ans, 10% du PIB (environ 170 milliards d'euros par an) ne vont plus aux salaires mais aux profits. Les revenus des entreprises ne sont pas réinvestis, soit pour augmenter les salaires, soit pour développer les activités. Or les cotisations sociales sont bien sûr indexées sur les salaires.

Bernard Teper nous livre cette analyse, basée sur les chiffres publiés par l'Union européenne.

Si on partage cette analyse, les propositions faites par les Etats généraux coulent de source : taxer les profits financiers non réinvestis dans l'appareil productif. Cela aurait le double avantage de rééquilibrer le rapport entre travail et capital et de fournir de nouvelles sources de financement pour garantir l'application du principe de solidarité.

Bien sûr, le système de santé ne se réduit pas à une question de financement. Les Etats généraux abordent d'ailleurs de nombreux autres sujets, mais ça, c'est une autre histoire...

En attendant, soyons conscients que le financement de la protection sociale est avant tout un choix politique. Il y a des priorités, pas de fatalité...

Michoko

Source : www.agoravox.fr/

6 - obscurantisme religieux

6.1 - Appel au boycott du Téléthon par des catholiques : analyse d'un échec

Maintenant que le Téléthon est terminé, il convient d'analyser ce qui s'est passé, mais aussi de porter la critique à cette entreprise qui, si nul n'en conteste les bons sentiments, doit se voir poser la question de sa légitimité.

Dans une première partie, nous allons essayer de montrer que l'offensive des catholiques a des racines profondes et qu'elle était prévisible avec les changements intervenus, notamment au Vatican, depuis la dernière édition.

Une deuxième partie sera consacrée à la critique républicaine du Téléthon, show caritatif médiatique qui utilise l'émotion pour collecter des sommes considérables et orienter une part non négligeable de la recherche médicale française hors de tout contrôle des citoyens et de leurs élus.

Lancée depuis le département du Var un mois avant le Téléthon, l'appel au boycott de responsables de l'église catholique a échoué. Le Téléthon a une nouvelle fois battu son record, dépassant pour la première fois les 100 millions d'euro de promesses de dons à la fin de l'émission télévisée.

Il y a deux causes principales à cet échec. La première, c'est la notoriété du Téléthon qui est devenue une institution avec une image extrêmement positive dans la population, associée à une forte implication des media. La deuxième, c'est que les arguments préparés par les intégristes n'ont pas fait mouche dans l'opinion, ce qui prouve une fois de plus l'isolement grandissant de l'église catholique, arcboutée sur des positions réactionnaires et incapable de contribuer au débat qui accompagne les évolutions scientifiques, médicales, et sociétales.

La première question que nous devons nous poser, c'est de savoir d'où est partie l'attaque ? L'offensive des catholiques a des origines multiples, mais le terrain a été préparé depuis plusieurs années par la mouvance des disciples de Jérôme Lejeune. Il s'agit de catholiques intégristes, tendance Lefebvriste, et très au fait des questions de bioéthique. Les raisons de leurs oppositions au Téléthon sont plus anciennes et plus profondes que ce que nous ont présenté les media. En effet, Jérôme Lejeune, aujourd'hui décédé, est le découvreur en 1959 de l'origine génétique de la trisomie 21. Or l'Association Française contre les Myopathies (AFM), organisatrice du Téléthon, a concentré ses investissements sur les maladies géniques. Les maladies qui ont pour origine notre patrimoine génétique (schématiquement composé d'ADN, organisé en gènes, eux-mêmes regroupés en chromosomes), peuvent se classer en maladies chromosomiques (comme la trisomie 21), qui concernent des chromosomes dans leur entièreté, et en maladies génétiques, qui concernent un ou plusieurs gènes, c'est à dire une infime partie de chromosome. L'AFM ne se sentant pas concerné par les maladies chromosomiques, elle n'a pas développé d'investissements dans la recherche ou l'accompagnement des malades de maladie chromosomique, et la Fondation Jérôme Lejeune est devenue un de ses principaux détracteur. Ainsi, depuis plusieurs années, elle communique à la veille de chaque Téléthon pour essayer de le déstabiliser, mais sans écho jusqu'à cette année.

Ce n'est pas sur cette question, pourtant fondamentale à leurs yeux, que les intégristes ont porté leurs attaques. C'est à propos des recherches sur l'embryon et le diagnostic pré-implantatoire (DPI). Grace à la découverte du professeur Lejeune, le DPI permet, au cours d'une fécondation in vitro, de sélectionner un embryon indemne d'une maladie génétique que ses parents risquaient de lui transmettre. Cela évite donc soit la naissance d'enfants aujourd'hui incurables, avec tout ce que cela implique pour l'enfant et ses parents, soit un avortement décidé après que la maladie a été découverte lors d'un dépistage prénatal, c'est à dire en cours de grossesse à l'occasion d'une amniocentèse.

Cela montre que le radicalisme qui consiste à considérer que quelques cellules indifférenciées issues de la rencontre provoquée entre un spermatozoïde et un ovule dans un laboratoire sont un être humain au même titre qu'un foetus de plusieurs mois ou qu'un nouveau né. Cela montre surtout le mépris total pour les femmes et leur corps, pour les souffrances que représente d'avoir un enfant atteint de maladie génétique pour les familles et leurs enfants.

Comment expliquer que cette année, le travail de sape des intégriste a été repris par une partie de la hiérarchie catholique, et a pu ainsi créer une polémique et faire croire à un risque pour la réussite du Téléthon ?

D'une part, la révision de la loi de bioéthique en août 2004 a permis la recherche sur les cellules souches embryonnaires, et les premières autorisations ont été données cette année. La Fondation Jérôme Lejeune a largement distribué un document intitulé "Information éthique sur le Téléthon 2006" dans lequel elle s'en prend nommément au professeur Peschanski, dont l'équipe est à la pointe de la recherche sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires en France, et qui est financée en partie par l'argent du Téléthon. Marc Peschanski se plaint régulièrement du retard qu'accumule la France du fait de sa législation restrictive. D'autre part, le nouveau pape est peut être encore plus réactionnaire que l'ancien sur les questions de bioéthique. C'est ainsi lui qui a rédigé l'instruction "Le don de la vie" qui sert toujours de référence pour s'opposer au DPI, au grand dam de catholiques moins réactionnaires, qui font eux la différence ente la non implantation d'un embryon porteur d'une anomalie génétique, et l'avortement d'une femme enceinte de plusieurs mois. Il faut bien évidemment rappeler le rapprochement récent entre la mouvance intégriste Lefebvriste et le Vatican, à l'initiative de ce dernier. Elle s'est jusqu'à présent traduite par un accord avec des dissidents de la Fraternité Saint Pie X emmenés par l'abbé Laguérie, qui a obtenu sa réintégration sans dépendre de la hiérarchie catholique nationale. Le retour au bercail avec moult privilèges d'une partie des Lefebvrites a probablement permis de rétablir des passerelles et de faire sauter des verrous entre catholiques traditionnalistes restés fidèles à Rome et anciens schismatiques.

Autre fait notable, la révision de la loi de bioéthique s'est en partie déroulée sous le ministère de Jean-François Mattéi, professeur de médecine en génétique, ancien élève du professeur Jérôme Lejeune. Peu après son largage post-caniculaire, il a déclaré : "Je veux dire mon admiration et ma gratitude pour un maître auquel je dois tant. (...) Avec l'arrivée de la banalisation du diagnostic prénatal, il avait senti qu'une course allait commencer".

La course s'est accélérée, les catholiques l'ont fini dans le mur.

Christian Gaudray

6.2 - Le dogme contre la vie, la tentation de la censure

Plusieurs évêques français ont tenté de censurer le Téléthon, au nom du dogme catholique, accusant la recherche de dérives eugénistes, visant le DPI (diagnostic pré-implantatoire) qui permet aux couples concernés par cette maladie d'avoir une naissance exempte de maladie génétique ou chromosomique. Une pratique reconnue par la loi de bio-éthique de 2004 et ayant l'aval de la Commission nationale de bio-éthique, à laquelle participe, en autres, l'église catholique.

La thérapie génique est soutenue par le professeur Robert Debré, député démocrate-chrétien (UDF), qui y voit "l'espoir de ce XXIe siècle", ainsi que le professeur François-Bernard Michel de Montpellier qui affirme : "Jésus a toujours prôné de soulager les souffrances". De même, le président Chirac s'est senti obligé de soutenir le Téléthon contre la contestation religieuse.

Bien entendu, les laïques n'ont pas besoin de ces cautions chrétiennes, pour affirmer, avec les rationalistes, les scientifiques, les humanistes, que les institutions n'ont que faire des avis cléricaux d'une frange extrémiste de l'Eglise ("ultra-papiste", car elle suit à la lettre les idées du pape Benoît XVI). Ce qui créé "un émoi laïc du PS ", qui y voit "une atteinte à la laïcité où, depuis 1905, le religieux ne plus exercer d'influence sur le pouvoir politique". Souhaitons que ce parti continue de promouvoir et de défendre l'application stricte de la laïcité pour toutes les religions, et dans tous les domaines.

Flop intégriste

Parti de l'évêque de Toulon, cette offensive intégriste a gagné le très médiatique évêque de Gap Di Falco, puis l'archevêque Vingt-Trois de Paris, et le cardinal Ricard, président de l'épiscopat... Tous ces réactionnaires auraient aimé lancer un boycott du Téléthon, ou au moins un tri sélectif des dons. S'ils ont réussi partiellement à créer une polémique et un mini-débat, ils n'ont pas été suivi ni par les institutions, ni par leurs ouailles : un complet décalage avec l'opinion publique laïcisée depuis longtemps. Un joli flop pour le célèbre et contreversé Di Falco, ses media radio (RCF) et sa télé (KTO) !

Les laïques souhaitent que l'Etat prenne en charge la recherche, médicale en particulier, plutôt d'obliger les citoyens à lancer des opérations de charité pour financer la recherche vers des récentes maladies. Ce qui signifie que les causes les plus médiatiques sont les mieux financées. Conséquence de la charité qui remplace la justice.

Mais en attendant que la République, laïque et sociale, prenne ses responsabilités dans le domaine de la recherche, nous ne pouvons que féliciter les généreux citoyens face au Téléthon et autre Sidathon.

Cette affaire montre que la dérive cléricale existe toujours, quelque que soit le culte, et quoique on dise. Et maintenant, l'Eglise va-t-elle faire brûler l'effigie du Père Noël(6), comme le faisait un évêque de Dijon ?

Philippe Isnard LAIQUES, Laïcité & Libre Pensée & l'UFAL
LAIQUES 44, av. E. Herriot 13200 Arles.
LAIQUES@laposte.net - tél. 06 19 58 40 84
www.laicite.biz

6.3 - Médecine et religion

Entre les religions et la médecine - entre ceux qui font profession de sauver les âmes et ceux qui prennent soin des corps -, les relations sont parfois ambiguës. Quand elles ne sont pas franchement conflictuelles.

Les réticences manifestées par l'Église à l'égard du Téléthon, dont les fonds ont été soupçonnés de financer des recherches qui " confinent à l'eugénisme ", ne sont que le dernier en date de ces conflits. Les arguments mis en avant par quelques prélats reflètent, dira-t-on, les troubles que sèment dans les esprits les avancées de la science et des recherches, singulièrement sur les cellules souches et maintenant sur les cellules souches préembryonnaires, et les fantasmes qu'ils déchaînent. N'empêche : l'Église semble parfois faire passer ses impératifs moraux avant les exigences de la médecine.

Dans d'autres domaines, son attitude ambiguë, sinon franchement hostile, vis-à-vis des préservatifs ou des IVG, a souvent été perçue comme une inadmissible intrusion du sacré dans le champ sanitaire. Dans certains cas, elle a constitué un outrage à la santé publique.

Dans ces relations conflictuelles, l'islam n'est évidemment pas en reste. Qu'au nom de la foi, des femmes musulmanes - de leur propre chef ou sous la pression de leur mari ou de leur famille -, refusent d'être soignées par des hommes, que certaines professionnelles de santé demandent à porter le voile sur leur lieu de travail, qu'au nom d'on ne sait trop quels principes religieux - que les plus éclairés contestent d'ailleurs -, on en vienne à mettre en péril la santé d'êtres humains, voilà qui ne peut laisser indifférent le monde de la médecine. Sans parler, bien sûr, du cas des témoins de Jéhovah ou des multiples dérives sectaires.

Tout indique que les relations entre la médecine et la recherche d'une part et les religions d'autre part, risquent de devenir de plus en plus tendues. L'affaire du Téléthon, tout comme les difficultés qu'éprouvent, dans certains hôpitaux ou dans certains quartiers, les professionnels de santé à exercer normalement leur art en dehors des contraintes religieuses, l'attestent. Cela rend plus que jamais nécessaire le maintien d'un dialogue permanent entre le scalpel et le goupillon. Le droit à la liberté religieuse est, si l'on ose dire, sacré. Mais il ne saurait s'exercer au détriment de la santé publique.

Bruno Keller

Source : Panorama du Médecin du 04 décembre 2006

7 - débats républicains

7.1 - Europe et Turquie : vous avez dit intégration ?

Entrons directement dans le vif du sujet : la Turquie doit-elle intégrer la communauté européenne ?

Poser la question ainsi n'est pas anodin.

Pourquoi parler de " communauté européenne " plutôt que d'Europe ?

La notion d'Europe contient directement une dimension géographique, forcément limitative à un continent qui renvoie immanquablement à la notion de frontières. Alors, si l'on s'en tient à cette approche, une adhésion dépend uniquement du lieu où se trouve le demandeur, et non pas à des affinités électives qui poussent ce même demandeur à vouloir rejoindre un groupe déjà constitué. Si c'est cela qui doit être prépondérant, alors comment comprendre qu'un guyanais, qu'un guadeloupéen, qu'un martiniquais soient français, aux qui vivent à des milliers de kilomètres de nos frontières. Comment comprendre que puisse exister le Commonwealth qui regroupe en une même communauté plusieurs pays aussi éloignés géographiquement les une des autres.

L'appartenance à un groupe ne peut pas être réduite à une question de limites frontalières et de situations géographiques. C'est une question de désir. Ceci d'autant plus que nous connaissons bien toute la relativité inhérente à la notion de frontière et toutes les modifications que celles ci connaissent au cours de l'histoire ; en un mot, la frontière d'un jour ne le restera peut être pas et peut être amenée à changer. Oui, la question qui est posée ici est bien celle du désir ; désir de celui qui demande à adhérer, mais aussi désir de celui qui est en situation de recevoir et d'accueillir. En effet, tout nouvel arrivant trouve un intérêt, pour lui même, à intégrer un nouveau groupe. Mais, indubitablement, le groupe qui accueille le nouvel arrivant trouve lui aussi un intérêt pour lui-même, en s'enrichissant de la nouvelle pierre apportée à l'édifice par l'impétrant, mais aussi parce que ce dernier contribue à la pérennité du groupe. Chacun doit donc y trouver son compte.

D'autre part, la notion de communauté (expurgée de son corollaire négatif et dangereux qu'est le communautarisme) renvoie à la notion de groupe et de société humaine. Donc, en toute logique, nous en arrivons à cette impérieuse nécessité que connaît toute société humaine : définir des règles de vie en collectivité. Tout nouvel arrivant s'engageant à respecter ces règles communes du vivre ensemble.

Donc, l'argument géographique pour refuser cette adhésion n'est pas valide puisque nous avons vu que ce n'est pas le lieu où l'on se trouve qui est primordial mais bien le désir, ou plutôt les désirs.

Pourquoi le verbe " intégrer " ?

La notion d'intégration est plus forte que la notion d'adhésion. En effet, l'adhésion ne nécessite pas une implication, un investissement aussi important que l'intégration. Il est possible d'adhérer à un groupe sans pour autant participer activement à la vie de ce groupe, en étant distant voire absent. Par contre, l'intégration implique une démarche toute autre, beaucoup plus participative. C'est toute la différence entre un adhérent et un militant. Disons le clairement, un adhérent pourra faire partie, administrativement, du groupe, mais il pourra ne pas y être intégré.

Et puis, les aspects " droits et devoirs " sont beaucoup plus présents dans l'intégration. Effectivement, le simple adhérent, mettant une grande distance entre lui et le groupe, y sera soumis moins fortement du fait même du peu d'investissement dont il peut faire preuve ; cela pourrait faire penser au fameux " vouloir le beurre et l'argent du beurre ... ".

En d'autres termes, celui qui s'intègre devra fournir plus d'efforts pour être le plus au clair possible avec ses droits et ses devoirs, par rapport à celui qui ne fait qu'adhérer. Soulignons avec insistance que cela est transitif et que c'est valable dans l'autre sens car n'oublions jamais que l'organisation qui accueille a aussi des droits et des devoirs envers celui qu'elle accepte de recevoir. La notion d'intégration ne peut absolument pas être à sens unique si ce n'est qu'à vouloir être un leurre, une perversité et, in fine, échouer.

Pourquoi la Turquie " doit-elle " ?

Il s'agit bien d'un impératif. Le message que la communauté européenne enverrait au reste du monde, et notamment au reste du monde musulman, si cette intégration était effective serait : " au travers de cette intégration, nous refusons le choc des civilisations dans lequel certains " va-t-en guerre " voudraient nous entraîner ". Et puis, la Turquie est le trait d'union entre l'Europe continentale et l'Asie. Et puis, le message serait clair : " malgré nos différences, notamment culturelles, nous pouvons vivre ensemble dans la même communauté, en partageant les mêmes valeurs laïques, humanistes et universalistes " ; ne serait ce pas là la meilleure mise en oeuvre de la plus belle des idées républicaine. A ce propos, cet argument des différences culturelles entre Europe et Turquie pour refuser l'intégration de cette dernière ne tient pas. En effet, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais une uniformité culturelle entre les différents membres de la communauté européenne, et c'est tant mieux. Pourrait-on dire qu'il y a totale convergence et similitude culturelle entre un grec et un irlandais, entre un allemand et un portugais (nous pourrions ainsi multiplier les exemples) ... ? Assurément non et cela n'empêche pas cette communauté européenne d'exister, de vivre et de se développer. Au contraire, faisons le pari que les Turcs, avec leurs différences vont nous enrichir.

Mais revenons quelque peu sur le concept d'intégration, qui dans cette affaire est central, afin de le spécifier quelque peu. Alors, nous pouvons dire que l'intégration est un projet, mais aussi un processus de constitution, sans cesse renouvelé, d'un groupe humain.

Qu'entendons nous par " intégration " ? Cette notion est souvent rapprochée de deux autres, à savoir : " l'assimilation " et " l'insertion ". Autant nous allons constater qu'intégration et insertion sont très proches, autant le rapprochement avec assimilation est beaucoup plus aléatoire, voire dangereux.

Selon le petit Larousse illustré, " intégrer " est issu du latin " integrare " voulant dire recréer. Il s'agit de faire entrer dans un ensemble, dans un groupe plus vaste.

Concernant " insérer ", l'origine est, là aussi, latine : " inserere ", renvoyant à introduire, faire entrer, placer une chose parmi d'autres, intercaler, intégrer. Nous voyons bien la proximité des deux notions, dans l'origine et dans la définition.

Selon le Littré, " assimiler " fait référence à " convertir en semblable ", en physiologie il s'agit de convertir en sa propre substance. Le terme " assimilation " est défini comme l'action de présenter comme semblable.

Si l'intégration est un projet, alors elle en appelle au choix, au positionnement ; osons même dire au positionnement éthique. Un des seuls points d'accord dans toutes les définitions concernant l'assimilation est le fait de rendre semblable. Pour une assimilation réussie, il faudrait que l'autre renonce à lui-même, à l'intégralité de ses valeurs, de sa culture et de son histoire. Il s'agit de " transformer en sa propre substance ". En quelque sorte, il faut être semblable à celui par qui on est assimilé, il ne faut plus être soi même. C'est comme une digestion, c'est la mort de l'altérité.

Intégrer et insérer ne suppose pas l'idée de " rendre semblable ". Il s'agit bien de l'assemblage de différentes parties d'un système. Si l'on considère que la communauté européenne est un système composé de différentes parties, en l'occurrence les différents états, alors, après l'assemblage des différentes parties, il s'agira bien de se préoccuper de leur compatibilité, même dans leurs différences, pour arriver à un bon fonctionnement du système complet. Ainsi, il s'agit bien de prendre en compte des éléments variés et différents en acceptant les spécificités et les différences, sans les exalter, dans une égalité des droits et des obligations, donc des devoirs.

Il nous semble que ce positionnement fait plus référence à une stratégie de type " gagnant - gagnant ", dans laquelle il y a acceptation de règles communes devant être respectées par tout le monde, tout en tenant compte de l'altérité. Nous pouvons dire que l'intégration implique une politique (au sens des attitudes et des comportements) d'accueil, ainsi que de respect des cultures d'apport et des caractères identitaires des personnes, pour autant qu'ils ne mettent pas en cause les fondements du groupe qui accueille. Alors, il y a bien un choix à effectuer entre au moins deux dimensions. Une intégration de type " assimilation ", ou une intégration de type " insertion ". Encore une fois, il s'agit d'un choix axiologique, éthique, faisant référence à des valeurs et entraînant des façons de faire et d'être particulières. Trop de décideurs et de politiciens prônent et favorisent l'assimilation qui, comme nous l'avons vu, entraîne le déni de l'autre dans son unicité. Alors, militons pour l'insertion qui permet à l'autre, qui n'est pas comme moi, d'exprimer ses différences tout en respectant un socle commun qui fait lien dans une société.

D'autre part, quels bénéfices pourraient découler, pour la Turquie, d'intégrer la communauté européenne ? Le fait d'être obligé de respecter certains critères pour adhérer va aider le peuple et l'état turc à " se tirer vers le haut ", par rapport aux valeurs universalistes que nous défendons. Si l'Europe ne devait servir qu'à ça, ce serait déjà énorme. Alors oui, soyons exigeant et demandons à la Turquie : d'être un état laïque, de respecter les droits de l'homme et surtout des femmes, d'assurer une pluralité politique, syndicale, de la presse, de permettre une pleine liberté de pensée, d'expression et de croyance pour tous les citoyens, de reconnaître le génocide arménien, de régler définitivement et pacifiquement par la négociation la question chypriote.

La dimension religieuse n'a pas à entrer en ligne de compte dans cette affaire car à partir du moment où chacun est libre de ses croyances, uniquement dans la sphère privée, alors, que les turcs soient majoritairement musulmans, bouddhistes, chrétiens ou quoique se soit d'autre n'a aucune importance. On ne peut pas à la fois exiger la laïcité et mettre la religion en avant comme empêchant l'adhésion à la communauté européenne, il faudrait savoir et ne pas être paradoxal.

Dans une immense majorité de sports, la Turquie participe aux compétions européennes. Alors, qu'en est-il du politique ? Serait-il en retard sur le sport ? L'adhésion de la Turquie est bien une nécessité humaniste d'ouverture aux autres. La communauté européenne et la Turquie ont, toutes deux, beaucoup à gagner dans cette adhésion et beaucoup à perdre dans une non adhésion.

Hervé BOYER

8 - école publique

8.1 - Infos de Lyon : résister à l'insécurité dans les collèges !

Ce soir, (7/12/2006), à la télévision régionale :

Dans un collège de Saint-Fons ( agglomération de Lyon ), le collège Alain : les enseignants se sont mis en grève, ils n'en peuvent plus: ils sont agressés par les élèves, insultes,crachats, objets divers qui leur sont lancés " il ne faut pas tourner le dos" dit une enseignante. Ils ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie, ils ont donc décidé de faire appel aux médias, et DIRE leur souffrance, leur ras-le bol sans tenir compte de l'obligation de réserve et donc de silence qui, d'habitude, entoure ces faits de violence.

Les enseignants montrent les "incidents" répertoriés sur des listes:

375 en 5 mois.

" Les élèves rient de leurs incivilités" Et " ils n'ont aucun respect envers l'adulte" disent encore ces enseignants.

Les parents d'élèves, appelés à soutenir ce mouvement ? Personne n'est venu. Sans commentaires.

Le collège est classé"ambition réussite" Sans commentaires, non plus.

Quel "remède" dans une telle situation? Pour ma part, j'apporte mon soutien à ces enseignants écoeurés. Mais j'ai bien conscience que c'est très insuffisant .Que propose Monsieur le Ministre de l'Education Nationale ?

Mireille Popelin

8.2 - Je suis surpris que vous donniez la parole à des enseignants réactionnaires

Je suis étonné qu'un périodique qui se prétend laïque, républicain et de gauche donne la parole à des enseignants notoirement réactionnaires (quant à leur conception de l'école), dont les conceptions en matière d'éducation ne sont pas loin de celles de groupes de pressions comme " Sauver les lettres ".

L'article, au demeurant, est indigent au plan de la réflexion sur l'école (par ailleurs nécessaire, évidemment), se contentant d'excommunications sommaires, mettant dans le même sac de " détachés de l'enseignement " (autrement dit : de bureaucrates planqués), les inspecteurs, les conseillers pédagogiques et les formateurs. Tous (ostracisme ?) sont supposés à la fois, ayatollahs de la didactique, et commissaires pédagogiques, imposant " leurs dogmes par l'intimidation et la culpabilisation. "

Quel peuvent bien être les mobiles de cette entreprise diabolique ? Car le mal, on le constate , est profond. Il leur faudra aller en déterrer les racines.

Ce sera douloureux, car ces racines ont des noms qu'il est difficile d'éradiquer de l'histoire : en vrac, Platon, Rousseau, Pestalozzi, Korckak, Montessori, Freinet, F. Buisson, Makarenko...

Mais pour nos imprécateurs, enseignants experts (et surtout pas pédagogues, pouah !), qu'importe l'histoire de leur pratique quotidienne, qu'importe que d'autres hommes aient avant eux exercé leur réflexion sur l'acte d'enseigner. Ils savent...

Jean-Bernard Allardi

8.3 - Je récuse le clivage gauche-droite sur les méthodes de lecture

Bonjour Evariste,

Ces courriels ensuite de la parution dans Respublica de la réponse à Libération quant aux méthodes de lecture, et par-delà, la qualité de l'enseignement.

Paradoxal de constater que la lutte contre la méthode globale ravageuse soit menée (aussi) par des chrétiens ?

Non, il s'agit d'observer derrière cette querelle, et la promotion de la méthode globale, la doctrine bobo soixante-huitarde ravageuse promue par le PS.

Je récuse l'idée selon laquelle la ligne de démarcation se ferait de la sorte : instruction de qualité par la méthode syllabique domaine des conservateurs chrétiens / innovation désastreuse domaine des progressistes laïques. Tout simplement caricatural !

L'institutrice de l'école publique m'interdisait d'enseigner la méthode syllabique à mon fils en grande difficulté avec la méthode globale.

Conséquence : inscription définitive de mon fils en école privée.

(Le PS ? Ne plus m'en parler!!)

Cordialement,

Pierre-Franck Chapelon

9 - Proche-Orient

9.1 - Initiative de Genève : déclaration commune israélo-palestinienne

Des représentants de l'Initiative de Genève[1] se sont rencontrés vendredi à Jérusalem. Du côté palestinien, étaient présents deux dirigeants du Fatah : Yasser Abed Rabbo et Qaddoura Farès[2]. Du côté israélien, étaient présents Ephraïm Sneh et Colette Avital (Parti travailliste), et Yossi Beilin (Meretz - Yakhad).

Cette réunion a débouché sur une déclaration commune en 7 points, appelant leurs gouvernements respectifs à entamer des négociations.

Texte de la déclaration commune :

  1. La seule manière de résoudre le conflit entre nos deux peuples passe par un accord politique. Comme le passé l'a prouvé, des actes limités et unilatéraux, de même que la violence, ne mettront pas un terme au conflit.
  2. Seule une solution politique servira les véritables intérêts des deux parties, et la seule manière de parvenir à une solution politique passe par la négociation.
  3. Nous appelons les dirigeants des deux parties de prendre les mesures concrètes nécessaires à la continuation du cessez-le-feu et à son élargissement à la Cisjordanie. Les deux parties doivent faire en sorte d'instituer une amélioration importante de la vie quotidienne des citoyens ordinaires, y compris leur liberté de mouvement.
  4. Nous exhortons toutes les parties concernées à faire tout ce qui est possible pour obtenir la libération du soldat israélien Gilad Shalit et celle de prisonniers palestiniens détenus en Israël, y compris les ministres et les députés.
  5. Nous attendons des dirigeants des deux côtés que, parallèlement au rétablissement du calme, ils entament des négociations avec pour objectif un accord global. Pour assurer le succès des négociations, les deux parties doivent se mettre d'accord sur l'ordre du jour des discussions et sur les paramètres du futur accord.
  6. Nous saluons les recommandations du groupe américain bi-partite sur l'Irak (commission Baker-Hamilton) et soutenons l'ouverture immédiate de négociations entre Israël et les Palestiniens d'après les principes soulignés dans ce rapport. Nous appelons la communauté internationale, et en premier lieu les membres du Quartette, à adopter les recommandations de ce rapport et à travailler à leur mise en oeuvre.
  7. Nous répétons que les objectifs de négociations entre les deux parties doivent comprendre la création d'un Etat palestinien à côté de l'Etat d'Israël sur la base des frontières de 1967, comme il est stipulé par l'Initiative de paix arabe (de 2002), la vision du président Bush, et par l'Initiative de Genève.

Notes

[1] <a href="1">1</a> Voir le texte complet à : http://www.lapaixmaintenant.org/ Nous avons publié de nombreux articles sur l'Initiative de Genève, dont les deux artisans principaux ont été Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin. Elle a aussi été à l'origine de la création du collectif "Deux Peuples Deux Etats", dont l'appel, soit dit en passant, est toujours à signer pour ceux qui ne l'ont pas fait, à : http://www.2peuples2etats.org/

[2] <a href="2">2</a> Qaddoura Farès fait partie des 12 personnalités interviewées par David Chemla, président de La Paix Maintenant, dans son livre : "Les Bâtisseurs de Paix" : http://www.lianalevi.fr/

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