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  1. chronique d'Evariste
    1. Quand Sarkozy recule devant le monument, par Évariste
  2. laïcité
    1. La preuve de l'enracinement laïque en France : Sarkozy renonce à "toiletter" la loi de 1905, par L'Union Des FAmilles Laïques
  3. Les laïques sur le terrain
    1. Conférence de presse au Toursky, à Marseille, jeudi 5 avril, par André Harris
    2. Communiqué de presse commun Libre pensée et UFAL de Calais, par Roland DELATTRE, Jean LOGIER
    3. "LA LAÏCITÉ EST LE CIMENT DE LA RÉPUBLIQUE", par Les DDEN Du Rhône
  4. Elections présidentielles 2007
    1. Quand des partisans de José Bové font la promo de Garaudy, par Lucette Jeanpierre
    2. Réflexions sur votre édito sur le Front national, par Jean-Paul Damaggio
    3. Pour un droit à la différence universaliste, par Alain Callès
    4. Les Sarkozistes manipulent les chiffres du chômage, par Jean-Jacques Chavigné
    5. Le double corps de la reine Ségolène, par Jérôme Maucourant
    6. Mode d'emploi pour protester contre les machines à voter, par Nicolas Barset
    7. Aounit veut quand même se présenter à Aubervilliers, par Jean Tessier
  5. débats républicains
    1. La nation, un concept républicain (suite), par Valentin Boudras-Chapon
  6. courrier des lecteurs
    1. Un peuple qui en opprime un autre n'est pas libre, par Gilbert Marquis
    2. L'identité de la France en Europe ni évidence, ni sujet tabou., par Michel CATUHE
    3. Désaccord sur l'Europe, d'accord sur La Marseillaise, par Thierry Laurent
  7. A lire
    1. " Ma France laïque ", de Sophia Chikirou, par Jean-François Chalot
  8. Agenda

1 - chronique d'Evariste

1.1 - Quand Sarkozy recule devant le monument

On peut se faire une idée somme toute assez juste de Sarkozy en épinglant deux traits : Sarkozy est d'abord un aventurier, c'est-à-dire un homme sans principe. Il va où souffle le vent, il adopte un discours à géométrie variable, il est prêt à retourner sa veste à la moindre occasion. Mais Sarkozy est aussi une redoutable machine politique : il est doté d'un excellent radar pour capter l'opinion. Sa dernière reculade l'atteste. Après avoir répété à l'envi qu'il fallait " toiletter " la loi de 1905, après avoir affirmé que l'Etat devait garantir l'égalité des religions en incitant les municipalités à subventionner les cultes, après avoir confié à Machelon la mission de donner une traduction juridique à ses propositions, Sarkozy recule. Dans une interview accordée hier au journal La Croix (mercredi 4 avril 2007), le candidat UMP se prononce contre la modification de la loi de 1905. A la question " Vous renoncez donc à modifier la loi de 1905 ? ", Sarkozy répond : " Oui ". Et pour faire bonne mesure : " Je poursuivrai la discussion avec l'ensemble des religions. C'est un sujet sur lequel on ne peut avancer sans consensus ". Sarkozy est devenu plus royaliste que le roi : voilà qu'il qualifie la loi de 1905 de " monument " !

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Cette décision est, bien sûr, purement opportuniste. Sarkozy n'est pas devenu Jaurès en une nuit. Il suffit, pour s'en rendre compte, de lire la suite de l'interview : Sarkozy prône le dialogue des grandes religions avec l'Etat -comme si les religions pouvaient être les interlocuteurs d'un Etat républicain qui ne connaît, par définition, que les citoyens ; Sarkozy, avec des accents marxistes, " souhaite que la République soit une République des droits réels et pas virtuels " -comme si le droit d'exercer le culte de son choix, droit garanti par la Constitution, était un droit-créance : la liberté de culte est et doit rester un droit-liberté, c''est-à-dire un droit de, qui fait limite à la puissance publique ; il ne saurait être un droit-créance, un droit à, qui, à l'instar du droit à l'instruction ou du droit à la sécurité sociale, obligerait la puissance publique. Et Sarkozy de secouer sa marotte préférée : les religions, c'est l'espérance. Face à la montée de la violence dans les banlieues, quoi de plus salutaire que les discours des pasteurs, des prêtres, des imams et des rabbins ! Devant la commission Stasi, Sarkozy avait déjà déploré que ces " lieux de lumière " que sont les lieux de cultes soient " devenus bien rares ". Comme si les " jeunes " des quartiers avaient davantage besoin des " lumières " de la révélation et de la foi que de celles de la raison et de l'instruction. Comme si les prêches pouvaient se substituer à la loi républicaine. Comme si les églises pouvaient remplacer les services publics. Comme si la charité était la même chose que la solidarité. Mais le meilleur est pour la fin : Sarkozy, nouveau chantre de l'identité nationale, félicite Mitterrand d'avoir compris que " la France, c'est deux mille ans de chrétienté, intégrés à la morale laïque ". Quelle bonne idée, en effet, d'avoir fait figurer " sur son affiche de campagne une église ". Comme si la République, c 'était la France des clochers, des campagnes, des terroirs ! Après Marx et la critique des droits formels, c'est l'ombre de Maurras et de la France réelle qui passe sur l'interview. Comme défenseur de la laïcité et du modèle républicain, Sarkozy peut mieux faire ! Tiens ! Je lui conseille la lecture décoiffante du dernier livre de Catherine Kintzler (Qu'est-ce que la laïcité ? Paris, Vrin 2007).

Pendant que les laïques se réjouissent de la reculade de Sarkozy, Matthieu Grimpret se désespère sur le site oumma.com. Qu'il était heureux, le temps où Sarkozy était " prêt à faire beaucoup pour les croyants, pour qu'émerge enfin dans ce pays une laïcité bienveillante à l'égard des religions -toutes les religions ". Qu'il était chouette, le Sarkozy qui tendait la main à l'UOIF ! Qu'est-il devenu cet homme politique original, " qui semblait prêt à ouvrir les yeux et à mettre son énergie, son habileté, son intelligence au service d'une politique inventive " ? Mathieu Grimpret connaît la réponse : ce Sarkozy-là a été victime de " l'influence du mauvais génie de la droite française, le laïciste Henri Guaino ". Je suis sûr que Mathieu Grimpret prépare l'exorcisme.

Je vais sans doute le désespérer encore un peu plus : si Sarkozy s'est rangé à l'avis de Guaino, ce n'est pas parce qu'il est sous l'emprise d'un gourou. Ce serait bien mal connaître les machines politiques. Si Sarkozy a engagé Henri Guaino, c'est parce qu'il a compris ce que Chirac avait compris en 1995 : à savoir que pour remporter les élections, il faut endosser le rôle du défenseur du modèle républicain. Voilà la vérité de la reculade de Sarkozy : il ne sait que trop l'attachement des français à la République laïque et sociale. Cet attachement a d'ailleurs quelque chose d'étrange et d'un peu émouvant : les principaux médias, les élites -intellectuelles, politiques, économiques- participent, depuis 30 ans, à la déconstruction du modèle républicain. Et pourtant, rien n'y fait : les français ne veulent pas le lâcher, ce modèle que tous s'entendent à ringardiser.

Je vais donc boire un verre à la santé de Sarkozy, qui a été un bon entendeur, et qui mérite donc un salut. Qu'il sache néanmoins qu'il ne dupera ni Evariste, ni aucun défenseur de la laïcité. Car Nicolas Sarkozy a encore bien des efforts à faire pour être républicain.

Évariste Pour réagir aux articles,
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2 - laïcité

2.1 - La preuve de l'enracinement laïque en France : Sarkozy renonce à "toiletter" la loi de 1905

Communiqué

Dans une interview accordée au journal "La Croix", ce mercredi 4 avril, le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, affirme qu'il ne touchera pas à la loi de 1905, qu'il qualifie de "monument". L'Union des Familles Laïques, et d'autres organisations, n'avaient pas manqué d'exprimer leur inquiétude quand le ministre de l'Intérieur avait exprimé sa volonté de "toiletter" la loi de 1905, instrumentalisant l'islam pour autoriser les financements cultuels de l'Etat.

Nous avions été indignés quand il a publié un livre qui disait en substance que le principal problème des banlieues populaires n'était ni le déficit laïque, ni le déficit social mais un déficit religieux et qu'il incombait à l'Etat de le combler.

Par l'installation de la commission Machelon, chargée de traduire juridiquement les propositions du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait franchi une nouvelle étape dans sa lutte contre les principes laïques.

En renonçant, à moins de trois semaines du premier tour, aux orientations qui étaient encore les siennes il y a quelque temps, le candidat de l'UMP a compris que le poids de l'attachement au modèle laïque français, chez les électeurs, était bien trop important pour qu'il puisse se permettre de l'affronter de face.

L'Ufal se félicite de cet important recul, qui montre que la mobilisation des organisations laïques rencontre de l'écho dans l'opinion, et qu'aujourd'hui, les électeurs de ce pays ne sont pas prêts à accepter le communautarisme anglo-saxon et son rapport entre l'Etat et les églises.

L'Ufal n'en demeure pas moins vigilante, car certains propos du candidat, dans son interview, se révèlent fort ambigus sur sa conception de la séparation des Eglises et de l'Etat. Elle ne peut qu'approuver quand Nicolas Sarkozy se prononce contre la modification de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais quand il prône "dans un premier temps un large débat entre les différentes confessions et l'Etat sur le sujet", l'Ufal dit NON ! La loi de 1905 n'a pas à être débattue entre un président de la République et les différentes églises. Les églises n'ont pas leur place dans la sphère politique. Les églises doivent s'occuper de gérer leur culte dans la sphère privée ou ils bénéficient d'une totale liberté.

Quels que soient les résultats des prochaines élections, l'Ufal, qui constate sur le terrain que de nombreux élus, de droite comme de gauche, trichent avec la loi de 1905, en finançant indirectement des lieux de culte, demeurera vigilante, et appelle les citoyens de ce pays à s'organiser pour préserver ce principe émancipateur de la République qu'est la laïcité.

L'Ufal continuera son combat pour obtenir à terme la stricte séparation de la sphère publique et de la sphère privée, tant dans le domaine idéologique et religieux, que dans le domaine institutionnel et dans le domaine économique. De ce point de vue, tous les financements publics doivent être réservés aux structures publiques.

L'Union Des FAmilles Laïques www.ufal.org

3 - Les laïques sur le terrain

3.1 - Conférence de presse au Toursky, à Marseille, jeudi 5 avril

Tout d'abord, je tiens à remercier très chaleureusement au nom de l'UFAL et de LAIQUES, le directeur du théâtre TOURSKY, Richard MARTIN, ainsi ses coéquipiers, sans qui l'élan unitaire impulsé par l'UFAL-LAIQUES, Les Rencontres De La Cité, et Laïques En Réseau n'aurait pu se concrétiser. Ici, avec l'université populaire du Toursky, la vingtaine de groupements réunis, et tous les laïques, peuvent clamer ensemble "LA LAICITE EST EN DANGER" et nous sommes tous là pour la défendre

Ici, avec l'université populaire du Toursky, la 20e de groupements réunis, et tous les laïques, peuvent clamer ensemble " LA LAICITE EST EN DANGER "et nous sommes tous là pour la défendre

En effet, comment rêver d'un plus beau cadre que le Théâtre TOURSKY pour porter haut et fort la voix de tous les laïques ardents défenseurs de notre République Sociale ?

Le message que toutes les organisations réunies dans le cadre de cette Université Populaire Laïque veulent faire passer est clair : " LA LAICITE EST EN DANGER ".

Je représente LAIQUES et UFAL, deux associations complémentaires et toutes deux associations loi 1901

Qui pour LAIQUES au pluriel " QUES " crée en 1984 regroupe : des rationalistes, des laïques, des libres penseurs et bien d'autres, tous se reconnaissant dans dans notre Etat Laïque Républicain et Social.

Notre but est de défendre et de promouvoir la laïcité. A travers nos actions, nous nous attachons à en faire respecter son application, à tous les niveaux. Unitaires pour défendre et promouvoir la laïcité, avec les divers laïques et féministes. Il y a 10 ans, en 1997, laïques et féministes, nous étions déjà au Toursky, avec le collectif Clovis Hugues, avec Xavier Pasquini, de Charlie-Hebdo, pour un 21e siècle laïque. Nous refusons les subventions publiques aux cultes, catholiques ou musulmans, et autres. Pas de différence pour nous. Et que le Conseil régional soit dirigé par M. Gaudin ou M. Vauzelle, ne change rien à notre détermination : en 95-96, avec la droite régionale (et la gauche en partie), les subvention était pour les cathos ; en 2004, gauche et droite régionales s'entendent pour financer l'islam (le CRCM).

Et avec le mouvement des femmes, nous défendons la laïcité, en France, en Europe et dans le monde. Contre les religieux fondamentalistes, contre une partie de la gauche altermondialiste ou parlementaire, qui confond laïcité et aide à tous les cultes. Nous ne voulons ni des idées réactionnaires de l'évêque di Falco, ni de celles toutes aussi réacs de Tariq Ramadan. Ces prédicateurs déguisés en animateurs télé !

Notre association d'Education Populaire agit dans une perspective citoyenne et laïque pour la la défense des valeurs de notre République.

L'Union des Familles Laïques, " UFAL ", est adhérente de l'Union Nationale des Associations Familiales " UNAF " ainsi que de la Fédération Humaniste Européenne " FHE ", Nous sommes une association familiale nationale qui demande la reconnaissance de toutes les formes de couples, hétéros ou homos, et qui s'oppose à l'ordre moral, le plus souvent religieux. Cette fédération nationale laïque et sociale est un mouvement d'éducation populaire objectivement tourné vers l'action unitaire ! Une association de près de 5 000 familles dans 50 départements de France dont 2 d'outre-mer. Née en 1988, elle défend une République démocratique, laïque et sociale, et prend part de manière plurielle dans le combat pour la promotion de ses principes universels tel que :

Liberté, égalité, Fraternité,

Laïcité, Démocratie, Solidarité,

Sûreté, Souveraineté populaire et développement durable.

De plus, nous sommes agrée par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative.

En 2003-2004 nous nous sommes illustrés comme le fer de lance dans la campagne de défense de l'école laïque pour exiger une loi contre les signes religieux a l'école, de même le Président de l'UFAL Bernard TEPER fut auditionné par la Commission STASI ainsi que la Commission parlementaire DEBRE qui ont toutes deux permis de légiférer contre le port des signes religieux dans les écoles de la république. C'est l'UFAL qui a publié un appel public dans Libération, lançant le grand débat, puis a regroupée les pétitions spontanées qui sont apparues dans toute la France. Ici, nous avons lancé l'appel " Au Vestiaire les Marques, religieuses, idéologiques et publicitaire ".

Outre la vigilance laïque dans l'hexagone, la laïcité est un combat mondial, l'Ufal vient d'organiser les Journées Internationales Laïques les 10 et 11 février 2007 à Montreuil, avec des femmes et hommes d'Afrique et d'Europe, avec les directeurs de Marianne, de Charlie-hebdo, et des intellectuels comme l'ethnologue marseillaise Jeanne Favret-Saada, qui publie un livre sur les caricatures. L'UFAL défend une laïcité sans frontières.

Aujourd'hui, au Toursky, LAIQUES et UFAL construisent un bouclier laïque avec une vingtaine d'associations pour protéger la laïcité contre les politiques et toutes les personnes qui veulent institutionnaliser la révision de la loi de séparation des religions et de l'Etat et financer les cultes, comme ils ont déjà commencé à le faire, à Marseille, Aubagne, Arles et un peu partout. Par cette initiative unitaire, nous entendons interpeller, à la veille d'échéances électorales importantes, les élus, et leur faire connaître notre vigilance, aujourd'hui et demain, pour défendre les principes laïques trop souvent bafoués.

André Harris

3.2 - Communiqué de presse commun Libre pensée et UFAL de Calais

Madame, Monsieur,

La Libre Pensée et l'UFAL de Calais tiennent à peser dans le débat public sur les rapports entre culture et laïcité afin de promouvoir leur idéal laïque et républicain. Actuellement, les religions tentent, en effet, de réinvestir l'espace public sous le prétexte de la défense d'une culture particulière.

La culture, alibi pour rétablir le délit de blasphème

En France, Charlie Hebdo, poursuivi par la mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour avoir publié des caricatures, a été relaxé. La Libre Pensée du Pas-de-Calais, qui a publié ces dessins sur son site internet, dénonce ce nouveau cléricalisme musulman et défend activement la liberté absolue de conscience et son corollaire, la liberté d'expression. Oui, toute religion, l'islam comme les autres, peut et doit être férocement critiquée, caricaturée et tournée en dérision.

Europe et racines chrétiennes : la négation affirmée de la laïcité

En Europe, l'Union célèbre ses 50 ans en déclarant protéger " l'identité et les traditions diverses des États membres " et promouvoir " la formidable diversité de nos langues, de nos cultures " comme " source d'enrichissement mutuel. "[1] Et pourtant, ses dirigeants les plus en vue, Angela Merkel, chancelière allemande, Romano Prodi, président du conseil italien et ancien président de la commission européenne, José Manuel Barroso, président en exercice de cette même commission, Hans-Gert Poettering, président actuel du parlement européen, et le président polonais Lech Kaczynski répètent inlassablement que l'Europe doit reconnaître ses " racines chrétiennes ", condamnant ainsi la laïcité des institutions de l'Union Européenne .

Ces déclarations prennent tout leur sens lorsqu'en écho le pape les appelle au " devoir de contribuer à édifier, avec l'aide de Dieu, une nouvelle Europe, ... inspirée par la vérité éternelle de l'Evangile " et incite les ministres et parlementaires européens qu'il recevait en audience ce 25 mars dernier à être " présents de façon active dans le débat public européen " et à " unir à cet engagement une action culturelle efficace ", définissant ainsi le cléricalisme tant combattu en France depuis le XIXe siècle !

Un cléricalisme européen qui craint l'expression populaire

Le véritable but de ce lobbying catholique est ainsi clairement affirmé : " L'Église et les associations d'inspiration religieuse (...) sont appelées à participer à la relance de 'Union européenne " selon le président de la République italienne ; " nous avons besoin d'un partenariat avec l'islam " en Europe déclare le ministre de l'intérieur allemand. Romano Prodi a abondé dans ce sens, affirmant qu'il faudrait " donner aux Églises un rôle et un système de consultation qui n'ont jamais existé dans l'histoire européenne " afin d'établir avec elles " un dialogue structuré ". " En ces temps d'intégrisme, les Églises sont un des éléments les plus stables de notre société, de notre histoire politique ", a-t-il ajouté ! Ce sont pourtant elles qui sont à l'origine de tous ces intégrismes religieux réactionnaires qui ravagent actuellement de si nombreux pays.

D'ailleurs le pape est officiellement invité à s'adresser aux membres du Parlement européen réuni en session plénière, par le président de cette institution, M. Hans-Gert Pöttering, reçu en audience privée vendredi 23 mars au Vatican. Le thème de ce discours ? " Le dialogue entre les religions et entre les cultures ", qui figure parmi " les priorités politiques " du mandat de ce président. Rappelons que M. Pöttering, catholique, a fait tout son possible, lui aussi, pour que l'héritage chrétien de l'Europe figure parmi les valeurs de l'Union mentionnées dans la préambule du Traité constitutionnel. Quant à Prodi, il a déclaré sans vergogne " avoir longuement et silencieusement essayé d'introduire la référence aux racines chrétiennes dans la Constitution européenne. Mais ne pas y avoir réussi ne veut pas dire que le texte les désavoue. "

Cet aveu montre bien que ces exigences cléricales des religions ne sont en aucun cas souhaitées par les peuples européens. Ces dirigeants " démocrates " craignent tout bonnement que leurs peuples rejettent cette recléricalisation de l'espace public européen, comme ce fut le cas en France et aux Pays-Bas en mai 2005.

Une conférence-débat et un banquet laïques

Ces enjeux démontrent toute la nécessité de débattre des relations entre cultures et laïcité en Europe. Nous invitons donc tous les citoyens et citoyennes à participer à une conférence-débat vendredi 6 avril 2007, sur le thème " Cultures et laïcité en Europe " au Musée des Beaux-Arts de Calais, rue Richelieu à partir de 18h30.

Cette conférence sera suivie d'un banquet régional libre penseur pour dénoncer et moquer les interdits religieux, en particulier ceux liés à l'alimentation et aux plaisirs. Ce repas se déroulera au restaurant La Brasérade à Calais à partir de 21 heures.

Réservation impérative du nombre de places souhaitées au repas au 03 21 35 58 50, pour le 5 avril.

Pour tout renseignements complémentaires merci de contacter :

Notes

[1] Déclaration de Berlin des 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union Européenne, 25 mars 2007

Roland DELATTRE président de la Libre Pensée de Calais

Jean LOGIER président de l'UFAL Calais

3.3 - "LA LAÏCITÉ EST LE CIMENT DE LA RÉPUBLIQUE"

Réunis en congrès à Vénissieux, le 31 mars 2007, les Délégués Départementaux de l'Éducation Nationale de l'Union du Rhône ont adopté à l'unanimité la résolution suivante :

Avec l'ouverture en cette année 2007 d'une longue série de consultations démocratiques, viennent au premier plan des débats les questions essentielles qui touchent à l'état et au devenir de la France. Ces questions interpellent les citoyens et, au travers de leur vote, les incitent à choisir entre plusieurs options.

Les Délégués Départementaux de l'Éducation Nationale ne souhaitent pas s'immiscer dans le débat politique en tant que corps représentant l'État dans diverses institutions, au premier rang desquelles figure le Conseil Départemental de l'Éducation Nationale.

En revanche, l'Union du Rhône des DDEN souhaite faire connaître, à l'occasion de son congrès départemental, son attachement à une valeur fondatrice de notre pacte républicain : la laïcité.

Les DDEN constatent que la laïcité est aujourd'hui à l'ordre du jour de tous les discours, et l'objet de toutes les attentions. Les citoyens français aspirent à vivre dans une société pacifiée, libérée des injonctions dogmatiques. De multiples tentatives d'immiscions des religions dans la sphère publique ont été déplorées ces dernières années, et au fil du temps, on constate que des demandes se font de plus en plus pressantes, de plus en plus exigeantes, de segmentation de l'espace public, de discrimination positive ou de manifestations ostensibles d'appartenance à un groupe, une ethnie, une religion, une communauté.

La République ne reconnaît que des citoyens, et refuse de les classer dans des catégories particulières. C'est le principe d'égalité devant la loi. La laïcité comme principe d'organisation et de fonctionnement de la société contribue à l'égalité des citoyens. Elle affirme la primauté de la loi démocratique et républicaine sur tout principe, qu'il soit coutumier ou religieux. Elle protège et libère à la fois. Elle est une garantie contre les discriminations.

La loi de 1905, en libérant la sphère publique du contrôle religieux, a été une étape décisive vers un autre pilier de notre République : la liberté. Liberté de conscience, liberté de choix de vie, liberté de son corps.

Dans une période troublée par des affrontements planétaires entre religieux, et dans une société minée par l'inégalité sociale, certains dogmatiques tentent d'influer sur les esprits malléables de ceux qui souffrent en leur faisant croire à des lendemains meilleurs dans une société présumée libre, mais en fait cadenassée par des interdits supérieurs prétendus divins.

La création de l'école publique a permis d'imaginer une éducation nationale, construite et raisonnée à partir de l'apprentissage du libre-arbitre, du droit à la critique et du respect de l'autre sur tous les sujets. De bâtir ainsi le troisième pilier de notre maison commune : la fraternité des êtres humains sans prééminence de race, de couleur de peau ou d'appartenance à un groupe religieux, ethnique ou culturel.

La laïcité est le ciment de ces trois piliers, donc le ciment de la République.

Il importe qu'elle soit préservée et défendue contre ceux qui tentent de substituer les lois divines, ou présumées telles, à la loi élaborée par les hommes. En conséquence, les DDEN du Rhône, réunis en congrès à Vénissieux le 31 mars 2007, réaffirment leur attachement à cette valeur universelle de respect et de développement de la personne humaine dans toute sa complexité, et à sa traduction éducative : l'école publique républicaine et laïque. Ils dénoncent la banalisation d'un enseignement privé concurrentiel, bénéficiant de largesses et de passe-droits particuliers malgré son caractère propre qui se réfère à d'autres valeurs que celles fondatrices de l'éducation nationale.

Les DDEN du Rhône, vigilants, souhaitent fermement que l'issue du débat démocratique débouche sur une réaffirmation sans ambiguïté de la laïcité qui fait la grandeur et l'honneur de la France.

La présente résolution est adressée aux autorités politiques et aux représentants de l'Education nationale du département.

Chaque délégation en fait parvenir un exemplaire aux I.E.N. et aux municipalités de son secteur.

Les DDEN Du Rhône

4 - Elections présidentielles 2007

4.1 - Quand des partisans de José Bové font la promo de Garaudy

Le compte-rendu que nous publiions il y a quelques jours de la venue de José Bové dans le Mantois (Yvelines), invité par les islamo-gauchistes de Décil, du collectif des musulmans du Mantois, des pro-Ramadan de l'association l'Eveil, a provoqué des cris d'hystérie. Notre collaboratrice Jeanne Bourdillon a été traitée de journaliste lepéniste ou villieriste.

Rafraîchissons leur un peu la mémoire, et voyons quels documents circulent dans les rangs de José Bové ces derniers temps.

Un membre de l'équipe d' alter-gauchos qui a célébré dans le Mantois le moustachu du Larzac (relire Respublica 524 du 30 mars 2007) recommandait le 10 février une vidéo intitulée " Le Nouveau désordre mondial " signée Roger Garaudy[1] (on trouve la vidéo sur le site Dailymotion), un " documentaire " qu'il qualifiait d' " intéressant " dans un mail circulant sur la liste de diffusion de Décil.

Roger Garaudy que l'on y découvre dans ses basses oeuvres, au cours d'une conférence donnée à Bruxelles en 1996, est un négationniste, condamné pour contestation de l'existence de crimes contre l'humanité, et il est malheureusement devenu une référence incontournable pour une frange non négligeable de Musulmans français. Ce capital de sympathie est dû à sa conversion à l'Islam mais est aussi lié à son engagement dans l'antisionisme radical.

Dans cette vidéo, Israël est dénoncé comme le " détonateur " d'une 3e Guerre mondiale, mais surtout on y retrouve, avec consternation et effroi, le B.A-BA de la propagande antisémite qui n'a pas vraiment évolué depuis l'affaire Dreyfus, on n'échappe même pas à la référence au (faux) Protocole des sages de Sion.

Pour donner un avant-goût à ceux qui auront le loisir de la consulter, les premiers instants du film débutent sur fond de musique d'apocalypse, les portraits de Karl Marx et de Sigmund Freud défilent ( !) avec le sous-titrage suivant : " Pendant que les Juifs russes inventent le socialisme (NDLR, Garaudy est un communiste repenti) et que les Juifs autrichiens découvrent la psychanalyse (NDLR, nous avons rétabli la bonne orthographe), les Juifs américains participent à la naissance du capitalisme américain et à l'américanisation du monde. " (citation)

La musique sinistre continue, et dans les premières images d'une émission littéraire télévisée, l'on voit apparaître le visage de Jacques Attali qui présente son livre " Karl Marx ou l'esprit du monde ". " Le Juif " est ensuite décrit par un intervenant anonyme comme " l'inventeur de la guerre, du capitalisme, du communisme " qui ont chacun provoqué " conflits sociaux ", " guerres ", et j'en passe.

Elie Wiesel apparaît après (Cultures et dépendances, France 3, 18 mai 2006) dans la présentation de son ouvrage " Le testament d'un poète juif assassiné ". Avec humour et dérision, il raconte comment Lénine, Zinoviev et Kamenev les compagnons de route de la révolution bolchévique étaient aussi à l'origine de pieux hommes et que le système dont ils sont les instigateurs était " un messianisme sans Dieu " pour reprendre ses termes. L'amalgame et la manipulation font foi jusqu'à faire de l'intellectuel une caution antisioniste !

Les images de guerre coloniale, succèdent au drapeau israélien, à l'étoile de David flottant sur des ruines, images de destructions encore, puis on enchaîne sur un reportage d'ARTE où l'on voit un rabbin orthodoxe à la kippa vissée sur la tête expliquant qu'il attend chaque instant " l'arrivée du messie " et que celle-ci est proche...

Le message est subliminal et la vidéo qui dure une bonne demie-heure martèle une idée simple : pour le peuple juif la fin justifie les moyens. La fin étant un monde idéal, parfait, un monde juif. Les moyens : un totalitarisme messianique. C'est du Garaudy. Puis suit une chronologie en images de la naissance de l'Etat d'Israël en 1947, de la guerre des six jours, extraits de discours sortis de leur contexte encore, une propagande digne d'un Goebbels enturbanné (Garaudy partage les positions d'Ahmadinejad sur l'Etat d'Israël), et qui surtout ne rencontre pas de critique chez certains partisans de José Bové, où l'on compte pourtant des professeurs d'histoire qui enseignent à l'école publique !

Nous sommes loin de José Bové, pensez-vous ? Souvenons-nous simplement de cette déclaration de l'allié de Tariq Ramadan, qui avait considéré que les attaques contre les synagogues en France étaient montées par le Mossad.

Notes

[1] A lire, Michaël Prazan et Adrien Minard, Roger Garaudy, itinéraire d'une négation, Calmann-lévy, 2007.

Lucette Jeanpierre

4.2 - Réflexions sur votre édito sur le Front national

Contre le FN ? Je travaille dans mon département sur une étude qui sera présentée le 21 avril à Montauban sur 20 ans de lutte contre le FN (1984-2004) et j'ai donc été sensible au dernier édito d'Evariste. D'où ces 5 remarques :

a) Ce n'est pas parce que les médias braquent les projecteurs sur Soral qu'il faut faire pareil. Le stratège clef de " la modernisation du discours " évoquée par Evariste est un méridional de l'Ariège devenu le secrétaire général du FN, poste plus charnière que celui de Soral. Il s'appelle Louis Aliot. Il n'a pas l'avantage de venir du PCF mais d'une famille de gauche avec cependant des sources dans l'Algérie française. La modernisation en question est opérée depuis plus de trois ans en Midi-Pyrénées et elle reprend le rêve de Megret. S'agit-il seulement de capter un électorat ? Pour répondre voir point suivant.

b) En 1990 Bernard Langlois crut intelligent de révéler (avec dessin à l'appui) que le FN était manipulé par les USA sur la question de la guerre en Irak, afin de mieux discréditer la gauche anti-guerre, et pour pouvoir expliquer de façon plus convaincante que Saddam c'était Hitler. Depuis il a dû vérifier que ce côte à côte de 1990 s'est répété bien souvent. On ne cesse de dire que le FN a été manipulé par le PS et que sais-je encore. Bien sûr, Mitterrand a joué un rôle dans l'émergence du FN comme il en a joué un dans l'effondrement du PCF. Mais en politique, l'essentiel est dans la société, et dans la société le discours FN a eu une grande résonance. C'est de ça qu'il faut discuter. Et pour ce faire, il ne faut pas quitter la vision " FN manipulé " par celle de " FN manipulateur ". Le FN exprime beaucoup plus qu'il ne veut capter un état de l'opinion car pour capter, il lui faudrait pouvoir faire du clientélisme, de l'agitation dans la rue, des campagnes de presse. La caractéristique du FN c'est qu'il ne fait RIEN sauf qu'en effet il soigne les évolutions de son discours (comme tant d'autres). Le FN est un symptôme plus qu'une cause ce qui peut paraître une nuance sans importance. D'où le point suivant.

c) Là aussi je suis d'accord avec Evariste tout en formulant la question différemment : oui, Le Pen n'exprime pas une France gagnée par les idées racistes etc. etc. Il exprime surtout une France ordinaire qui généralement était invisible et qui souhaite rester invisible. Parfois raciste, parfois fatiguée, parfois apeurée, parfois simpliste, parfois ... Il s'agit d'une France politique (le vote Le Pen est le plus politique puisqu'il se fait uniquement sur des idées !) sensible à toutes les crises : de la démocratie, de la culture, de la religion, de la vie, de la laïcité ... et bien sûr il est sensible à la crise économique qui ne peut prendre la place de toutes les autres. Et il reste alors la France républicaine pour riposter ?

d) Les stratèges de Sarkozy ont compris qu'il fallait crever l'abcès et ils ont sorti le débat sur " l'identité nationale ". En effet, au coeur du dispositif de Le Pen, dans le discours modernisé ou pas, il y a LA FRANCE. Et malheureusement depuis 20 ans répéter " la réalité des valeurs républicaines ", parler " d'ancrage ", " de laïcité " ne peut pas suffire. En 1937 le philosophe Henri Lefebvre revenant d'Allemagne où il avait acquis la conviction que la guerre était inévitable écrivit : " Le nationalisme contre les nations ". Pour la gauche, le discours sur le drapeau, pas plus que celui sur la république, ne peut rendre palpable une nouvelle conception des nations dans le concert mondial actuel. C'est un chantier colossal quand on note que le mot " nationalisation " a été banni du discours politique parce qu'il a été dénaturé par Mitterrand. Les communistes préfèrent " propriété collective " ce qui nous conduit, je vous demande où. Beaucoup préfèrent dire seulement " non à la privatisation ". Nous avons à répondre politiquement à la France de Le Pen par autre chose que des bons sentiments. D'où ma conclusion.

e) Le Pen a trouvé la posture qui fait que tout le monde travaillant pour lui, il récolte sans avoir eu à semer. Et c'est prendre le sujet par le petit bout de la lorgnette que de pointer " certains militants de gauche " jouant ce rôle. Il faut passer au peigne fin l'ensemble des échecs successifs de SOS racisme à Ras l'front et d'autres. C'est le meilleur hommage à rendre à ceux qui livrèrent de tels combats qui peuvent alimenter notre réflexion. Par le combat anti-raciste ou anti-fasciste on n'a abouti à rien. Le symptôme FN nous révèle surtout que l'élection présidentielle est une machine de guerre contre la démocratie, que les médias sont une autre machine de guerre contre la démocratie, pas par la promotion qu'à un moment ils ont assuré à Le Pen ou à ses thèmes favoris, mais pour leur mode profond de fonctionnement. Ce symptôme démontre que la nation n'est pas dépassée, que le peuple est prêt à refuser le clientélisme classique. Il suffit de lui proposer des idées authentiquement cohérentes qui soient une alternative globale au simplisme du FN. Nous savons que 2007 ne sera pas le rendez-vous qui fera avancer la nouvelle force politique vraiment de gauche capable de porter un tel projet. Profitons en pour inverser les rôles. Et si enfin nous arrivions à faire travailler le symptôme FN, à la construction de ce projet qui bien sûr aurait besoin en son coeur de la laïcité. Henri Lefebvre y travailla sa vie durant : voilà pourquoi il proposa le droit à la différence DANS L'EGALITE. Le droit à la différence c'est du domaine du privé (face à l'uniformisation capitaliste) et dans l'égalité, c'est du domaine social (face au communautarisme qui est l'autre face du capitalisme féodal). Pourra-t-on un jour, comme le demandait le vieux Lénine, lutter sur les deux fronts ?

Amicalement.

Jean-Paul Damaggio

4.3 - Pour un droit à la différence universaliste

Cher Evariste,

Je partage ton analyse sur bien des points, mais j'apporterais quelques précisions : Pour le FN, cela fait longtemps que Le Pen cherche à capter les voix populaires en ayant 2 fers au fer. C'est une partie de la gauche, qui se considère héritière de droit du vote populaire, qui refuse de le voir. Cela fait bientôt 10 ans que le FN est le premier parti ouvrier de France, c'est-à-dire que c'est celui qui récolte le plus fort pourcentage de voix du milieu ouvrier (notion à redéfinir). On ne peut pas faire comme si on découvrait une nouveauté dans l'expression du FN et les votes qu'il récolte. Depuis longtemps, Le Pen tient un discours où sur la scène internationale il tend la main à l'Iran maintenant, et à Saddam il y a quelques temps (il était allé lui rendre visite après la première guerre du Golfe, si ma mémoire est bonne). En France, il est défenseur d'un assimilationisme outrancier, c'est-à-dire qu'il apprécie l'enfant d'immigré qui nie ses valeurs d'origine au profit de celles de la France. Dans ces conditions, il met en avant cette personne, comme il sait entretenir d'excellents rapports avec les harkis. Il est contre l'intégration et pour l'assimilation. C'est cette volonté d'être " plus blanc que blanc " de certains issus de l'immigration que Le Pen utilise dans ces rangs et met en valeur.

Ce qui m'amène à ma seconde remarque concernant le droit à la différence que tu sembles redouter. Le droit à la différence est un facteur d'intégration et permet à notre société d'intégrer les nouveaux arrivants sans les mouler dans un modèle de pensée et de comportement unique. Nous ne sommes heureusement pas tous de grands blonds catholiques de centre gauche hétéro marié avec 2 enfants etc. Le creuset de la société française est fait de diversité, et dans cette diversité, il y a la diversité de l'origine et de ce qu'elle a imprégné en nous. Ce qui est un apport enrichissant pour tous. L'important réside sur le niveau où la société intègre ce droit à la différence. Il faut être vigilant sur la place de ce droit à la différence. Le droit à la différence est un élément à l'intérieur de notre système républicain fondé sur les valeurs universelles et la laïcité. En aucun cas, ce droit à la différence ne peut s'échapper du cadre républicain, comme le veulent les intégristes, pour soumettre à ses exigences les valeurs et les droits qui nous sont communs. Dans ces conditions qui respectent le droit à la différence tout en l'intégrant comme un mécanisme consécutif de l'universalisme de notre société, nous maintenons une société riche de sa diversité mais refusant les communautarismes et l'enfermement en castes (de pensée, sociales, de comportement, etc.) qui en découlent.

Alain Callès

4.4 - Les Sarkozistes manipulent les chiffres du chômage

De Villepin ne manque pas d'air quand il ose affirmer que la droite a fait passer le taux de chômage de 10,1 % à 8,4 %. Ferait-il le jeu de Sarkozy ?

Le taux annoncé de 8,4 % est, d'abord, tout simplement faux. L'Insee ne publiera pas de chiffres officiels avant la présidentielle (on se demande bien pourquoi...) mais son équivalent européen (Eurostat) chiffre le taux de chômage dans notre pays à 8,8 % en février 2007.

De Villepin oublie surtout de préciser que le taux de chômage était de 8,9 % quand la droite Chirac-Raffarin-Sarkozy est arrivée au pouvoir en 2002 mais que c'est elle qui, ensuite, l'a fait monter à 10,1 % ! Pour parvenir à ce brillant résultat, elle avait supprimé les emplois-jeunes, contourné les lois sur les 35 heures, facilité les licenciements, freiner l'augmentation du Smic pour 80 % des salariés payés au salaire minimum.

De Villepin oublie aussi, mais faut-il vraiment s'en étonner, de préciser que le gouvernement de Lionel Jospin avait, quant à lui, créé 1,8 million d'emploi et faire reculer d'un million le nombre de chômeurs que la droite avait laissé lors de son départ précipité en 1997.

Il faut dire que pour faire baisser le chômage, la gauche avait fait exactement l'inverse de ce que préconisait les libéraux. Elle avait, tout d'abord, bénéficié d'une baisse de l'euro par rapport au dollar. Elle avait ensuite diminué le temps de travail à 35 heures (hélas pas dans toutes les entreprises). Elle avait, enfin, augmenté le Smic de plus de 3 % à plusieurs reprises.

Les libéraux préconisaient et préconisent toujours exactement l'inverse : un euro cher, l'augmentation de la durée du travail, le blocage des salaires. C'est ce que les gouvernements Raffarin et de Villepin ont mis en oeuvre. Le résultat est là. Le taux de chômage n'a pas reculé, il est (à 0,1 % près) le même que lors de l'arrivée de la droite au pouvoir en 2002.

Malgré l'augmentation accélérée des radiations administratives à l'Anpe. Malgré le curieux glissement de dizaines de milliers de chômeurs de la catégorie 1 de l'Insee (la catégorie du chômage "officiel") vers d'autres catégories. Malgré une évolution très favorable de la démographie (début du départ en retraite des baby-boomers et arrivée de "classes creuses" sur le marché du travail) qui fait qu'il suffisait de créer 50 000 emploi en 2006 pour commencer à faire reculer le chômage alors qu'il fallait en créer 250 000 chaque année entre 1997-2002 pour arriver au même résultat.

Un recul de 0,1 % du taux de chômage en 5 ans ! A ce rythme là, il faudrait 88 ans à la droite pour résorber le chômage !

C'est pourtant cette politique là que Sarkozy veut continuer, mais en pire !

Il refuse de revaloriser le Smic. Il veut augmenter la durée du travail et rendre le coût des heures supplémentaires moins cher que l'embauche. D'aucuns travailleront deux fois plus à la place de ceux qu'on aura pas embauché. Il veut ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Il veut cumuler emploi et retraite : ce qui est une façon de reconnaître que les retraites ne permettront plus de vivre mais aussi d'interdire l'accès à l'emploi à des centaines de milliers de jeunes.

Jean-Jacques Chavigné www.democratie-socialisme.org

4.5 - Le double corps de la reine Ségolène

- voter en faveur de Madame Royal : pourquoi pas ?[1] -

Au moment où notre vie publique semble saisie par la déraison, il n'est sans doute pas inutile de monter sur les épaules des géants : et si la figure des " deux corps du roi " pouvait encore éclairer notre imaginaire politique et combattre la déraison ambiante ?[2] L'idée du double corps du roi est, qu'à côté du corps périssable du monarque de chair, il existe un corps politique inaltérable, écho du corpus mysticum christique. Le fait que le peuple se substitue au roi ne change rien : tout est affaire de fiction, dont la seule qualité est de construire un monde vivable. Et si le corps de la reine, c'est-à-dire la réalité de l'image que les médias construisent autour de Ségolène Royal, ne devait plus être un sujet d'inquiétude ou de réflexions infinies ?

Il est possible que la personne de Ségolène Royal ne présente aucun intérêt sérieux d'ordre intellectuel ou politique. D'ailleurs, comme nombre de responsables politiques, Ségolène Royal dit, bien souvent, tout et son contraire : son voyage au Moyen-Orient montre l'extrême malléabilité de ce que l'on n'ose plus qualifier de discours politique. À part quelques généralités de politique intérieure, qui reflètent un certain état du socialisme libéral, la personne de Mme Royal est informe. C'est notre seule action politique de citoyens décidés qui peut donner quelque forme à ce corps informe[3]. C'est précisément là que la fiction de la souveraineté populaire nous apparaît pleinement dans sa capacité libératrice. Le corps politique, c'est-à-dire tous ces citoyens désireux de poser des actes sensés peut, en effet, informer le corps de cette possible souveraine élective. Le secret dernier du ressort du pouvoir politique n'est que le consentement des citoyens : à nous d'exister !

En revanche, la fascination d'une partie du peuple français pour des personnages charismatiques au tempérament autoritaire ne renvoie pas au modèle libérateur du double corps : Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen s'inscrivent dans le modèle de la royauté primitive du simple corps. L'autoritarisme, que l'on sent poindre dans les programmes politiques et les actes de ces deux personnages, ne laisse pratiquement aucun doute : en votant pour ces individus, certains Français, lassés et désespérés de la politique, abdiquent leur part de souveraineté pour s'en remettre à un chef qui les débarrasserait de cet ennui que constitue, pour eux, la chose publique. La droite charismatique est l'antinomie totale du désir politique du peuple, alors que l'élection de Ségolène Royale laisse possible l'événement politique.

Certains sophistes[4] objecteront que M. Bayrou ne s'inscrit pas dans cette droite autoritaire et charismatique qui signifie la fin de la politique. C'est oublier que M. Bayrou s'est associé à toutes les dérives répressives et néolibérales qui ont aggravé la dépolitisation du peuple français. C'est aussi oublier que l'improbable M. Bayrou doit largement sa récente existence politique à un mécanisme sociologique : la " prophétie auto-réalisatrice ". L'argument développé à l'envi est, à cet égard, que M. Bayrou, selon les sondages, est le mieux placé pour battre M. Sarkozy au second tour.

Notons d'abord que Corinne Lepage aurait pu sans doute faire aussi bien si la question avait été posée aux citoyens. Dès lors, il a suffi qu'un certain nombre de déçus de la politique, notamment des " socialistes de gauche " mus par un ressentiment compréhensible à l'égard de Ségolène Royal, aient confondu leur désir de punition avec l'évidence que cette même Mme Royale ne pourrait pas battre M. Sarkozy au second tour. Un autre paradoxe pourrait être souligné : les militants socialistes, qui ce sont le plus opposés à Mme Royal, n'ont cessé, à raison, de dénoncer l'idée fallacieuse selon laquelle il fallait choisir cette candidate parce que les sondages l'avaient déjà consacrée comme une victorieuse en puissance. Voilà donc ces mêmes militants, partisans d'une approche programmatique de la politique, qui en viennent à invoquer le rôle des sondages pour justifier de voter pour en faveur de cet avatar giscardien qu'est François Bayrou ! Le paralogisme du vote de gauche pour François Bayrou apparaît encore plus clairement, maintenant que les sondages sont en train mesurer une remontée de Ségolène Royal, la supposant ex-aequo avec Nicolas Sarkozy, ce néo-conservateur communautariste et belliciste. En réalité, les militants de gauche, qui appellent à voter en faveur de François Bayrou, sont fatigués de la politique spectacle, soucieux d'une politique exigeante : ils ne font que manifester leur désarroi sous une forme rationalisée. Souvenons-nous aussi, que le meilleur candidat désigné par les sondages était Michel Rocard en 1981 et que nous pouvons nous réjouir que le militants socialistes d'alors n'aient pas été soumis à la tyrannie de l'immédiateté sondagière et du panurgisme médiatique. Ces socialistes ont justement construit des édifices sociaux qui nous ont permis de résister à la vague néolibérale.

Le raisonnement qui précède pourrait finalement inciter à voter pour les nombreux candidats que compte la " gauche de la gauche ". Néanmoins, une telle conclusion n'a rien d'évident, car la gauche dite " anti-libérale " a montré son incapacité à s'unir sérieusement. Les personnes l'ont emporté sur le projet commun : pourquoi, dès lors, en dépit de certaines de leurs qualités intrinsèques, voter pour José Bové, Marie-Georges Buffet etc. ? Ne faudrait-il pas plutôt les sanctionner pour avoir failli à leur mission politique et avoir cédé à la pure quête de la gloire ? Certes, on pourrait objecter que le cas d'Arlette Laguiller et du candidat soutenu par le Parti des Travailleurs est différent. Cependant, la candidature à la présidentielle ne constitue pas, pour ces partis, un objectif, authentique : pour eux, la démocratie politique n'est que la superstructure du capitalisme. Ils font de la campagne présidentielle une sorte de forum qui n'a rien d'illégitime, mais qui est hors-sujet. Quelque imparfaite qu'elle soit, n'oublions pas que la démocratie politique doit être sauvegardée et que son principe même est antagonique du Capital.

Ainsi se profile une nécessité : voter pour Ségolène Royal au second tour. Et, peut-être même, une étrange et fascinante possibilité : la soutenir dès le premier tour ... Le plus important est de ne pas oublier que le corps politique a bien plus d'importance que le corps médiatique de Ségolène Royal et que, surtout, les élections présidentielles ne constituent qu'un moment parmi d'autre d'une vie politique. Finalement, il apparaît que l'urgence est à construire des institutions permettant de donner plus de sens à la vie politique institutionnelle, par exemple en revitalisant le Parlement et en élargissant le champ du recours au référendum. N'oublions pas que les rares promesses de Ségolène Royal, qui ne puisse rendre totalement incrédules, sont l'organisation d'un nouveau référendum sur l'Europe ainsi que sur la question nucléaire : voilà de bonnes occasions de revitaliser la vie politique !

Que vive le 29 mai 2005 !

Notes

[1] Je remercie Laurence Guého-Neyrat et Olivier Matras d'avoir donné quelque forme à ce texte.

[2] Voir E. Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi - Essai sur la théologie politique du Moyen Age, Paris, postface par Alain Boureau, Gallimard, 2000, notamment p. 810 sq. Il ne s'agit pas affirmer que cette théorie de la genèse de la construction de l'Etat en Occident est juste : elle doit être appréciée ici dans sa seule force suggestive.

[3] Avec Frédéric Neyrat, en 2000, nous écrivions : "Il nous faut (...) promouvoir le concept de peuple - mais un peuple rigoureusement asubstantiel (...) Aucun sondage ne peut révéler l'essence d'un peuple (...) il n'existe que comme sur-stance : rien ne le précède, qu'un acte, une ponctualité d'être, une praxis - dont le vote n'est qu'un cas parmi d'autres". Voir J. Maucourant, F. Neyrat, "La communauté politique contre le néocapitalisme", pp. 111-139, dans Werner Schönig ed., Perspectiven institutionnalischer Ökonomik, Münster, Lit.

[4] Il en est des brillants : voir Yves Guyet, "Socialistes de gauche, votons Bayrou !", mercredi 7 mars 2007 dans http://www.la-sociale.net/article.php3?id_article=259. Il va de soi que la présente critique de ce texte stimulant et révélateur, qui a provoqué la fureur des bien-pensants de gauche, n'est nullement animée par quelconque moraline !

Jérôme Maucourant Economiste, auteur d'Avez-vous lu Polanyi ?, La Dispute, 2005 ; il a coordonné, la même année, le numéro 49 de la revue Rue Descartes, avec Frédéric Neyrat du Collège international de Philosophie

4.6 - Mode d'emploi pour protester contre les machines à voter

http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0555

Nicolas Barset

4.7 - Aounit veut quand même se présenter à Aubervilliers

Après sa mémorable gifle pour l'investiture communiste de la 3e circonscription législative de Seine-Saint-Denis la semaine dernière (10% des voix des militants), le communautariste Mouloud Aounit ne semble guère perturbé par ce désaveu. Il se prépare en effet à annoncer sa candidature contre le candidat communiste officiel, " au nom de la diversité ".

La tâche lui sera sans doute ardue puisqu'il ne bénéficie du soutien d'aucune des trois sections communistes de la circonscription (aucune des deux sections d'Aubervilliers, ni celle de La Courneuve, celle du Bourget pourtant autrefois municipalité PC n'existant plus). Pas de quoi se montrer regardant sur les soutiens... Le groupuscule courneuvien " Union Sociale pour le Progrès ", fondé en 2006 par quelques ex-militants socialistes au terme d'une longue dérive communautariste est l'un de ses premiers " renforts ". Qui se ressemble s'assemble !

Pendant ce temps, le candidat communiste officiel vient d'essuyer plusieurs refus d'élues d'Aubervilliers qu'il pressentait pour être son suppléant. Comme à l'approche de chaque élection, il vient par ailleurs de relancer le projet de nouvelle mosquée à La Courneuve... que des difficultés et divergences feront retarder, pour sans doute resservir avant les municipales.

Respublica vous informera des suites de ce qui va devenir le feuilleton du printemps.

Jean Tessier

5 - débats républicains

5.1 - La nation, un concept républicain (suite)

Le concept de nation n'a pas toujours été clair pour les pratiquants de la langue française, avant ou après la révolution française de 1789. (cf dictionnaire de GUIZOT de 1822 lui donnant un sens d'origine ethnique par rapport à celui de peuple)Pourtant , le grand mérite de la révolution de 1789 fut de poser les bases du concept de nation dans une vision républicaine, la faisant sortir de toute notion d'origine ethnique.

Avant la révolution de 1789, la notion de nation avait ce sens d'origine ethnique, et à la Sorbonne on distinguait 4 nations présentes; celle de France, celle de Picardie, celle de Normandie et celle d'Allemagne. Les juifs présents en France étaient généralement considérés comme une nation.

C'est justement la volonté républicaine de créer une seule nation, quelque soit l'origine des uns et des autres, dans le peuple français, considéré comme le peuple vivant sur le territoire de la France.

La formule de Clermont Tonnerre à la Constituante en 1789 prend alors tout son sens "il faut donner tout aux juifs comme individu et rien aux juifs comme nation " C'est une volonté politique. C'est pour ça que dans la conception républicaine, c'est la république qui crée la nation et non l'inverse.

Les conséquences de l'application de ce concept sont multiples et il va falloir les aborder les unes après les autres.

La nation, construction politique ayant besoin d'un territoire défini dans lequel puisse exercer la politique de l'état-nation, a besoin de se situer dans les rapports qu'elle veut entretenir avec ses voisins proches ou lointains, et il est nécessaire alors d'aborder le patriotisme et ses dérives le nationalisme, le colonialisme, l'impérialisme, etc.., de même que les abandons de souveraineté (les traités), et les délégations de souveraineté (regroupements de type fédéral)

La nation a alors besoin de définir précisément les conditions de l'acquisition de la nationalité et de l'exercice de la citoyenneté (droit du sol, acquisition automatique, acquisition sur adhésion ou allégeance à l'état nation, conditions pour être électeur, etc.)

Sans compter bien d'autre conséquences à faire valoir si on choisit cette conception républicaine et laïque de la nation.

Il nous faut aborder tout cela pour avoir les idées claires

Valentin Boudras-Chapon

6 - courrier des lecteurs

6.1 - Un peuple qui en opprime un autre n'est pas libre

Mes salutations Evariste,

Les symboles de l'histoire nationale ne peuvent être confondus avec les responsables politiques. Doit on pour toujours cracher sur le PS (exSFIO) et le Pc, qui ont voté les pouvoirs spéciaux pour réprimer la volonté du peuple algérien à être libre !

A l'époque la vraie France s'exprimait contre eux : les jeunes rappelés tiraient le signal des trains qui les emmenaient à Marseille pour aller réprimer les indépendantistes algériens. Les réfractaires se sentaient-ils moins Français ? A peine plus de dix ans de la "Libération". Une voisine me disait :" Qu'attend le parti communiste pour appeler les mères à s'opposer au départ de leurs enfants faire la guerre en Algérie".

Marx disait " un peuple qui en opprime un autre n'est pas libre". J'en ai toujours été convaincu et lorsque je "portais les valises" je ne me suis jamais pensé comme la "mauvaise France" mais comme un combattant pour une France libérée de la bourgeoisie qui la jetait dans la boue. Les résistants donnaient leur vie pour la liberté de leur pays donc sur la voie de l'internationalisme, pas pour en opprimer un autre. Etaient-ce eux qui donnaient l'image de la France ou les pétainistes qui les fusillaient ?

Cela dit on doit en même temps dénoncer les "libérateurs bottés". Robespierre était "contre la guerre" faite aux autres peuples ! Ce sont ceux qui voulaient étouffer la République qui l'ont poussé aux guerres qui seront plus tard le lit de Napoléon qui en finira avec la République...

Gilbert Marquis

6.2 - L'identité de la France en Europe ni évidence, ni sujet tabou.

Si j'ai voté non au référendum sur l'Europe, c'est que je ne pouvais plus admettre la misère du débat politique en France.

Ma recherche sur mon identité personnelle, le " Connais-toi toi-même " de Platon, n'est rien sans les autres, est insignifiante séparée de ma communauté d'appartenance, la Communauté française. L'Histoire de notre Communauté n'est pas un long fleuve tranquille, mais c'est en elle que nous nous reconnaissons, c'est elle qui nous a fabriqués comme nous sommes, individualistes et fiers de l'être, mais passionnés par la politique, par notre " res publica ".

Ce qui était inadmissible, c'était ce triste théâtre d'oppositions artificielles qu'était devenu notre " préau national ". L'alpha et l'oméga du débat public était supposé être contenu dans l'opposition gauche/droite, alors que chaque camp était d'accord pour éliminer les sujets " non conformistes ", c'est-à-dire des sujets qui auraient fait voler en éclats les clivages ritualisés. Des sujets tabous. Polémique-t-on sur des " évidences ", comme aurait dit JOSPIN ?

Evidente était l'identité nationale. On l'a bien vu pour la loi d'interdiction du voile à l'école, votée à une écrasante majorité. On l'a bien vu aussi pour le référendum sur l'Europe ou majorités de droite et de gauche ont ensemble préconisé le vote OUI, voulant priver les citoyens d'un débat espéré, comme s'il était " évident " d'aller vers n'importe quelle Europe, celle en tous cas dont on ne débattait jamais, puisque le cléricalisme politicien en avait décidé ainsi.

Il y avait donc consensus entre les grands appareils électoraux pour laisser Le Pen monopoliser, à sa sauce nationaliste, les questions d'identité nationale.

Ségolène est en train, me semble-t-il de bousculer les lignes.

S'est-elle remémoré les paroles de JAURES ? " Un peu d'internationalisme éloigne de la nation, beaucoup y ramène ". Peut-être. En tous cas, par leur NON, les Français ont " taclé " leur classe politique le 29 mai 2005, leur rappelant la citation de leur célèbre devancier.

Ségolène semble l'avoir intégré.

" Tenir les deux bouts de la chaîne, l'identité nationale et l'Europe. D'un côté, Ségolène Royal vante les symboles de la nation, la Marseillaise et le drapeau, façon, selon elle, de raviver la "fierté" d'un peuple traumatisé par les effets de la mondialisation ; de l'autre, la candidate socialiste souhaite organiser un nouveau référendum sur le fonctionnement de l'Europe, au plus tard le jour des élections européennes, le 14 juin 2009. "Les deux sont étroitement liés, assure-t-elle. C'est parce qu'on est au clair sur nos valeurs que l'on peut considérer d'autant plus avoir besoin de l'Europe."

C'est ainsi que la journaliste du Monde rapporte les déclarations au cours de la réunion où Jacques DELORS a apporté son soutien à la candidate.

" C'est moi la candidate, c'est sur moi que reposent les responsabilités. Je serai responsable de ce qui arrivera "

Voilà une solide profession de foi " gaullienne " à laquelle nous n'étions plus habitués de la part de ceux qui prétendaient nous gouverner.

Et pourtant ne sont-ce pas des " évidences " ?

Michel CATUHE

6.3 - Désaccord sur l'Europe, d'accord sur La Marseillaise

Oui, bravo encore une fois (ce n'est que mon 2e courrier), car je préfère insister sur ce que j'apprécie que sur ce que je déteste...

Tout de même, pour clarifier et seulement en préambule, je n'ai pas aimé le parti-pris anti TCE d'une récente chronique, et les thèses qui le sous-tendent : en gros, je les comprends comme: "on peut se passer d'Europe, puisque les autres ne veulent pas la même que nous", et moi je prétends qu'il vaut mieux une assez médiocre Europe, même libérale, que de très bonnes guerres mondiales, tout à fait étatiques, et que celles-ci ne sont pas derrière nous contrairement à ce que de jeunes camarades du PS qui ont voté "non" me soutiennent.

A ce sujet, et débat clos avec ceci en ce qui me concerne, quand 55% des Français votent (quelles que soient les raisons) dans un sens, 55% des Français votant dans l'autre sens peuvent le défaire, et je ne crois pas que ce soit ne pas respecter les Français que prétendre leur soumettre un nouveau projet en référendum (thèse développée et répétée à l'envi dans votre Spécial Europe): par contre, M. Sarkozy, proposant de ne pas passer par référendum, montre bien là les limites de son esprit "démocratique" par contraste avec tous ses opposants...

Mais bref, chacun a droit à ses propres parti-pris, et je ne prétends pas que ma logique s'impose à tous, pas plus que je n'admets sans débattre celle de mes opposants !

Et diable, que votre chronique de ce n524 sur la Marseillaise est belle !! J'en ai eu les larmes aux yeux, sans doute parce que j'ai suivi à peu près la même évolution que vous (en moins tranché, disons..) et que venant de (re)lire le "A demain de Gaulle" de Régis DEBRAY, je trouve que lui était plutôt un peu en avance sur le reste de la gauche, et qu'il est temps que, pour redevenir de vrais bons Européens (cf. ci-dessus), nous redevenions de vrais bons Français...

Amicalement et sincèrement,

Thierry Laurent

7 - A lire

7.1 - " Ma France laïque ", de Sophia Chikirou

Editions de la Martinière 215 pages Février 2007 14,90 Euro

La laïcité pleine et entière nous permet de mieux vivre ensemble et de ne pas rester enfermés, voire prisonniers d'une communauté.

Sophia Chirikou, militante socialiste revient sur les principes inhérents à la laïcité pour les expliquer et développer sa conception.

C'est un apport original qui s'appuie à la fois sur une expérience et à la fois sur des définitions précises de certains concepts, le tout dans un style accessible.

L'auteure s'en prend à certaines notions galvaudées.

Elle refuse le " politiquement correct " et choisit d'attribuer aux mots leur véritable sens.

" Pour être pleinement citoyen, il faut pouvoir investir trois champs qui s'articulent : le champ juridique-posséder des droits et avoir des devoirs; le champ politique-les citoyens fondent le pouvoir politique; et le champ symbolique-les citoyens font corps au sein de la communauté nationale "

Refusant le républicanisme et le communautarisme, elle propose une autre voie qui " organise la diversité dans le cadre défini par la loi commune "...

C'est une approche intéressante qui va à l'encontre d'une laïcité dite ouverte.

Elle prône ainsi la reconnaissance des appartenances culturelles " dans le cadre d'une culture politique partagée "...

L'association de culture berbère qu'elle co-anime dans le 20ème s'adresse à toute la population locale, sans distinction d'origine.

L'intérêt général prime sur l'intérêt de groupe et la communauté d'appartenance ne mène pas au communautarisme, elle n'est qu' un ferment d'intégration.

Il s'agit non de défendre les intérêts d'une communauté " mais bien au contraire de tisser des liens pour mieux comprendre les identités à travers ce qui est commun à tous. "

Pour l'auteure, militante convaincue, la laïcité à géomètrie variable conduit droit au mur.

D'autres revendications auraient surgi : " la justification des mariages forcés par la coutume, la remise en cause du droit à l'avortement pour certaines communautés... "

L'auteure met en cause le culte de la différence " communautarisante " et l'identification " colorielle ".

Comme Gaston Kelman et quelques autres personnalités qu'elle interroge, elle ne veut plus que l'on parle de deuxième ou de troisième génération: " Il s'agit de faire comprendre que la couleur et le faciès ne sont pas des déterminants identitaires ".

Les racistes d'un côté et les " indigènes de la République " de l'autre en prennent pour leur grade.

La langue de bois est absente et l'auteure ne protège pas ses amis politiques, elle affirme son opposition au populisme et propose que l'on mène une politique claire visant à l'éradication de l'exclusion sociale.

C'est un livre grand public qui nourrit la réflexion et non un pensum philosophique pour initiés.

Jean-François Chalot

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