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Courrier d’un lecteur sur l’éditorial de ReSPUBLICA sur la mort de Navalny et notre réponse

Image par Daniel de Pixabay

Bonjour,

Etonnant de parler « d’assassinat » de Navalny avant d’avoir la moindre information sur sa mort !

Que son régime de détention constitue un élément important de son décès, c’est assez évident. Qu’il ait été assassiné reste encore à prouver. Il est toujours utile d’avoir un peu de recul pour vérifier la véracité des faits. 

D’autre part, faire de Navalny un emblème démocratique de la lutte contre Poutine (comme le font les dirigeants occidentaux) est un peu simplificateur au vu de son parcours : militant d’extrême droite, xénophobe et bien intégré au système. C’est vrai que depuis quelques années, il avait viré libéral, pro-occidental, étant même pour l’intégration de la Russie dans l’UE et l’OTAN (de quoi effectivement être en opposition avec Poutine !). Il avait même appelé à voter Macron…

Je trouve qu’il serait utile de donner l’ensemble des faces de Navalny, et cela n’excuse en rien Poutine de sa responsabilité.

  Un lecteur

Notre réponse

Tout d’abord, merci cher lecteur de votre fidélité et de votre commentaire.

Votre critique est importante, car elle met en cause notre méthode d’analyse éditoriale.

La rédaction de ReSPUBLICA, sous la signature d’Évariste, a effectivement utilisé le terme d’assassinat politique pour qualifier la mort d’Alexeï Navalny… Or, il est vrai que notre journal en ligne n’a pas la possibilité de visionner les enregistrements des caméras de surveillance du centre carcéral de Sibérie où était emprisonné cet opposant politique à Poutine… si encore ces éventuels enregistrements fournissaient une preuve définitive des causes de sa mort !

Toutefois, nous maintenons notre affirmation. Car nous considérons que le gouvernement russe a endossé politiquement la mort de Navalny et en a fait un « signe », un avertissement stratégique.

Pour démontrer notre méthode d’analyse et expliquer notre position, nous allons considérer un très court instant comme vraie la possibilité de la « mort accidentelle » de Navalny. Cette hypothèse, vous en conviendrez très hautement improbable, devient donc dans notre démonstration ci-dessous notre axiome de raisonnement.

Dans ce cas de figure théorique de « disparition accidentelle » de l’opposant politique, il est absolument démontré que le gouvernement russe et son administration ont choisi délibérément d’annoncer cette mort le 16 février… alors même que rien ne l’obligeait à le faire. Navalny est décédé dans un espace carcéral sous son administration, et la date et l’heure de son décès sont donc invérifiables par quiconque.

Or, comme vous le savez, le 16 février était la date de signature de deux traités d’assistance militaire, l’un entre l’Ukraine et l’Allemagne et l’autre entre l’Ukraine et la France. Voilà pour le jour choisi pour cette annonce russe. ReSPUBLICA ne disposait pas d’éléments sur l’heure de la diffusion de la dépêche de presse de Moscou au moment de la rédaction de notre éditorial. Mais depuis, ces informations ont été données notamment par le journal Le Monde dans son édition du 19 février : l’annonce a été faite « juste une heure avant l’ouverture de la Conférence de Munich sur la sécurité ». Notons que l’épouse et future veuve de Navalny y a pris la parole à la tribune.

Ainsi, le gouvernement russe a choisi délibérément, suivant notre axiome de raisonnement, d’utiliser la « mort accidentelle » de Navalny pour en faire une sorte d’objet politique. Il a donc endossé le fait que cette mort puisse être considérée comme une volonté délibérée de la Russie en guerre. Car rappelons que nous sommes en guerre et que toutes les informations du côté russe comme du côté occidental d’ailleurs sont soumises aux impératifs politico-militaires de la période. Toute information est aussi une arme dans la conjoncture actuelle.

Dans cette hypothèse admettant la « mort accidentelle » de Navalny comme axiome, celle-ci s’est transformée politiquement en un assassinat politique endossé par Moscou à la face du monde, par le jour et l’heure de l’annonce de l’information de ce décès.

Donc, quelles que soient ses circonstances, la mort de Navalny est aujourd’hui à considérer sur le plan politique international comme un assassinat par le gouvernement russe, car celui-ci l’a « endossé ».

Sur l’autre point de votre commentaire critique, c’est-à-dire sur « l’emblème démocratique » que constituerait ou non, la trajectoire politique de Navalny, ReSPUBLICA n’a émis aucun avis dans son éditorial.

Nous avons simplement signalé que le président des États-Unis, Joe Biden, avait déclaré qu’il était « sous protection américaine ». Navalny devenait par là même un « signe stratégique » des relations américano-russes, et plus généralement des rapports de l’OTAN avec Moscou. Sa mort est donc « un signe » politique en soi, indépendamment de la carrière politique de Navalny.

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