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Radicalisation de la lutte des classes, de part et d’autre

Comme nous l’avons affirmé depuis longtemps dans ReSPUBLICA, la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale) se trouve au cœur de l’affrontement de classe, car c’est ce qui reste du secteur socialisé français. Dans cette sphère, la Sécurité sociale (dont le budget pèse 570 milliards d’euros soit 25 % de plus que le budget de l’État) est le premier budget humain. Et quand on parle des retraites, il s’agit de 350 milliards d’euros. C’est, en termes de protection des citoyens tout au long de la vie, l’un des principaux conquis sociaux des travailleurs. ReSPUBLICA a déjà analysé les séquences précédentes du primat de la lutte des classes (voir : https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/penser-pour-lapres-7-mars-2023-les-debats-indispensables-a-mener/7433330), condition nécessaire pour fédérer une large majorité du peuple français.

Forte radicalisation de la grande bourgeoisie française

Nous avons aussi montré que la radicalisation de la grande bourgeoisie française était largement sous-estimée (voir : https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/une-fois-de-plus-les-principes-de-la-republique-sociale-sont-bafoues/7433414). Nous avons vu depuis une semaine un nouveau développement de cette radicalité. Nous parlons de radicalité de la grande bourgeoisie française et non de radicalité du président Macron, car le second n’est qu’au service des premiers nommés. Aussi, il était inutile d’attendre le mercredi 13 heures pour écouter le président Macron, il a suffi d’écouter ou de lire la veille le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (publié par le site du journal Les Echos le 21 mars à 18 h 48) pour entendre la ligne de conduite donnée par le Medef au président de la République : « Les prochaines réformes devront s’appuyer sur une méthode différente ». Autrement dit, la destruction des conquis sociaux doit continuer, mais avec des procédés différents. Bien sûr, car en dehors des lois de finances et des lois de financement de la sécurité sociale, le gouvernement n’a le droit qu’à une seule utilisation du 49-3 par session. Donc, il faut comprendre qu’il y aura moins de lois et plus de décrets et d’utilisation de la voie réglementaire pour ne pas passer par le Parlement…

Voilà pourquoi le président de la République a choisi de parler à 13 heures et non à 20 heures mercredi dernier : il a parlé à sa base minoritaire, notamment aux retraités et plus généralement à ceux que l’Insee appelle les « inactifs ». Il a tenu compte du fait que la grande majorité des actifs et surtout des couches moyennes intermédiaires et de la classe populaire ouvrière et employée étaient hostiles à sa réforme des retraites.
Voilà pourquoi il a fustigé les « factions et les factieux », les Français qui ont pris de mauvaises habitudes par leur accoutumance accentuée dans la période du coronavirus à gagner de l’argent sans travailler, et qui refusent désormais un appel à l’effort que la situation du pays exigerait pourtant(1)300 000 emplois non pourvus face à plus 6 millions de privés d’emplois, accentuation en outre de la précarité des emplois et de leur pénibilité, stagnation des salaires et aujourd’hui baisse des salaires réels à cause de l’inflation, notamment pour les métiers « essentiels », plus de 200 milliards par an d’aides aux entreprises sans contreparties.

Voilà pourquoi il a laissé entendre que les syndicats étaient inutiles puisqu’ils refusent de formuler des propositions(2)Alors que ces propositions existent, mais ce sont des propositions favorables à la majorité du monde du travail..

Voilà pourquoi il a laissé entendre que la majorité du peuple ne comprenait pas les réalités et l’intérêt du pays(3)Un comble, venant de celui qui considère notamment que ceux « qui ne sont rien » n’ont qu’à traverser la rue pour trouver un emploi et à en changer s’ils sont fatigués..

Voilà pourquoi il a justifié que parmi les manifestants, quelques excités se livrent à des exactions qui nécessitent un renforcement des forces de police et de justice (avec même un couplet sur l’armée)(4)Reçu 5 sur 5 par le ministère de l’Intérieur qui a repris certains éléments de l’ancienne doctrine Lallement dès la journée du 23 mars..

Voilà pourquoi il a largement défendu le gouvernement représentatif anti-démocratique (voir :https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/une-fois-de-plus-les-principes-de-la-republique-sociale-sont-bafoues/7433414)) qu’il appelle à tort démocratie représentative.

Voilà pourquoi nous appelons à combattre ce gouvernement représentatif anti-démocratique par la démocratie d’une République sociale avec ses conditions indispensables(5)Ces conditions sont avant l’application du suffrage universel, la libre proposition au corps politique des citoyens de l’ensemble des propositions émises (ce qui est aujourd’hui possible par les voies électroniques et papier) et surtout le débat argumenté entre ces propositions dans des initiatives ad hoc mais aussi après le moment électoral, le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire à mi-mandat pour que le corps politique des citoyens garde la souveraineté sans perdre ses éléments de souveraineté entre deux élections. Bien évidemment, il convient aussi de revenir à une république sociale avec une nouvelle constitution..

Radicalisation de la classe populaire ouvrière et employée, des couches moyennes intermédiaires et de la jeunesse

Parallèlement à la radicalisation de la grande bourgeoisie au pouvoir, les couches populaires se sont également radicalisées. La mobilisation du 23 mars en porte-témoignage et cette fois-ci partout en zones rurales, zones périphériques et même dans les grandes villes-centres. Le regain de mobilisation montre que le peuple est prêt à la continuation du mouvement social.

Le regain de mobilisation montre que le peuple est prêt à la continuation du mouvement social.

Comme le peuple a tranché que la centralisation de la lutte de masse soit confiée à l’Intersyndicale et pas aux partis politiques (voir : https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/19-janvier-2023-un-tournant-vers-une-nouvelle-sequence-favorable-au-monde-du-travail/7432975), l’Intersyndicale a mené cette centralisation là où on en est le 23 mars 2023. Les militants en pointe de l’efficacité dans la radicalisation de la lutte de masse sont principalement les militants syndicaux de base.

À l’étape où nous en sommes du mouvement social, l’entrée dans la danse de la jeunesse est un point fort positif. Plutôt absente en janvier et février sauf une partie de la jeunesse ouvrière, et c’est compréhensible sur un sujet tel que les « retraites », les étudiants, lycéens et jeunes travailleurs dans la vingtaine ou trentaine déferlent maintenant en masse dans les cortèges, participent aux actions de blocages et sont à l’initiative des « manifs sauvages » presque toutes les nuits. C’est un renfort très important et au bon moment !
Cependant, malgré la poussée de la mobilisation du 23 mars, il n’y a pas eu massification du processus de grève par rapport aux mobilisations antérieures. Car on ne peut pas uniquement compter sur des grèves par procuration, même avec le soutien de l’opinion publique, quand on a en face une grande bourgeoisie qui a compris qu’elle avait besoin de se radicaliser encore plus avec la perspective ultime d’une grande union des droites.

La perspective d’une grève massive, de blocages des flux coordonnés et centralisés serait pourtant nécessaire, mais ne se décrète pas.

On peut comprendre les raisons de cette résistance à la massification de la grève : inflation, importants secteurs non couverts par une syndicalisation minimale, et ceux qui sont d’accord, mais qui n’y croient pas. La perspective d’une grève massive, de blocages des flux coordonnés et centralisés serait pourtant nécessaire, mais ne se décrète pas.

Pas de changement de ligne stratégique de l’Intersyndicale

L’Intersyndicale a décidé de ne pas changer de ligne stratégique. Elle laisse les bases syndicales durcir ici et là leurs actions via des reconductibles et des actions territoriales diverses. Et elle annonce une nouvelle journée de grève interprofessionnelle mardi 28 mars. Nous sommes critiques de ce manque d’innovation. La multiplication de journées hebdomadaires de grèves sans perspective d’une montée des enjeux nous paraît dangereuse. Nous aurions préféré l’organisation d’une montée nationale sur Paris sans attendre l’avis du Conseil constitutionnel sur la demande de la censure complète de la loi sur les retraites et l’autorisation du référendum d’initiative partagée.

Forts de la poussée mobilisatrice du 23 mars, la montée nationale puissante nous paraissait possible. Tout jouer sur la censure par le Conseil constitutionnel, c’est jouer gros et si le référendum d’initiative partagée peut faire gagner du temps, la procédure est longue et difficile (4,7 millions de signatures officielles) et elle peut ne pas déboucher sur un référendum si le Parlement s’en saisit dans les 6 mois qui suivent.
Cela dit, nous serons mobilisés le 28 mars tout en défendant dans les assemblées syndicales la nécessaire montée des enjeux pour gagner selon la proposition ci-dessus. Parallèlement, nous continuerons à fournir des intervenants à toute demande de formation et d’éducation populaire sur les sujets liés à la lutte sociale de la séquence (Sécurité sociale, retraites, démocratie, analyse de la situation sociale et politique, etc.). Nous avons déjà répondu présents dans une trentaine d’initiatives depuis le début de l’année.

Et où en est l’opinion publique ?Le sondage IFOP-JDD a posé la question les 20 et 21 mars 2023 d’un vote éventuel au premier tour des législatives en cas de dissolution :

Ce sondage montre que c’est le RN qui a marqué des points pour le premier tour et que c’est l’extrême centre macroniste qui ferait les frais d’une dissolution, car reculer de près de 5 % au premier tour peut faire perdre de 50 à 100 députés. Ce premier tour donne du grain à moudre aux partisans de l’union des droites en version italienne. Nous reviendrons ultérieurement sur nos tâches politiques en vue d’une gauche de gauche.
C’est pas gagné, mais c’est notre challenge !

On se mobilise jusqu’au retrait !

Notes de bas de page[+]

Notes de bas de page
1 300 000 emplois non pourvus face à plus 6 millions de privés d’emplois, accentuation en outre de la précarité des emplois et de leur pénibilité, stagnation des salaires et aujourd’hui baisse des salaires réels à cause de l’inflation, notamment pour les métiers « essentiels », plus de 200 milliards par an d’aides aux entreprises sans contreparties.
2 Alors que ces propositions existent, mais ce sont des propositions favorables à la majorité du monde du travail.
3 Un comble, venant de celui qui considère notamment que ceux « qui ne sont rien » n’ont qu’à traverser la rue pour trouver un emploi et à en changer s’ils sont fatigués.
4 Reçu 5 sur 5 par le ministère de l’Intérieur qui a repris certains éléments de l’ancienne doctrine Lallement dès la journée du 23 mars.
5 Ces conditions sont avant l’application du suffrage universel, la libre proposition au corps politique des citoyens de l’ensemble des propositions émises (ce qui est aujourd’hui possible par les voies électroniques et papier) et surtout le débat argumenté entre ces propositions dans des initiatives ad hoc mais aussi après le moment électoral, le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire à mi-mandat pour que le corps politique des citoyens garde la souveraineté sans perdre ses éléments de souveraineté entre deux élections. Bien évidemment, il convient aussi de revenir à une république sociale avec une nouvelle constitution.
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