L’approche du changement climatique doit se décliner selon différents domaines qui interfèrent entre eux : l’accès à l’eau potable, l’irrigation, l’habitat, l’urbanisme, la chaleur, tout comme le froid, les incendies à répétition…
L’accès à l’eau potable et l’irrigation
Il semble qu’au-delà de la « guerre de l’eau », avec des conflits d’intérêts et d’usage, il y ait une guerre contre l’eau, qui nie les lois universelles de la nature, son accès, son cycle, sa potabilité. Le plan « eau » initié par l’Élysée en 2023 proposait 53 mesures pour faire face à la réduction de 10 à 40 % des ressources en eau d’ici quelques décennies :
- baisse progressive des prélèvements en eau ;
- tarification progressive de l’eau pour inciter les usagers à en limiter la consommation ;
- réutilisation des eaux usées ;
- résorption des fuites d’eau (un litre sur cinq serait perdu du fait des fuites dans les réseaux) ;
- conditionnement des mégabassines à des changements dans les pratiques agricoles ;
- …
Le défaut d’un tel plan réside dans une absence de volonté de changer fondamentalement les usages actuels et dans une foi en des solutions technologiques qui relève de la pensée magique.
Le défaut d’un tel plan réside dans une absence de volonté de changer fondamentalement les usages actuels et dans une foi en des solutions technologiques qui relève de la pensée magique. Les nouvelles technologies nous permettraient de continuer comme si de rien n’était et de ne rien modifier de nos us et coutumes souvent délétères. Ce plan ne permet pas de changer de cap par rapport à des décennies d’aménagement du territoire, de bétonnisation des cours d’eau et de modification de leur tracé naturel, de priorité donnée à l’agriculture intensive, de suppression des zones humides et des prés qui font éponges, d’artificialisation des sols, de transformation des forêts en source de profit…
La question du partage de l’eau entre usagers différents (industriels, agriculteurs, particuliers ou ménages…) se couple avec le choix entre agro-industrie très gourmande en eau et agriculture paysanne. L’usage de la force comme à Sainte-Soline(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-combats/respublica-combat-ecologique/on-ne-dissout-pas-un-soulevement-ou-40-voix-pour-les-soulevements-de-la-terre/7434300. ne règle aucun problème et surtout ne remet pas en cause l’accaparement de l’eau par une minorité.
La « gouvernance de l’eau » est une sorte de démocratie avec des agences et structures locales qui se coordonnent avec des directives nationales. Il faudrait renforcer et diversifier les représentativités. La réalité montre que les lobbies économiques mus par des calculs intéressés sont surreprésentés par rapport à quelques-uns qui défendent l’environnement. La proposition de LFI d’organiser le territoire en écorégions en fonction des bassins versants ou hydrographiques n’est pas dénuée d’intérêt. Est-ce que cela, pour autant, devrait se substituer à l’organisation actuelle, en partie fondée sur des solidarités historiques, des réalités culturelles diverses ? C’est aller un peu vite en besogne, comme le pense le géographe Frédéric Giraut dans Le Monde(2)https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/22/le-geographe-frederic-giraut-reagit-aux-ecoregions-promues-par-jean-luc-melenchon-le-bioregionalisme-ne-peut-penser-la-question-urbaine-et-migratoire-autrement-qu-en-termes-negatifs_6729986_3232.html..
Précisons que l’agriculture intensive n’est pas l’unique accaparatrice de l’eau. Les industriels, tels que Nestlé, qui exporte des bouteilles à l’autre bout de monde, Veolia, qui confisque la nécessaire dépollution sous le prisme du seul argument technique, les Datacenters, qui consomment énormément d’eau d’une excellente qualité, sont également en cause.
Sortir de la pensée magique des techniques pour des solutions pérennes
Il apparaît crucial de s’orienter vers une agriculture paysanne moins gourmande en eau, utilisant des méthodes respectueuses de l’environnement, des paysans, des consommateurs.
Une bifurcation écologique s’avère nécessaire, qui tourne le dos à l’artificialisation des sols, des berges, à l’agro-industrie, à la suppression des haies et des zones humides afin que l’eau reste dans les sols le plus longtemps possible. Il apparaît crucial de s’orienter vers une agriculture paysanne moins gourmande en eau, utilisant des méthodes respectueuses de l’environnement, des paysans, des consommateurs. Un choix de société s’impose : croissance économique mortifère, incontrôlée, ou habitabilité de notre monde ? Pouvons-nous continuer à soutenir un modèle économique fondé sur des subventions à l’agriculture qui dégrade notre milieu de vie et coûte, selon les estimations, entre 45 et 49 milliards d’€ par an pour réparer ou limiter les dommages causés en termes de biodiversité, de santé publique ? Cet argent ne serait-il pas plus utile au soutien d’une agriculture paysanne vertueuse afin de nous libérer d’un modèle ultralibéral, productiviste et mortifère ?
Logements, habitat, lieux de travail : climatisation ?
C’est un sujet brûlant, sans jeu de mots, qui montre l’injustice sociale criante selon que l’on habite dans un immeuble peu isolé avec une aération inefficace, voire impossible (surtout si l’appartement est non traversant) ou dans une maison individuelle isolée entourée d’un jardin pouvant faire office de puits de fraîcheur.
La polémique enfle entre ceux qui prônent la climatisation à tout va et ceux qui n’en veulent pas. La climatisation généralisée engendre forcément une aggravation de la canicule en extrayant des logements la chaleur qui va se concentrer dans les rues, sans compter l’aspect très énergivore. Évidemment, il est des lieux comme les hôpitaux où l’urgence exige la mise en place de climatisation.
Pourtant, des solutions moins énergivores, plus rationnelles existent, comme le puits canadien ou provençal. Elles consistent à creuser des canalisations à 3 ou 5 mètres de profondeur où la température se maintient à 15 degrés. Une double aération permet de faire entrer de l’air à 15 degrés. En été, cela rafraîchit et, l’hiver, cela nécessite moins d’énergie pour arriver aux 20 degrés recommandés. Ces solutions supposent de disposer de grandes surfaces en sous-sol autour des lieux de vie. Les cours des écoles, les grandes aires de stationnement autour des usines, des salles de sports, des espaces de loisirs… sont adaptées.
L’isolement qui permet de maintenir la chaleur en hiver et d’éviter l’entrée de la chaleur en été durant les heures de hautes températures jusqu’à ce que l’on puisse ouvrir les fenêtres à la fraîche est une mesure indispensable.
Fonds vert : signal négatif du gouvernement
Le PNACC3 (Plan national d’adaptation au changement climatique V3) ou « fonds vert » semble répondre en partie aux besoins. Cependant, il est passé de 2,5 milliards d’€ en 2025 à 837 millions en 2026 et sera rabaissé à 634 millions en 2027. Pourtant, ce « fonds vert » a permis aux communes de rénover les bâtiments publics avec plus de mille projets réalisés et 59 % d’économie d’énergie à la clé. Il a permis de mettre en œuvre des projets de « renaturation » des cités avec plus de 800 réalisations qui sont autant de puits de fraîcheur. Comment les communes vont-elles faire face aux problèmes des locaux scolaires, qui sont trop souvent des enfers caniculaires ?
Urgence agricole : la grande régression et la montée en puissance de la pensée techniciste et magique
Ce texte est une régression, notamment en ce qui concerne la réintroduction de deux néonicotinoïdes et le doublement des volumes de stockages (méga-bassines) sujets à controverse, mais exigés par la FNSEA et la Coordination agricole.
Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles entend contribuer à la reconquête de la souveraineté alimentaire française. C’est un bel objectif, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est bien le cas de cette loi. La méthode a été celle de la procédure accélérée. En un mois, le texte a été adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat(3)https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/textes-legislatifs/la-loi-en-clair/urgence-agricole.html. Ce texte est une régression, notamment en ce qui concerne la réintroduction de deux néonicotinoïdes et le doublement des volumes de stockages (méga-bassines) sujets à controverse, mais exigés par la FNSEA et la Coordination agricole.
Les retenues d’eau sont jugées vitales par la FNSEA, alors que seuls 7 % des surfaces agricoles sont irriguées(4)France 24 : https://www.france24.com/fr/france/20260722-france-loi-d-urgence-agricole-securise-eau-production-detriment-autres-usagers.. Ces méga-bassines ne constituent pas une solution à long terme, car rien ne dit que les nappes phréatiques vont se reconstituer suffisamment. La modification de la « gouvernance de l’eau » renforce la priorité donnée à l’« usage agricole » au détriment des autres usages. Ces ouvrages de retenue coûtent excessivement cher, même si 80 % sont à la charge de l’État.
La réintroduction des deux pesticides, acétamipride et flupyradifurone, est un déni de démocratie, notamment parce que cette mesure n’a pas été débattue sur le fond à l’Assemblée nationale. En outre, la loi Duplomb avait mobilisé 2,1 millions de pétitionnaires contre elle. Avec la nouvelle gouvernance de l’eau faisant la part belle aux lobbies de l’agro-industrie, les alternatives vertueuses seront laissées de côté et l’accès à une eau potable sans dépassement du seuil de concentration en micropolluants risque d’être difficile. Cela va augmenter le coût de l’eau potable en obligeant les acteurs de la distribution à la traiter en amont afin de rester sous les seuils. Le gouvernement semble opter pour l’abandon des captages trop pollués. Près de 4 000 captages ont été fermés en France entre 1980 et 2020.
Effets délétères de l’acétamipride et du flupyradifurone : syndrome européen
Moins-disant social et moins-disant écologique vont de pair.
Ces deux pesticides ont un effet mortifère pour les abeilles solitaires (flupyradifurone), les pollinisateurs et les oiseaux (acétamipride). Les effets nocifs de ces deux pesticides sont très bien documentés dans le document ci-joint(5)https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2026/06/acetamipride-flupyradifurone-le-vrai-du-faux.pdf.. L’argument souvent mis en avant est que le reste de l’Europe les autorise. Ainsi, parce l’Europe n’est pas vertueuse, la France, qui faisait figure de pionnière, devrait s’aligner sur le moins disant environnemental. C’est un argument spécieux déjà amplement employé pour retarder l’âge légal de départ à la retraite. Moins-disant social et moins-disant écologique vont de pair.
Une loi dictée par la FNSEA
Il semble bien que ce soit le syndicat agricole qui dicte l’orientation gouvernementale en matière de production alimentaire. Il est évident que les représentants des paysans et des agriculteurs doivent être associés aux décisions. Pour autant, cela ne doit pas se faire au détriment de l’intérêt général. Les intérêts particuliers, les calculs intéressés doivent céder devant les soucis de responsabilités et de prudence ou encore devant une attitude morale universelle.
Notes de bas de page
