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Notre modèle économique actuel pourra-t-il résister au dérèglement climatique ? La mise en œuvre d’un autre modèle ne s’avère-t-elle pas indispensable ?

Photo d'un sol asséché avec une petite marguerite

La France a connu cette année des épisodes caniculaires à répétition avec des flambées de températures largement supérieures aux valeurs hautes des normales de saison enregistrées jusqu’ici.

Multiplication des phases d’intenses canicules

La France a certes déjà fait face, depuis le début du XXIe siècle, à diverses phases d’intenses chaleurs, notamment en 2005, 2017, 2022 et 2025. Mais les épisodes caniculaires de 2026 sont singuliers à différents titres :

  1. leur précocité, les deux premiers se produisant avant le début officiel de l’été ;
  2. leur extension sur l’ensemble du territoire national : quasiment toutes les régions sont touchées ;
  3. leur fréquence sur un laps de temps court ;
  4. leur intensité ;
  5. leur durée.

Tous les spécialistes s’accordent sur l’idée que leurs survenances sont consécutives au dérèglement climatique et à l’accroissement dans l’atmosphère des émissions de gaz à effet de serre, particulièrement celles en provenance de la combustion des énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole).

On est entré dans l’ère de la vulnérabilité

Les organismes vivants souffrent physiologiquement et le fonctionnement même de nos sociétés est altéré. Le nombre de manifestations publiques et de festivals annulés en est la démonstration flagrante et, au-delà de ces événements du quotidien, ce qui fait l’ossature même de notre organisation socio-économique est rendu vulnérable. Ainsi :

Cette énumération ne pointe que les aspects les plus saillants de cette vulnérabilité. Elle ne prétend pas à l’exhaustivité. D’autres points pourraient être relevés, tels les matériaux utilisés dans la construction immobilière ou la voirie, la manière d’envisager l’urbanisme, les modes de circulation dans l’espace public, etc.

Et demain…

Organismes en souffrance

Si aucune mesure d’envergure n’est concrètement prise pour enrayer ce phénomène et atteindre la neutralité carbone – ce qui suppose une volonté politique tant au plan national qu’au niveau mondial, car il n’y a pas que la France qui souffre (216 000 ha de forêts sont partis en fumée en Espagne) – ces épisodes de très forte chaleur vont augmenter en intensité, s’installer dans la durée, aggravant les conditions de vie (sachant qu’une température ambiante de 35 °C est une limite pour les organismes ayant une température interne moyenne à 37 °C), hypothéquant l’organisation de nos sociétés contemporaines, surenchérissant les coûts financiers nécessaires pour y faire face, compromettant la croissance économique à moyen et long termes.

Baisse du PIB

Comme le mentionne l’article publié dans le journal Le Monde du dimanche 28 juin et du lundi 29 juin 2026 (pages 24 et 25) par Elisabeth Laville sous le titre « l’économie française face aux chaleurs extrêmes », des reculs du produit intérieur brut (PIB) sont à prévoir en raison des fortes chaleurs auxquelles l’activité économique a été exposée. Ces reculs pourraient aller de 0,3 point (= 9 milliards €) selon une estimation de 2024 de l’assureur « Allianz Trade » à 1,4 point de PIB, selon une étude de la Banque centrale européenne (BCE) de 2025. Ces reculs pourraient subvenir quelques années plus tard. Ce qui n’est pas encore évalué est comment ces reculs annuels seraient susceptibles de se combiner si les canicules telles que nous les connaissons depuis peu se répétaient tous les ans, voire s’amplifiaient en intensité et en durée d’une année sur l’autre.

Le capitalisme entrerait alors en crise, avec des conséquences incalculables (dont la guerre et une intensification de la lutte des classes) qui n’épargneraient aucune catégorie sociale.

Dans une telle hypothèse, on peut supposer que la trajectoire de nos économies serait celle d’un recul constant du volume de la richesse produite, induisant par la même une baisse conséquente du taux de profitabilité des capitaux et une contraction de la rente. Dans ces conditions, on peut imaginer que le capitalisme entrerait alors en crise, avec des conséquences incalculables (dont la guerre et une intensification de la lutte des classes) qui n’épargneraient aucune catégorie sociale.

Existe-t-il une alternative ?

La technologie dont nous disposons permet de pallier ces impacts climatiques, mais à des coûts importants et qui seront de plus en plus élevés.

La température agit de façon directe sur la croissance économique, comme nous l’avons vu. Des limites précises existent qui ne peuvent être dépassées. Certaines activités professionnelles ne peuvent être exercées quand le thermomètre affiche des valeurs supérieures à 35 °C. Des infrastructures indispensables sont altérables et sont susceptibles de devenir à terme impraticables. Tout se passe comme si notre temporalité sociale économique avait été bâtie dans des frontières thermiques au-delà de laquelle nos capacités inventives se compliquent. Ainsi, la croissance végétale d’où nous extrayons une partie importante de notre nourriture nécessite une température comprise entre 20° et 30 °C. Au-delà de 32 °C, la plante a trop chaud. Sa croissance ralentit, ses feuilles se fanent et elle manque d’eau. La technologie dont nous disposons permet de pallier ces impacts climatiques, mais à des coûts importants et qui seront de plus en plus élevés, atteignant ainsi une autre limite : celle des moyens financiers qu’une société donnée peut allouer et qui ne sont pas illimités.

Pour préserver l’avenir, les experts officiels avancent des solutions tels que :

Ces solutions, qui sont celles préconisées dans le cadre d’une trajectoire de développement durable, sont-elles suffisantes ? En réalité, elles ne remettent pas en cause les bases mêmes de notre système économique qui ne peut fonctionner qu’avec une création continue, voire exponentielle, de richesses ou de moyens pour les produire.

S’émanciper de la croissance dérégulée et réduire les inégalités

Les analyses du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) sont là pour le démontrer. En effet, elles sont fondées sur l’idée que l’accroissement des températures depuis le début de l’ère industrielle est consécutif à l’accroissement des activités humaines, dont la grande majorité est d’ordre productif. Dès lors, pourquoi un tel système se censurerait-il ? Le scepticisme ambiant régnant dans l’opinion à propos des conclusions du GIEC, le peu d’engouement de la plupart des médias généralistes pour ses conclusions, le peu d’empressement mis par les gouvernements qui se sont succédé depuis 2012 à appliquer la feuille de route visant la neutralité carbone, les attaques dont les conclusions précitées et les plans neutralité carbone font l’objet de la part des blocs conservateurs et d’extrême-droite en France, en Europe et ailleurs sont autant de facteurs allant dans le sens d’un statu quo sur les questions environnementales, voire d’une régression du débat sur ces questions.

Le changement de tendance ne peut résulter que d’un renversement du rapport de forces suffisamment efficace pour transcender les mentalités et promouvoir dans l’opinion un nouveau paradigme : celui de la décroissance organisée de la production et de la consommation, encadrée par la puissance publique sur une base démocratique et citoyenne.

Dans ces conditions, le changement de tendance ne peut résulter que d’un renversement du rapport de forces suffisamment efficace pour transcender les mentalités et promouvoir dans l’opinion un nouveau paradigme. Ce nouveau paradigme est celui de la décroissance organisée de la production et de la consommation, encadrée par la puissance publique sur une base démocratique et citoyenne, tournant le dos aux intérêts privés et limitant les capacités de nuisances des classes dominantes dans l’opinion.

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