Site icon ReSPUBLICA

Pollution au cadmium : surexposition inquiétante

Nous avions déjà publié un article sur la santé impactée négativement par la présence de cadmium dans notre alimentation. L’une des missions de la puissance publique est de garantir une alimentation saine qui éradique les risques pour la santé des consommateurs. L’Anses s’est autosaisie pour expertiser la problématique de la présence de cadmium dans notre nourriture. Il s’avère que la France est plus exposée que nos voisins.

Qu’est-ce que le cadmium ?

Le site « medisite » informe d’une étude alarmante de l’Anses sur ce sujet(1)https://www.medisite.fr/sante-au-quotidien-lanses-confirme-une-surexposition-inquietante-des-francais-au-cadmium-3-gestes-essentiels-pour-se-premunir.5717338.112.html?utm_source=list&utm_medium=email&utm_campaign=base-denvoi-medisite-info&utm_content=6549_20260325.: « Le cadmium est un métal cancérigène qui altère également les reins, les os, la fertilité et le système cardiovasculaire ».  

Quelles conséquences ?

« Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », indique Géraldine Carne, toxicologue travaillant pour l’Anses. 47,6 % de la population adulte française dépasse les valeurs sanitaires de référence pour le cadmium. Il est précisé que le tabac accentue les risques, car il fixe le cadmium. 23 % des cas d’ostéoporose chez les femmes de plus de 55 ans seraient dus à cette exposition.

L’inaction des pouvoirs publics ou une action insuffisante, sans doute pour des raisons économiques à court terme, aura de lourdes conséquences pour la santé collective d’une part et pour l’économie d’autre part.

Encore une fois, l’inaction des pouvoirs publics ou une action insuffisante, sans doute pour des raisons économiques à court terme, aura de lourdes conséquences pour la santé collective d’une part et pour l’économie d’autre part. Toute personne raisonnable a conscience qu’une prévention efficace qui a un coût au départ est bien moins onéreuse sur le temps long. Guérir coûte plus cher que prévenir pour éviter les maladies. Le coût de l’inaction est estimé à 2,6 milliards d’euros d’ici 2040 pour la prise en charge des fractures associées à l’ostéoporose.

Il est souvent question d’ordre public : la sécurité des biens et des personnes et la tranquillité sont alors fréquemment évoquées. Le troisième terme, à savoir la salubrité publique, passe souvent par pertes et profits. Or, elle est également une mission de la puissance publique.

Agir à la source de la contamination des sols

Notre alimentation de base, céréales, pommes de terre, légumes, crustacés, abats, nous expose au cadmium. L’Anses(2)https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-agir-des-present-la-source-de-la-contamination-des-sols. invite à revoir les pratiques agricoles, notamment dans l’agriculture intensive. La contamination de notre nourriture vient en grande partie des sols sur lesquels elle est produite. L’Anses y insiste et cible plusieurs leviers d’action, dont l’abaissement des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes épandues sur les sols agricoles, en particulier pour les engrais minéraux phosphatés. Son utilisation doit être régulée, voire drastiquement réduite afin d’éviter l’accumulation de ce métal dans les sols. L’Anses préconise le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium.

Comment agir individuellement ?

La nourriture issue de l’agriculture biologique, bien que plus vertueuse, ne nous épargne pas de la présence de cadmium, car des engrais contenant ce métal sont autorisés.

Il apparaît évident que seule une politique collective de prévention s’avère efficace. Cela n’interdit pas des actes individuels pour se prémunir d’une surexposition au cadmium. L’Anses tord le cou à certains préjugés. Ainsi, la nourriture issue de l’agriculture biologique, bien que plus vertueuse, ne nous épargne pas de la présence de cadmium, car des engrais contenant ce métal sont autorisés. L’agence préconise des règles de bon sens :

Il est également préconisé de mentionner la présence de cadmium sur les emballages d’engrais pour les professionnels ainsi que les jardiniers amateurs afin d’éclairer leur choix.

Plusieurs leviers pour réduire durablement la contamination des sols et des aliments 

Pour réduire les apports de cadmium par les engrais minéraux phosphatés commercialisés en France, l’Agence recommande le recours à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou à des produits dérivés contenant moins de cadmium. Lorsque cela n’est pas possible, elle préconise la mise en œuvre de procédés de décadmiation, tout en s’assurant de la qualité des engrais obtenus. L’Agence recommande également la révision de l’étiquetage des engrais, en mentionnant leur teneur en cadmium.

Par ailleurs, l’Anses soutient particulièrement la promotion de nouvelles pratiques agricoles, telles que l’ajustement du type et des quantités des matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures.

Que faire en tant que consommateur ?

La réduction de l’exposition au cadmium passe avant tout par des actions collectives sur les sources de contamination, notamment les sols agricoles. Toutefois, le respect des repères de consommations élaborés par l’Anses dans le cadre du Plan national nutrition et santé peut contribuer, en partie, à réduire le niveau des expositions tout en ayant des bénéficies nutritionnels. Il est notamment recommandé de : 

L’indispensable prévention et information

Pour aller plus loin, il est utile de lire la saisine de l’ANSES 2023-AUTO-0150(3)https://www.anses.fr/system/files/ERCA-2023-AUTO-0150-RA.pdf., qui insiste sur l’information et la prévention.

De manière préventive, des guides ont été rédigés pour les collectivités et les aménageurs souhaitant créer des jardins collectifs, afin de les aider à définir les critères de sélection du site à aménager, en adapter les usages en fonction de la qualité des sols et mieux appréhender les risques sanitaires (Barbillon et al., 2020 ; ARS Île-de-France, 2022). Mais pour les particuliers, il semble exister peu de ressources et de recommandations à titre préventif, ou pour limiter le risque en cas de suspicions de contaminations. Il paraît donc souhaitable de renforcer l’information du public et en particulier des jardiniers amateurs. 

Une véritable prévention ne serait-elle pas l’arrêt de la production d’engrais contenant du cadmium ?

Agir ensemble avec l’ensemble des acteurs et notamment les agriculteurs

Il faut faire évoluer la réglementation, accompagner les acteurs des filières agricoles. Il n’est pas pensable de laisser le monde agricole seul face à ces exigences de production d’une alimentation saine. Il est indispensable, selon l’Agence, de renforcer le suivi de l’évolution dans le temps des teneurs en cadmium dans les matières fertilisantes en France, grâce notamment à une base de données nationale de suivi. 

L’Agence insiste sur la nécessaire vigilance quant à l’offre alimentaire incluant les produits importés. Les accords entre l’Europe et les Amériques, comme avec le Mercosur, les accords en vue entre l’Australie et l’Europe ne sont pas propices aux respects des normes sanitaires.

L’économie capitaliste, notamment ultralibérale, ne tient pas compte du coût énorme de l’usage immodéré des pesticides et des engrais chimiques en termes de santé.

La nécessaire régulation démocratique et écologique doit supplanter l’économie ultralibérale, qui repose sur les eaux froides du calcul égoïste. L’économie capitaliste, notamment ultralibérale, ne tient pas compte du coût énorme de l’usage immodéré des pesticides et des engrais chimiques en termes de santé. En effet, les profits sont réalisés au niveau du producteur et les effets délétères sont socialisés et fragilisent les systèmes de santé qui supportent les conséquences de pratiques économiques mortifères.

Quitter la version mobile