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Soutien aux travailleurs chinois de FAW-Volkswagen : une dimension internationale de SUD Industrie

Le 8e congrès de l’Union Fédérale SUD Industrie, réuni à Angers les 24, 25 et 26 juin 2026 à l’occasion des 20 ans de l’organisation, a confirmé la volonté de SUD Industrie de poursuivre et de renforcer un syndicalisme de lutte, de transformation sociale et d’émancipation. Ce congrès a également été l’occasion, via l’adoption d’une résolution consacrée au réseau syndical international, d’affirmer clairement que l’internationalisme doit être une dimension concrète de l’activité syndicale quotidienne.

Soutien aux travailleurs intérimaires en Chine

Cette orientation a pris une dimension très concrète avec le soutien aux travailleurs intérimaires de FAW-Volkswagen à Changchun, en Chine. Des travailleurs de cette coentreprise ont alerté sur une situation d’exploitation qui perdure depuis de nombreuses années. Selon les éléments transmis au Réseau syndical international de solidarité et de luttes (RSISL(1)Réseau syndical international regroupant des syndicats de lutte : CGT Espagnole, Solidaires France etc., https://laboursolidarity.org/fr/.), un système discriminatoire de main-d’œuvre à deux vitesses est maintenu depuis plus d’une décennie. Des travailleurs intérimaires réalisent le même travail que les salariés permanents, mais ne perçoivent qu’environ 40 % de leur salaire. Les sommes qui n’auraient pas été versées aux milliers de travailleurs concernés sont estimées à plus de 3,2 milliards de RMB(2)RMB : Yuan monnaie chinoise ; renminbi en chinois simplifié., soit plus de 415 millions d’euros.

Répression contre les représentants des salariés

À cette inégalité salariale s’ajoutent de graves déficits concernant les cotisations obligatoires de sécurité sociale, dont certains arriérés remonteraient à plus de dix ans. Les travailleurs qui souhaitaient obtenir un statut permanent auraient également été contraints de verser des sommes comprises entre 100 000 et 200 000 RMB. Ces pratiques auraient généré environ 300 millions de RMB de paiements illicites. Lorsque les travailleurs ont cherché à faire valoir leurs droits devant la justice, les procédures auraient été bloquées pendant plus de neuf ans. Les représentants des salariés ont par ailleurs fait face à de la surveillance, à des représailles et à des poursuites pénales. Des actions pacifiques menées pour revendiquer leurs droits ont elles aussi donné lieu à des accusations de « trouble à l’ordre public ».

Internationalisme des travailleurs

Face à cette situation, le soutien aux travailleurs de FAW-Volkswagen ne peut pas être considéré comme une question éloignée des préoccupations des salariés de l’industrie en France. Il est au contraire directement lié à la réalité des multinationales et à l’organisation mondiale de la production. Volkswagen est un groupe international dont les activités reposent sur des sites, des fournisseurs, des sous-traitants et des coentreprises implantés dans différents pays. Les choix des grands groupes industriels mettent ainsi en relation les conditions de travail de salariés qui peuvent se trouver à plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres.

C’est précisément ce constat qui est fait dans la résolution adoptée par SUD Industrie lors de son 8e congrès. Celle-ci rappelle que prendre en charge l’activité syndicale internationale ne signifie pas abandonner les réalités quotidiennes des équipes militantes. Au contraire, l’internationalisme doit s’inscrire dans l’activité syndicale de terrain. La résolution souligne qu’un syndicalisme de transformation sociale, anticapitaliste, féministe, antiraciste, écologiste et autogestionnaire ne peut pas se construire en restant limité au seul cadre professionnel et local. Se couper de l’international revient à s’isoler de travailleurs et de travailleuses qui peuvent être des alliés dans les luttes.

Dimension internationale des luttes face aux multinationales

Cette nécessité est particulièrement évidente face aux multinationales. Comme le rappelle la résolution, les entreprises peuvent délocaliser leurs usines, sous-traiter leurs activités ou mettre en concurrence les travailleurs de différents pays afin de rechercher les coûts les plus faibles et les conditions les plus favorables à leurs profits. Elles utilisent ainsi les différences de salaires, de législation et de protection sociale comme autant d’outils de mise en concurrence. Pour les organisations syndicales, la difficulté est évidente : le syndicat reste souvent organisé à l’échelle nationale alors que l’entreprise agit à l’échelle mondiale.

Le cas de FAW-Volkswagen illustre parfaitement cette contradiction. L’entreprise bénéficie du travail de salariés chinois, tandis que le groupe Volkswagen, multinationale allemande, tire profit de cette production dans le cadre d’une organisation industrielle internationale. La question des droits des travailleurs de Changchun concerne donc directement la responsabilité d’un groupe qui organise ses activités au-delà des frontières. Le soutien international permet de mettre en lumière cette responsabilité et de refuser de rendre invisibles les conditions de travail ici et ailleurs. 

La résolution affirme justement que, lorsque les travailleurs appartiennent au même secteur, à la même multinationale ou travaillent dans des entreprises liées par des relations de donneurs d’ordre et de sous-traitance, travailler à l’échelle internationale devient indispensable. Elle rappelle que les entreprises internationalisent leurs affaires et que les travailleurs doivent donc pouvoir internationaliser leurs luttes. La construction et la consolidation du RSISL répondent à cet objectif : unifier les travailleurs et les luttes populaires et sociales face aux attaques des gouvernements et des patrons du monde entier. Sortir de la FSM(3)Fédération Syndicale Mondiale, fondée en 1945 affiliée aux États « communistes », elle regroupe des syndicats de cette obédience. La CGT a quitté la FSM pour rejoindre la CSI. Une minorité de la CGT milite pour son retour au sein de la FSM ou un rapprochement.

Le choix de ne pas inscrire notre internationalisme de lutte dans la FSM, pas davantage que dans les cadres institutionnels de la CSI ou de la CES, ne constitue pas un repli. Il traduit, au contraire, la volonté de construire, avec le RSISL, un internationalisme ancré dans les luttes, la démocratie à la base, l’indépendance syndicale vis-à-vis des États et des partis, et la construction concrète du rapport de force, dans l’intérêt des travailleurs(4)Sur la FSM : créée en 1945, la FSM est rapidement devenue, avec la guerre froide, un instrument largement dominé par les appareils syndicaux liés au bloc soviétique et au stalinisme. Cette histoire a durablement marqué son fonctionnement : verticalité, proximité avec des régimes autoritaires se réclamant du communisme et conception du syndicalisme souvent subordonnée à des logiques d’État ou de parti. La CGT française l’a quittée en 1995.  Certains syndicats de la CGT, très minoritaires, y sont adhérents. SUD Industrie ne se reconnaît pas dans cet héritage et défend au contraire un internationalisme indépendant des États et des partis, démocratique, autogestionnaire et construit à partir des travailleurs et des luttes elles-mêmes.

Sur la CSI : créée en 2006, la CSI rassemble une grande partie du syndicalisme au niveau mondial. Très institutionnalisée, elle privilégie largement le dialogue avec les États et les institutions internationales, au détriment de la construction de rapports de force et de solidarités concrètes entre travailleurs en lutte ».

Sur la Confédération européenne des syndicats : fondée en 1973, la CES regroupe les principales confédérations syndicales européennes. Partenaire institutionnel de l’Union européenne, elle reste essentiellement inscrite dans une logique de dialogue social sans être capable de s’opposer réellement aux politiques libérales et à la mise en concurrence des travailleurs.
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Le soutien aux travailleurs de FAW-Volkswagen s’inscrit pleinement dans cette démarche. Il s’agit d’abord de faire connaître leur situation et de mettre en lumière la responsabilité des dirigeants de Volkswagen. Il s’agit également d’exiger la transparence sur les pratiques mises en œuvre pendant des années, ainsi que l’indemnisation des travailleurs concernés. Enfin, il s’agit de porter une revendication syndicale élémentaire et universelle : à travail égal, salaire égal.

Solidarité avec les travailleurs en Turquie

Cette revendication dépasse largement le seul cas de Changchun. Elle constitue une réponse à la mise en concurrence internationale des salariés. Si une multinationale peut faire pression sur les travailleurs d’un pays en utilisant les écarts de salaires et de droits sociaux existant dans un autre, alors la réponse syndicale doit nécessairement dépasser les frontières. Prenons l’exemple de la grève de l’usine Renault de Bursa en Turquie en 2015, pour protester contre une convention collective signée en décembre 2014 par le syndicat pro-direction Türk Metal et le MESS (organisation des industriels de la métallurgie) – un accord conclu contre l’avis des ouvriers et prévoyant des hausses de salaire très insuffisantes face à une inflation galopante, alors que le pouvoir d’achat avait déjà chuté de 40 à 60 % en 20 ans dans certains secteurs. À cette époque, des tracts et déclarations ont été diffusés et lus dans les instances où SUD Industrie était implanté pour soutenir les camarades en grève, une délégation de SUD Renault s’était rendue sur place pour remettre une aide financière malgré la répression policière sur place. Face à cette détermination, Renault a dû réintégrer les 16 salariés qui avaient été licenciés (les meneurs) et accepter de renégocier.

L’enjeu est également celui de la chaîne de production. Les multinationales industrielles fonctionnent avec des fournisseurs et des sous-traitants répartis dans différents pays. Le siège d’une entreprise peut être en Europe, la production en Asie ou en Afrique du Nord et l’assemblage ailleurs. La défense des droits des salariés ne peut donc pas s’arrêter aux seuls salariés directement employés par le groupe. Elle doit englober l’ensemble de la chaîne de production et d’approvisionnement.

Lutte globale sur toute la chaîne de production

C’est pourquoi la résolution adoptée par SUD Industrie appelle à une coordination des équipes d’un même groupe, mais aussi avec celles qui travaillent chez les sous-traitants, les fournisseurs et les clients. Elle affirme également la nécessité d’agir dans les entreprises françaises afin d’imposer le respect du devoir de vigilance et de garantir le respect des droits sociaux et environnementaux dans les activités de sous-traitance. Elle demande enfin que la commission internationale de SUD Industrie soit renforcée afin de donner à cette orientation les moyens de devenir une réalité militante.

Le soutien aux travailleurs chinois de FAW-Volkswagen est donc plus qu’un acte de solidarité ponctuel. Il traduit une conception du syndicalisme qui refuse de considérer les travailleurs comme concurrents selon leur nationalité. Les salariés français, chinois, allemands et ceux de tous les autres pays concernés par l’activité d’une multinationale ont un intérêt commun à combattre la dégradation des acquis sociaux et la recherche permanente de la baisse du coût du travail. La solidarité internationale permet de transformer cette communauté d’intérêts en force collective.

Le combat des travailleurs de FAW-Volkswagen montre ainsi pourquoi l’internationalisme n’est pas une activité secondaire du syndicalisme. Il est une nécessité pour celles et ceux qui veulent combattre réellement le capitalisme et son organisation mondiale. Les multinationales organisent leurs productions et leurs profits à l’échelle internationale ; les travailleurs doivent pouvoir organiser leur solidarité et leurs luttes au même niveau.

Du local à l’international et vice versa

Du local à l’international, du professionnel à l’interprofessionnel, il ne s’agit pas de choisir entre plusieurs niveaux d’action : c’est leur articulation qui permet de construire un syndicalisme utile aux travailleurs et aux travailleuses, dans les luttes immédiates comme dans la perspective de l’émancipation sociale.

Il est donc prioritaire de construire un syndicalisme international de lutte, de renforcer les liens entre les salariés, de combattre la mise en concurrence et de faire de la solidarité internationale une force concrète au service de l’émancipation de toutes et tous. Ce n’est pas une option, il est important de contacter les syndicats des autres pays, notamment par le biais des contacts qu’il est possible d’avoir, par exemple, dans les comités de groupe des entreprises.  

Notes de bas de page[+]

Notes de bas de page
1 Réseau syndical international regroupant des syndicats de lutte : CGT Espagnole, Solidaires France etc., https://laboursolidarity.org/fr/.
2 RMB : Yuan monnaie chinoise ; renminbi en chinois simplifié.
3 Fédération Syndicale Mondiale, fondée en 1945 affiliée aux États « communistes », elle regroupe des syndicats de cette obédience. La CGT a quitté la FSM pour rejoindre la CSI. Une minorité de la CGT milite pour son retour au sein de la FSM ou un rapprochement.
4 Sur la FSM : créée en 1945, la FSM est rapidement devenue, avec la guerre froide, un instrument largement dominé par les appareils syndicaux liés au bloc soviétique et au stalinisme. Cette histoire a durablement marqué son fonctionnement : verticalité, proximité avec des régimes autoritaires se réclamant du communisme et conception du syndicalisme souvent subordonnée à des logiques d’État ou de parti. La CGT française l’a quittée en 1995.  Certains syndicats de la CGT, très minoritaires, y sont adhérents. SUD Industrie ne se reconnaît pas dans cet héritage et défend au contraire un internationalisme indépendant des États et des partis, démocratique, autogestionnaire et construit à partir des travailleurs et des luttes elles-mêmes.

Sur la CSI : créée en 2006, la CSI rassemble une grande partie du syndicalisme au niveau mondial. Très institutionnalisée, elle privilégie largement le dialogue avec les États et les institutions internationales, au détriment de la construction de rapports de force et de solidarités concrètes entre travailleurs en lutte ».

Sur la Confédération européenne des syndicats : fondée en 1973, la CES regroupe les principales confédérations syndicales européennes. Partenaire institutionnel de l’Union européenne, elle reste essentiellement inscrite dans une logique de dialogue social sans être capable de s’opposer réellement aux politiques libérales et à la mise en concurrence des travailleurs.

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