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CHARITY-BUSINESS CONTRE SOLIDARITÉ

Évidemment, les millions versés par les banques, LVMH de Bernard Arnault ou encore TotalEnergies sont les bienvenus pour les Restos du Cœur et d’autres associations comme le Secours populaire ou encore Caritas. Face à l’inflation de propos médiatiques s’extasiant de la générosité de certaines grandes entreprises, tels des ravis de la religion économique ultralibérale (ils se désolent des conséquences sociales, mais, dans le même temps, en chérissent les causes), rares sont ceux qui mettent en avant que les marges indécentes et mirobolantes qu’elles réalisent se font sur le dos des salariés – dans notre pays et sous d’autres cieux où l’exploitation est encore plus brutale. Il serait légitime de rectifier en affirmant que ce n’est pas Bernard Arnault qui est généreux, mais bien les salariés sans lesquels il n’y a pas de richesses créées.(1)Voir la vidéo réalisée sur @ActuRefractaire qui tord le cou à la pseudo philanthropie des dirigeants des grandes entreprises.

Propagande et manipulation des grandes entreprises pour blanchir leur image

Tout comme dans le domaine écologique où certaines entreprises font croire qu’elles sont devenues écoresponsables, elles cherchent à se dédouaner de leur responsabilité sociale dans la détérioration des conditions de vie d’une part importante de nos concitoyens dont la précarité augmente du fait d’un système entièrement dévolu à la recherche du profit maximum dans le plus court laps de temps. Cette logique est manifestement mortifère et pour les êtres humains et pour la nature.

Le versement de millions aux associations d’aide est une véritable opération de propagande et de manipulation de l’opinion pour blanchir l’image du capitalisme actionnarial et voleur qui organise la paupérisation de grands pans de notre société. Propagande largement diffusée par les 80 % de médias aux mains de neuf milliardaires. Charité qui permet de se donner bonne conscience et se donner une image vertueuse.

Origine principale de l’inflation : la hausse des marges des grandes entreprises

Ce que les médias dominants ou mainstream omettent de dire est que l’origine de l’inflation est principalement due à l’appétit vorace des actionnaires que les Bernard Arnault et consorts se versent et versent aux principaux actionnaires. Voici les mécanismes en jeu :

Un état qui profite de l’inflation

L’inflation, par le truchement de la TVA, augmente les rentrées financières de l’état qui mène toujours une politique de pénurie pour les services publics, de report de l’âge de départ à la retraite, de moindre remboursement des dépenses de santé, comme dernièrement pour les soins dentaires (2)Source UFC Que Choisir : « Se faire soigner chez son dentiste va bientôt coûter plus cher. La part des dépenses qui reste à la charge des patients s’élèvera désormais à 35 % ou 45 % selon les soins. Dès le 1er octobre, les frais d’honoraires des chirurgiens-dentistes et les actes de soins dentaires seront pris en charge à hauteur de 65 % ou 55 % du tarif conventionnel de l’assurance maladie, contre 70 % actuellement (décret n° 2023-701 du 31 juillet 2023) L’économie réalisée par l’assurance maladie est évaluée à 500 millions d’euros chaque année, soit mécaniquement un effort supplémentaire de 500 millions d’euros par an pour les complémentaires santé. Nul doute que ce transfert de charge va entraîner à très court terme une hausse des cotisations pour tous les assurés. Par ailleurs, tous les Français ne sont pas forcément couverts par une complémentaire santé. » Cela pose la question de la Sécurité sociale qui devrait, à notre avis, couvrir à 100 % les soins médicaux nécessaires afin d’en garantir l’accès à toutes et tous, quelle que soit leur situation de fortune. et tout au long de la vie, de hausse insoutenable pour beaucoup des prix du carburant, de salaires à la traîne par rapport au niveau de l’inflation, de hausse trop forte des taxes foncières (3)Source UFC Que choisir : « La plupart des propriétaires subissent une forte augmentation de leur taxe foncière cette année du fait de la revalorisation des valeurs locatives qui servent de base à son calcul (+7,1 % en janvier 2023 en raison de l’inflation). Et pour beaucoup, la punition est double, car près de 15 % des communes ont aussi décidé de relever leur taux d’imposition. C’est notamment le cas de Paris où la taxe foncière passe de 13,5 % en 2022 à 20,5 % en 2023 (+52 %).

Hypocrisie de l’état

Par la voix de Gabriel Attal, le gouvernement avoue que les milliers de bénévoles – un grand merci à ces personnes au dévouement admirable – permettent de lutter en partie contre l’extrême pauvreté et, dans le même temps, de réaliser de fortes économies pour le budget. L’état se félicite de pouvoir se reposer sur les associations et leurs bénévoles pour ne pas assumer sa responsabilité d’une société de droits sociaux (expression préférable à « état providence »).

L’inflation est un vol organisé pour une minorité d’ultra-riches contre l’ensemble des travailleurs (ouvriers, employés, cadres moyens, paysans petits propriétaires, petits commerçants, fonctionnaires utiles à tous et toutes (à ne pas confondre avec les hauts fonctionnaires au service d’un État majoritairement dévolu au capitalisme actionnarial).

Au-delà de la condamnation de l’opération de communication, au-delà de ce que révèle la situation difficile des associations d’aide de notre société qui maintient une grande partie de la population dans la précarité, il est urgent de concevoir une stratégie pour rassembler le peuple autour d’un idéal commun, autour d’un projet de société qui ne laisse personne sur le bord de la route, qui permette à chacun de vivre dignement par son travail.

Un « charity business » dangereux pour la République

Quand c’est l’état qui finance, il doit être impartial. Cette garantie disparaît dès lors que l’état délègue le financement de la solidarité au privé pour combler les manques dus à la désorganisation volontaire des services publics

Ces dons relevant de la « bonne action » sont révélateurs d’une dérive qui montre le désengagement de l’état des droits sociaux. Quand Aurore Berger, ministre des Solidarités et des Familles, invite les entreprises à « donner », elle s’appuie sur un modèle très développé aux États-Unis d’appel aux dons. Cela n’a rien d’étonnant aux USA en raison de l’absence d’une sécurité sociale par nature impartiale. Virginie Martin(4)Virginie Martin, politiste et docteure en Sciences politiques, citée par Actu.fr voit clairement dans le charity business qui se déploie en France, « une forme de dérive du système fiscal et social français ». Elle analyse la situation ainsi : « Quand l’Etat travaille à une fiscalité légère, comme aux États-Unis, mais c’est aussi le cas en France avec la politique d’Emmanuel Macron, ce sont les services publics qui en pâtissent ». Le risque patent d’une solidarité à deux vitesses, pour elle, est que le donateur apprécie et décide de financer telle association plutôt qu’une autre. Quand c’est l’état qui finance, il doit être impartial, rappelle-t-elle. Cette garantie disparaît dès lors que l’état délègue le financement de la solidarité au privé pour combler les manques dus à la désorganisation volontaire des services publics. Nous sommes d’accord avec cet auteur pour considérer qu’il est très dangereux de laisser le privé combler les lacunes par des mouvements de générosité ponctuels. Ajoutons que ces lacunes, ces trous grandissants dans la raquette des services publics chargés d’organiser l’aide sociale sont dus aux décennies d’austérité budgétaire amplifiée par l’extrême-centre macroniste. Et que cette logique ultralibérale délétère pour l’être humain et la nature est contraire aux principes républicains dans leur acception française, aux antipodes du sens anglo-saxon.

La solidarité des ultrariches : une illusion

Les 10 millions de Bernard Arnault représentent un rapport bien faible au regard de celles et ceux qui donnent chaque année sans que l’on parle d’eux…

On voudrait nous faire croire que le système économique ultralibéral est philanthropique, d’où les appels réguliers du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, au monde de l’économie pour fournir des efforts en lieu et place d’une politique publique de coercition et d’intérêt général.
La réalité étatsunienne montre l’importance de cette illusion : « Le sentiment selon lequel l’émergence d’une strate d’individus ultra-riches marque un nouvel « âge d’or » de la philanthropie est tout à fait illusoire. Non seulement les États-Unis n’ont pas connu de hausse des dons depuis les années 1970, mais, proportionnellement, seule une petite partie de ces dons sont le fait des ultra-riches… » (5)Article « Le philanthrocapitalisme et les « crimes des dominants » par Linsey McGoey, Darren Thiel, Robin West, traduit par Fanny Narcy, dans Politix 2018. Pourtant, la hausse des profits, des patrimoines des ultra-riches, les sommes indécentes prélevées sur les richesses créées pour finir dans la poche des grands actionnaires sont phénoménales. En France, selon le rapport 2021-2022 des Restos du Cœur, sur un total de 192,8 millions de ressources financières, 65 % proviennent de la générosité du public. Finalement, les 10 millions de Bernard Arnault représentent un rapport bien faible au regard de celles et ceux qui donnent chaque année sans que l’on parle d’eux…

Charité vs solidarité

Après la Seconde Guerre mondiale, l’état des droits sociaux, les syndicats au travers de la Sécurité sociale organisaient la solidarité. La précipitation vers une société de plus en plus ultra-libérale, vers une société atomisée du chacun pour soi et contre les autres, vers une société communautarisée où l’on se sent plus proche de son ethnie que de la communauté nationale, tout cela nous conduit à la mise en place d’un système de charité qui se substitue à la solidarité républicaine et universelle. La charité rend indigne, la solidarité préserve la dignité de chacun et chacune.

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1 Voir la vidéo réalisée sur @ActuRefractaire qui tord le cou à la pseudo philanthropie des dirigeants des grandes entreprises.
2 Source UFC Que Choisir : « Se faire soigner chez son dentiste va bientôt coûter plus cher. La part des dépenses qui reste à la charge des patients s’élèvera désormais à 35 % ou 45 % selon les soins. Dès le 1er octobre, les frais d’honoraires des chirurgiens-dentistes et les actes de soins dentaires seront pris en charge à hauteur de 65 % ou 55 % du tarif conventionnel de l’assurance maladie, contre 70 % actuellement (décret n° 2023-701 du 31 juillet 2023) L’économie réalisée par l’assurance maladie est évaluée à 500 millions d’euros chaque année, soit mécaniquement un effort supplémentaire de 500 millions d’euros par an pour les complémentaires santé. Nul doute que ce transfert de charge va entraîner à très court terme une hausse des cotisations pour tous les assurés. Par ailleurs, tous les Français ne sont pas forcément couverts par une complémentaire santé. » Cela pose la question de la Sécurité sociale qui devrait, à notre avis, couvrir à 100 % les soins médicaux nécessaires afin d’en garantir l’accès à toutes et tous, quelle que soit leur situation de fortune.
3 Source UFC Que choisir : « La plupart des propriétaires subissent une forte augmentation de leur taxe foncière cette année du fait de la revalorisation des valeurs locatives qui servent de base à son calcul (+7,1 % en janvier 2023 en raison de l’inflation). Et pour beaucoup, la punition est double, car près de 15 % des communes ont aussi décidé de relever leur taux d’imposition. C’est notamment le cas de Paris où la taxe foncière passe de 13,5 % en 2022 à 20,5 % en 2023 (+52 %).
4 Virginie Martin, politiste et docteure en Sciences politiques, citée par Actu.fr
5 Article « Le philanthrocapitalisme et les « crimes des dominants » par Linsey McGoey, Darren Thiel, Robin West, traduit par Fanny Narcy, dans Politix 2018
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