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Plaidoyer papal pour un humanisme universel

Image par Pexels de Pixabay.

Chacun sait que les religions sont regardées avec méfiance par le journal ReSPUBLICA, plus précisément lorsque certains fidèles et prêtres les instrumentalisent pour justifier des régimes totalitaires, théocratiques ou non. Longtemps, l’Église catholique s’est opposée à tout régime républicain, surtout quand il s’affirme démocratique, social et laïque. L’Église catholique, hormis sa frange très conservatrice parfois intégriste, ne s’oppose plus à la République, ayant intégré la volonté républicaine de la majorité des catholiques.

L’Encyclique de Léon XIV, « Magnifica humanitas », vient confirmer le tournant humaniste de l’Église.

L’humanité, les individus sont-ils capables de réaliser de grandes choses ?

L’Encyclique de Léon XIV(1)https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/25/magnifica-humanitas-texte-integral-de-lencyclique-de-leon-xiv/. n’a pas fini de faire parler d’elle… Ce texte conduit à nous interroger sur l’IA, comme le fait Philippe Hervé pour ReSPUBLICA(2)Dans quelle crise sommes-nous ?, https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-crises/dans-quelle-crise-sommes-nous-n-18-le-proche-orient-ou-lagonie-de-la-thalassocratie-etatsunienne-premiere-partie/7440392. et Philippe Duffau précédemment avec la recension d’une conférence sur l’IA et ses conséquences sur les sociétés humaines(3)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-culture/respublica-arts-et-sciences-respublica-culture/lintelligence-artificielle-et-lintelligence-humaine-un-mariage-de-raison/7440180.. Ses effets pervers se trouvent amplifiés par une hubris exponentielle propre au système capitaliste néolibéral et néoconservateur, hubris renforcée par les nouvelles technologies numériques. 

Le titre de l’Encyclique, « Magnifica humanitas » est interprété comme une interrogation sur la capacité de l’humanité à réaliser de grandes choses.

Le texte de Léon XIV expose une réflexion sur les nouvelles technologies dans le cadre du système capitaliste, ainsi que sur les conflits armés et la place de l’homme dans un processus de production matérielle, culturelle, de services publics ou privés qui tend à être dominé par l’Intelligence Artificielle.

Un biais performatif constitutif des religions vs liberté de conscience

Pour les religions, il suffit de dire pour que cela existe. On se passe de démonstration.

« La MAGNIFIQUE HUMANITÉ créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble ». Dès le départ, il faut souscrire à l’existence d’un dieu ou d’un « Grand Architecte de l’Univers ». Il affirme, donc c’est vrai.

Les connaissances scientifiques acquises depuis deux ou trois siècles sur l’évolution depuis le « big bang », l’apparition de la vie sur Terre issue d’une nature qui a joué et joue sur deux tableaux, le hasard et la nécessité, les quartz, les noyaux atomiques, les atomes et les molécules diverses ne sont pas prises en compte. Les quatre grandes forces, à savoir la gravité, la force nucléaire forte et faible et l’électromagnétisme, ne servent pas à expliquer la formation de l’Univers tel que nous pouvons l’observer. Seul Dieu est la source à l’origine de tout. Le résultat est la formidable biodiversité que nous constatons, mise à mal par les activités humaines dans un cadre de surexploitation capitaliste des travailleurs et de la nature. L’aboutissement, non pas miraculeux, mais extraordinaire, qui donne le vertige est l’homme summum de complexité.

Dans une République laïque, les convictions spirituelles relèvent de la libre appréciation de chacun et chacune. La République s’abstient de porter un jugement de valeur sur telle ou telle conception métaphysique, athée ou religieuse. Elle s’appuiera sur la raison et mettra à distance, sans les censurer, les pensées magiques, les mythes, les certitudes thaumaturges.

Doctrine sociale de l’Église : la rose et le réséda

Léon XIV s’appuie sur la « doctrine sociale » de l’Église initiée par Léon XIII en 1891. Que ce chef de l’Église catholique ait publié Rerum novarum sous la pression des fidèles confrontés à la rudesse de l’exploitation des travailleurs par les détenteurs de capitaux ou par conviction humaniste liée aux Évangiles ou pour contrer le syndicat ouvrier CGT, seul à l’époque et accusé d’éloigner les prolétaires du giron paternaliste de l’Église, importe peu.

Tout ce qui contribue à soutenir les luttes sociales pour le progrès humain et matériel, que ce soit sur la base de l’écriture soi-disant sainte ou divine ou d’une analyse marxiste et socialiste, est bon à prendre.

Ainsi que l’écrivait de sa plume poétique Louis Aragon, il s’agit de réaliser l’union contre un système injuste :

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas

Quand il s’agit de mener le combat social contre l’injustice, la montée des inégalités, il est vain et criminel de favoriser les tensions identitaires, communautaristes, d’assigner à résidence spirituelle pour empêcher ou faire reculer l’esprit humaniste, qu’il soit athée ou religieux. Une telle union de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas, de ceux qui sont de la chapelle et de ceux qui s’y dérobent, ne peut se réaliser que dans un esprit laïque.

C’est dans cet esprit que ReSPUBLICA, avec d’autres, a participé à la tribune intitulée « Combat social, combat laïque : fédérer le peuple ».

De multiples confluences ou convergences possibles

Quelles que soient les origines, sources, motivations athées ou religieuses, des ponts peuvent s’ériger pour rassembler.

De l’usage des nouvelles technologies dans l’hubris

Nous ne pouvons que souscrire au constat que « jamais l’humanité n’avait eu autant de pouvoir sur elle-même », que l’être humain a la capacité de s’autodétruire par un mésusage des nouvelles technologies. Les Anciens alertaient et y insistaient : l’hubris est mortifère. Épicure, un temps qualifié par l’Église paulinienne de pourceau, établissait un distinguo entre les besoins naturels et nécessaires, les besoins naturels, mais non nécessaires et les besoins non naturels et non nécessaires, caractérisés par la soif de pouvoir, de richesses, de luxes extrêmes, la jalousie et l’envie… Seuls ces derniers, que nous pouvons qualifier de passions tristes, sont à éviter dans l’esprit des épicuriens, car ils éloignent de l’ataraxie ou absence de douleurs morales, physiques ou psychiques…

Privatisation vs bien commun

Nous nous accordons sur le constat que « les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements », que cette évolution qui écarte les États est une régression. Les nouvelles technologies dans les mains du privé tout puissant sont « plus difficile(s) à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun ». Or, c’est là l’essence même d’une République laïque et sociale : accorder la priorité des dépenses de fonctionnement et d’investissements au bien commun.

Le mythe de la Tour de Babel et l’universalisme

Léon XIV évoque la Tour de Babel. Le but des hommes, selon ce mythe, aurait été de réaliser un humanisme universel. Il y discerne un grand tort qui est une volonté d’atteindre cet objectif sans référence à Dieu. Que certains y souscrivent n’est pas un problème en soi, c’est une opinion parmi d’autres. Cela exclut tous celles et ceux qui, tout en poursuivant un objectif similaire, font l’économie de toute référence divine.

« Les découvertes scientifiques sont un talent confié à l’humanité afin qu’elle le fasse fructifier », est-il affirmé dans l’Encyclique. Peut-on penser que ces talents, les êtres humains ne les doivent qu’à eux-mêmes, à la suite d’une longue évolution et d’organisations sociales reposant sur la transmission de connaissances de génération en génération ?

Contre l’idolâtrie du profit

Comment ne pas applaudir à la condamnation de « l’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles », de « l’uniformité qui gomme les différences » ? « C’est là le risque de la déshumanisation ». À ReSPUBLICA, nous sommes partisans d’un universalisme libéré de toute tutelle religieuse, mais pas d’un universalisme antireligieux. Comme Léon XIV, nous nous méfions d’un universalisme hors sol qui uniformiserait les personnes selon un modèle unique. Nous sommes pour un universalisme respectueux des différences, à condition que les individus ne se retrouvent pas enfermés dans des particularismes liberticides, qu’ils puissent les amender, les transformer, les faire évoluer. Le principe universel de laïcité – qui n’est pas une opinion, qui n’est pas une religion, mais la liberté d’en avoir une – permet cet universalisme dans la diversité, dans la pluralité des cultures.

Rassembler pour une société affranchie de toute logique de lucre

Nul besoin de se référer à une entité divine pour que « les pierres rejetées – les pauvres, les malades, les migrants, les petits – (deviennent) la pierre angulaire, et (pour que) sur la Terre (s’élève) une demeure commune solide et accueillante, où l’amour et la vérité finalement se rencontrent, la justice et la paix s’embrassent ».

Sur tous ces objectifs, notamment sortir, comme l’affirmait Karl Marx, « des eaux glacées du calcul égoïste », un grand rassemblement populaire, dans la diversité des nations, peut se construire.

Ne soyons pas abusés par tous les puissants, les oligarques de la finance qui, avec Léon XIV, condamnent les effets délétères pour les êtres humains et la nature et se disent chrétiens, mais en chérissent les causes, à savoir le capitalisme néolibéral et néoclassique.

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