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1er mai : la journée des droits des travailleurs pas à la fête

Il est des actes ou volontés qui éclairent mieux que de longs discours l’état d’esprit d’un gouvernement. Ce dernier, en s’attaquant de manière sournoise à un symbole de l’histoire des luttes des travailleurs, le 1er mai, confirme qu’il veut effacer de la mémoire collective tout ce que nous devons aux combats sociaux pour créer des garde-fous démocratiques et sociaux au capitalisme, afin de tiédir, pour paraphraser Karl Marx, les eaux glaciales du calcul égoïste. Comme pour « la journée des droits de la femme », que d’aucuns nomment à tort « journée de la femme », « la journée des droits des travailleurs » n’est pas la « la fête du Travail », vestige du régime de Vichy.

Attaque contre ce symbole

Pour sortir de l’ambiguïté de la terminologie « fête du Travail », qui rappelle par trop la « bête immonde », il est souvent proposé de substituer, ce que nous approuvons, l’expression « Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs ».

L’objectif de la loi est d’autoriser certains commerces de proximité à faire travailler leurs salariés le 1er mai. La droite jusqu’au RN, en passant par Gabriel Attal, chef de file du groupe Renaissance (macroniste), a soutenu ce texte de loi adopté par le Sénat l’été dernier. L’ancien Premier ministre, Gabriel Attal, y a été de sa désinformation en affirmant que les commerces n’avaient pas le droit d’ouvrir ce jour-là, alors que le Code du travail stipule que le 1er mai est « jour férié et chômé ». Le 1er mai est le seul jour obligatoirement « chômé » imposé par la loi. Ainsi, l’employeur ne peut obliger un salarié à travailler (sauf si le salarié fait partie des métiers « essentiels » qui ne s’arrêtent pas ce jour-là ou que ce n’est pas indiqué dans la convention de son secteur ou de son entreprise). Néanmoins, les commerces sont autorisés à ouvrir, mais sans la présence de leurs salariés.

Déni de démocratie et feuilleton à rebondissements : report de la PPL puis application dérogatoire

Les « macronistes » ont usé d’une tactique particulièrement perverse. Ils ont voté contre la loi autorisant les salariés à travailler le 1er mai, mais pour mieux la faire passer en enjambant le débat parlementaire. Ainsi, le texte est renvoyé devant une commission mixte, Assemblée nationale-Sénat, dans le but d’appliquer le texte de loi dès le 1er mai 2026. Il risque de passer sans débat démocratique. Dans un deuxième temps, le PPL est repoussé pour un débat dans les mois qui suivent. Dans un troisième temps, le Premier ministre signifie aux services chargés de contrôler le respect de la loi de détourner les yeux et de ne pas sanctionner les patrons qui contournent la loi. Qu’est-ce qu’un gouvernement qui, volontairement, invite à ne pas respecter sa propre loi, sinon une démocrature ?!

Un symbole de lutte pour le progrès humain : les trois huit

La célébration du travail et des travailleurs vient de loin. Le 1er mai demeure le symbole de la revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisir.

En France, dès 1793, le calendrier républicain de Fabre d’Églantine proposait une fête du Travail. Cette journée des travailleurs fut instituée au 1er pluviôse (20 janvier) par Saint-Just, et fut célébrée pendant quelques années.

Dès 1864, l’Association internationale des travailleurs revendique la journée de 8 heures. En 1884, les syndicats étatsuniens décident qu’à partir du 1er mai 1886, nul ouvrier ne travaillera plus de 8 heures par jour. Soit les patrons leur accordent ce droit, soit c’est la grève.

Le 1er mai 1886, une grève massive éclate à Chicago, devant les usines Mac Cormick, pour défendre la journée de travail de huit heures. Trois jours plus tard, un rassemblement est organisé et dégénère. Les forces de l’ordre tirent dans la foule. Ceux qui luttent pour les droits des travailleurs deviennent la cible des pouvoirs et sont accusés à tort de délits par la police. Certains sont pendus.

En 1889, la Seconde Internationale fait du 1er mai la fête des Travailleurs pour commémorer les événements survenus à Chicago en 1886 et rendre hommage à ses martyrs.

En 1890 ont lieu les premières manifestations du 1er mai. Le caractère universel et la force des mobilisations donnent un retentissement considérable à cet événement.

Le 1er mai 1891 survient le drame de Fourmies. Ce jour-là, la troupe met fin dans le sang à une manifestation qui se voulait festive pour revendiquer la journée de huit heures. Le bilan est de neuf morts, dont deux enfants, et de trente-cinq blessés. Il s’agit des premiers martyrs de la journée internationale des travailleurs.

Le triangle rouge : symbole de lutte et d’oppression nazie

L’Internationale des travailleurs décide d’organiser tous les 1er mai une manifestation pour mettre en avant la revendication des « trois huit ». À Paris, pour contourner l’interdiction de manifester, les manifestants sont invités à se mêler aux passants en arborant un triangle rouge épinglé sur leur vêtement.

Dès 1937, le IIIe Reich de Hitler, afin de distinguer les prisonniers de droits communs des prisonniers politiques, opposants au nazisme, oblige ces derniers à coudre un triangle rouge sur leurs vêtements. Ce triangle deviendra un symbole de lutte contre l’extrême droite.

Détournement du sens du 1er mai

C’est sous l’occupation nazie et le régime collaborationniste de Pétain que l’État français institutionnalise le 1er mai en tant que « fête du Travail » et jour chômé, pour mieux faire oublier son sens originel de combat des travailleurs de tous les pays. C’est ainsi que cette journée se transforme en un moment de « concorde » entre patronat et travailleurs en faisant croire que les dirigeants d’entreprises sont préoccupés essentiellement par le bien-être des ouvriers et non par la réalisation de substantiels profits.

C’est une habitude des mouvements d’extrême droite de récupérer les symboles des luttes pour l’égalité et la justice sociale afin de faire accroire leur côté pseudo-social et de tromper l’opinion.

En 1948, le 1er mai est définitivement devenu un jour férié et chômé et retrouve son sens originel revendicatif.

Pas touche au 1er mai

On commence par dire que travailler le 1er mai se fait sur la base du volontariat. Les relations au travail reposent sur la subordination et non sur un pied d’égalité patron-salarié. Certes, le refus de travailler le 1er mai ne peut être invoqué pour sanctionner un employé, mais ne soyons pas naïfs. Nous savons pertinemment qu’il existe de multiples possibilités pour mettre des obstacles au déroulé d’une carrière, notamment en affectant un salarié récalcitrant à des postes plus pénibles.

On commence par des dérogations partielles qui, demain, seront étendues à d’autres secteurs. Ce faisant, la droite, l’extrême centre macroniste, le RN veulent effacer de notre mémoire la nécessaire lutte sociale dans le cadre démocratique et républicain pour que la promesse d’égalité, de liberté réelle, de fraternité fasse partie de la vie concrète des gens.

Cette volonté de fragiliser la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses ne doit pas faire oublier le timbre fiscal de 50 € pour saisir les prudhommes(1)https://www.cgt.fr/actualites/justice-droit-du-travail/justice-prudhomale-le-timbre-fiscal-de-50-euros-pour-saisir-les-prudhommes-une-atteinte-au-droit?utm_source=brevo&utm_campaign=NL%2010%20avril%202026&utm_medium=email.. C’est une atteinte aux droits des travailleurs, notamment des plus précaires, surtout, lorsqu’ils viennent de perdre leur emploi.

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