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La bataille de Gaulle, 2e partie

Affiche La bataille de Gaulle

Affiche La bataille de Gaulle

Cette seconde partie, « J’écris ton nom », couvre la période 1943 à 1944. Elle est d’une aussi grande réussite que la première partie, selon les critiques. Une fois que nous avons pu apprécier ce pan important de notre histoire contemporaine au travers de ce film et du personnage incontournable de de Gaulle, nous pouvons nous interroger sur ce qui reste du gaullisme avec ses aspects positifs, mais aussi négatifs. Il ne faudrait pas tomber dans le travers de l’hagiographie, ce qu’évite intelligemment le réalisateur Antonin Baudry. Si la première partie a suscité des critiques, non sur la qualité du film, mais sur certains oublis ou lacunes, cette seconde partie semble faire l’unanimité quant à son approche historique, même si les choix du réalisateur ne permettent pas de tout évoquer.

1943-1945 : l’avenir de la France

Est confirmé le rapport conflictuel entre les États-Unis de Roosevelt et de Gaulle, le représentant de la France libre. Dans ce rapport entre Alliés s’est joué le retour à la souveraineté pleine et entière de la nation française ainsi que celle du peuple : suzeraineté des États-Unis sur la France ou indépendance. Tout le positionnement géopolitique de la politique gaullienne, une sorte de non-alignement apprécié mondialement par les peuples en recherche d’indépendance, s’est sans doute affirmé durant cette période : les États-Unis, des alliés certes, mais dont il faut se faire respecter. C’est là toute l’intelligence de de Gaulle, qui a eu le soutien des dirigeants du PCF de l’époque contre le marais centriste atlantiste. De Gaulle et les souverainistes résistants de l’époque, quand cela n’était pas considéré comme une insulte ou une injure par les eurocrates, prévenaient contre l’asservissement de l’Europe face aux grands impérialismes de l’Est et de l’Occident.

Une phrase mise en exergue du Général Leclerc. Une pensée pour un ami, Arthur Kaiser

« La France libre est invaincue. Elle a toujours continué le combat. Nos enfants ne pourront rien nous reprocher ». Tout cela me fait penser à un ami, un frère, décédé, que j’ai longuement côtoyé et qui m’a rapporté, ainsi qu’à d’autres, son épopée. À 17 ans, pour éviter l’incorporation de force, Arthur rejoignit les Chantiers de Jeunesse pétainistes non par adhésion, mais pour se rapprocher de la France libre. Il rejoignit Tunis pour déserter et s’enrôler dans la 2e Division Blindée formée par le Général Leclerc en Afrique du Nord. Avec sa division, en tant que conducteur de char, il partit pour l’Angleterre. Il n’était pas peu fier, à juste titre, d’avoir participé à la reddition obtenue par Leclerc du commandant du « Gross Paris » Von Choltiz le 25 août 1944.

Il était également fier du serment de Koufra, qui a été tenu, « de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Pour un Alsacien, cela revêtait une grande importance. Une autre fierté a été de voler la vedette aux Étatsuniens en faisant flotter le drapeau français sur le nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden. C’est révélateur de l’esprit de la France libre et de la Résistance en général.

L’action prépondérante de Jean Moulin

Avant de rejoindre la France libre à Londres, il tenait à établir l’ampleur de la Résistance française. De Gaulle en fait son délégué civil et militaire dans la zone libre afin de créer « l’Armée secrète ». Une seconde mission lui est confiée, celle d’unifier les principaux mouvements de résistance, les Francs-tireurs et partisans, Combat et Libération Sud.

Jean Moulin réussit à transcender les différences et à créer le Conseil National de la Résistance. Il est reconnu comme chef du CNR regroupant tous les chefs de la résistance française. Aspect essentiel, le CNR représente alors l’unité des Forces résistantes françaises aux yeux des Alliés et l’embryon d’une assemblée politique représentative. Et, surtout, le CNR reconnaît en de Gaulle le chef légitime du gouvernement provisoire français, lui permettant d’asseoir une certaine légitimité fort utile pour entraver les volontés étatsuniennes de limiter l’indépendance française.

Insurrection parisienne : 19 au 25 août 1944

Il est utile de préciser que l’insurrection parisienne ne procède pas d’une action spontanée. Elle est bel et bien structurée et organisée par une direction politique et militaire ainsi que par des grèves des cheminots, des PTT, des services municipaux. La Police parisienne rejoint le mouvement insurrectionnel. Il y a une divergence entre Rol Tanguy, militant communiste et cégétiste, résistant FTP et organisateur des FFI dans la région parisienne, et Jacques Chaban-Delmas, délégué national militaire. Rol Tanguy convoque le Conseil National de la Résistance et obtient la mise en œuvre de l’insurrection parisienne.

Libération de la France : lutte pour éviter la tutelle administrative étatsunienne

Le projet étatsunien s’appuie sur l’AMGOT. (Allied Military Government of the Occupated Territories ou gouvernement militaire allié des territoires occupés), un plan défini par Roosevelt, président des États-Unis. Il s’avère que, dès 1942, les États-Unis avaient prévu une sorte de protectorat pour les territoires libérés et les futurs vaincus. Mis en œuvre, cela aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle défini par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

Fort du soutien du peuple français et des mouvements de résistances intérieures unifiés par Jean Moulin, de Gaulle, chef de la France libre, réussit à éviter l’AMGOT et à installer un gouvernement provisoire français (le GPRF) pour assurer le retour à la démocratie.

Quid du gaullisme en tant qu’une certaine vision de la France ?

Il est de bon ton pour les personnalités politiques de se réclamer de l’héritage gaullien. L’esprit gaullien s’articule autour de la souveraineté de la nation, y compris au sein de l’espace européen. Il ne souffre pas l’abandon des outils de l’indépendance. Et, pourtant, ceux qui s’en réclament n’ont eu de cesse, depuis l’acte unique européen jusqu’au traité de Lisbonne, en passant par Maastricht, de saborder toute latitude pour défendre les intérêts de la France, de son peuple, de son économie et notamment de son industrie.

De même, de Gaulle a voulu, en 1969, concrétiser un projet « travail-capital » dans lequel la rémunération du travail était aussi importante que celle des détenteurs de capitaux. Il affirmait que la politique ne se décide pas à la bourse. Or, ceux qui se réclament de son héritage et de son esprit les dilapident avec leur soumission au capitalisme oligarchique, financier et ultralibéral.

Un film à voir

Ce film fait partie des belles réalisations populaires, au sens noble du terme. Il peut inciter à se pencher sur notre histoire récente et à inspirer la réalisation d’un vaste rassemblement du peuple en vue de préserver les conquis sociaux et économiques du programme du CNR, « Les Jours heureux ».

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