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Pour une théorie de l’impérialisme du 21e siècle – Première partie

Image par Samuel Phillips de Pixabay.

La gauche manque d’une analyse de l’impérialisme pour le 21e siècle. Nous lançons donc un débat avec cet article en deux parties, dont voici la première.

De 1945 à la fin des années soixante-dix : une période de prospérité collective

Le capitalisme a continué sa progression. Après la Seconde Guerre mondiale, qui a défait les extrêmes droites du nazisme allemand, du suprématisme japonais et de leurs alliés, et qui a en même temps résolu la crise économique de 1929, s’ouvre la guerre froide entre l’Occident et le bloc soviétique. Mais aussi la période de reconstruction, qui a permis des taux de profit élevés (dus principalement à l’extrême destruction du capital pendant cette guerre mondiale) et des partages de la valeur ajoutée entre les patronats et les travailleurs grâce à des luttes sociales puissantes. La fin des années 60 initie une crise du capital due à des baisses du taux de profit dans le monde occidental.

Fin des années soixante-dix : baisse des taux de profit et remise en cause des conquis sociaux

Les oligarchies capitalistes réagissent brutalement et engagent la mondialisation néolibérale libre-échangiste à la fin des années 70 (retardée en France en 1983), ouvrant une période de remise en cause des conquis sociaux de la période précédente et de désindustrialisation de l’Occident. C’est cette désindustrialisation qui est la cause principale de la crise du mouvement ouvrier et, par-delà, de la gauche tout entière. L’une des conséquences de la mondialisation néolibérale libre-échangiste a été l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, remplacée par un capitalisme sauvage qui s’est mué en Russie en une sorte de bonapartisme capitaliste russe d’une grande violence.

Pendant ce temps-là, la Chine, de Deng Xiao Ping en 1978 jusqu’à Xi Jinping aujourd’hui, est devenue l’usine du monde avec un développement considérable des sciences et des techniques de très haut niveau. Aujourd’hui, la terre entière est formée d’États-nations fonctionnant avec des formations sociales capitalistes de formes différentes(1)Une formation sociale capitaliste est un système économique et politique avec plusieurs modes de production en son sein, mais avec une large dominance du mode de production capitaliste.. Si ce phénomène s’est accompagné d’une baisse des conquis sociaux en Occident, une hausse de ces derniers est observée en Chine, ainsi que, dans une moindre mesure, dans d’autres pays.

Et l’impérialisme dans tout cela ?

De nombreuses définitions de l’impérialisme ont été proposées depuis John A. Hobson, l’inventeur du concept : Joseph Schumpeter et son atavisme social archaïque, Hannah Arendt s’appuyant uniquement sur la violence… Mais l’histoire du 20e siècle et du 21e siècle a plutôt validé la définition de Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, qui s’appuie sur les thèses de J.A. Hobson en les radicalisant dans son livre L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. On notera cependant l’apport d’Edward Saïd, qui a élargi ce concept dans le domaine culturel en développant le lien avec la domination néocoloniale (dont le pouvoir d’influence, soft power en américain).

En reprenant la définition la plus analytique, celle de Lénine, l’impérialisme a cinq caractéristiques :

Il est important de comprendre que cela n’est pas dû à la « méchanceté de tel ou tel leader » ou au manque de morale de X ou de Y, mais bien à des nécessités économiques pour maintenir le capitalisme lui-même et préserver le niveau de profit.

Où en est-on en ce début de 21e siècle ?

Comme on le voit, l’impérialisme ne se résume pas à des agressions de territoires, d’abord parce que ces dernières peuvent être remplacées par une domination culturelle néocoloniale. Surtout, l’impérialisme est un concept d’abord économique et financier via les multinationales, les institutions internationales, les circuits financiers, la force de la monnaie.

De plus, les rivalités géopolitiques, l’influence culturelle et les guerres font partie du réel impérialiste. Le monde actuel est traversé par un conflit inter-impérialiste principal entre les États-Unis et la Chine ; il ne s’agit pas d’un monde multipolaire. Mais de nombreux pays sont des États charnières, dont certains pourraient être qualifiés de sous-impérialismes, et interviennent dans ce concert géopolitique (l’Inde, la Turquie, le Brésil, les pays de l’Union européenne, le Japon, etc.) de façon très différente.

Nous ne sommes donc pas dans un monde multipolaire ou un monde de guerre froide entre deux blocs (comme après la Seconde Guerre mondiale), car, en dehors des deux superpuissances, les politiques des États charnières peuvent, par exemple, passer des accords avec les deux superpuissances. Malgré cela, les deux superpuissances ont des caractéristiques différentes. Si les États-Unis et la Chine sont de grands exportateurs de capitaux avec de grandes multinationales, c’est la Chine qui permet aujourd’hui le financement complet de la dette étasunienne en compensation d’être encore l’usine du monde et donc le grand exportateur mondial de marchandises. En revanche, ce sont toujours les États-Unis qui disposent de la monnaie la plus influente, car le commerce international est encore majoritairement libellé en dollars. Ce sont toujours les États-Unis qui ont actuellement besoin d’utiliser leur armée pour maintenir leur position.

La suite de cet article paraîtra dans le prochain numéro.

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Notes de bas de page
1 Une formation sociale capitaliste est un système économique et politique avec plusieurs modes de production en son sein, mais avec une large dominance du mode de production capitaliste.
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