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Outre-Rhin, en Bade-Wurtemberg, forte poussée de l’extrême droite et écroulement des sociaux-démocrates

Photo d'une main glissant un bulletin dans une urne

Photo by Element5 Digital on Unsplash

Les élections en Bade-Wurtemberg en Allemagne du 8 mars 2026 sont très préoccupantes. La première économie européenne et leader avec son hinterland de l’UE est sur un trend catastrophique pour l’émancipation européenne avant les quatre prochaines élections régionales allemandes de l’année 2026.

L’extrême droite a doublé son score en cinq ans

Malgré le fait que le gouvernement de coalition Kiwi (écologiste et droite conservatrice CDU) sera probablement réélu (30,2 % pour les verts – en recul de 2,4 % – et 29,7 % pour la CDU, en progression de 5,6 %), l’extrême droite a doublé son score (18,8 %, contre 9,1 % en 2021). Le lander sera dirigé par l’ancien ministre de l’Agriculture Cem Ozdemir, membre de l’aile droite des Verts. L’écroulement de la droite libérale (4,4 %, avec un recul de 6,1 %), et surtout des sociaux-démocrates du SPD (5,5 %, avec un recul de 5,5 %), est patent, de même que la faible progression des gauches sociales Die Linke (4,4 %, avec un gain de 0,8 %) et BSW (1,4 % pour la première fois).

Ainsi, la droite libérale, Die Linke (la gauche) et BSW (Alliance Sahra Wagenknecht), en dessous de la barre des 5 %, n’auront pas d’élus. Troisième région la plus peuplée d’Allemagne avec 11 millions d’habitants et un pôle automobile puissant, mais en recul, le Bade-Wurtemberg vit un tournant historique. Les gauches sociales effectuent une avancée, mais toujours sans avoir d’élus. La gauche néolibérale recule fortement et est à deux doigts de disparaître dans ce land. La droite se maintient malgré l’effondrement des libéraux. Et l’extrême droite progresse comme jamais depuis un siècle. À noter que la participation est en hausse (69,6 %) et que, pour la première fois, le droit de vote à 16 ans a été appliqué !

Qui a voté pour qui ?

Les jeunes (16-24 ans) ont voté chez les verts et à l’extrême droite. L’extrême droite est le parti qui a le plus investi les réseaux sociaux ; elle s’appuie sur l’inquiétude des jeunes concernant leur intégration économique et sociale.

Le « Mittelstand »(PME) du Bade-Wurtemberg est un des grands centres de l’industrie automobile (Mercedes, Bosch, Porsche). Une partie des entrepreneurs et des ouvriers qualifiés quittent la droite pour l’extrême droite par peur de la désindustrialisation.

Les centres urbains (Stuttgart, Heidelberg) demeurent des bastions verts. Les zones rurales et les petites villes voient une forte augmentation de l’extrême droite, qui progresse à cause de l’insécurité économique, de la peur du déclassement, de la fin du gaz russe bon marché et de la concurrence chinoise. L’AFD a réussi à lier l’immigration au manque de logements sociaux et à la dégradation des services publics.

Le SPD, naguère le plus important parti de gauche en Europe, entre dans une crise existentielle. Il paye son impuissance et ses alliances impossibles entre partis qui passent leur temps à se quereller (par exemple, avec la droite libérale et les verts dans l’ancienne coalition fédérale). Le SPD paye son abandon de la classe populaire ouvrière et employée. Et la fuite des diplômés urbains vers les verts.

Que disent les sondages dans les quatre autres régions en votation en 2026 ?

En Rhénanie-Palatinat, bastion historique du SPD en votation le 22 mars prochain, les sondages donnent le dépassement de la CDU (avec 28 %) devant le SPD (27 %) et un score de l’extrême droite équivalent au Bade-Wurtemberg. Les Verts sont donnés à 9 % et BSW, le parti de Sahra Wagenknecht, est donné à 5 %. S’il passe les 5 %, ce sera une nouvelle étape pour cette organisation. Sinon…

En Saxe-Anhalt (Allemagne de l’Est), en votation le 6 septembre 2026, l’AFD est actuellement créditée d’environ 39 %, la CDU de 26-27 %, Die Linke de 11 % (première force de gauche avec Eva von Angern), SPD de 8 % (en baisse) et BSW de 6 % (entrée régionale). Les autres partis sont menacés de disparition locale. Il faudrait une union générale de la droite et de toutes les gauches pour constituer une majorité sans l’extrême droite. Cette élection est donc une élection centrale, car l’union de toutes les droites est mathématiquement possible.

Le Mecklembourg-Poméranie-occidentale, en votation le 20 septembre 2026, est actuellement l’un des rares endroits où le SPD gouverne avec Die linke en coalition rouge-rouge ! Mais là, c’est comme Capri, c’est fini ! Le SPD s’écroule de 40 % à environ 23-25 % parce qu’une partie importante de son électorat ne supporte pas la politique de droite que le SPD réalise sur le plan fédéral dans son alliance avec la droite CDU ! Et c’est le parti d’extrême droite AFD qui mène dans cette région, avec environ 37 % ! La droite CDU est donnée aux alentours de 13 %. Le parti Die Linke reste stable autour des 11-12 %, ce qui invalide l’actuelle direction régionale pour sa propre succession. Le parti de gauche BSW joue sa survie autour de 5 à 6 %. C’est le même dilemme que pour la Saxe-Anhalt concernant une alliance ou non contre l’extrême droite.

À Berlin, en votation le 20 septembre 2026, le paysage politique est unique : les Verts et Die Linke sont plus puissants que le SPD. Die Linke est donné entre 15 et 18 %, alors que le SPD est donné entre 14 et 16 % (son niveau le plus bas historiquement) et les verts autour de 15 à 16 %. De plus, BSW ne prend pas à Berlin (3 à 4 %) et, si cela se maintient, il ne pourra pas y avoir d’élus. Le retour d’une coalition rouge-vert-rouge reste possible.

Comment se présente la situation politique nationale en Allemagne ?

Nous pouvons être inquiets à la perspective d’une poussée fulgurante de l’extrême droite en Allemagne. L’histoire est dans toutes les pensées. L’autre tendance est le recul constant de l’ex-plus grand parti de gauche européen, le SPD. Après avoir abandonné le prolétariat, le SPD perd ses couches moyennes diplômées au profit des Verts, qui se droitisent à toute allure. La perte possible de la Rhénanie-Palatinat et l’effondrement dans le Mecklembourg pourraient déclencher une crise politique majeure dans le SPD. Le virage social du parti Die Linke, anciennement plutôt gauche sociétale, lui donne des couleurs. Le BSW de Sahra Wagenknecht, nouvellement créé, est à la peine, car la restriction anti-immigration est uniquement captée par l’extrême droite et son caractère éminemment social est insuffisant pour rivaliser avec le tournant social devenu prioritaire de Die Linke, qui a changé sa ligne stratégique anciennement sociétale.

L’Allemagne rentre dans une tripartition avec une montée durable de l’extrême droite, y compris à l’ouest. L’affaiblissement historique des sociaux-démocrates du SPD et de la droite libérale FDP va donner aux Verts droitisés une nouvelle centralité dans les coalitions, soit avec la gauche, soit avec la droite (coalition kiwi). La montée des coalitions atypiques risque d’être la marque de fabrique des prochaines coalitions allemandes.

Quant à l’extrême droite, elle montre qu’elle touche, comme en France, aussi bien les couches populaires que les habitants des zones riches et industrialisées de l’Ouest. Avec la constitution allemande, si l’extrême droite continue à progresser au-delà de 25 à 30 % sur le plan fédéral, le danger de la République de Weimar reviendra(1)Lire Les Irresponsables de Johann Chapoutot..

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